Archive | novembre, 2019

La France reste un enfer fiscal – Chronique aux Echos

8 Nov
 

Gros coup de cafard ce matin en passant rue de Mérimée à côté du siège de Lafarge, une rue traditionnellement très animée par les collaborateurs venant du monde entier y prendre leurs instructions. Aujourd’hui, plus personne, l’immeuble est vide, conséquence de la fusion LafargeHolcim qui a déplacé le siège en Suisse.

Deux heures auparavant, j’avais une conversation téléphonique avec un ami, président d’une entreprise française parmi les plus mondialisées. Il venait de discuter avec le responsable (un local) d’une grande zone de sa société. Ce dernier lui disait envisager sérieusement de quitter le groupe, parce qu’il ne voulait pas payer les impôts français. Il avait eu vent de la « loi Ghosn » et pensait qu’en tant que membre du comité exécutif la loi finirait par s’appliquer à lui. Crainte infondée, sans compter que, avec l’arrêt de l’ISF et la flat tax, les choses se sont en partie arrangées depuis deux ans. Il n’empêche que les images restent et la réalité est là : l’OCDE vient encore de nous classer en tête du classement des pays où la pression fiscale est la plus forte. Avec cette nouvelle loi et l’instabilité qui continue, on ne facilite pas le travail des directions des multinationales françaises.

Dans ces affaires, on nous parle toujours de rapacité et de mondialisation aveugle et apatride. C’est vrai dans certains cas, il n’empêche qu’on ne rappellera jamais assez que la fuite des sièges sociaux et des individus fortunés, ce sont les impôts, encore beaucoup trop lourds, qui en sont la cause. Il faut aussi expliquer que derrière des impôts excessifs il y a des dépenses publiques inutilement élevées. Il est bien plus difficile de les baisser que d’écrire des lois de circonstance.

Il y a deux approches politiques : celles qui visent les causes des problèmes et celles qui en gèrent les conséquences ; le jour où nos gouvernants se polariseront sur la première, les choses auront quelques chances d’aller un tout petit peu mieux !

 

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L’actionnariat salarié, futur pilier de nos retraites – Chronique aux Echos

1 Nov

Le hasard des rencontres fait que j’ai pu avoir une discussion de fond avec un cadre d’Airbus, très attaché à sa société et chaud partisan de l’actionnariat salarié. Ce cadre investit personnellement chaque année entre 7 et 10 % de son salaire en actions de la société. Airbus abonde cet effort important en donnant 10 actions gratuites pour 50 actions achetées. Nous avons fait ensemble les calculs : le capital qu’aura accumulé notre cadre quand il arrêtera de travailler procurera un complément (excusez du peu) représentant au moins 85 % de sa retraite légale. Airbus est une société très brillante, leader mondial, dont le cours de Bourse a crû de 11 % l’an dans les vingt dernières années, ce qui est très élevé. On va dire : « Airbus ce n’est pas représentatif »

Eh bien, regardons à l’étranger : les pays (Nouvelle-Zélande, Canada, Suisse, Singapour) dont les dirigeants ont parié il y a quarante ans sur la capitalisation ne peuvent que s’en féliciter et n’ont ni nos discussions ni nos doutes ! Roger Douglas, Premier ministre néo-zélandais contemporain de François Mitterrand, a calculé, en 1984, que si un employé (on ne parle plus de cadre mais d’un échantillon représentatif de la population au travail) mettait de côté chaque mois 5 % de son salaire et que l’entreprise abondait cette somme de 25 %, le pécule, régulièrement alimenté et placé à 5 % (taux très raisonnable), servait, après quarante-cinq ans de vie active, une pension très largement équivalente au dernier salaire.

En cette période où l’on réfléchit sur la retraite et où chacun sait bien en for intérieur que les chiffres ne boucleront pas facilement (malgré tout ce qu’on peut nous raconter), il est impératif de construire un deuxième pilier qui sera très efficace et porte un nom : l’actionnariat salarié.

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