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Le dividende d’hier est l’emploi de demain

19 Nov

Tous les mardis, l’ancien chef d’entreprise et professeur de stratégie Xavier Fontanet décrypte les mécanismes de la vie économique et son évolution. Il montre cette semaine pourquoi rentabilité, croissance et dividende sont directement liés… au profit de l’emploi.

On raconte beaucoup de choses fausses dès que l’on parle de dividendes, notamment lorsque l’on vous explique que « le dividende, c’est l’actionnaire qui se sert aux dépens des employés ». Il y aurait une opposition irréconciliable entre l’intérêt de l’actionnaire et du salarié. Beaucoup se laissent abuser par la simplicité de l’argument, la faute en revenant en grande partie à la faiblesse dramatique de l’enseignement en matière d’économie. C’est en effet oublier un peu vite que si l’emploi existe, c’est parce que l’entreprise tourne et pour que celle-ci tourne, encore faut-il que quelqu’un ait mis du capital au départ et continue à le porter. Notons qu’en Allemagne, le mot « patron » n’existe pas, on parle d’Arbeitgeber, littéralement celui qui donne du travail… 

D’où d’ailleurs peut bien venir cette épargne si ce n’est de dividendes produits antérieurement par d’autres entreprises ? Dans la très grande majorité des cas, le dividende d’hier est le capital d’aujourd’hui. L’explication du dividende qui coûte de l’emploi ou du salaire est donc un peu courte et il faut dans ces affaires prendre une perspective de long terme et apprendre à raisonner de façon systémique. 

Le ratio entre activité et capital

Il y a un concept de base qu’on devrait expliquer dans toutes les écoles et donc à tous nos concitoyens, c’est le concept de rotation d’actif : une entreprise, pour fonctionner a besoin d’investissement ; toutes les analyses statistiques que l’on peut faire dans tous les pays du monde, sur tous les métiers et de tous temps, montrent qu’il y a proportionnalité entre l’activité mesurée par le chiffre d’affaires et l’investissement qui y est fait. Pour produire et vendre des voitures, il faut des usines, des réseaux de distribution et le financement des produits finis et des stocks ; pour produire deux fois plus de voitures, il faut deux fois plus d’investissements. Cette constance du ratio entre activité et capital investi que l’on nomme rotation d’actif est un outil que l’on n’utilise pas assez sur le plan pédagogique. 

Dès que l’on prend un peu de perspective, l’actionnaire et donc le dividende ne sont pas les ennemis mais les amis de l’emploi : il n’y a pas opposition entre l’économique et le social.

Quand une entreprise démarre, elle connaît en général une forte croissance, disons 30% par an. Ses bénéfices, par exemple, 15% de l’argent investi, sont inférieurs à l’investissement nécessaire pour assurer la croissance, 30% de l’investissement ; il faut donc injecter de l’argent à hauteur de 15% (15-30). Ce n’est que quand l’entreprise a atteint une stabilité, par exemple 5% de croissance, et qu’en conséquence ses besoins d’investissement baissent, que l’on peut commencer à retirer des liquidités, par exemple 10% (15-5) soit 10% du capital, somme qui représente 65% du bénéfice (10/15). Rentabilité, croissance et dividende sont donc directement liés.

La clé de l’emploi 

Le dividende n’est pas automatique car l’entreprise n’est pas toujours rentable quand la croissance baisse (elle n’est par exemple pas forcément leader sur son marché et n’a en conséquence pas de marges très élevées). Le dividende permet de retirer sa mise et bien sûr parfois beaucoup plus, mais cela ne va pas de soi. Dans une certaine mesure, on peut décrire ce dividende comme la récompense donnée par les clients à l’entreprise qui leur a rendu le plus grand service sur le cycle de vie du produit.

Il est évident que si l’on est dans un pays qui ne comprend pas le concept du dividende, dans un pays où les forces morales et politiques passent leur temps à le vilipender, dans un pays ou l’État le surtaxe, il y a très peu de chances que les épargnants investissent et fort à parier que l’emploi ne se développe pas. Dès que l’on prend un peu de perspective, l’actionnaire et donc le dividende ne sont pas les ennemis mais les amis de l’emploi : il n’y a pas opposition entre l’économique et le social. Antoine Riboud avait une merveilleuse formule en rappelant que dans l’expression « économique et social » le mot le plus important c’est le… « et » !

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Être fidèle à ses clients, une manière de servir le bien commun

8 Nov

Une entreprise qui soigne sa fidélité à l’égard de ses clients peut faire converger profits et concurrence vers le bien commun.

éfendre l’idée que l’entreprise contribue à l’intérêt général et au bien commun est une véritable gageure car on se fait aussitôt opposer la fameuse phrase de Milton Friedman : « Les entreprises sont là pour faire du profit. » Le profit a, dans nos sociétés une mauvaise image : certains le présentent comme le résultat de l’exploitation des travailleurs. Ceci existe sûrement dans certains cas mais ne peut pas expliquer le ressort des entreprises qui affichent de fortes croissances et des changements de taille significatifs sur longue durée. 

Profit et concurrence

D’autres l’expliquent comme résultat de la manipulation des clients à travers la publicité, faisant bien peu de cas de l’intelligence et de la capacité de ces derniers à défendre leur propre intérêt de consommateur. Il faut avoir fait soit même de la vente pour savoir à quel point les clients sont capables d’exercer leur jugement sur les actes d’achat qui les concernent directement. Plus généralement, quand on donne la parole à ceux qui dirigent (ou ont dirigé) des entreprises, ils vous disent qu’ils ne se reconnaissent pas dans ces visions simplistes. Pour eux, ce qui guide une entreprise c’est la quête de l’excellence des produits et des services rendus. Le profit est la récompense donnée par les clients à celui qui offre la meilleure prestation. Il est l’indicateur par excellence que l’entreprise est dans le vrai et le moyen qui lui permet de se développer face à ses concurrents ! 

La fidélité a, elle aussi, un petit côté ringard dans la période actuelle, elle est pourtant au cœur de la réussite des entreprises.

Concurrence, le mot est lâché ! La concurrence a elle aussi une mauvaise image : l’image du fort qui écrase le faible. On ne peut pas dans ces conditions fonder une société sur la concurrence. Les entrepreneurs vous diront là encore que leur perception est différente : la concurrence est bien sûr une ascèse de tous les matins, mais elle fait grandir les talents à l’image de ce qui se passe en sport entre les grands champions qui se stimulent les uns les autres. Elle est la traduction du mot liberté en économie. 

La fidélité de ses clients

Les entrepreneurs qui ont réussi à se développer beaucoup plus que les autres vous expliqueront tous que leur obsession a toujours été de s’assurer la fidélité de leurs clients parce que c’est elle qui permet de mettre les équipes de vente à la conquête de nouveaux territoires et d’assurer la croissance de l’entreprise. La fidélité (c’est de cela qu’il s’agit) a elle aussi un petit côté ringard dans la période actuelle, elle est pourtant au cœur de la réussite des entreprises. Intérêt particulier, concurrence, fidélité, voilà trois concepts qui, pour différentes raisons, n’ont pas forcément la cote. Ils sont pourtant au cœur du fonctionnement de l’économie et permettent, on va le voir, de tendre vers le bien commun.

Une entreprise qui garde ses clients (mais aussi ses employés et ses fournisseurs qui ont à cœur eux aussi de défendre leurs propres intérêts), alors que chacun, du fait de la concurrence, peut librement changer sa relation à tout moment, réussit ce petit miracle de rendre compatibles des intérêts particuliers et de les faire converger vers un état qu’on peut qualifier d’intérêt général. Le bien commun, ne peut être décrété par une seule personne, qui déciderait pour tout le monde. Sa quête est forcément une œuvre collective. Quand on y réfléchit bien, le « marché », peut, quand y règne une saine concurrence, être son plus efficace allié. C’est d’ailleurs pour cela que l’on n’a pas jusqu’ici, trouvé mieux et qu’il dure depuis si longtemps !

Cet article est paru sur le site Aleteia.

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L’attractivité : clef de la réussite des entreprises dans un contexte mondial

2 Juin

Dans un pays qui n’est pas attractif (impôts sont trop élevés, normes trop nombreuses, climat social tendu) les entreprises sont bridées.

Un jour de marché la semaine dernière en compagnie d’un couple étranger, devant la poste dans une petite ville de province nous tombons sur une porte close portant la mention : « Grève ». Des clients furieux, des mots pas toujours polis à l’égard de notre service public. Je suis moi-même gêné, je me rapproche du couple qui est dans la queue pour comprendre son problème : il a un paquet urgent à envoyer. Je lui conseille de me suivre jusqu’à la ville voisine.

Nous prenons nos voitures et nous nous retrouvons à la poste. Celle-ci est ouverte mais une bonne heure d’attente est prévisible, les clients sont furieux et le personnel tendu. En discutant pour faire passer le temps, je me rends compte rapidement que j’ai affaire à un couple d’industriels étrangers en vacances dans la région mais en prospection pour y installer une usine.

J’aurais aimé qu’ils aient une meilleure image de la France. Pas besoin d’être psychologue pour comprendre que la région n’est plus candidate pour l’installation de leur usine. La grève a probablement agi comme un puissant repoussoir d’emplois aux yeux d’une entreprise très compétitive.

On parle beaucoup de relance et d’investissement dans les métiers du futur… Très bien, mais ceci ne concerne qu’une toute petite partie du parc des entreprises. Ça va repartir mais tout dépendra de ce que fera la majorité d’entre elles.

Soyons clairs, elles vont continuer à vivre dans un environnement qui va rester mondial. Peut-être vont-elles relocaliser une partie de ce qu’elles ont délocalisé, mais la réinstallation ne se fera pas forcément dans l’usine dont les produits ont été retirés il y a vingt ans. Elles se relocaliseront dans le pays européen le plus attractif.

Tout le monde comprend que dans un pays qui n’est pas attractif (impôts sont trop élevés, normes trop nombreuses, climat social tendu) les entreprises sont bridées. Un tel pays aura peu de chances d’en attirer alors qu’il y a là une énorme source de nouveaux emplois. Les entreprises qui tiendront la route à terme savent que leur solidité passera par l’internationalisation qui suppose qu’elles soient implantées partout et donc embaucher partout.

On a raison de parler de compétitivité, qui relève de la responsabilité des entreprises, mais il faut aussi insister sur l’attractivité. Notre sphère publique a dépassé les 60 % du PIB. Elle représente plus de la moitié de la valeur ajoutée du pays, et il faut impérativement qu’elle soit compétitive. Là nous sommes clairement dans le domaine de la responsabilité du gouvernement, de l’administration et des syndicats. En tant que citoyen français travaillant dans le secteur privé, on se pose de graves questions. C’est en voyageant à l’étranger que l’on constate que beaucoup de pays disposent de services publics et sociaux qui rendent à leur population de meilleurs services qu’en France alors que leur part dans le PIB est de l’ordre de 45 %.

Il faut aussi avoir bien en tête qu’attractivité et compétitivité se renforcent. Un bel exemple est donné par Elon Musk qui a été attiré par la Californie et y a démarré trois affaires hyper compétitives. Il démontre que dès qu’un pays est attractif, se créent sur son sol des zones dans lesquelles les entreprises ont de grandes chances d’être très compétitives. Le cocktail attractivité/compétitivité y est détonnant. C’est la Californie, Singapour, les Pays-Bas et bien d’autres régions prospères. Tous ceux ayant une expérience mondiale vous diront que la meilleure façon de faire tourner l’économie de son pays est de veiller à l’attractivité de son territoire.

Il est évidemment bien plus valorisant pour un gouvernement de lancer le pays dans de grands investissements d’avenir que de s’attaquer aux dépenses et aux complexités administratives, surtout dans une économie que les banquiers mondiaux ont gavé de dette. C’est plus gratifiant que d’avoir une image de père fouettard ou de père la rigueur. Ces plans sont certes utiles dans certaines situations (encore faut-il viser juste) mais il ne faut quand même pas oublier que tout cet argent devra un jour être remboursé par nos propres enfants.

Le multiplicateur keynésien est de plus en plus contesté. La France l’applique depuis 50 ans et n’a pas fait la preuve qu’il fonctionnait. La Suisse qui joue au contraire des politiques de frugalité a vu son PIB par tête doubler par rapport au nôtre depuis la période où la dépense publique a augmenté et que les déficits ont été acceptés, c’est-à-dire en 1974.

Nos économistes étant de moins en moins d’accord sur les remèdes, revenons au gros bons sens et rappelons-nous le proverbe paysan : « chacun son champ et les vaches sont bien gardées ». Que l’État travaille sa compétitivité, qui est la meilleure façon d’améliorer l’attractivité du pays, les entreprises seront assez grandes pour s’occuper de la leur et le reste viendra par surcroît !

Xavier Fontanet

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Dette covid : 8 conseils pour la rembourser

31 Mar

Un article paru dans CONTREPOINTS

Rembourser la dette ne se fera pas y en affectant une recette et en impliquant une seule population, fut-elle celle des entreprises : c’est l’affaire de tous !

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a suggéré récemment que les impôts sur  les bénéfices des entreprises soient utilisés pour rembourser la dette covid du pays :

« Les entreprises vont rendre ce qu’elles ont réussi à obtenir grâce à la protection de l’État[…] c’est une solution juste et efficace qui mérite en tout cas d’être étudiée. »

J’avoue que le propos m’a laissé pantois mais que je l’ai mis sur le compte de la fatigue.

En revanche, le ministre a été impeccable en réaffirmant fermement qu’une dette devait être remboursée.

Les paragraphes qui suivent visent à indiquer autant de pistes et réflexions fondées uniquement sur le bon sens et l’observation. Oublions pour un temps les discours des économistes en rappelant que Friedrich Hayek regrettait l’idée même d’un prix Nobel d’économie car selon lui cette science n’était pas assez établie pour en faire l’objet. Il craignait que ce prix donne trop de poids à ses récipiendaires.

1) L’exemple de l’Argentine

Le premier conseil que je donnerai est de communiquer sur ce qu’a été en 2004 la crise en Argentine, en citant les témoignages de ceux qui ont effectivement vécu dans leur chair cette effroyable période. Ceux qui ont travaillé dans des multinationales ont pu voir les choses de près à travers les filiales argentines.

Une fois la défiance sur la dette installée, il faut financer la perte de l’année et on ne peut pas en émettre de nouvelle pour assurer les remboursements. Le manque de cash est donc le double des calculs habituels.

Ce sont les fonctionnaires qui souffrent le plus. Ils pensent être protégés par leur statut, mais dans le cas d’une telle catastrophe cela ne tient absolument plus. Les baisses de salaires de la fonction publique sont allées jusqu’à 50 %. Les seuls qui ne subissent pas de pertes de revenus sont les militaires et les policiers.

Les dégâts sont épouvantables dans les hôpitaux à cause de la pénurie de médicaments.

Les retraités meurent au fond des campagnes car ils ne perçoivent plus leurs pensions.

Le secteur privé se débrouille tant bien que mal en ayant recours au troc.

Il serait très utile que chaque Français, et en particulier chaque fonctionnaire ait ces faits à l’esprit pour bien comprendre qu’il ne faut pas laisser la situation déraper. Tout le monde est concerné, absolument tout le monde.

2) Abandonner l’idée de l’impôt sur la fortune

Que les riches payent ! Un certain nombre de militants parés du titre d’économiste instrumentalisent la crise pour pousser leurs pions.

L’ISF sur les parts de sociétés ce sont trois milliards d’euros, et il faut 300 milliards. Le compte n’y est pas…. Les dégâts de l’ISF ont été mal mesurés parce que c’est un poison lent qui se diffuse dans l’économie. Force est cependant de constater que lorsqu’il a été supprimé par le Président Macron, l’exil fiscal a cessé, ce qui a expliqué une partie de la reprise économique avant la crise. Le bon sens commande de ne pas rouvrir ce dossier.

3) Le remboursement de la dette

Il ne peut être que l’effet d’un excédent budgétaire global issu de la conjugaison du retour de la croissance et de la diminution des dépenses publiques. Le retour de la croissance ne sera pas suffisant puisque même durant les bonnes années le budget était largement en déficit. Les deux sont indispensables.

4) Le dérapage des dépenses publiques

La première dérive est celle des dépenses sociales. Les Français partent beaucoup trop tôt à la retraite (séquelles de la décision de Mitterrand en 1983). Il faut faire comme nos voisins européens et partir au plus tôt à 67 ans.

La deuxième dérive est celle autour de l’emploi et de la préférence affichée à l’époque de Jospin pour un chômage bien rémunéré. À la même époque, les Allemands disaient : « il vaut mieux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage même bien payé à la maison ». Trop nombreux sont ceux qui n’ont pas intérêt à travailler car ils perdent le bénéfice de leurs aides en cas de retour à l’emploi.

Le dernier gisement d’économies est évidemment la décentralisation qui a débouché sur la création d’un millefeuilles régional très coûteux. Un bon coup de balai est nécessaire en s’inspirant de ce qu’ont fait les pays voisins dont la décentralisation est beaucoup plus efficace.

5) Vendre des actifs

C’est une solution à envisager. L’État français en est propriétaire pour 1100 milliards. C’est largement plus que les 300 milliards de la dette. On nous expliquera qu’il est très difficile de vendre les actifs de l’État… Sans aller jusqu’à la vente de la Joconde, il est tout de même possible de taper dans cette cagnotte de 1100 milliards.

6) Revoir la fiscalité sur les donations

C’est le levier le plus puissant pour mettre des liquidités dans l’économie en direction des jeunes, ce qui a été fait récemment en Suède. Avec l’allongement de la durée de vie ce sont les retraités qui héritent aujourd’hui. Il faut donc absolument permettre les donations de son vivant au profit des enfants, petits-enfants, voire arrières petits-enfants. Par exemple la nue-propriété de son logement permettrait d’appuyer de petits prêts suffisants pour passer la dure période actuelle.

Dans les pays très égalitaires comme la France, la réponse sera que cela ne profite qu’aux riches… encore une idée contre laquelle lutter. Car si une partie de la population parvient à régler elle-même ses problèmes, l’effort de l’État sera moindre et il pourra se consacrer à ceux qui sont vraiment démunis.

7) Favoriser fiscalement les donations aux fondations

Elles sont des parties prenantes très importantes de l’économie. La France compte 17 millions de bénévoles, 4000 fondations pour 24 milliards d’euros d’activité. Les Français sont très généreux et la force de frappe des fondations est très importante. Elles peuvent s’approprier des activités relevant aujourd’hui de la sphère publique : social, éducatif, culturel, artistique et sportif et lui permettre ainsi de s’alléger d’autant.

8) Proposer l’actionnariat salarié

C’est une façon très élégante de résoudre le problème de la retraite en y introduisant la capitalisation, ce que nous nous sommes interdits alors que la bourse a été multipliée par 15 depuis la décision de Mitterrand. La haute fonction publique dispose de la Préfon, il faut l’étendre et placer l’argent… pourquoi pas dans le CAC40.

Conclusion

Rembourser la dette ne se fera pas en y affectant une seule recette et en impliquant une seule population, fut-elle celle des entreprises. Il faut un panel de mesures coordonnées dans un plan d’ensemble.

C’est l’affaire de tous, y compris et peut-être en premier ressort de la fonction publique et des décideurs de la sphère sociale.

Entreprises à mission, concurrence et intérêt général – Les Echos

4 Mar

C’est bien de se poser des questions, c’est comme cela que le monde avance. Des questions sur l’économie de marché et sa capacité à contribuer à l’intérêt général. Rares sont ceux qui contestaient, il y a dix ans, qu’elle avait rendu un grand service à l’humanité en faisant sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Sentiment renforcé, au moment de la chute du mur de Berlin, qui marquait la fin de l’expérience désastreuse de l’économie administrée. Les choses ont changé, au vu des difficultés des classes moyennes dans les pays développés, avec la prise de conscience que l’on tire trop sur les ressources naturelles ; d’où les discussions autour des concepts de raison d’être et d’entreprise à mission.

Chaque erreur permettant de progresser vers la vérité, il n’est pas inutile de revenir à l’acte qui fonde l’économie de marché : la vente. Quand les clients sont satisfaits et confiants, l’entreprise trouve naturellement sa raison d’être : rendre un service concret, à un client bien identifié, dans un domaine précis. Pourquoi, grands dieux, aller chercher plus loin ?

Certes, il revient aux autorités de veiller à ce que les cas de monopole et monopsone (un acheteur puissant épuise ses fournisseurs à coups de baisses de prix) ne perdurent pas. Avec la mondialisation, la concurrence est devenue la règle ! Concurrence – le mot est lâché – qui a mauvaise cote. Elle a pourtant un rôle de contrôleur : quand les profits sont trop élevés, ils l’attirent et elle fait baisser les prix. Elle est aussi générosité active en forçant le partage des gains de productivité entre actionnaires et clients. Exigeante, elle contraint chacun à l’amélioration et au qui-vive. Facteur d’égalité enfin, elle remet en cause les situations établies. La concurrence est l’expression de la liberté dans la sphère économique ; la fidélité, le signe que le bien commun a été atteint.

Comportement responsable

Mais si nous tenons à notre faculté de changer de fournisseur quand nous sommes acheteurs, il faut accepter d’être flexibles quand, dans notre activité professionnelle, on est soi-même en position de producteur. Beaucoup ne jurent que par les produits « low cost » d’Asie sans comprendre qu’ils vident des usines et forcent des voisins à changer d’activité. Les classes moyennes souffrent moins de la mondialisation ou de l’économie de marché que de n’avoir pas su mesurer les conséquences des actes posés.

Lutter farouchement contre la pollution… Evidemment ! Bâtir une stratégie d’économies des ressources non renouvelables… Ca ne se discute pas ! Mais se lancer dans l’aventure de l’entreprise à mission va-t-il vraiment améliorer l’économie ? N’est-il pas plus efficace de s’assurer que la concurrence reste saine et que chacun de nous veille à se comporter de façon responsable quand il est acheteur, et se soucie de ses clients quand il est fournisseur. L’économie de marché n’est après tout pas si mal faite, c’est sans doute pour cela qu’elle dure depuis si longtemps.

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Pour un système favorisant les donations

23 Fév

La fiscalité sur les donations et les successions rapporte en ce moment au budget de l’Etat, grosso modo 15 milliards d’euros. On parle donc de sommes considérables (trois fois l’ISF à son pic). Il y a là de toute évidence un sujet de réflexion en cette période où il faut optimiser la gestion des dépenses et des recettes publiques pour rembourser progressivement la « dette Covid ».

Beaucoup de pays ont travaillé ces deux sujets, la décision récente la plus spectaculaire étant celle de la Suède, modèle à nos yeux de démocratie sociale, qui a mis à zéro les droits de succession. Voici pourquoi.

Le changement majeur dans nos sociétés est l’allongement de la durée de vie avec, pour première conséquence, le fait qu’on hérite de ses parents quand on est… retraité ! La donation de son vivant est une bien meilleure allocation de ressources que le droit de succession puisque ce sont les jeunes qui ont le plus besoin de ressources pour commencer dans la vie active.

Rappelons que les facilités de donation ont été fortement réduites sous François Hollande. L’art du management consistant à fixer les bons ordres du jour, il serait judicieux de se repencher sur le dossier. On pourrait suggérer à nos députés de réfléchir à l’idée de passer, (soyons créatifs) d’une politique de succession à une politique de donation favorisant celles faites du vivant aux petits-enfants, voire aux arrière-petits-enfants.

Poussons la réflexion un peu plus loin : selon l’Insee « la quasi-totalité de la hausse de la population d’ici à 2070 concernerait les personnes âgées de 65 ans ou plus » ! L’explosion du nombre de retraités en bonne santé et capables d’avoir des activités utiles à la société se voit d’ailleurs de façon tangible dans les chiffres concernant les associations. 60 % des 17,5 millions de bénévoles (les Français sont un peuple généreux ! ) ont plus de 50 ans. Ces personnes, que les Américains appellent non pas « retraités » mais « perennials » , sont actives dans les associations et les 4.000 fondations qui représenteraient, d’après les rapports les concernant, une activité de l’ordre de 26 milliards d’euros.

Il faut impérativement saisir cette gigantesque opportunité en augmentant significativement les déductions fiscales offertes aux entreprises et aux personnes physiques en cas de donation. Les fondations rendent en effet des services considérables dans le domaine de l’action sociale, de la santé, de la recherche médicale, des arts, de l’enseignement et de l’aide internationale, pour ne citer que les domaines principaux. On est à la frange des domaines couverts par la fonction publique et c’est précisément là qu’est le coup à jouer.

Pour prendre un exemple que tout le monde comprendra, Lire et faire lire est une association qui permet de repêcher les enfants qui n’ont pas réussi à lire correctement après leur parcours scolaire ; la volumétrie est considérable (18.000 bénévoles et près de 750.000 enfants suivis) , la gestion est peu coûteuse (un budget annuel de 672.000 euros). C’est une sorte de service après-vente du travail de l’Education nationale très efficace si on compare le budget au nombre d’élèves suivis.

Rappelons que nos sociétés s’appuient sur trois pôles : le privé, le public et l’associatif. Pourquoi ne pas bouger les frontières entre le public et l’associatif ? Ce peut être un moyen très efficace de baisser les dépenses publiques et de rendre de nouveaux services. Nos « perennials », que l’on qualifie à tort de « retraités », sont une ressource humaine et financière considérable pour la société qu’il serait intelligent de mieux mobiliser !

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Réformer l’État pour dynamiser l’Europe – Article paru dans Contrepoints

26 Nov

Il va bien falloir un jour rembourser les dettes fiscales et sociales qui ont été contractées pendant le Covid, bien sûr, mais aussi pendant les 40 dernières années. Il faut pour cela se sortir de la tête que les dettes sont finalement une nécessité de l’époque puisque des voisins comme la Suisse sont restés avec des endettements n’excédant pas 30 % du PIB, endettement que nous avions, rappelons-le à la mort de Pompidou.

Il est utile de rappeler à ce stade qu’aussi bien le Général de Gaulle que Georges Pompidou ne voulaient ni une sphère publique dépassant cette limite ni le moindre déficit, une gestion non tenue enlevant toute crédibilité à la parole de la France.

Pour rembourser la dette, c’est simple, on peut vendre des actifs, mais fondamentalement il faut des budgets publics en excédent. Quand vous faites le tour du monde beaucoup de pays y arrivent. Plus intéressant encore, beaucoup ont réussi à passer de déficits annuels importants à des excédents significatifs : Nouvelle-Zélande, Canada et Allemagne pour ne nommer qu’eux.

On va dire que la Suisse est un cas particulier ou que c’est un petit pays, ce qui n’est pas tout à fait vrai si on la mesure en PIB. Quant à la Nouvelle-Zélande on expliquera que les politiques drastiques de Roger Douglas, qui a privatisé il y a 25 ans les systèmes de retraite et les systèmes de santé en vendant les organisations qui les géraient à des assurances privées ne peuvent marcher qu’avec des mentalités anglo-saxonnes très éloignées des nôtres.

Sans aller jusque-là nous avons des pays beaucoup plus proches et de taille analogue au nôtre comme le Canada ou l’Allemagne que nous pouvons raisonnablement utiliser comme modèles.

Dans la sphère publique il y a deux blocs de nature totalement différente : une sphère régalienne et une sphère sociale.

La sphère régalienne est à périmètre variable puisqu’elle peut s’étendre sur l’éducation, l’équipement et la culture. Mais en général les deux ont à peu près la même taille soit 20/25 % du PIB.

La sphère sociale a trois grands postes de coût : la retraite, la santé et tout ce qui tourne autour de l’emploi et du chômage.

Le Canada est l’exemple d’un retournement réussi de la sphère régalienne : sous l’impulsion de Jean Chrétien et de son ministre des Finances Paul Martin, le pays a fermé des ministères entiers, privatisé tout ce qui touchait au transport, réduit les subventions visant à égaliser les prix sur tout le territoire, recouru aux concessions et aux associations bénévoles pour prendre le relais dans certains domaines détenus par la sphère publique.

Après maintenant 25 ans de recul les chiffres parlent d’eux mêmes. On a pu constater une baisse impressionnante de la dette. Les déficits ont disparu et l’économie n’a absolument pas souffert, démontrant la justesse des thèses de Frédéric Bastiat à savoir qu’une dépense publique évitée, c’est de l’impôt en moins et une dépense privée équivalente, automatiquement libérée.

Plus proche de nous, l’Allemagne. Le point intéressant c’est que les efforts de réforme ont porté exclusivement sur la sphère sociale sous l’influence de Gerhard Schroeder et de Peter Hartz.

C’est une approche complémentaire de celle du Canada. Ces deux dirigeants ont réussi à faire comprendre au peuple allemand que l’argent ne tombait pas du ciel et que la dette d’un pays ne pouvait dépasser les 60 % sauf à perdre à terme son indépendance et livrer un jour le pays aux financiers. À l’époque, au début des années 2000, la sphère publique allemande atteignait 57 % du PIB et le déficit 5 % du PIB c’est-à-dire 10 % des recettes publiques et sociales.

L’État n’ayant plus d’argent, Schroeder a annoncé que ce dernier ne pouvait plus combler le trou des caisses sociales ; c’était donc au patronat et aux syndicats de se débrouiller pour retrouver l’équilibre. Confrontés aux chiffres, ceux-ci ont très bien compris que le premier effort devait porter sur la retraite, de très loin la plus grosse dépense et qu’il n’y avait pas d’autres solutions que de passer l’âge de départ à 67 ans. L’allongement du temps de travail était rendu possible par l’amélioration de la santé.

L’effet de baisse des dépenses et de montée des recettes a été drastique et l’équilibre est revenu en quelques années. Un ticket modérateur a été institué dans les dépenses de santé, les caisses sont revenues là aussi rapidement à l’équilibre.

Le chantier le plus fondamental a été l’évolution du marché du travail.

On a fait le choix d’indemnités de chômage incitatives à la reprise du travail, avec le slogan : « il vaut mieux un travail pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage même bien payé à la maison ». Il y a eu ensuite une adaptation très importante aux contrats de travail dans les grandes entreprises et sous l’impulsion de Volkswagen dont Peter Hartz était l’ancien DRH, adaptations qui n’ont pas été suffisamment évoquées en France, comme le CDI à temps variable, à l’époque où en France étaient organisées les 35 heures !

Dans ce CDI, la durée de travail est variable chaque année, elle peut s’étendre de 4X7 = 28 à 5X9 = 45 heures suivant la charge de l’entreprise. En contrepartie de ce changement des contrats de travail traditionnels les employés sont éligibles à des intéressements extrêmement significatifs ; par exemple, 12 000 euros pour un ouvrier les bonnes années.

Il y a eu enfin ce que l’on a appelé, ici en France, les mini jobs ; il s’agissait d’une politique visant à éviter le travail au noir qui avait explosé. On n’a pas non plus communiqué en France sur leur succès volumétrique puisque 8 millions de jobs ont été ainsi créés, 3 millions de personnes en ayant deux ; avec du recul il s’agissait en fait de rationaliser le temps partiel. Au début, les rémunérations étaient faibles mais avec la croissance qui est repartie il a été possible de les augmenter. Au bout du bout le chômage a été totalement éradiqué.

Ces réformes ont fondamentalement coûté sa réélection à Schroeder mais Angela Merkel a eu la sagesse de poursuivre la politique de son prédécesseur. La prospérité allemande des dernières années provient en très grande partie des efforts consentis durant ces années 2005.

Cette fois-ci, il faut organiser en France ces réformes pour trois raisons :

  1. Pour garder la main et éviter de tomber sous le joug des banquiers. Les Français ayant travaillé à l’étranger ont vu ce qui se passe quand les choses vont mal comme par exemple en Argentine ou en Grèce et disent avec fermeté qu’il ne faut pas en arriver là.
  2. Parce que pour toute l’Europe du Nord, la crédibilité d’un pays dont les comptes ne sont pas en ordre est très affaiblie, c’est une affaire de culture.
  3. Parce que derrière les politiques de rigueur se dessine une évolution fondamentale des relations entre le droit et les devoirs. Le mot d’ordre conceptuel de la réforme allemande a été la notion de « solidarité exigeante ».

La solidarité est le ciment de la société mais la personne qui en est bénéficiaire, en particulier quand les temps sont durs, a le devoir de prendre sur elle pour participer à l’effort, c’est une affaire de dignité. Les Français ont tendance à placer les droits en avant mais en période de difficultés comme celle que nous allons connaître, les devoirs prennent le pas sur les droits.

Ceux qui connaissent bien la mentalité de l’Europe du Nord peuvent prédire que si les Français sont capables de faire leur cette hiérarchie des valeurs qui permettra un retour à des finances saines, alors ils gagneront très rapidement leur estime. L’Europe prendra alors le même élan que celui qu’ont donné de Gaulle et Konrad Adenauer en scellant, ensemble, en 1963, la réconciliation de la France et de l’Allemagne.

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Essilor : Garder les entreprises compétitives est la clef de la prospérité

11 Nov

Voici une interview réalisée en 2012, réalisée par la chaîne Décideur.TV

À l’occasion de la sortie de mon livre « Et si on faisait confiance aux entrepreneurs », j’ai été invité sur le plateau de Gérard Bonos.

Dans « Questions pour un patron », nous revenons sur ce qui caractérise le quotidien d’un grand dirigeant et les challenges auxquels sont confrontés les groupes industriels français.

Vecteur de croissance et d’emploi, le tissu économique doit être entretenu. Pour cela, l’État doit rendre le terrain propice à l’innovation et à l’investissement sans pour autant s’occuper de tout. « Les entreprises sont complètement mondiales. Il faut les talents de chaque pays pour se développer ». La mondialisation ne doit pas être vue comme une fatalité mais comme une opportunité de se développer et de s’enrichir. Il faut donc éviter de diaboliser les grandes entreprises. Les rémunérations des entrepreneurs ne doivent pas être perçues négativement lorsque le succès est au rendez-vous. Le tout est d’éviter les abus pour qu’elles soient acceptées par le corps social.

« L’avis de l’expert » Interview sur BFM TV

10 Nov

Xavier Fontanet : « Une nouvelle économie est en train de naître »

9 Nov

Xavier Fontanet a fait d’Essilor un leader mondial. Il nous livre ses précieux conseils en management par temps de tempêtes.

Quelle est votre analyse de la situation économique actuelle en pleine crise « Covid »?

Xavier Fontanet : Je trouve que les Français ne se débrouillent pas trop mal. Ça aurait pu être pire… L’économie a continué à tourner, même si des secteurs ont particulièrement souffert comme le tourisme, la restauration et l’évènementiel. D’autres en revanche se portent très bien, comme la grande distribution, les circuits courts, les livraisons. Si l’on se projette à plus long terme, il y a des choix fondamentaux qui sont en train de se dessiner. Regardez la Bourse, on tape beaucoup dessus, mais elle n’a pas beaucoup bougé en valeur. Ce qui est très intéressant en revanche, c’est de constater qu’il y a toute une nouvelle économie qui est en train de croître, et ce, dans tous les secteurs, y compris ceux qu’on n’imaginait même pas !

Je pense par exemple à une entreprise comme Algae, un ambitieux site agro-industriel de culture de microalgues sur 30 hectares en centre Bretagne. Ils sont aujourd’hui capables de capter le C02 d’une usine pour le transformer en produits alimentaires, en engrais ou en produits phytosanitaires. Des boîtes comme celle-ci sont en train de nous prouver que tout ce qu’on jetait avant, on peut le recycler pour créer des produits consommables. C’est extraordinaire et très encourageant pour l’avenir !

Le confinement a poussé les entreprises à devenir plus flexibles. Qu’en pensez-vous ?

X.F. : C’est indéniable ! Je déjeunais hier avec le dirigeant d’une boîte spécialisée dans le conseil et l’audit, et il me disait même qu’il n’avait jamais aussi bien travaillé que pendant le confinement. Très rapidement, il a réorganisé ses équipes en télétravail. Ses clients ont été ravis de sa réactivité, et ses résultats n’ont pas faibli, bien au contraire. La flexibilité aujourd’hui est la clé de cette nouvelle économie qui est en train de naître, tout simplement parce que les emplois de demain ne sont plus ceux d’hier et qu’il est essentiel de pousser les Français à se former, voire à démarrer une reconversion professionnelle.

Je suis sur ce sujet très admiratif des dirigeants et des entreprises de Singapour qui, convaincus que 40% des jobs vont changer, ont su mettre en place des dispositifs pour permettre aux étudiants comme aux salariés de se former à de nouveaux métiers. Nous devons en France prendre exemple sur eux et arrêter de vouloir coûte que coûte défendre les jobs en l’état. Chacun de nous, quel que soit son âge, doit se remuer, être prêt à changer. A titre personnel, si on m’avait dit il y a quelques années que j’écrirais des livres et que j’animerais des émissions pédagogiques de stratégie économique à la télévision, je ne l’aurais pas cru.

Et pourtant, j’y suis arrivé. L’être humain a un talent fou ! Et c’est vrai pour chaque individu. C’est pour cela qu’il y a un très gros travail de changement de mentalités à opérer avec les syndicats français, qui ne font rien pour pousser les salariés à bouger et à être plus flexibles.

Quel regard portez-vous sur le plan de relance mis en place ?

X.F. : Le plan de relance, c’est du court terme, ce qu’il faut avant tout, c’est viser le coup d’après. La vraie question est : serons-nous capables de rembourser la dette ? Pour y arriver, il est impératif de baisser nos dépenses publiques structurelles. Et pour cela, il n’y a qu’une solution, ne nous leurrons pas, c’est de passer l’âge de la retraite à 68 ans. Nous avons un poids des dépenses publiques de 60%, alors que la moyenne partout ailleurs est de 40%. Donc, l’urgence, c’est la baisse des coûts structurels. C’est le seul moyen de retrouver un niveau de compétitivité mondiale.

Ce que je trouve insupportable dans le choix du gouvernement actuel, c’est que cet argent qu’il met sur la table, il n’a rien de magique ! On est tout simplement en train d’endetter nos enfants et nos petits-enfants, de spolier nos gosses ! Quand Emmanuel Macron annonce « quoi qu’il en coûte », il fait croire à l’Etat providence, à de l’argent qui tombe du ciel. L’Etat passe pour un donateur, alors qu’en fait, il joue avec notre fric !

Etes-vous optimiste ou pessimiste face à l’avenir ?

X.F.: Ce n’est pas binaire ! Il y a des tas d’entreprises qui s’en sortent très bien et d’autres qui souffrent ou pour lesquelles la situation actuelle est extrêmement tendue. Mais il faut savoir où on veut aller et si l’on veut encore exister face à l’Europe, la Chine et les Etats-Unis. Aujourd’hui, ce qui compte c’est de faire appel à la responsabilité de chaque Français, de chaque entrepreneur, de chaque salarié, comme on le fait sur le plan sanitaire face à la Covid-19. Les Français sont des gens très talentueux, mais il faut les responsabiliser en leur disant la vérité.

Quelles sont les stratégies gagnantes à adopter aujourd’hui selon vous ?

X.F. : J’en vois plusieurs, mais la première, la plus importante selon moi, serait de jouer la carte qu’a joué le chancelier Gerhard Schröder avec les réformes Hartz à l’époque pour relancer la compétitivité en Allemagne. Ils ont notamment changé les contrats de travail en inventant le CDI à temps variable. C’est-à-dire un contrat définitif mais dont les horaires peuvent changer en fonction de la charge de l’entreprise (d’un minimum de 28 heures payées 28, à 45 heures payées 45), en y ajoutant un système massif de primes et d’intéressement ( jusqu’à 40% du salaire !). C’est pour cela que je dis haut et fort qu’il faut changer la mentalité et la vision des syndicats en France.

Ils veulent fixer le temps de travail, rigidifier l’économie, alors qu’il faut au contraire rendre les horaires et les fonctionnements flexibles. La deuxième idée complémentaire serait de miser à fond sur l’actionnariat salarié plutôt que sur l’intéressement. En disant aux salariés, « en échange de votre travail, je vais vous donner chaque année des parts de la société », on les transforme en co-entrepreneurs ! Troisièmement, du côté de l’Etat, je jouerais sur la fiscalité, en garantissant une fiscalité à zéro pour toutes les entreprises qui jouent le jeu de l’actionnariat salarié, de la flexibilité, de la formation et de la reconversion de leurs salariés à de nouveaux métiers.

Vous prônez donc un changement de mentalités même au plus haut sommet de l’Etat ?

X.F. : Oui, c’est évident, car pour que tout cela marche, comme je vous le disais au préalable, il faut baisser les dépenses publiques en repoussant l’âge de départ à la retraite à 68 ans. Car la première dépense de l’Etat en France, c’est la retraite qui pèse 15% du PIB. En prenant cette décision, vous augmentez immédiatement les recettes et vous baissez les dépenses. Le problème, c’est que notre pays fonctionne avec à sa tête des hauts fonctionnaires qui vivent tous de la sphère publique…

Et que conseiller à nos entrepreneurs français en termes de nouveau management ?

X.F. : Dans le livre que je suis en train de préparer, je rappelle les quatre clés qui sont essentielles aujourd’hui, mais qui l’étaient déjà hier. Premièrement, il faut adorer son métier, n’importe lequel. Car quand on l’aime, on a envie de se lever le matin, de se battre pour lui, de se donner à fond et d’innover. Deuxièmement, il faut croire dans les gens. Chacun d’entre nous est génial, mais encore faut-il placer la personne au bon endroit, au bon poste, là où elle donnera le meilleur d’elle-même.

Troisièmement, il faut mettre en place partout le système d’actionnariat salarié, car ça change totalement son rapport au travail, il devient co-entrepreneur. Quatrièmement, il faut créer un climat de confiance, car quand la confiance est là, on arrive à tout résoudre, tout solutionner et on avance plus vite et mieux ensemble. Et ça, c’est le boulot du chef !

Que pensez-vous du télétravail et de son développement actuel ?

X.F. : Il y a 15 ans, chez Essilor, nous l’avions déjà mis en place et ça fonctionnait très bien. Mais pour que ça marche dans l’entreprise, il faut un mix de présentiel et de télétravail, et évidemment se doter de tous les nouveaux outils numériques pour cela. Il faut donc le mettre en place de façon intelligente, flexible et concertée. Son développement progressif dans les entreprises va être lourd de conséquences, car ça va changer les contrats de travail, peut-être même permettre de sortir des 35h, si l’on considère que le salarié a moins de temps perdu dans les transports.

En France, nous sommes constamment bloqués par le problème des avantages considérés comme acquis. C’est pour cela qu’il nous faut rapidement mener une réflexion fondamentale sur la paritarisme.

On n’a jamais autant parlé de consommation locale, de circuits courts, de made in France, mais aussi de décentralisation et de relocalisations. Ça vous fait plaisir ?

X.F. : Oui, c’est tout le sujet de la relocalisation au sens large, et ça concerne aussi tout ce qu’on appelle l’économie circulaire. Si on arrive à faire passer aux entrepreneurs français l’idée que c’est possible à la condition de miser sur des produits personnalisés et de grande qualité, vendus à l’unité et donc plus chers, et si on a un marketing capable de l’expliquer, alors là, oui, ça marche, parce qu’on va pouvoir casser toute la logistique des produits bas de gamme fabriqués en grand nombre et délocalisés en Chine ou ailleurs. Là, oui, c’est jouable et on aura une chance de raccrocher les wagons.

Vous démarrez en novembre la 4e saison de votre émission « BFM Stratégie ». Comment expliquez-vous son succès ?

X.F. : Parce que la stratégie, c’est à la fois un art et une science qui s’intéressent aux investissements majeurs. Ce qui est passionnant avec la stratégie, c’est qu’elle fait appel à des connaissances, des techniques, mais aussi à un vrai sens du business, de l’entreprise, de la concurrence et des marchés. D’un côté, il faut comprendre ce qu’est un bilan (rentabilité, dividendes, croissance…), mais il faut aussi comprendre les parts de marché.

Si on surinvestit sur un marché, les prix tombent. On ne peut donc pas jouer de la même manière en début et en fin de cycle de vie d’un produit. Mais le facteur psychologique est également capital. Il faut arriver à comprendre la stratégie de ses concurrents, à lire l’intention de la concurrence. Car le pire ennemi d’une stratégie, c’est l’orgueil, croire qu’on est meilleur et avoir une trop grande confiance en soi. Si l’émission rencontre un tel succès, c’est parce qu’on y explique l’économie et la stratégie, avec des mots très simples, compréhensibles par tous.

Quels sont les trois piliers d’une bonne stratégie ?

X.F. : Les trois piliers, ce sont premièrement la valeur de la part de marché, deuxièmement une finance au service de la stratégie et troisièmement l’art de jouer avec le cycle de vie et la compréhension du terrain concurrentiel. Car la stratégie, c’est avant tout l’art de bien vivre avec son concurrent, de le comprendre, de se mettre à sa place. Je le dis toujours : « Il faut apprendre à apprendre » et pour cela notre concurrent est souvent notre meilleur professeur. En conséquence, pour gagner chaque bataille dans le business stratégique, il faut un tiers d’information, un tiers de psychologie et un tiers de savoir-faire et de technique.

Si vous deviez lancer une nouvelle entreprise aujourd’hui, vous miseriez sur quels secteurs ?

X.F. : Des centaines d’idées me séduiraient, comme Algae dont je vous ai parlé tout à l’heure ou des start-ups dans le digital. Mais j’irais certainement vers le recyclage, la captation de CO2, les nouvelles solutions agroalimentaires, tout ce qui me semble essentiel pour notre avenir. Je lancerais certainement une jolie TPE française dans l’optique d’un développement mondial !

Xavier Fontanet sur BFM Business

FM Stratégie est une émission pédagogique sur la stratégie d’entreprise, diffusée sur BFM Business depuis janvier 2018 et disponible en permanence en replay sur le site de la chaîne. Dans chaque émission, Xavier Fontanet, ancien Président d’Essilor, transmet son expérience et décrit les choix fondamentaux qui déterminent les succès ou l’échec d’une entreprise. Concurrence, part de marché, cycle de vie, métier, transformation numérique ou bien encore finance, les thèmes clés de la stratégie sont abordés dans un format pédagogique clair, et illustrés par des infographies et des exemples concrets tirés de la vie des entreprises en France et à l’international. Après 4 ans de succès, l’émission repart de plus belle à partir de novembre 2020.

Propos recueillis par Valérie Loctin

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