Archive | juillet, 2014

Et si on faisait confiance aux entrepreneurs ? Les Français, leurs démons et leur génie

16 Juil

atlantico

Les grandes entreprises ont mauvaise presse. La mondialisation est chargée de tous les maux. Le
capitalisme voué aux gémonies. Mais le comportement irresponsable de certains acteurs économiques ne
doit faire oublier ceux qui – et ils sont nombreux – trouvent un épanouissement personnel authentique dans
ce cadre, en nouant autour d’eux de solides relations de confiance. C’est de cette expérience partagée par
beaucoup mais souvent passée sous silence que Xavier Fontanet entend nous parler dans son livre « Si on
faisait confiance aux entrepreneurs : L’entreprise française et la mondialisation »

Je me méfie beaucoup de ce que l’on appelle « l’exception française ». Du temps du Général, il s’agissait de
défendre les intérêts nationaux et la grandeur de la France. Aujourd’hui, dès que l’on parle d’une expérience
étrangère réussie en matière économique, on se voit immédiatement dire : « Ici, ça ne marche pas. » L’exception
française est devenue trop souvent l’expression d’une forme d’arrogance qui conduit au conservatisme. Ceci
s’explique assez facilement en revenant en arrière, et ce petit retour sur l’histoire va, je l’espère, permettre de
mieux comprendre la réticence du pays à l’économie de marché et à l’entreprise. Il faut bien mesurer l’influence
sur notre société de l’âge des Lumières et de deux personnalités très prestigieuses du passé : le tout-
puissant intendant de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert, et l’omniprésent Jean-Jacques Rousseau.

Notre pays a été pendant une longue période – l’âge des Lumières – un centre mondial de rayonnement
intellectuel. Nous en tirons une fierté légitime, même si nous tendons un peu trop à nous croire encore le centre du
monde. Nous avons d’ailleurs été pris de vitesse dès le XVIIIe siècle par les Anglais et les Hollandais, qui ont
compris l’économie de marché beaucoup plus vite que nous. L’héritage légué par le couple Colbert/Rousseau
pèse encore sur nous. Il est temps d’en parler et d’en mesurer l’impact. Elle a créé, chez nous, une sorte de
névrose : on peut vivre avec toute névrose, mais on vit d’autant plus facilement avec elle qu’on en a pris
conscience.

D’abord Jean-Baptiste

Pourquoi est-ce que j’en veux à Jean de La Fontaine pour sa Laitière et le pot au lait ? Perette qui renverse tout
son lait en rêvant « d’argent bel et bon » était sûrement un peu négligente. Elle manquait de réalisme, mais elle était
un jeune entrepreneur en herbe. Je ne suis pas sûr que ç’ait été un bien pour notre pays de la tourner ainsi en
dérision auprès de quatre cents millions de jeunes Français qui ont appris cette petite fable par cœur. C’est loin
d’être anecdotique, car cela a probablement contribué à façonner d’une certaine façon l’esprit moqueur et distant
des Français à l’égard de l’entreprenariat. Sans vouloir donner à cette petite fable plus d’importance qu’elle n’en
a, est-ce que cela signifie que déjà, sous Louis XIV et Colbert, les Français n’aimaient pas les entreprises ?

À cette époque, l’économie commençait à prendre de l’ampleur dans toute l’Europe, en particulier en France, en
Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Scandinavie. L’influence de Venise et de l’Espagne déclinait, l’industrie
faisait ses premiers pas. La spécificité française, c’était la cour du roi Louis XIV. Dès que quelqu’un avait, dans
ses affaires, gagné un peu d’argent, il les vendait pour acheter des terres. Il venait alors à la cour pour acquérir
des concessions d’État, qui lui semblaient moins risquées. Ces concessions préfiguraient la sphère publique qui
fascinait déjà les esprits. Pourtant, à l’époque, le roi ne prélevait pas plus de 10 % de la richesse nationale, mais
c’était sans compter tout ce que Colbert concédait pour combler son budget qui était déjà en déficit à cause des
guerres incessantes du roi. Cette ruée sur les concessions d’État a sûrement contribué à mettre dans la tête de
beaucoup de gens l’idée fausse que les entreprises qui font de l’argent sont celles qui savent habilement utiliser
la manne publique et qu’a la base du profit il y a un détournement.

Au même moment, les riches bourgeois hollandais et anglais continuaient à investir dans leurs propres entreprises
et considéraient que leur activité commerciale était en fait la vraie noblesse. Point d’argent dans les habits, point
de carrosse ni de fêtes, ils passaient leur temps à leurs affaires et y mettaient forcément toutes leurs économies.
Un véritable fossé culturel commençait donc à se creuser entre eux et nous. La lumière de nos fêtes ne les
séduisait plus. L’abolition de l’édit de Nantes et le formidable exode de cerveaux – et de capital – ont fait le reste.

La France, à l’époque de Louis XIV, avait à peu près la même richesse que la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les
Pays-Bas et les Amériques. Deux cent cinquante ans après, elle ne représente qu’un tout petit douzième de
l’ensemble. La différence de croissance est peut-être de 1 % par an. Cela semble infime mais, quand la
croissance à très long terme de l’économie est entre 2 % et 3 % l’an (d’après Immanuel Wallerstein), cela
représente 40 % de moins ! Sur la très longue durée 1 (petit) % fait d’immenses écarts.

À cette période de notre histoire, le roi Louis XIV incarnait l’État, et l’État insufflait – ou plutôt était censé insuffler –
son dynamisme à la nation tout entière. Colbert était sa main. La société était en quelque sorte confondue avec
l’État. Dans la réalité tout ne devait pas être si simple, car Colbert s’agaçait des rapports que lui faisaient ses
envoyés lorsqu’ils revenaient des Pays-Bas, où justement il n’y avait pas d’État et où tout fonctionnait pourtant
bien.

Dans ces rapports, on expliquait à Colbert que tout le monde travaillait beaucoup, mu par l’intérêt des salaires et
du profit, « cette force invisible mais active ». On lui disait aussi que les riches n’étalaient pas leur richesse comme
en France. Et pour cause, elle était toute réinvestie à risque au vu et au su de leurs employés ! On lui disait que la
société était harmonieuse. Tout le monde habitait dans les mêmes quartiers, on ne connaissait pas le phénomène
de Versailles (funeste décision !) qui séparait le peuple de l’élite de la nation.

Pis, quand Colbert concurrençait les compagnies de commerce hollandaises, hors d’Europe, en terrain neutre, il
essuyait régulièrement des camouflets mémorables. On ne raconte pas assez à nos enfants à l’école les gifles
que la Compagnie des Indes néerlandaises, financée uniquement par des fonds privés, infligeait aux compagnies
publiques françaises, pâles copies que Colbert avait voulu lancer contre elles. Colbert et ses compagnies étaient
bons quand ils avaient le monopole en France ; dès qu’ils étaient en concurrence, ils étaient beaucoup moins
brillants.

Colbert par contre excellait dans la collecte des impôts en territoire soumis : « L’art d’imposer consiste à plumer en
obtenant le maximum de plumes avec le minimum de cris. » Sur ce plan il battait les Hollandais à plate couture
! Tout cela est loin mais a laissé des traces, je crois, et surtout a fait partir beaucoup de brillants entrepreneurs à
une période clé de notre histoire. Durant mes quarante ans autour du monde, j’en ai croisé beaucoup dont les
familles avaient quitté la France à cette époque. Bien que le sujet soit tabou et qu’il soit très difficile de
connaître les chiffres exacts, il semble que la saignée ait été importante dans les dix dernières années. Combien
tout cela coûte-t-il en termes de croissance ? À mon humble avis, une réponse documentée serait bien utile.

Ensuite Jean-Jacques

L’autre ancêtre omniprésent dans notre inconscient collectif est Jean-Jacques Rousseau. L’un des textes les plus
lus du Lagarde et Michard est « La propriété, source de la société et de l’inégalité », extrait du Discours sur l’origine
et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, que voici : « Tant que les hommes se contentèrent de leurs
cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se
parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou à embellir leurs
arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers
instruments de musique, en un mot tant qu’ils ne s’appliquèrent qu’à des ouvrages qu’un seul pouvait faire,
et qu’à des arts qui n’avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et
heureux autant qu’ils pouvaient l’être par leur nature, et continuèrent à jouir entre eux des douceurs
d’un commerce indépendant, mais dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre ; dès qu’on
s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le
travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la
sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons. »

La prose est splendide, comment résister à de telles phrases ? Il n’y a pas de négation plus radicale de l’échange
et de l’économie de marché ! L’économie, c’est la fin de l’égalité, l’esclavage et la misère ! Le monde sauvage
était-il si bon que cela ?… C’est toute la question… Poursuivons. « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa
de dire : « Ceci est à moi », et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile.

 

Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui
qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : « Gardez-vous d’écouter cet imposteur ;
vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne. »  » La terre n’est à
personne ; la propriété, c’est la guerre et les meurtres !

Jean-Jacques Rousseau est un des Français les plus prestigieux, il est assurément l’inspirateur d’un socialisme
dur, mâtiné d’une sérieuse dose d’écologie.Tout le monde comprend que la négation du travail et de la propriété
prônée par Rousseau est a priori peu favorable au dynamisme d’un pays plongé dans l’économie de marché. Le
travail n’est pas valorisé, on s’imagine qu’il peut être repris, que ce qu’on a gagné n’est pas vraiment à soi, il est
sujet de suspicion. On croit que la propriété est source « de misères et d’horreurs ». Tout cela n’est favorable ni
à l’entreprise, ni à l’initiative, ni à la création de valeur. Pourquoi n’a-t-on enseigné Voltaire à nos enfants avec le
même soin, lui dont la devise était de bien cultiver son jardin ?

Si les richesses appartiennent à tout le monde, seul l’État peut les répartir par la force de l’impôt, un État qui,
d’ailleurs, distribue la valeur sans trop analyser les effets de la répartition sur la création. Pousser ces idées à leur
terme peut devenir tragi-comique comme cette remarque de Trotsky : « Le travail obligatoire est justifié par la perte
de motivation engendrée par la suppression du profit. » Quand on dépouille les gens du fruit de leur effort et de leur
initiative, dans la pratique, au bout d’un certain temps, il n’y a pas d’autre solution que la trique. Colbert et
Rousseau se sont alliés à leur insu, année après année, pour renforcer l’État. Et pourtant quel chemin ont tracé
nos grandes entreprises dans les vingt dernières années !

La spécificité française tient à ce que notre droite, qui sur la longue durée a été principalement colbertiste, et notre
gauche se sont toujours entendues pour agrandir l’influence de l’État. L’une voit dans l’État le moteur de la
société, l’autre y voit le seul répartiteur crédible. Toutes deux étant, bien sûr, d’accord sur le niveau élevé
d’imposition, soit pour investir pour le compte de la société tout entière, soit pour répartir encore plus. Toutes deux
ont une défiance déclarée vis-à-vis de la sphère privée : la droite colbertiste ne fait pas confiance à son dynamisme
; à gauche, on doute de sa capacité à répartir équitablement la valeur créée. Entre les deux, l’entreprise française
et la sphère privée ont, dans notre pays, bien de la peine et du mérite de continuer à avancer !

Pourtant Colbert et Rousseau ont toujours eu des opposants, intellectuels et entrepreneurs, beaucoup moins
encensés, mais néanmoins agissants et efficaces ; ils ont, eux aussi, construit la France, dans la discrétion, l’effort
et quelquefois au travers de coups de génie ; ils ont pour nom Voltaire, Vauban et Louvois, Benjamin Constant,
Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat, Gustave Eiffel et, plus récemment, Guy Sorman, Alain Peyrefitte, Jean-
Claude Casanova, Michel Albert, Marcel Dassault, Francis Bouygues, Antoine Riboud, François Dalle, Olivier
Lecerf et Gérard Mulliez, entre autres.

En dépit des freins culturels français et d’une mauvaise image médiatique, des analyses internationales de plus en
plus nombreuses démontrent que les entreprises françaises et les entrepreneurs d’aujourd’hui ont fait, dans les
vingt dernières années, une remarquable percée ; les entreprises françaises cotées sont en Europe celles qui
se sont le mieux comportées. Un livre récent de Serge Blanchard, Notre avenir dépend d’eux, en fait la brillante
démonstration. Peu de gens ont prêté attention en France au classement chinois Huade janvier 2012 ; il est
pourtant très instructif. Un groupe de journalistes, d’analystes financiers et d’universitaires chinois ont fait le
classement des meilleurs entreprises mondiales en prenant trois critères : la part de marché en Chine, la rentabilité
sur vingt ans et la durée des dirigeants. Sur les cent premières mondiales, onze françaises, onze. La France est le
pays qui place le plus d’entreprises compte tenu de sa part de PIB mondial : une performance extraordinaire,
pourtant passée presqu’inaperçue.

Parce que les bonnes nouvelles n’intéressent personne ? Qui sait que les deux cent cinquante plus grosses
entreprises cotées ont créé en quarante ans plus de valeur que l’État n’a créé de dette pendant la même période
? Et quand on pense que la dette de l’État les a même freinées ! Si seulement l’État français poussait, lui aussi,
dans le bon sens, notre pays serait encore dans le haut du classement mondial du PIB par tête. À dire vrai, toutes
ces entreprises et tous ces entrepreneurs d’aujourd’hui sont les dignes porte-flambeaux de tous leurs
brillants anciens et les défenseurs des idées de liberté !

 

EXTRAIT DU LIVRE

« SI ON FAISAIT CONFIANCE AUX ENTREPRENEURS »

aux Belles Lettres

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Quel impôt dans dix ans ?

9 Juil

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Tous les pays parlent, actuellement, de simplifier leur fiscalité et de baisser les taux de l’impôt sur les sociétés (IS) pour attirer les entreprises. Celui-ci va faire office de prix et devenir le marqueur des pays, d’où une question clef : quel taux prévoir à dix ans ?

Ce sont les pays dont les politiques publiques sont les plus adaptées à la mondialisation qui vont mener le jeu. Ils n’auront pas de chômage car le monde entier investira chez eux ; ils ne pratiqueront pas de politiques de redistribution parce que celles-ci installent une partie de la population dans la dépendance et obligent mécaniquement à monter les taux marginaux de l’impôt sur le revenu (IR) et de l’impôt sur les sociétés avec leurs conséquences néfastes sur l’attractivité, la motivation et l’investissement ; on doit donc anticiper, pour ces pays leaders des prix de marché, des taux plats sur des bases larges.

La simplification de la fiscalité sera l’autre facteur d’attractivité. Imaginons le choc suivant, auquel certains pays réfléchissent sérieusement : un taux unique (« flat ») sur trois impôts : l’IS, l’IR et la TVA. Quel serait ce taux ? Prenons le modèle allemand : son Etat coûte 20 % du PIB et son modèle social 24 %, les deux sont en équilibre financier. Les impôts n’ont donc à financer que 20 % du PIB. Le calcul est simple : salaires, consommation et bénéfices représentant dans les pays développés comme le nôtre respectivement 54 %, 53 % et 15 % du PIB, le taux unique pour ces pays serait de 16 %.

Ceci est tout à fait possible si on observe les résultats de la dernière étude KPMG, qui montre que les taux moyens européens sont passés en huit ans de 24 % a 21 %. Notre 38 % d’IR, qui est hors marché, reflète une sphère publique 27 % plus chère que l’allemande, des régimes sociaux en perte et une redistribution excessive qui force à avoir un IR et un IS trop élevés – sans parler de l’ISF.

Les choses sont dès lors très claires pour nous : soit la croissance par l’ouverture au monde et la réforme, soit un déclin très rapide dans l’immobilisme et l’égalitarisme.

Retrouvez cet article sur le site des ÉCHOS

 

Format original:

 

lesechos-10juillet

 

Centre des jeunes dirigeants : La performance globale au crible

3 Juil

Quand la performance globale est soumise à la réflexion de trois grands patrons, ça décoiffe…

Q u and on pense performance dans l’entreprise, on pense résultat net ou cash, mais la performance globale, c’est aussi prendre en compte toutes les parties prenantes de l’entreprise, c’est-à-dire les salariés, les clients, les fournisseurs et l’ensemble de la cité », résume Yves Gourlet, président du Centre des jeunes dirigeants (CJD). Autour de lui, deux cents personnes ont pris place pour assister à la «  plénière prestige », la seule réunion annuelle du CJD ouverte aux non membres.

Le CJD a travaillé le sujet toute l’année, mais pour cette soirée, ce sont surtout trois invités qui parlent : Xavier Fontanet, ancien PDG d’Essilor, Didier Livio, président-fontateur de Synergence, ancien président national du CJD, et Ludovic Le Goff, président d’ADN.

Et ça décoiffe très vite : « Une charte éthique, c’est stup ide, lâche Didier Livio. Une charte morale, oui, ça se fait, mais une charte éthique ça ne sert à rien. On se retrouve avec des valeurs tellement hautes qu’on ne sait pas quoi en faire. La morale, elle, elle se vit dans les faits. Moi, je n’ai jamais rien écrit, mais tous ceux qui entrent dans l’entreprise la comprennent et la connaissent très vite. »

« Les valeurs de l’entreprise, c’est quelque chose que l’on fait vivre, on en discute avec les salariés régulièrement. On les construit ensemble, ce n’est pas un cabinet qui nous les a imposées et que l’on a affichées à l’entrée pour faire joli », ajoute Ludovic Le Goff.

L’art de placer ses billes

Les organisateurs voulaient du concret, ils en ont. Sur la stratégie, Xavier Fontanet enfonce le clou : « La stratégie, c’est l’art de se débrouiller mieux que les autres. C’est l’art de placer ses billes. » Pour lui, il n’y a pas de recettes, pas de plan à suivre, mais une capacité à s’adapter et surtout à partager. « La stratégie, c’est quand la femme de ménage ne balaie pas, mais qu’elle embellit la maison  », ajoute-t-il en insistant sur la nécessité de partager toute orientation stratégique avec l’ensemble du personnel. Pour motiver, mais pas seulement : « Ce qui compte à la tête d’une entreprise, c’est la qualité de l’information. Si vous avez un bon stratège, mais une mauvaise information, vous n’arriverez à rien. Si, en revanche, vous avez une stratégie bien comprise par toute l’entreprise, tout le monde vous apportera les informations nécessaires pour que vous puissiez y arriver.  »

Dense, la soirée glisse alors sur les fournisseurs. Pour Xavier Fontanet, aucun doute, il a toujours pris « les leaders » et, avec eux, il a toujours cherché à inscrire sa relation dans la durée et la confiance. Un moyen de s’assurer un service de qualité qui, à la fin, lui a toujours permis de faire la différence avec ses concurrents.

L’art d’être meilleur, c’est d’avoir les meilleurs avec soi ? Didier Livio raconte une anecdote incroyable. Un de ses clients, une grande société qu’il ne peut pas nommer, lui demande un jour le bilan comptable de ses relations avec elle. Avec audit sur place à la clé. Il hésite, il répond et… reçoit finalement un chèque de 40 000 €. « Ils estimaient qu’il fallait qu’on atteigne les 10 % de rentabilité dans leur relation avec eux, pour pouvoir investir, pour innover et pour continuer à bien les servir », témoigne Didier Livio. Un investissement de long terme dont ils sont convaincus qu’il leur bénéficie et qu’il bénéficiera ensuite à leurs clients.

C’est un peu la grande leçon de la soirée : la performance globale, c’est surtout s’assurer que toutes les parties prenantes de l’entreprise sont en capacité d’être performantes.

Retrouvez l’article dans son contexte, ici