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On ne relocalise pas en claquant des doigts – Chronique aux Echos

22 Mai

À l’occasion de cette crise, on redécouvre les bienfaits de l’industrie et on réclame des relocalisations. Mais celles-ci ne se décrètent pas. C’est le client, in fine, qui décide rappelle Xavier Fontanet. D’où la nécessité d’aligner nos charges-trop lourdes- sur celles de nos voisins.

 

Après avoir rêvé d’un pays sans usine reposant sur la recherche le tourisme et la culture, on est en train de se rendre compte que l’industrie est source de prospérité pour les pays comme les nôtres.

On parle donc de relocalisation, très belle idée. Mais ce n’est pas en claquant les doigts que les usines vont soudainement repeupler les territoires

Il faut rappeler d’abord que ce n’est pas le patron qui délocalise mais le client. Les entreprises se relocalisent là où sont leurs concurrents tout simplement pour… survivre. Si on cherche un responsable c’est le client

Il y a le cas des métiers très simples dont les équipements sont facilement achetables sur le marché mondial. Ils se localisent dans les pays lointains à main-d’oeuvre peu formée et pas chère. C’est la moitié des cas. Mais il y a aussi un autre cas très répandu, celui de la localisation des usines dans les pays voisins où les salaires sont proches mais les impôts et charges plus faibles.

En France, ou La sphère publique représente 57 % du PIB, un producteur ayant un coût hors taxe de 100 € verra son coût complet monter à 232, le même produit sortira à 178 dans un pays où elle est à 44 %. L’écart est donc de 30 % écart mortel qui est la deuxième cause de délocalisation

D’un côté c’est la banalisation de la technologie, de l’autre l’enflure de l’Etat, quand le jockey pèse plus lourd que le cheval, on ne gagne pas le Grand Prix

Dans le premier cas la relocalisation est possible. Il y a d’ailleurs des facteurs favorables comme la personnalisation qui modifie les chaînes logistiques calées sur du prêt à porter, le fait que les salaires dans les pays lointains montent et l’arrivée des robots et imprimantes 3D. Mais il ne faut pas se bercer d’illusion : la relocalisation supposera beaucoup de capital et aussi beaucoup de formation permanente pour le personnel.

Dans le deuxième cas les sphères publiques (régalienne, sociale régionale) devront chacune adopter un régime jockey

Soyons concrets la relocalisation ne se fera vraiment que si l’Etat français aligne ses taxes sur la production et les salaires sur le niveau de ses voisins européens. Sinon dans un monde plus difficile avec le coronavirus les fermetures d’usines dans beaucoup de secteurs vont s’amplifier.

 

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L’actionnariat salarié, solution de sortie de crise pour ne pas ressusciter l’ISF

20 Mai

Ancien PDG du groupe Essilor, Xavier Fontanet est aujourd’hui éditorialiste et professeur affilié à HEC, où il enseigne la stratégie. Dans cette tribune pour Le Figaro, il détaille les actions à mener pour relancer l’activité à long terme.

«On rentre dans une période décisive qui va demander de réfléchir, comme plusieurs personnes le suggèrent, à un nouveau contrat social car les challenges que nous avons en face de nous sont immenses et ne peuvent pas être traités de façon satisfaisante dans le cadre actuel. Commençons par caractériser les défis, en simplifiant, ils sont au nombre de trois.

 

D’abord, à court terme, il va falloir gérer un trou d’air dans l’économie car le confinement crée un choc immense dans la restauration, le tourisme, la construction et l’industrie; même si certains secteurs tiennent comme l’alimentaire et les communications, l’économie dans son ensemble est secouée. Il est ensuite à peu près sûr que suivra dans un bref délai une accélération violente et donc une surcharge temporaire de travail. Voilà pour le court terme.

Ensuite, à plus long terme, il est absolument évident que des pans entiers de l’économie vont décroître concomitamment à l’apparition de nouveaux secteurs. Il y a donc un problème de formation permanente, problème qui contient une gigantesque opportunité si on s’y prend bien.

 

A long terme, il est évident que des pans entiers de l’économie vont décroître concomitamment à l’apparition de nouveaux secteurs. Il y a donc un problème de formation permanente

 

Il faut trouver enfin une compensation pour rémunérer les efforts que cette nouvelle stratégie va demander à tous.

La première idée serait de s’inspirer des CDI à temps variable imaginés par le duo Hartz/Schroeder en Allemagne au début des années 2000. Il s’agirait pour l’employé et son employeur de s’accorder sur une flexibilité du temps de travail hebdomadaire. Celui-ci pourrait varier d’un minimum de 4 × 7 heures, soit 28 heures par semaine, à un maximum disons de 5 × 9, soit 45 heures. Ce nouveau type de CDI a fait ses preuves depuis 15 ans en renforçant considérablement l’économie allemande.

La deuxième idée serait de regarder du côté de Singapour. Dans sa dernière allocution, son premier ministre a expliqué à ses concitoyens que des pans entiers de l’économie allaient être remplacés par de nouveaux métiers. Il s’agit donc de former une partie importante de ceux qui sont aujourd’hui au travail: ceci peut se faire en accordant un crédit formation significatif, crédit utilisé chaque année en accord avec l’entrepreneur en assurant une compatibilité entre le temps de travail et le temps consacré à la formation. Le système est d’ailleurs en place en France actuellement, il suffit de l’amplifier.

La troisième idée, la touche française, c’est évidemment de trouver une compensation intelligente à cette modification substantielle du contrat de travail; elle est toute trouvée, c’est l’actionnariat salarié, domaine dans lequel la France est en tête dans le monde. Les salariés qui accepteraient ce changement de contrat de travail se verraient octroyer (dans des conditions à négocier) une part du capital de l’entreprise.

 

« Il est 100 fois plus intelligent de passer directement du capital au personnel en créant la motivation dans l’entreprise plutôt que d’utiliser la case fiscalité qui décourage et crée l’exil »

Cela marquerait une évolution positive du capitalisme qui permet une participation renforcée de tous à la prospérité de l’entreprise. Sans compter qu’il y a là une des solutions au problème de la retraite dans le cas d’une rémunération sous forme d’actions, puisque le collaborateur se constitue au fil des ans un capital qui permet de l’augmenter dans des proportions considérables, et ce quel que soient les crises financières temporaires, comme le démontrent les entreprises qui ont pratiqué l’actionnariat salarié depuis longtemps.

Et les fonctionnaires, dira-t-on? Très simple, ils pourront eux aussi cotiser dans un fond diversifié composé d’actions d’entreprises françaises ou européennes à fort actionnariat salarié; ils seront ainsi motivés au bon fonctionnement de nos entreprises .

L’avantage de cette dernière formule serait de répondre à tous les gens qui rêvent de ressusciter l’ISF, ce même ISF qui a contribué à épuiser la France, la priver de capital et de talents; on ne rappellera jamais assez que l’entrepreneur est un bien précieux pour un pays et qu’il est 100 fois plus intelligent de passer directement du capital au personnel en créant la motivation dans l’entreprise plutôt que d’utiliser la case fiscalité qui décourage et crée l’exil.

Avec les grèves insensées de la CGT utilisant des secteurs détenant un monopole dans des services essentiels pour pourrir la vie de leur concitoyens et chercher à influencer le parlement, on se rend bien compte que le paritarisme est à remettre à plat: voilà une bonne occasion d’y travailler».

 

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Apprendre le monde globalisé aux jeunes Français

6 Mai

LE SITE EDUC’FRANCE

et son chapitre « L’école d’après », une série d’initiatives qui proposent des outils concrets de réflexion et de progression pour l’après-confinement. Formation des professeurs à distance, interviews d’experts, amorce d’une réflexion commune autour de la nécessité plus que jamais perceptible de libérer l’école des carcans qui l’épuisent.

 

Écoutez l’émission enregistrée pour le site EDUC’FRANCE, en cliquant sur l’image ci-dessous

 

 

 

La reprise, la Chine, l’Europe : la vision d’un entrepreneur – Interview pour la Fondation Charles De Gaulle

3 Mai

Que penser de la situation sur un plan économique et entrepreneurial ?

Il est difficile de parler de façon générale sur un sujet si vaste, aux contours si nombreux et dans des circonstances si incertaines. Je me contenterai donc de prendre successivement trois angles d’attaque.

Je commencerai par donner mon sentiment sur les conditions de la reprise de l’économie, je partagerai ensuite avec vous quelques considérations sur la Chine, première économie mondiale à ce jour. Enfin, dans une troisième partie, je donnerai mon avis sur les conditions dans lesquelles l’Europe peut tirer son épingle du jeu sur le plan économique dans le contexte mondial.

La reprise

Le confinement et son arrêt sont des décisions régaliennes qu’il faut respecter, La question qui se pose c’est de s’assurer que le redémarrage de l’économie se passe le mieux possible. L’économie n’a pas été détruite comme après une guerre, l’économie est simplement figée ; l’offre s’est effondrée parce que les gens ne travaillent plus et la demande s’est réduite à des biens essentiels. La mondialisation des productions et le concept de flux tendus ont permis une énorme économie de moyens qui a provoqué de fantastiques baisses de coût ; un grand risque a été pris, sans qu’on s’en rende compte, en termes de fragilité du système, c’est ce que l’on voit aujourd’hui avec la perturbation des chaines logistiques.

La sphère publique tient, en particulier la santé, qui fait un travail admirable (il n’y a pas de problème de recettes, c’est l’impôt qui y pourvoit). Du côté de la sphère privée, en simplifiant volontairement à l’extrême, la nourriture la pharmacie et la communication tournent. La production des biens physiques, en particulier d’équipement, la restauration, le tourisme et le transport de passagers se sont par contre effondrés. Les gouvernements et l’Europe ont mis en place des financements considérables, ce qui était nécessaire. Mais attention aux mots : ce n’est pas « l’argent de l’État que celui-ci met sur la table », c’est de « l’argent emprunté par notre génération que paiera celle qui suit. » Il faut donc être très précautionneux dans son utilisation. Il faut aussi expliquer que le démarrage ce n’est pas une affaire qui concerne uniquement l’État, elle concerne chacun de nous.

Reconnaissons-le, les Français ont été disciplinés, et grâce à ce comportement, les chiffres sont en train de s’améliorer ; il s’agit maintenant de passer à l’étape suivante et se remettre au travail. Les gestes qu’il va falloir adopter au travail ne vont pas être de nature totalement différente de ceux qu’il fallait prendre quand on faisait ses courses.  Le vrai sujet va être l’harmonie entre les syndicats, l’État et l’entrepreneur dans les décisions pratiques que supposera le déconfinement ; il faut que les trois fassent équipe. Il y aura des arbitrages difficiles, il faudra faire preuve de créativité et de pragmatisme car il n’y a pas deux entreprises identiques. La société tout entière court le risque que certains syndicats ou certaines administrations prennent des positions jusqu’au boutistes en s’appuyant notamment sur le principe de précaution ; ce sera facile alors de mettre tous les risques sur l’entrepreneur et d’en faire un bouc émissaire ; pire ce type de position déresponsabilisera à la fois le fonctionnaire et les syndicats. Il faut espérer pour le pays que ce type de blocage ne soit que l’exception.  Le Français a une énorme qualité, sa créativité et son sens de l’analyse ; il a un énorme défaut, qui est l’envers de cette qualité, il considère qu’il a fait son travail quand il a trouvé ce qui ne marche pas … sans pour autant proposer de solution. (C’est le témoignage de l’ancien dirigeant d’une entreprise française mondialisée qui a pu comparer les peuples dans son entreprise !).

On ne rappellera jamais assez qu’un climat de confiance dans une équipe ne s’établit que si chacun prend ses responsabilités. C’est ce que les Allemands ont réussi avec leur concept de « solidarité exigeante. » On est solidaire mais chacun se sent responsable du champ d’activité qui lui a été confié. C’est ce sentiment de partage de la responsabilité et du risque, ce sentiment que tout le monde est embarqué, qui en dernier ressort crée la confiance. Je suis convaincu que si on réussit à créer ce climat de bonne entente, l’économie redémarrera beaucoup plus vite que prévu !

La Chine

Ma deuxième considération va à la Chine. Le général de Gaulle est le premier homme d’État à avoir, le 27 janvier 1964, normalisé les relations entre la France et la Chine, ce fut une bombe diplomatique. Nixon poussé par Kissinger lui a emboîté le pas mais c’est de Gaulle qui a lancé l’idée. L’équilibre des forces politiques et économiques mondiales ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui sans la déclaration de 1964. Que dirait le Général s’il était vivant ? Nul ne peut le dire mais on peut chercher à imaginer sa position.

J’ai eu la chance de monter avec mes collègues d’Essilor en Chine une magnifique société, leader sur le marché. Cela nous a pris 25 ans, et pour moi 25 années de contacts quasi quotidiens et de nombreux voyages qui m’ont permis de mesurer à intervalles réguliers, l’effort gigantesque qu’a produit le peuple chinois.  Une des raisons qui explique cette incroyable énergie des Chinois (notamment au niveau politique) était la volonté de laver l’affront à la Chine que fut la guerre de l’opium. Il faut une voix forte qui explique aujourd’hui que l’attitude de l’Occident au 19 ème siècle était tout simplement indigne et que le succès actuel de la Chine a lavé cet affront. Il faut une voix forte pour expliquer le principe suivant qui devrait être universel : « une génération ne peut pas être tenue pour responsable des bêtises qu’a fait la génération précédente ». Le temps est donc venu de tourner la page.

Il va sans dire que la Chine, berceau de cette épidémie qui nous affecte tous, se grandira si elle adopte une attitude magnanime en acceptant de faire toute la transparence sur les conditions dans lesquelles les épidémies récurrentes ont démarré et se sont propagées. Elle pourrait proposer des joint-ventures avec des laboratoires ou des centres de recherche américains ou européens pour tirer l’affaire au clair et travailler ensemble sur des tests et des vaccins.  Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour prédire que de tels événements vont se reproduire et qu’il est désormais nécessaire d’avoir une industrie pharmaceutique capable de découvrir, dans des temps très courts, l’origine des nouveaux virus, d’où qu’ils viennent, pour développer rapidement les tests et les vaccins qui en viendront à bout.

L’Europe

Ma troisième considération c’est l’Europe. Le redémarrage de l’activité en France doit se faire en coordination avec nos voisins européens. Mais il y a un obstacle à surmonter : deux conceptions différentes sur la place de la sphère publique dans la société. Un Nord prospère avec des budgets publics à l’équilibre, des États raisonnablement endettés et contenus sous les 43% du PIB ; le modèle (en simplifiant) est l’Allemagne.

Les pays du Sud s’appuient sur une interprétation déformée des idées de Keynes pour justifier les déficits publics récurrents, ce qui conduit à des sphères publiques représentant jusqu’à 57 % du PIB comme en France. Le résultat est évidemment des déficits budgétaires chroniques entraînant mécaniquement une montée de l’État dans le PIB avec son corollaire inévitable la désindustrialisation. Excusez-moi de prendre cette image simple : le bon petit cheval français n’a aucune chance de courir aussi vite que ses concurrents tant qu’il porte un jockey beaucoup plus lourd que ses voisins. Sans compter que la montée des dettes réduit considérablement les marges de manœuvre de l’État. La crise vient de le démontrer éloquemment quand on voit le plan de soutien que peut débloquer l’Allemagne en gardant un endettement raisonnable.

L’Europe avancera ou reculera sur cette affaire. Pour que le Nord aide le Sud, Il faut un accord à court terme pour mettre ce qu’il faut sur la table afin de faire redémarrer l’économie. Mais pour que cet accord soit obtenu encore faut-il que notre Président et la Chancelière s’entendent sur la politique financière d’après. Le principe de solidarité exigeante, cher aux Allemands qui est la raison de leur retour à bonne fortune, veut qu’on aide, mais qu’en échange, la personne aidée respecte l’argent qui lui est octroyé. Notre président doit reconnaître que, comme le disait le Général (1) « dans un monde concurrentiel, il faut être compétitif. » Une économie ne peut pas être concurrentielle avec une sphère publique qui ne l’est pas, surtout quand celle-ci représente la majorité du PIB. Le geste emblématique serait de revenir ensemble sur le 3 % de Maastricht et dire que désormais le déficit cible c’est 0%. Un autre axe évident consisterait à se mettre d’accord pour construire ensemble des entreprises leaders européens comme l’ont été, par exemple, Airbus et SML (2) . Ces entreprises (il y en a beaucoup d’autres) montrent à quel point, quand on sait allier notamment les talents français, hollandais et allemands, on peut créer des leaders même dans les domaines les plus technologiques. On ne dit pas assez que l’Europe excelle dans de très nombreux domaines (l’automobile, l’énergie, le génie électrique, le contrôle de la pollution…)  Où elle peut créer des champions mondiaux.

Le Général expliquait que l’Europe se construira le jour où les Européens feront ensemble de grandes choses hors d’Europe. La chancelière et le Président ont la possibilité d’entrer dans l’histoire, simplement chacun doit faire un geste significatif : le risque de prêter d’un côté, les bonnes résolutions financières de l’autre. Précisons que ces bonnes résolutions ne sont pas de la rigueur (comme le disent les partisans des déficits récurrents) mais du bon sens. C’est exactement comme le régime que s’impose un sportif de haut niveau avant une grande compétition. Ce type de régime est d’ailleurs en train de faire ses preuves dans deux pays du sud, le Portugal et la Grèce !

Le décor est planté pour un accord historique. Mais tout reste encore à faire !

Entretien réalisé en avril 2020.

(1) Rappelons au passage que du temps du Général la sphère publique ne dépassait pas 30 % du PIB.

(2) Leader mondial des steppers, machines à fabriquer les microprocesseurs.

Retrouvez cet article dans son contexte sur le blog de la Fondation Charles De Gaulle

 

Xavier Fontanet

Et si nous repensions le contrat de travail ? Chronique aux Echos

10 Avr

Depuis cent ans, les syndicats ont toujours été opposés au travail payé à la tâche et ont promu le principe d’un salaire et d’un horaire fixes. La période actuelle est propice à la réflexion sur des changements structurels. Même si les vingt dernières années pouvaient paraître un long fleuve tranquille, elles ne l’étaient pas. Il y a eu le passage de l’an 2000 où on a cru que tous les ordinateurs allaient se bloquer, puis ce fut la folie de la bulle Internet suivie de son éclatement, les deux guerres d’Irak, la crise des subprimes et maintenant le coronavirus, de loin la plus grave des crises que nous avons à traverser ces dernières années. L’industrie pharmaceutique va faire d’immenses progrès à l’occasion de cette dernière épidémie, mais le test et le vaccin instantané n’étant pas pour demain, il est sage de prévoir d’autres solutions. L’économie va continuer à être imprévisible.

Pour permettre aux entreprises de mieux amortir les chocs, il est une idée à laquelle le patronat et les syndicats devraient réfléchir : c’est celle d’un CDI à temps variable. Il s’agirait pour l’employé et son employeur de s’accorder sur une flexibilité du temps de travail hebdomadaire. Celui-ci pourrait varier d’un minimum de 4 × 7 heures, soit 28 heures par semaine, à un maximum disons de 5 × 9, soit 45 heures. La compensation de cette flexibilité serait soit un intéressement musclé, soit, pour ceux qui veulent aller plus loin dans l’association du travail au capital, une distribution régulière d’actions de l’entreprise. Ce nouveau type de CDI, mis en place avec succès sous le gouvernement Schröder, a considérablement renforcé l’économie allemande. Il marque une évolution positive du capitalisme qui permet une participation renforcée à la prospérité de l’entreprise. Sans compter qu’il y a là une des solutions au problème de la retraite dans le cas d’une rémunération sous forme d’actions, puisque le collaborateur se constitue au fil des ans un capital qui permet de l’augmenter dans des proportions considérables, comme le démontrent les entreprises qui ont pratiqué l’actionnariat salarié depuis longtemps.

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Covid-19 : la solution passe par la Chine

8 Avr
1024px-les_echos_logo-svgTerrible crise mondiale. En France, on est au milieu de la vague, encore des temps durs et dangereux devant nous ! Certains secteurs voient leurs ventes s’effondrer, comme le tourisme ou les biens d’équipement, d’autres vont continuer à tourner. C’est le cas de la distribution alimentaire, de l’agriculture, de la communication. Le domaine de la santé a un gigantesque champ qui s’ouvre sous nos yeux avec les tests, les vaccins et tous les services associés. On découvre grâce aux nouveaux outils numériques des modes d’organisation inédits qui auront des conséquences sur les entreprises, les transports et l’aménagement régional, comme le télétravail et l’école à distance. La décision difficile pour le gouvernement est de trouver le bon équilibre entre le confinement qui abaissera le pic et la nécessité de ne pas casser l’économie.

Une solution financière mondiale

Pour protéger celle-ci, la gestion de la liquidité est essentielle et ça a été très bien expliqué : pour le haut de bilan des entreprises, suspendre les remboursements de prêt, permettre des injections de capital ; pour le bas de bilan, payer les fournisseurs. Mais tous les pays sont touchés : à problème financier mondial, solution financière mondiale… solution qui passe par la Chine, berceau de l’épidémie et de loin premier exportateur mondial.

A ces deux titres la Chine est concernée. Les masques distribués partout dans le monde et à une telle échelle : le geste est très apprécié, il faut continuer. Peut-on suggérer une autre idée ? La Chine irrigue l’économie mondiale. Pourrait-elle adopter, pour ses exportations, un crédit systématique, d’un an, garanti par l’Etat chinois et renouvelable tant que l’épidémie n’a pas reflué ? Un geste fort de solidarité, qui reviendrait à 1.000 euros par personne confinée et serait un bol d’air pour les entreprises qui travaillent avec elle. Elle en a les moyens. Confucius a toujours expliqué que la prospérité de la Chine devait contribuer à l’harmonie du monde ; une belle occasion, pour le peuple chinois pendant cette période difficile pour tous, de rendre hommage à sa pensée à la fois universelle et intemporelle.

 

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Les tensions sino-américaines, sont une chance pour les entreprises européennes – Chronique aux Echos

23 Mar

Jack Welch a accompli chez GE un travail de titan en portant l’entreprise au firmament des capitalisations mondiales avant que le Net ne prenne son envol. Aurait-il pu éviter, s’il était resté en charge, la chute effarante qui a suivi son départ ? Cette chute de GE serait-elle représentative d’un focus excessif de l’Amérique sur la nouvelle économie qui est en train de pomper tous les talents et tout le cash ? Pour la petite histoire, il faut savoir qu’il avait toujours rêvé, sans y réussir, d’intégrer Microsoft dans GE.

 

Succès écrasants de la nouvelle économie

Ce ne sont peut-être que des coïncidences, mais, avant la crise de 1973, les bénéfices de General Motors (GM) dépassaient ceux de tous ses concurrents automobiles réunis à l’époque ; Boeing était deux fois Airbus. Rappelons-nous, GM, sous Obama, a mordu la poussière, et Boeing, aujourd’hui, semble bien mal en point. Dans le domaine électrique que couvre GE, le trio Siemens-Schneider-ABB a de bien meilleures parts de marché. C’est à se demander si les succès écrasants dans la nouvelle économie n’ont pas amené l’Amérique à négliger l’ancienne.

Pas besoin d’être grand clerc pour deviner que les tensions entre Chine et Etats-Unis ne vont pas cesser. Elles sont pour les entreprises européennes une chance immense de devenir leader dans ces métiers de base aux Etats-Unis. Or, ces métiers ont de longues durées de vie devant eux : on aura toujours besoin de se loger, de se laver, de se déplacer et de se nourrir ; il y a une opportunité à saisir pour l’Europe dans ces domaines où ses entreprises excellent. Et avec deux points d’ancrage forts en Europe et aux Etats-Unis, les stratégies de leadership mondial se présenteront sous un jour autrement favorable.

Encore faut-il que nos dirigeants européens comprennent que les entreprises ne sont pas des mauvais élèves qui ne pensent qu’à monter les prix et à payer moins d’impôts, mais qu’elles sont le levier sur lequel ils peuvent s’appuyer pour souder et motiver tous les Européens autour de projets motivants comme la construction de grandes entreprises mondiales.

 

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L’Europe et ses discrets champions industriels – Chronique aux Echos

13 Mar
Après avoir empêché la constitution d’un certain nombre de leaders mondiaux potentiels à base européenne, sous prétexte de protéger à court terme les prix et les consommateurs, l’Europe est en train de comprendre qu’avoir des champions solides sur son sol n’est pas la plus mauvaise des affaires.

Le plus brillant, c’est le plus discret ! Si dans la rue, on demandait aux passants qui est ASML, personne ne saurait dire. C’est pourtant une société qui capitalise 120 milliards d’euros, c’est-à-dire plus qu’Airbus, Siemens ou Volkswagen !

ASML est une société hollandaise, leader mondial des « steppers », ces machines qui servent à fabriquer les microprocesseurs ; le « stepper » concentre dans ses entrailles les technologies les plus avancées à l’oeuvre sur la planète. Ses clients ont pour nom Intel, Samsung, TSNC, les plus grands fabricants de microprocesseurs. Ses concurrents, Nikon et Canon, sont des icônes au Japon. ASML vient de prendre le leadership en réussissant grâce à une technologie unique à graver plus fin qu’elles.

On doit cette société à la ténacité de Philips, qui a tenu bon quand il fallait investir fort, effort d’autant plus méritoire qu’elle avait, à l’époque, de gros problèmes. Parler d’ASML est utile, car on peut dire aux Européens qu’ils sont capables d’avoir des leaders mondiaux dans les technologies les plus sophistiquées ; avec des entreprises comme celle-là, l’Europe détient une arme phénoménale vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine puisqu’elle est capable de faire et défaire le champion de l’industrie qui contrôle tout le numérique. Laissons cette entreprise travailler dans la tranquillité, car la concurrence japonaise ne restera pas inactive. Il était utile, ne serait-ce qu’un court instant, de lever le voile sur la performance extraordinaire des Hollandais et, du coup, de dire aux Européens qu’il y a chez eux des merveilles et qu’ils peuvent tenir leur place sur le plan technologique dans le concert mondial.

Concurrence : les trois erreurs de l’Europe – Chronique aux Echos

10 Mar

La première liaison TGV aux Etats-Unis entre Houston et Dallas va être exploitée par la Renfe , l’équivalent de la SNCF espagnole, les infrastructures étant construites par Salini Impregilo, un groupe italien. Encore un signe qui montre à quel point les métiers se mondialisent et qui rappelle à la Commission européenne l’énorme bourde qu’elle a commise en refusant la fusion Alstom-Siemens .

Cantonnons-nous à la production (le cas de la distribution étant différent) : la première erreur de la Commission est d’avoir mesuré la concurrence sur un territoire beaucoup trop restreint. Aujourd’hui, le terrain n’est plus le pays ni le continent mais le monde ; la deuxième erreur, c’est d’être en retard d’une guerre : l’Amérique et la Chine cherchent aujourd’hui systématiquement à susciter des leaders nationaux de taille mondiale, fût-ce au prix de fortes parts de marché local. La troisième erreur est d’avoir des conseillers qui utilisent encore les courbes traditionnelles d’offre et de demande comme support conceptuel. Celles-ci sont dépassées : elles expliquent qu’il vaut mieux avoir de petits concurrents qui s’étripent avec de petites marges, alors qu’aujourd’hui une industrie concentrée à cause de l’effet d’expérience a des coûts plus bas. Même si son leader a des marges confortables, le prix de marché lui aussi est plus bas.
Pourquoi les Etats-Unis ne construisent pas des TGV ?

Le grand Charles souhaitait que les Européens fassent de grandes choses en dehors d’Europe, et bien il serait fier de la Renfe et de Salini Impregilo ! Au passage, si la direction générale de la SNCF n’était pas constamment empêtrée à gérer nos grèves, elle aurait pu être sur ce deal. Quant à la Commission, en espérant que la leçon a été comprise, on pourrait lui suggérer de faire évoluer sa mission et de lui demander non plus de s’occuper des prix, mais, métier par métier, de rapprocher les concurrents européens pour créer des vrais leaders capables d’affronter la concurrence mondiale. Ce serait une façon efficace de faire l’Europe.

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5G : l’Europe a une carte à jouer – chronique aux Echos

20 Fév

Il est curieux qu’il y ait si peu de papiers pour expliquer que Nokia et Ericsson ont l’opportunité de prendre un leadership mondial dans la 5G. Quand on regarde les chiffres, ils sont pourtant bien placés : d’après « The Economist », au troisième trimestre 2019, ils possédaient 34 % de parts de marché mondial en installation, devant Huawei à 30 % et Samsung à 23 %.Le conflit entre Huawei et Trump leur ouvre les portes du marché américain. Il y a des adaptations techniques à réussir, voire un industriel américain à acheter, mais ce n’est pas le bout du monde pour des entreprises de cette taille, habituées aux problématiques des marchés mondiaux.

En toute objectivité, l’Amérique devrait être favorable à la constitution d’une couche de savoir-faire indépendante (fût-elle européenne) dans la longue chaîne qui mène des Gafa aux consommateurs finaux. L’Amérique ne représentant que 25 % du PIB mondial et l’Asie croissant plus vite, ce taux baissera forcément. Elle devrait comprendre qu’une Europe solide technologiquement et économiquement est un facteur d’équilibre qui n’est pas à leur désavantage. William Barr, ministre américain de la Justice, vient d’ailleurs de passer des messages allant dans ce sens, même s’il verrait bien du capital américain dans Nokia ou Ericsson. Concernant la Chine, les Chinois sont capables de comprendre le discours suivant : « Les bonnes affaires sont équilibrées, d’accord pour laisser prendre une part du marché européen à Huawei à condition que Nokia et Ericsson aient la même en Chine. » Les champions mondiaux européens sont souvent partis de positions inférieures à celle qu’ont Nokia et Ericsson aujourd’hui. Une petite incidente : Huawei a certes fait un parcours exceptionnel, mais l’affaire n’est pas cotée et distribue un fort dividende à ses actionnaires qui sont tous ses salariés. C’est donc un concurrent qui a lui aussi ses contraintes. Nous avons donc là un beau terrain de jeu qui va permettre de voir si les pays européens sont capables d’investir collectivement pour s’affirmer sur un sujet majeur.

 

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