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Les cols blancs à l’aube d’une nouvelle révolution – Les ECHOS

19 Sep

Le télétravail n’a pas attendu la pandémie pour démarrer : on estime qu’il représentait avant son déclenchement près de 4 % des emplois aux Etats-Unis. Le Covid l’a fait exploser puisqu’il concerne actuellement à peu près 50 % des employés de bureau et que la seule plateforme Zoom a recensé, en avril 2020, plus 300 millions de participants aux réunions quotidiennes. Il est beaucoup trop tôt pour savoir si la tendance est durable puisque certains employeurs (Twitter), pour ne citer que des noms légendaires, considèrent qu’on ne reviendra pas en arrière, alors que d’autres (Netflix) demandent à tous leurs employés de revenir au bureau. Le problème posé est pour l’entreprise quasi existentiel : que devient la culture de l’entreprise si on se rencontre beaucoup moins ? Quid de la créativité, qui se nourrit du frottement des idées et donc des rencontres ? Il est bien trop tôt pour conclure.

Arrêt des fausses pistes

Une chose est sûre, une réflexion profonde sur le travail des cols blancs est devant nous. Ce qui est en jeu, c’est à la fois le droit du travail – si on a son bureau à la maison, on peut travailler plus longtemps puisqu’on économise sur les trajets – mais aussi l’architecture des bureaux – si on travaille deux jours chez soi et trois jours dans l’entreprise, on économise 40 % de la surface de bureau. La demande de transports dans les villes se trouve réduite dans les mêmes proportions au moins à certaines heures. On est donc sur un sujet très lourd ! Face à des problèmes de cette ampleur et de cette nature, aucune intelligence, aussi pointue soit elle, n’est capable de dire où il faut aller. La vérité, c’est que dans un monde qui bouge, la sécurité est dans la souplesse et la capacité de tous à se remettre en cause. C’est par l’expérimentation, l’extension de ce qui marche et l’arrêt des fausses pistes qu’on avancera. Les pays où les partenaires sociaux auront des attitudes bienveillantes, créatives et constructives marqueront des points décisifs sur tous les autres.

 

 

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L’égalité, une passion française bien mal comprise

10 Sep

Dans son livre « L’égalité, un fantasme français », Michel de Rosen amène son lecteur à réfléchir au mot « égalité ». Il part d’un constat étonnant, les Français sont les seuls à parler d’égalité dans leur devise nationale. Ailleurs, on parle d’unité, de Dieu, de travail, de peuple, de liberté, de paix, de force, de progrès, d’ordre ou de dignité mais pas d’égalité. L’égalité est donc une passion bien française… mais y a-t-il vraiment consensus sur sa définition ? Alors que la Constitution parle clairement d’égalité de droit, un grand nombre de Français pense « qu’égal en droit » veut dire « pareil en fait », comme le notait très justement Alain Peyrefitte. La garantie d’égalité que donnerait la nation par sa devise pousse un certain nombre de nos compatriotes vers la pente de l’égalitarisme au risque de leur faire oublier les devoirs qu’ils ont envers elle. Comme nous sommes à un moment critique de la construction de l’Europe, il est important que les Français connaissent mieux la vision de nos voisins sur le sujet. Dans le nord de l’Europe, qui correspond, en simplifiant, au groupe des fourmis (par opposition aux cigales du sud), la liberté et la solidarité sont les pierres angulaires de la société ; mais il y a une nuance : la solidarité va avec une exigence vis-à-vis des personnes aidées : « Vous êtes en difficulté, on l’a compris, la communauté vous aide, mais vous demande des efforts en retour. » On parle de devoir et de dignité plutôt que de droit et d’égalité. Si on reste factuel, ces pays ont produit des systèmes sociaux plus frugaux mais en définitive plus efficaces parce que le chômage y est bien moindre que le nôtre et que les comptes sociaux étaient avant la crise en équilibre, voire en excédent. Une réflexion partagée sur le sens profond de l’égalité, qui a des conséquences pratiques sur la nature des systèmes sociaux serait un exercice utile pour nous, Français, et permettait de construire une Europe plus cohérente et plus efficace.

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Opinion Les Échos : Veolia-Suez ou la réussite du système français des concessions

7 Sep

Devenir leader de son métier en partant d’un pays qui fait 4 % du PIB mondial n’est pas évident. C’est pourtant ce que promet un éventuel mariage entre Veolia et Suez, deux groupes qui ont construit leur savoir-faire et leur taille mondiale grâce au système français des concessions, écrit le professeur de stratégie Xavier Fontanet. Un exemple qu’il faut reproduire.

 

Idée somptueuse que celle de Veolia, qui vise la prise de contrôle de Suez en achetant la part d’Engie. Il créerait ainsi un leader mondial de la gestion de l’eau et du traitement des déchets. Engie, de son côté, trouverait ainsi les liquidités lui permettant de développer ses métiers liés à l’énergie. Timing parfait en cette période pour ces métiers situés au coeur de la révolution énergétique et de l’amélioration de notre environnement, métiers qui vont demander d’énormes investissements.

A ce stade, il est utile de rappeler que si ces deux entreprises sont aujourd’hui parmi les leaders mondiaux de la gestion de l’eau, c’est parce que la France a été le premier pays à appliquer aux services de l’eau, il y a plus de cent cinquante ans, un système de concessions. C’est-à-dire un système dans lequel l’Etat ne « fait pas lui-même » mais délègue une de ses activités au privé en contrôlant la qualité de la prestation du concessionnaire par une gestion de contrats soumis régulièrement à appel d’offres. C’était une innovation juridique et conceptuelle à l’époque, elle a permis à la France de donner de l’avance à ses entreprises que l’on retrouve aujourd’hui en tête des classements mondiaux. Ce qui est intéressant dans cette affaire, c’est que ça s’est passé à Lyon en 1853 (d’où la Lyonnaise des Eaux, devenue Suez). L’idée est donc venue d’une région et s’est ensuite déployée dans toute la France, comme quoi les bonnes idées ne viennent pas forcément du centre et l’expérimentation locale peut être un moyen efficace de faire évoluer les choses.

Le développement mondial qui a suivi a été source de progrès pour ces entreprises, parce que, en signant des concessions partout dans le monde, elles ont eu à résoudre toute une série de problèmes nouveaux que leur posaient les clients. Or il n’est pas de meilleur entraînement que de travailler en Chine, au Brésil et de se confronter aux meilleurs mondiaux loin de chez soi. Les difficultés sont l’équivalent des aspérités d’une muraille qu’un grand grimpeur utilise pour progresser. Ces progrès, dont les clients français ont bénéficié, auraient été impossibles si ces entreprises étaient restées des établissements publics français dont la stratégie n’est pas de conquérir le monde.

Devenir leader en partant d’un pays qui fait 4 % du PIB mondial n’est pas évident. Cet exemple montre l’excellence de notre sphère publique (dans le cas qui nous occupe ici, celle de nos ingénieurs des Mines et des Ponts). Il a aussi valeur de symbole et donne le moral quant à nos capacités à nous, Français, de nous débrouiller dans la concurrence mondiale. Il montre enfin l’intérêt qu’il y a à étendre le champ géographique d’organisations dépendant de la sphère publique quand elles sont efficaces.

En cette période ou des changements profonds vont intervenir, il faut s’inspirer de ce cas exemplaire et réfléchir à la possibilité d’européaniser certaines des grandes administrations ou des grands services publics ; ça permettrait de baisser les coûts, d’améliorer les prestations et pourquoi pas, « en même temps », de construire l’Europe.

Pourquoi ne pas lancer l’idée, par exemple, d’apporter France Télévisions à (hypothèse de travail) TF1 ou Bertelsmann, contre des actions du nouvel ensemble et donner à la nouvelle organisation une concession de chaîne publique d’information pour ce qui concerne la France. On gagnerait sur tous les tableaux : création d’un groupe européen puissant, économie pour le budget de l’Etat et qualité de service si les contrats de concession sont bien conçus et bien suivi par la puissance publique. Ce n’est là évidemment qu’un exemple parmi bien d’autres.

La concession est un concept puissant qui permet à l’Etat de se reconcentrer sur ses fonctions essentielles, celles par lesquelles il s’est construit au fil des siècles, celles dont on ne peut sous-traiter l’exécution : la police, la justice, l’armée et les affaires étrangères. Le travail à effectuer en ce moment dans ces domaines est rude et immense, on le voit tous les jours avec les dérapages en matière de sécurité et d’application des règles les plus élémentaires de justice. L’efficacité du domaine régalien est clé si on veut installer la confiance, qui est en dernier ressort la condition du redémarrage de l’économie plus que l’argent lui-même. Le succès de ces expériences de concessions, illustré par nos entreprises d’eau et d’environnement, doit encourager notre Etat à faire confiance à notre sphère privée pour gérer l’économie.

 

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Invité dans l’émission PériScope sur LCI

5 Sep

Pascal Perri propose chaque jour de la semaine un débat sur un thème de l’actualité économique qui fait parler. Face à lui, un contradicteur avec qui il échange sans concession, pour une discussion placée sous le signe de l’expertise.

Retrouvez l’émission en podcast en cliquant ici

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Un choc de confiance pour réussir la relance

4 Sep

Après le confinement et la parenthèse des vacances on rentre dans le dur ! Le gouvernement a bien fait de mettre des liquidités dans l’économie (sans toutefois expliquer suffisamment qu’il faudra les rendre). Il a bien fait de pousser l’Europe à resserrer les rangs avec son plan de relance. Suite à ces deux mouvements puissants, les Français doivent se remettre à consommer pour faire tourner leurs entreprises et y investir leur (abondante) épargne pour améliorer la compétitivité de L’économie. C’est leur devoir et leur responsabilité. Le gouvernement, ne doit-il, – non pas pour le court terme, il est dans l’action – mais pour le moyen terme, se poser un certain nombre de questions sur son rôle ? N’est-il pas, peut-être parce qu’il ne fait pas assez confiance à ses concitoyens, sur trop de fronts, avec le risque de faire des erreurs ? Peut-il imaginer de sortir du paritarisme, ce ménage à trois, unique en Europe, qui a fait croire, à nos syndicats, que l’argent tombe du ciel, avec pour résultat une enflure de la sphère sociale qui épuise les entreprises et creuse un déficit public insoutenable ? Ne devrait-il pas comme, l’ont fait nos voisins européens, laisser syndicats et patronat gérer les caisses sociales y compris celles de retraite ? Il pourrait leur expliquer que sa dette est trop élevée et qu’il n’a plus les sous pour combler les trous. Ca rééquilibrerait les comptes publics et le mettrait en position de rembourser les dettes… façon de donner l’exemple aux cigales du Sud, pour rassurer les fourmis du Nord et solidifier l’Europe. Il pourrait alors, en cette période troublée, à l’intérieur comme à l’extérieur, se concentrer sur sa première et sa plus noble responsabilité, la gestion du domaine régalien ? S’il réussit, mieux qu’il le fait aujourd’hui, à en faire régner la justice et à assurer leur sécurité aux citoyens, il renforcera d’un coup la confiance que ceux-ci doivent avoir dans la société qu’ils forment. L’économie, alors, tournera beaucoup mieux ! La confiance c’est le sentiment qu’on a quand on ressent dans une équipe quand chacun tient son rôle efficacement ; c’est l’affaire des citoyens qui doivent se prendre en main, mais c’est aussi l’affaire de la puissance publique qui doit leur faire confiance pour gérer leurs propres affaires et créer le cadre permettant à chacun de s’épanouir. C’est notre capacité à l’installer et la faire durer qui sera déterminante dans les années qui viennent. C’est sur ce terrain que va se jouer la partie.

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Pour un nouveau contrat de travail dans l’automobile

29 Mai

Le plan de soutien à l’automobile annoncé cette semaine par le gouvernement aurait dû être conditionné à une modification de l’organisation du travail.

 

« Pour les salariés, aujourd’hui, il n’y a strictement rien du tout’, a déploré cette sur france info Jean-Pierre Mercier, délégué syndical CGT du groupe PSA Peugeot Citroën.

On croit rêver… La société est en train de faire un effort considérable pour aider le secteur automobile et certains syndicats ne veulent même pas le reconnaître.

Dans d’autres pays le gouvernement aurait exigé une réciprocité non pas sur la politique industrielle, comme ça a été le cas, mais sur l’organisation du travail.

Une bonne connaissance de la conception des rapports sociaux en Allemagne aurait donné des idées. L’idée à prendre, qui aurait pu être négociée, est celle du contrat CDI à temps variable, contrat imaginé par Peter Hartz sous gouvernement Schröder, contrat qui a permis de sauver Volkswagen de la déroute au début des années 2000

Il s’agit pour l’employé et son employeur de s’accorder sur une flexibilité du temps de travail hebdomadaire. Celui-ci peut varier d’un minimum de 4 × 7 heures (28 heures par semaine), à 5 × 9 (45 heures). La compensation de cette flexibilité est un intéressement très musclé (qui a représenté chez Volkswagen jusqu’à 30 % du salaire annuel). Pour ceux qui veulent aller plus loin dans l’association du travail au capital, elle peut prendre la forme d’une distribution régulière d’actions de l’entreprise.

Ce type de CDI inauguré en 2005 a fait ses preuves lors de la crise de 2008 et a considérablement renforcé l’économie allemande en particulier le secteur l’automobile en lui permettant de supporter mieux la crise.

Voilà qui marque une évolution positive du capitalisme avec une participation renforcée à la prospérité de l’entreprise. Sans compter qu’il y a là une des solutions au problème de la retraite dans le cas d’une rémunération sous forme d’actions, puisque le collaborateur qui choisit l’accès au capital se constitue un pécule qui peut être très significatif.

Il est toujours temps de bien faire les choses : un conseil à donner à nos acteurs du paritarisme serait d’aller repérer les bonnes pratiques en dehors de chez nous et les adopter. Ce serait une façon de tisser des liens entre pays européens, liens fort utiles si nous voulons construire une Europe solidaire et plus résiliente aux chocs conjoncturels.

 

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On ne relocalise pas en claquant des doigts – Chronique aux Echos

22 Mai

À l’occasion de cette crise, on redécouvre les bienfaits de l’industrie et on réclame des relocalisations. Mais celles-ci ne se décrètent pas. C’est le client, in fine, qui décide rappelle Xavier Fontanet. D’où la nécessité d’aligner nos charges-trop lourdes- sur celles de nos voisins.

 

Après avoir rêvé d’un pays sans usine reposant sur la recherche le tourisme et la culture, on est en train de se rendre compte que l’industrie est source de prospérité pour les pays comme les nôtres.

On parle donc de relocalisation, très belle idée. Mais ce n’est pas en claquant les doigts que les usines vont soudainement repeupler les territoires

Il faut rappeler d’abord que ce n’est pas le patron qui délocalise mais le client. Les entreprises se relocalisent là où sont leurs concurrents tout simplement pour… survivre. Si on cherche un responsable c’est le client

Il y a le cas des métiers très simples dont les équipements sont facilement achetables sur le marché mondial. Ils se localisent dans les pays lointains à main-d’oeuvre peu formée et pas chère. C’est la moitié des cas. Mais il y a aussi un autre cas très répandu, celui de la localisation des usines dans les pays voisins où les salaires sont proches mais les impôts et charges plus faibles.

En France, ou La sphère publique représente 57 % du PIB, un producteur ayant un coût hors taxe de 100 € verra son coût complet monter à 232, le même produit sortira à 178 dans un pays où elle est à 44 %. L’écart est donc de 30 % écart mortel qui est la deuxième cause de délocalisation

D’un côté c’est la banalisation de la technologie, de l’autre l’enflure de l’Etat, quand le jockey pèse plus lourd que le cheval, on ne gagne pas le Grand Prix

Dans le premier cas la relocalisation est possible. Il y a d’ailleurs des facteurs favorables comme la personnalisation qui modifie les chaînes logistiques calées sur du prêt à porter, le fait que les salaires dans les pays lointains montent et l’arrivée des robots et imprimantes 3D. Mais il ne faut pas se bercer d’illusion : la relocalisation supposera beaucoup de capital et aussi beaucoup de formation permanente pour le personnel.

Dans le deuxième cas les sphères publiques (régalienne, sociale régionale) devront chacune adopter un régime jockey

Soyons concrets la relocalisation ne se fera vraiment que si l’Etat français aligne ses taxes sur la production et les salaires sur le niveau de ses voisins européens. Sinon dans un monde plus difficile avec le coronavirus les fermetures d’usines dans beaucoup de secteurs vont s’amplifier.

 

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L’actionnariat salarié, solution de sortie de crise pour ne pas ressusciter l’ISF

20 Mai

Ancien PDG du groupe Essilor, Xavier Fontanet est aujourd’hui éditorialiste et professeur affilié à HEC, où il enseigne la stratégie. Dans cette tribune pour Le Figaro, il détaille les actions à mener pour relancer l’activité à long terme.

«On rentre dans une période décisive qui va demander de réfléchir, comme plusieurs personnes le suggèrent, à un nouveau contrat social car les challenges que nous avons en face de nous sont immenses et ne peuvent pas être traités de façon satisfaisante dans le cadre actuel. Commençons par caractériser les défis, en simplifiant, ils sont au nombre de trois.

 

D’abord, à court terme, il va falloir gérer un trou d’air dans l’économie car le confinement crée un choc immense dans la restauration, le tourisme, la construction et l’industrie; même si certains secteurs tiennent comme l’alimentaire et les communications, l’économie dans son ensemble est secouée. Il est ensuite à peu près sûr que suivra dans un bref délai une accélération violente et donc une surcharge temporaire de travail. Voilà pour le court terme.

Ensuite, à plus long terme, il est absolument évident que des pans entiers de l’économie vont décroître concomitamment à l’apparition de nouveaux secteurs. Il y a donc un problème de formation permanente, problème qui contient une gigantesque opportunité si on s’y prend bien.

 

A long terme, il est évident que des pans entiers de l’économie vont décroître concomitamment à l’apparition de nouveaux secteurs. Il y a donc un problème de formation permanente

 

Il faut trouver enfin une compensation pour rémunérer les efforts que cette nouvelle stratégie va demander à tous.

La première idée serait de s’inspirer des CDI à temps variable imaginés par le duo Hartz/Schroeder en Allemagne au début des années 2000. Il s’agirait pour l’employé et son employeur de s’accorder sur une flexibilité du temps de travail hebdomadaire. Celui-ci pourrait varier d’un minimum de 4 × 7 heures, soit 28 heures par semaine, à un maximum disons de 5 × 9, soit 45 heures. Ce nouveau type de CDI a fait ses preuves depuis 15 ans en renforçant considérablement l’économie allemande.

La deuxième idée serait de regarder du côté de Singapour. Dans sa dernière allocution, son premier ministre a expliqué à ses concitoyens que des pans entiers de l’économie allaient être remplacés par de nouveaux métiers. Il s’agit donc de former une partie importante de ceux qui sont aujourd’hui au travail: ceci peut se faire en accordant un crédit formation significatif, crédit utilisé chaque année en accord avec l’entrepreneur en assurant une compatibilité entre le temps de travail et le temps consacré à la formation. Le système est d’ailleurs en place en France actuellement, il suffit de l’amplifier.

La troisième idée, la touche française, c’est évidemment de trouver une compensation intelligente à cette modification substantielle du contrat de travail; elle est toute trouvée, c’est l’actionnariat salarié, domaine dans lequel la France est en tête dans le monde. Les salariés qui accepteraient ce changement de contrat de travail se verraient octroyer (dans des conditions à négocier) une part du capital de l’entreprise.

 

« Il est 100 fois plus intelligent de passer directement du capital au personnel en créant la motivation dans l’entreprise plutôt que d’utiliser la case fiscalité qui décourage et crée l’exil »

Cela marquerait une évolution positive du capitalisme qui permet une participation renforcée de tous à la prospérité de l’entreprise. Sans compter qu’il y a là une des solutions au problème de la retraite dans le cas d’une rémunération sous forme d’actions, puisque le collaborateur se constitue au fil des ans un capital qui permet de l’augmenter dans des proportions considérables, et ce quel que soient les crises financières temporaires, comme le démontrent les entreprises qui ont pratiqué l’actionnariat salarié depuis longtemps.

Et les fonctionnaires, dira-t-on? Très simple, ils pourront eux aussi cotiser dans un fond diversifié composé d’actions d’entreprises françaises ou européennes à fort actionnariat salarié; ils seront ainsi motivés au bon fonctionnement de nos entreprises .

L’avantage de cette dernière formule serait de répondre à tous les gens qui rêvent de ressusciter l’ISF, ce même ISF qui a contribué à épuiser la France, la priver de capital et de talents; on ne rappellera jamais assez que l’entrepreneur est un bien précieux pour un pays et qu’il est 100 fois plus intelligent de passer directement du capital au personnel en créant la motivation dans l’entreprise plutôt que d’utiliser la case fiscalité qui décourage et crée l’exil.

Avec les grèves insensées de la CGT utilisant des secteurs détenant un monopole dans des services essentiels pour pourrir la vie de leur concitoyens et chercher à influencer le parlement, on se rend bien compte que le paritarisme est à remettre à plat: voilà une bonne occasion d’y travailler».

 

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Apprendre le monde globalisé aux jeunes Français

6 Mai

LE SITE EDUC’FRANCE

et son chapitre « L’école d’après », une série d’initiatives qui proposent des outils concrets de réflexion et de progression pour l’après-confinement. Formation des professeurs à distance, interviews d’experts, amorce d’une réflexion commune autour de la nécessité plus que jamais perceptible de libérer l’école des carcans qui l’épuisent.

 

Écoutez l’émission enregistrée pour le site EDUC’FRANCE, en cliquant sur l’image ci-dessous

 

 

 

La reprise, la Chine, l’Europe : la vision d’un entrepreneur – Interview pour la Fondation Charles De Gaulle

3 Mai

Que penser de la situation sur un plan économique et entrepreneurial ?

Il est difficile de parler de façon générale sur un sujet si vaste, aux contours si nombreux et dans des circonstances si incertaines. Je me contenterai donc de prendre successivement trois angles d’attaque.

Je commencerai par donner mon sentiment sur les conditions de la reprise de l’économie, je partagerai ensuite avec vous quelques considérations sur la Chine, première économie mondiale à ce jour. Enfin, dans une troisième partie, je donnerai mon avis sur les conditions dans lesquelles l’Europe peut tirer son épingle du jeu sur le plan économique dans le contexte mondial.

La reprise

Le confinement et son arrêt sont des décisions régaliennes qu’il faut respecter, La question qui se pose c’est de s’assurer que le redémarrage de l’économie se passe le mieux possible. L’économie n’a pas été détruite comme après une guerre, l’économie est simplement figée ; l’offre s’est effondrée parce que les gens ne travaillent plus et la demande s’est réduite à des biens essentiels. La mondialisation des productions et le concept de flux tendus ont permis une énorme économie de moyens qui a provoqué de fantastiques baisses de coût ; un grand risque a été pris, sans qu’on s’en rende compte, en termes de fragilité du système, c’est ce que l’on voit aujourd’hui avec la perturbation des chaines logistiques.

La sphère publique tient, en particulier la santé, qui fait un travail admirable (il n’y a pas de problème de recettes, c’est l’impôt qui y pourvoit). Du côté de la sphère privée, en simplifiant volontairement à l’extrême, la nourriture la pharmacie et la communication tournent. La production des biens physiques, en particulier d’équipement, la restauration, le tourisme et le transport de passagers se sont par contre effondrés. Les gouvernements et l’Europe ont mis en place des financements considérables, ce qui était nécessaire. Mais attention aux mots : ce n’est pas « l’argent de l’État que celui-ci met sur la table », c’est de « l’argent emprunté par notre génération que paiera celle qui suit. » Il faut donc être très précautionneux dans son utilisation. Il faut aussi expliquer que le démarrage ce n’est pas une affaire qui concerne uniquement l’État, elle concerne chacun de nous.

Reconnaissons-le, les Français ont été disciplinés, et grâce à ce comportement, les chiffres sont en train de s’améliorer ; il s’agit maintenant de passer à l’étape suivante et se remettre au travail. Les gestes qu’il va falloir adopter au travail ne vont pas être de nature totalement différente de ceux qu’il fallait prendre quand on faisait ses courses.  Le vrai sujet va être l’harmonie entre les syndicats, l’État et l’entrepreneur dans les décisions pratiques que supposera le déconfinement ; il faut que les trois fassent équipe. Il y aura des arbitrages difficiles, il faudra faire preuve de créativité et de pragmatisme car il n’y a pas deux entreprises identiques. La société tout entière court le risque que certains syndicats ou certaines administrations prennent des positions jusqu’au boutistes en s’appuyant notamment sur le principe de précaution ; ce sera facile alors de mettre tous les risques sur l’entrepreneur et d’en faire un bouc émissaire ; pire ce type de position déresponsabilisera à la fois le fonctionnaire et les syndicats. Il faut espérer pour le pays que ce type de blocage ne soit que l’exception.  Le Français a une énorme qualité, sa créativité et son sens de l’analyse ; il a un énorme défaut, qui est l’envers de cette qualité, il considère qu’il a fait son travail quand il a trouvé ce qui ne marche pas … sans pour autant proposer de solution. (C’est le témoignage de l’ancien dirigeant d’une entreprise française mondialisée qui a pu comparer les peuples dans son entreprise !).

On ne rappellera jamais assez qu’un climat de confiance dans une équipe ne s’établit que si chacun prend ses responsabilités. C’est ce que les Allemands ont réussi avec leur concept de « solidarité exigeante. » On est solidaire mais chacun se sent responsable du champ d’activité qui lui a été confié. C’est ce sentiment de partage de la responsabilité et du risque, ce sentiment que tout le monde est embarqué, qui en dernier ressort crée la confiance. Je suis convaincu que si on réussit à créer ce climat de bonne entente, l’économie redémarrera beaucoup plus vite que prévu !

La Chine

Ma deuxième considération va à la Chine. Le général de Gaulle est le premier homme d’État à avoir, le 27 janvier 1964, normalisé les relations entre la France et la Chine, ce fut une bombe diplomatique. Nixon poussé par Kissinger lui a emboîté le pas mais c’est de Gaulle qui a lancé l’idée. L’équilibre des forces politiques et économiques mondiales ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui sans la déclaration de 1964. Que dirait le Général s’il était vivant ? Nul ne peut le dire mais on peut chercher à imaginer sa position.

J’ai eu la chance de monter avec mes collègues d’Essilor en Chine une magnifique société, leader sur le marché. Cela nous a pris 25 ans, et pour moi 25 années de contacts quasi quotidiens et de nombreux voyages qui m’ont permis de mesurer à intervalles réguliers, l’effort gigantesque qu’a produit le peuple chinois.  Une des raisons qui explique cette incroyable énergie des Chinois (notamment au niveau politique) était la volonté de laver l’affront à la Chine que fut la guerre de l’opium. Il faut une voix forte qui explique aujourd’hui que l’attitude de l’Occident au 19 ème siècle était tout simplement indigne et que le succès actuel de la Chine a lavé cet affront. Il faut une voix forte pour expliquer le principe suivant qui devrait être universel : « une génération ne peut pas être tenue pour responsable des bêtises qu’a fait la génération précédente ». Le temps est donc venu de tourner la page.

Il va sans dire que la Chine, berceau de cette épidémie qui nous affecte tous, se grandira si elle adopte une attitude magnanime en acceptant de faire toute la transparence sur les conditions dans lesquelles les épidémies récurrentes ont démarré et se sont propagées. Elle pourrait proposer des joint-ventures avec des laboratoires ou des centres de recherche américains ou européens pour tirer l’affaire au clair et travailler ensemble sur des tests et des vaccins.  Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour prédire que de tels événements vont se reproduire et qu’il est désormais nécessaire d’avoir une industrie pharmaceutique capable de découvrir, dans des temps très courts, l’origine des nouveaux virus, d’où qu’ils viennent, pour développer rapidement les tests et les vaccins qui en viendront à bout.

L’Europe

Ma troisième considération c’est l’Europe. Le redémarrage de l’activité en France doit se faire en coordination avec nos voisins européens. Mais il y a un obstacle à surmonter : deux conceptions différentes sur la place de la sphère publique dans la société. Un Nord prospère avec des budgets publics à l’équilibre, des États raisonnablement endettés et contenus sous les 43% du PIB ; le modèle (en simplifiant) est l’Allemagne.

Les pays du Sud s’appuient sur une interprétation déformée des idées de Keynes pour justifier les déficits publics récurrents, ce qui conduit à des sphères publiques représentant jusqu’à 57 % du PIB comme en France. Le résultat est évidemment des déficits budgétaires chroniques entraînant mécaniquement une montée de l’État dans le PIB avec son corollaire inévitable la désindustrialisation. Excusez-moi de prendre cette image simple : le bon petit cheval français n’a aucune chance de courir aussi vite que ses concurrents tant qu’il porte un jockey beaucoup plus lourd que ses voisins. Sans compter que la montée des dettes réduit considérablement les marges de manœuvre de l’État. La crise vient de le démontrer éloquemment quand on voit le plan de soutien que peut débloquer l’Allemagne en gardant un endettement raisonnable.

L’Europe avancera ou reculera sur cette affaire. Pour que le Nord aide le Sud, Il faut un accord à court terme pour mettre ce qu’il faut sur la table afin de faire redémarrer l’économie. Mais pour que cet accord soit obtenu encore faut-il que notre Président et la Chancelière s’entendent sur la politique financière d’après. Le principe de solidarité exigeante, cher aux Allemands qui est la raison de leur retour à bonne fortune, veut qu’on aide, mais qu’en échange, la personne aidée respecte l’argent qui lui est octroyé. Notre président doit reconnaître que, comme le disait le Général (1) « dans un monde concurrentiel, il faut être compétitif. » Une économie ne peut pas être concurrentielle avec une sphère publique qui ne l’est pas, surtout quand celle-ci représente la majorité du PIB. Le geste emblématique serait de revenir ensemble sur le 3 % de Maastricht et dire que désormais le déficit cible c’est 0%. Un autre axe évident consisterait à se mettre d’accord pour construire ensemble des entreprises leaders européens comme l’ont été, par exemple, Airbus et SML (2) . Ces entreprises (il y en a beaucoup d’autres) montrent à quel point, quand on sait allier notamment les talents français, hollandais et allemands, on peut créer des leaders même dans les domaines les plus technologiques. On ne dit pas assez que l’Europe excelle dans de très nombreux domaines (l’automobile, l’énergie, le génie électrique, le contrôle de la pollution…)  Où elle peut créer des champions mondiaux.

Le Général expliquait que l’Europe se construira le jour où les Européens feront ensemble de grandes choses hors d’Europe. La chancelière et le Président ont la possibilité d’entrer dans l’histoire, simplement chacun doit faire un geste significatif : le risque de prêter d’un côté, les bonnes résolutions financières de l’autre. Précisons que ces bonnes résolutions ne sont pas de la rigueur (comme le disent les partisans des déficits récurrents) mais du bon sens. C’est exactement comme le régime que s’impose un sportif de haut niveau avant une grande compétition. Ce type de régime est d’ailleurs en train de faire ses preuves dans deux pays du sud, le Portugal et la Grèce !

Le décor est planté pour un accord historique. Mais tout reste encore à faire !

Entretien réalisé en avril 2020.

(1) Rappelons au passage que du temps du Général la sphère publique ne dépassait pas 30 % du PIB.

(2) Leader mondial des steppers, machines à fabriquer les microprocesseurs.

Retrouvez cet article dans son contexte sur le blog de la Fondation Charles De Gaulle

 

Xavier Fontanet