Archive | janvier, 2019

La concurrence n’est plus ce qu’elle était – Chronique aux Échos

18 Jan

Bloquer l’opération Alstom-Siemens, comme souhaite le faire la commissaire européenne à la Concurrence, au motif que ses parts de marché locales sont trop fortes, est une erreur. Ce qui est en cause n’est pas seulement la décision, ce sont aussi les concepts qui la sous-tendent.

Trois évolutions sont aujourd’hui nécessaires.

La première, intégrer dans les raisonnements le concept de la courbe d’expérience. Le producteur ayant la plus forte part de marché bénéficie de coûts plus bas que ses concurrents, et le prix moyen d’une industrie est inférieur quand elle est concentrée, même si le leader fait des marges plus importantes. Fixons les idées : les prix seront 25 % plus bas dans une situation où le leader dispose de 60 % d’un marché, par rapport à celle où tous les concurrents sont à 10 % ; et cela même si le leader fait une marge de 25 %. La seconde vise l’étendue du champ concurrentiel. Si, dans le domaine de la distribution, la part de marché doit se mesurer à un niveau local fin (la ville, voire le quartier), dans le domaine de la production industrielle, le champ concurrentiel s’est étendu au niveau continental, voire mondial. Restreindre le territoire au niveau du pays peut être une erreur. Il faut enfin tenir compte de l’accélération des évolutions technologiques. Dans un monde en bouleversement, les positions acquises sont contestées de plus en plus vite par de nouvelles technologies (le commerce en ligne contre l’hypermarché étant un des cas les plus visibles actuellement). La destruction créatrice fait qu’une « domination » dure de moins en moins longtemps. Voilà pourquoi il faut être prudent avant d’empêcher une concentration. D’autant que, sur les autres continents, les autorités favorisent en général la constitution de champions nationaux pour leur donner les moyens financiers de conquérir le monde. Bloquer l’opération Alstom-Siemens va fragiliser les deux entreprises et l’emploi européen face aux concurrents américains et asiatiques. Il faut toujours rappeler que, pour être un consommateur durable, mieux vaut travailler pour un producteur solide.

 

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Les deux maux de nos retraites – Chronique aux Echos

11 Jan

Quels sont les taux de cotisation à la retraite (employé plus employeur) en pourcentage du salaire mensuel moyen en Nouvelle-Zélande, aux Pays-Bas, en Allemagne et en France ?

La réponse est effarante : respectivement 6 %, 12 %, 18 % et… 27 %. Comment peut-on en arriver à des écarts de plus de un à quatre sur ce qui est la plus grosse dépense d’un pays ? En regardant ce que font les autres nations, on comprend tout de suite, car c’est très simple.

Premier facteur, la technologie : répartition ou capitalisation. La capitalisation fait peur à ceux qui ne connaissent pas la Bourse ; c’est dommage, car elle fait fructifier les économies : depuis 1983 (date de la retraite à 60 ans introduite par le président Mitterrand), la Bourse française a été multipliée par 8 et le Dow Jones par 14. La capitalisation coûte beaucoup moins cher que la répartition, puisqu’elle s’appuie sur la croissance de la Bourse. La Nouvelle-Zélande est 100 % capitalisation, la France 100 % répartition ; Pays-Bas et Allemagne mixent les deux.

Deuxième facteur : la durée du travail (mesure plus pertinente que l’âge de départ à la retraite). La Nouvelle-Zélande est championne, avec une durée de plus de 40 ans, comme la Suède ; la France est à l’autre bout de l’échelle avec 35 ans ; les Pays-Bas sont à 40 ans, l’Allemagne à 38. Pour le mix entre répartition et capitalisation, comme pour la durée de travail : la France et Nouvelle-Zélande sont aux antipodes.

Résultat, les dépenses de retraite représentent 6 % du PIB en Nouvelle-Zélande et 13 % en France. La différence c’est, pour la France, 160 milliards d’euros, un chiffre intenable sur la durée. La Bourse fait peur aux Français, on ne s’en tirera qu’en retardant l’âge de départ. La Constitution devrait interdire la pratique des promesses électorales et cantonner le débat aux principes politiques ; on ne tiendra pas rigueur à notre président s’il revient sur son engagement de campagne de ne pas toucher à l’âge de départ, car il y va de la compétitivité de nos entreprises exposées à la concurrence mondiale et de notre prospérité à tous.

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