Archive | novembre, 2014

Si Steve Jobs avait été français…

27 Nov

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Steve Jobs avait un caractère impossible, il était brutal dans le travail. Il n’en reste pas moins un modèle du dynamisme entrepreneurial et, sans le savoir, un bienfaiteur efficace ! Il est une démonstration de ce que la sphère privée peut apporter à l’ensemble de la société. Steve Jobs est bien sûr un génie complètement hors normes, mais en incarnant le modèle exactement opposé de celui qu’on nous propose actuellement en France, il nous force à réfléchir. Ceux qui nous gouvernent actuellement pensent que l’énergie d’un pays vient fondamentalement de son Etat, qui forme les enfants, assure la recherche, finance les entreprises et protège les citoyens à travers un modèle social. Dans cette logique, il trouve normal de reprendre une part prépondérante de la valeur créée pour financer l’appareil public, la recherche, l’école et le modèle social. Pour un Etat centralisateur et socialiste, la personnalité, à vrai dire, n’existe pas, la spoliation n’est donc plus à ses yeux un problème, puisqu’il ne fait que récupérer, par le matraquage fiscal, le fruit de ce qu’il a investi.

Le problème, c’est que cette approche revient à nier le génie présent en chaque personne et tue progressivement toute l’initiative privée.

Steve Jobs est un contre-exemple de cette logique du tout Etat : il a quitté l’Université avant d’être diplômé et est toujours sorti des sentiers battus. S’il était né français, il aurait évidemment quitté la France comme un nombre croissant de nos jeunes ; la capitalisation d’Apple est depuis peu la plus élevée au monde. Cette entreprise, qui n’existait pas il y a quarante ans, atteint aujourd’hui une valeur supérieure à 700 milliards de dollars. Quand on voit l’anémie de notre pays et la valeur que peut créer un individu, on doit se poser des questions sur notre modèle actuel.

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Article dans Perspectives entrepreneurs

26 Nov

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Pour le mythique patron d’Essilor, aujourd’hui aujourd’hui reconverti en professeur (HEC) et conférencier à succès, l’initiative, l’expérimentation et le réalisme constituent la recette du progrès économique et social. Ce partisan du pragmatisme déplore que le monde politiquefrançais infantilise et isole les citoyens en voulant les protéger et décider à leur place. Pour les convaincre, il fait appel à l’expérience lexpérience des Allemands, des Canadiens ou des Néo-Zélandais, qui ont aussi connu le doute avant de connaître les joies du retournement.

Interview au CJD

26 Nov

Missive de Jean Tirole à MM Berger (CFDT), Gattaz (Medef), Lepaon (CGT) et Mailly (FO) par Jean Betbeze

24 Nov

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Ah, si vous m’écoutiez ! Le Prix Nobel d’économie reconnaît mes travaux sur le contrat de travail, pas vous ni le gouvernement. Parce que je ne crie pas assez fort ? Parce que je suis à Toulouse ? Parce que je mets en cause des arrangements d’un demi-siècle ?

Car c’est pourtant simple d’améliorer la situation de l’emploi. Il faut compléter, par de la bonne volonté et de la discussion, un contrat de travail qui est par définition incomplet. Le contrat de travail sur lequel tout le monde discute (et rajoute régulièrement des pages au code du travail), donne un prix (salaire) pour une quantité (temps passé). Mais ce contrat ne précise pas l’essentiel, à savoir que le succès de l’entreprise implique aujourd’hui non seulement de faire au plus vite et au mieux (comme toujours), mais d’intégrer, au plus fin, les demandes des clients. Le contrat de travail est un contrat individuel de moyen, pas d’objectif, encore moins de résultat. Il est dépassé pour gagner la bataille actuelle de la compétitivité mondiale, donc de l’emploi. En effet, il s’agit aujourd’hui non seulement d’ardeur au travail mais plus profondément d’implication pour améliorer le couple qualité/compétitivité des résultats obtenus par le salarié et son équipe. Il ne s’agit donc plus de vérifier et de sanctionner – comme dans l’industrie il y a un siècle (d’où vient ce contrat), mais d’innover en motivant, de former en impliquant.

Vous le savez, bien sûr, réussir aujourd’hui dans l’entreprise c’est gagner à l’export. Il faut combiner productivité et qualité, avec une implication personnelle croissante. Le contrat de travail (interne à l’entreprise) et le marché du travail (externe à l’entreprise), ne peuvent donner ce résultat. Pour l’obtenir, il faut que le salarié aime son travail et son entreprise, lui et ses collègues, au sein d’un contrat de confiance avec l’entreprise, ses patrons et ses cadres. Si l’entreprise est vécue comme ennemie, si elle triche, c’est raté. Pour passer d’un “jeu” social désavantageux des deux côtés, donc pour l’économie dans son ensemble, à un jeu mutuellement positif, il faut enrichir régulièrement le contrat dans la transparence, la quantification des objectifs et la diffusion des résultats obtenus. C’est ainsi que réussissent les économies les plus efficaces, par la coopération renforcée, pas par des sanctions dans un climat de suspicion.

Bien sûr, quand je parle de contrat de travail, d’informations, de “jeux (sociaux) répétés” pour devenir mutuellement avantageux et répondre aux défis d’aujourd’hui, on aura compris que je ne parle pas “d’exploitation de l’homme par l’homme” ni de “relance par la consommation”.

Mais je vous l’avoue, ce qui me surprend le plus est ailleurs. C’est que les leaders syndicaux discutent et signent des accords de travail dans des entreprises où ils ne sont pas (TPE), à peine (PME) ou peu (GE), à partir de leurs positions de force, toute relative et qui s’effrite, dans le public. J’ai beaucoup travaillé sur “la capture du régulateur”, le risque que celui qui régule une activité ne soit manipulé par celui qu’il est censé réguler. C’est pourquoi je suis en faveur d’autorités indépendantes, autorités qui irritent d’ailleurs patrons, politiques, pouvoirs publics et syndicats pour la bonne raison qu’elles sont indépendantes et incarnent l’intérêt général. C’est pourquoi je suis également en faveur d’un contrat de travail unique et simplifié, pas du maquis actuel qui fractionne le marché du travail et l’empêche de fonctionner, en entretenant surcoûts, suspicions et contentieux.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est “la capture du salarié par le représentant syndical”. A partir du secteur public où il est minoritaire, il signe au nom de salariés pour lesquels il est ultra-minoritaire ! Pour en sortir, il faudra des instances syndicales vraiment représentatives au sein de chaque entreprise, offrant des services à leurs mandants et solidaires des décisions prises après débat par l’entreprise.

Ces propositions vont être jugées excessives, pire : “ultra-libérales”. Mais quand je vois les fermetures, le chômage et l’hésitation à embaucher dans notre beau pays, je me demande ce qu’il faudra pour se rendre, non pas à mes équations, mais à l’évidence. Le “Prix Nobel du bon sens” ?

Voir l’article dans son contexte, sur le site de Jean Betbeze

L’Etat français est un jockey grassouillet – interview à la Libre Belgique

21 Nov

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Xavier Fontanet a sorti récemment “Pourquoi pas nous” (Les belles lettres/Fayard), un ouvrage dans lequel il préconise pour la France un certain nombre de réformes (poids de l’Etat, pensions, emploi, fiscalité etc) nécessaires pour sortir son pays de la crise. Pour l’ancien grand patron d’Essilor (de 1996 à 2010), aujourd’hui administrateur au sein des groupes français L’Oréal et Schneider et auteur de nombreuses chroniques dans le quotidien français “Les Echos”, il faudrait d’ailleurs intégrer l’esprit de telles réformes dans la Constitution française. Son livre, qui se base sur des recettes qui ont produit des résultats dans d’autres pays (Allemagne, Suisse, Canada, Nouvelle-Zélande), se veut comme appel à la réflexion du monde politique. Il a d’ailleurs été envoyé à l’ensemble des députés et sénateurs de l’Hexagone: il y a eu un certain écho, y compris à gauche. Sur le site lalibre.be, vous pourrez retrouver d’autres passages de cet entretien avec “La Libre”.

Vous dressez un constat sévère de la France .Un modèle social devenu insoutenable , une sphère publique lourde et handicapante pour les entreprises, une fiscalité record, un écroulement des investissements étrangers… Alors à qui la faute?

J’essaye d’être factuel, les problèmes de la France démarrent en 1974, c’est l’une des idées centrales de mon livre. Cela bat en brèche l’idée très largement répandue en France que les problèmes ont débuté avec Mitterrand. Si on regarde sur très longue période les statistiques économiques, on se rend compte que 1974 a été un point charnière. Pour beaucoup d’observateurs, le début des problèmes de la France a coïncidé et trouvé son origine dans la crise pétrolière. En réalité, c’est avec l’arrivée des énarques au pouvoir. Le premier Président à avoir connu plusieurs années de déficits budgétaires, c’est Valery Giscard d’Estaing. Je ne suis pas de gauche mais je cherche à être objectif. C’est la droite qui a été la première à dire que l’économie de marché n’était pas optimale, que l’Etat devait s’en mêler et que la dépense publique était vertueuse. On a commencé alors à se réendetter. Auparavant, De Gaulle et Pompidou avaient su faire coïncider croissance économique avec désendettement et recul de la sphère publique. La période était peut être plus facile que maintenant, il n’empêche que leur gestion a été un modèle de frugalité.

Sur les 40 dernières années, la gauche et la droite sont co-responsables, selon vous?

On a effectivement connu ces 40 dernières années grosso modo 20 ans de gauche et 20 ans de droite au pouvoir. Quand vous calculez l’augmention de la dette par parti politique, vous avez 50% pour la gauche 50% pour la droite. La sphère politique a donc, selon moi, une responsabilité énorme dans les problèmes actuels de la France. C’est le fruit d’une dérive de la démocratie française qui est représentative, contrairement à la Suisse où elle est directe. En France, on donne mandat à des hommes politiques alors que les rendez-vous électoraux, eux, n’ont lieu que tous les cinq ans. Le peuple a assez rarement l’occasion de donner son opinion pour, le cas échéant, sanctionner les décideurs politiques.

Un entretien à lire en intégralité dans la Sélection LaLibre.be (seulement 4,83€ par mois).

la libre belgique

Retrouvez l’article dans ton contexte, ici

Pédagogie syndicale – édito des Échos du jour

21 Nov

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Non content de gérer déjà 57 % du PIB, le gouvernement s’est mis en tête de réguler les 43 % restants ! Il s’en prend en ce moment aux prix de marché de certaines professions, jugées trop rentables. C’est pour lui une façon de rendre du pouvoir d’achat aux citoyens tondus par les impôts.

La ficelle est un peu grosse, son prix (nos impôts) est de très loin le plus élevé du monde. Facteur aggravant, s’il met en avant l’intérêt général, il fait sienne la logique de la lutte des classes, à savoir l’idée que le profit de l’investisseur est l’ennemi du travailleur et du consommateur, et que ce profit doit être rétrocédé, fût-ce par la force de la loi. Notre gouvernement comprend certes mieux l’entreprise que le précédent, mais il est encore loin de reprendre à son compte ces mots de Schröder : « Le profit est l’investissement de demain et l’emploi d’après-demain. »

Jean-Claude Mailly a tenu un raisonnement bien plus responsable et judicieux en défendant l’investissement de Renault en Algérie. Il a expliqué, en substance, qu’il est de l’intérêt des salariés et des consommateurs français que Renault y gagne de l’argent et y investisse.

C’est par ce type de pédagogie que l’on va faire sortir notre pays de l’ornière ; les pays qui marchent sont ceux où les entreprises sont prospères, car tout le monde s’y retrouve !

Les syndicats sont en train de prendre une avance conceptuelle sur le gouvernement. C’est une très bonne nouvelle, car cela va permettre un dialogue direct et constructif avec les entreprises. L’Etat conviendra alors que le meilleur service qu’il peut rendre à la société est de bien définir son périmètre et de s’occuper de ses propres coûts afin de baisser nos impôts. Faisons nôtre ce vieil adage paysan : « Que chacun s’occupe de son champ, et les vaches seront bien gardées. »

Vidéo

Intervention chez Humania

18 Nov

Cercle Humania – 5 Novembre 2014 – Xavier Fontanet, professeur à HEC et past-Président-directeur général d’Essilor from Kurt Salmon on Vimeo.