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Conversation avec mon coiffeur

14 Juin

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Conversation lundi dernier avec mon coiffeur. « Vous savez, je comprends les ‘gilets jaunes’ avec leurs discussions sur les ronds-points et leur demande de vivre dignement de leur travail. Simplement, il y a un problème : ils voulaient taper sur le gouvernement et ce sont des commerçants comme nous qui se sont pris les coups, avec les baisses de chiffre d’affaires et les dégâts des ‘black blocs’. Je coiffe mes collègues commerçants, il y en a qui vont fermer… On dit ‘les assurances vont payer’, mais les cotisations vont monter et c’est nous qui allons sortir les sous. Vous avez vu les gens qui ont saboté les radars ? Eh bien, il faudrait prendre leurs appartements pour les forcer à rembourser la casse. Voilà une belle idée : punir, mais aussi exiger de réparer. »

Je pensais en moi-même, en cette année anniversaire des 50 ans de l’arrivée de Pompidou à la présidence de la République, à toutes les réformes que de Gaulle et lui avaient amenées. Ce qu’elles avaient en commun, c’est d’être structurelles. La participation transforme la relation de l’employé à l’entreprise ; le nucléaire (qu’on l’aime ou pas), c’était l’utilisation visionnaire d’une technique militaire au domaine civil de l’énergie ; le passage en concession de certains services du ministère de l’Equipement introduisait de la concurrence, et donc un contrôle naturel des coûts ; la capitalisation pour les retraites de certains fonctionnaires, c’était une façon élégante de financer l’économie et de sortir de l’impasse où nous conduit la répartition.

Aujourd’hui, c’est différent, on déshabille Paul pour habiller Jacques et on pratique le rabot ; mais les dépenses publiques ne baissent pas pour autant et le rabot, au bout du bout, ça rabote aussi l’esprit !

Une réforme structurelle serait de reprendre la suggestion de mon coiffeur et passer pour un certain nombre de délits de la punition à la réparation ; une évolution de la pratique de la justice qui permettrait une amélioration des comptes publics. L’idée serait certainement partagée par une majorité de la population ; le conseil constitutionnel veillerait au grain pour éviter les dérives. Morale de cette petite histoire : nos législateurs devraient chaque année prendre langue avec les coiffeurs. Nous avons peut-être avec eux, sans le savoir, un des réseaux sociaux les plus efficaces pour tâter le pouls de la population et collecter au passage des idées fécondes.

 

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Terres rares : l’Europe a une carte à jouer – Chronique aux Échos

11 Juin
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Après la décision de Google de priver Huawei de ses logiciels (induite par un décret de l’administration Trump), Xi Yinping s’est empressé d’aller visiter une mine de cobalt au fin fond de la Chine… façon de rappeler que la Chine détient la majorité des ressources de terres rares et a les moyens de répondre de façon très efficace à la menace américaine. Difficile de trouver dans la campagne pour les Européennes un candidat proposant de lancer un grand projet visant à doter l’Europe d’une industrie d’extraction des nodules polymétalliques capable de défier, avec une technologie nouvelle et respectueuse de l’environnement, le monopole chinois.

Il est évident que, si les voitures électriques se développent, si le solaire continue sa percée et si l’électronique poursuit sur sa lancée, l’industrie des batteries va tutoyer à 25 ans en termes de taille celle du pétrole. À taper sur le diesel (après l’avoir poussé pendant vingt-cinq ans), nos politiques ont oublié de rappeler que les leaders mondiaux de l’automobile sont européens, si on ajoute les Allemands (Volkswagen est leader en Chine), les Français (qui ont un pied au Japon avec Nissan) et les Italiens (qui ont un pied aux États-Unis avec Chrysler). C’est à la fois un atout énorme, mais aussi un danger si les Chinois jouent avec les terres rares.

Si De Gaulle et Adenauer étaient encore de ce monde, ça ferait belle lurette qu’ils auraient lancé l’Airbus des batteries : la France apportant son domaine maritime de 10 millions de km² ; les Anglais (gardons-les en Europe) les plus grandes entreprises minières, les Néerlandais, les leaders mondiaux en termes de dragage, sans compter que l’Europe abrite quelques-unes des plus grandes sociétés pétrolières mondiales, dont Total, champion en matière d’exploration. Les savoir-faire… l’Europe les a ! Elle avancera avec de grands projets. Dans cette affaire, on ne part pas de rien puisque, depuis cinquante ans, des organismes français (Ifremer, CEA) ou allemands (Inco) ont travaillé le sujet ; avec les progrès technologiques et avec la montée prévisible du prix des terres rares, ceux-ci vont dégager des marges et, une fois enclenchées, les courbes d’expérience vont descendre et baisser les coûts… Mais pour que ça marche, encore faut-il quelqu’un qui tienne la barre.

 

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La force de l’Asie – Chronique aux Echos

17 Mai

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L’Europe et l’Occident ont fait un péché d’orgueil au moment de la chute du mur de Berlin. Ils ont cru aux théories de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire en pensant que les valeurs occidentales avaient définitivement gagné. C’est pourtant à partir de ce moment-là que les pays d’Asie (et la Chine en particulier) ont pris l’élan qui les fait passer en force devant l’Europe et les États-Unis, et cela quelles que soient les initiatives du président Trump.

Le paradoxe dans toute cette affaire est que l’Europe a perdu confiance dans ses valeurs de liberté et d’initiative, alors que ces mêmes valeurs ont permis à l’Asie un formidable rattrapage. La parade est simple, elle consiste à rechercher les bonnes pratiques asiatiques que nous pourrions copier à notre tour. Tous ceux qui connaissent l’Asie pour y avoir travaillé quotidiennement, en particulier les entreprises, seront unanimes pour dire qu’il y a un trésor de recettes dont il faut s’inspirer, en particulier au Japon.

L’une d’elles est fort bien résumée dans un petit livre facilement disponible, elle porte le nom d’Ikigai, méthode qui permet de donner du sens à la vie. Ce livre apprend à porter attention aux petites choses, il montre que le travail manuel est en fait hautement intellectuel, la main étant le prolongement du cerveau. La clef, c’est de toujours viser la perfection en toutes choses. Il apprend aussi la modération et le respect de l’autre, où qu’il soit dans la société. Ce dernier message est peut-être le plus important, il est source d’harmonie de la société. C’est la force de l’Asie. Accepter que, même si nous sommes égaux en droits, nous ne sommes pas pareils en fait, mais proclamer au même moment qu’un ouvrier efficace et bon collègue doit être placé en plus haute estime que le dirigeant d’une grande entreprise qu’il aurait abîmée durant son mandat.

Voilà une philosophie dont nous devrions nous inspirer. Lee Kuan Yew, fondateur de Singapour, a toujours expliqué haut et clair qu’une société fondée sur la recherche de l’égalité sera battue sur le long terme par celle qui met la dignité de chacun au sommet de ses valeurs. Pour lui, en effet, l’égalitarisme mène à l’assistanat qui se finance forcément par la démotivation des entrepreneurs et ruine l’économie. Pourquoi n’écouterions-nous pas aujourd’hui ce message décapant venant d’un des plus grands dirigeants mondiaux des cinquante dernières années ?

 

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Pour un temps de travail à durée variable – Chronique aux Echos

3 Mai

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La FAS (*) a publié l’an dernier une étude montrant que les performances des entreprises qui pratiquent l’actionnariat salarié sont nettement supérieures aux autres. Elle rappelle qu’il est aussi, dans les temps difficiles et quand on sait l’écouter, une source de stabilité pour l’entreprise et un précieux guide pour le management.

En cette période où l’on tire les leçons du grand débat national, cela pourrait permettre de faire d’une pierre trois coups ! Tourner élégamment la page des 35 heures, améliorer significativement le montant des retraites et sortir par le haut au problème du statut de la fonction publique non régalienne. L’idée consiste à proposer un CDI à durée de travail variable, assorti d’un système d’actionnariat salarié. Ce contrat serait proposé en concurrence avec les contrats existants. On garantirait à l’employé une durée de travail minimum de 5 jours × 7 heures, soit 35 heures par semaine, et un maximum de 42 heures quand la demande est là. En échange de cette flexibilité (qui marque une communauté d’intérêt entre l’employé et l’entreprise), on proposerait un accès au capital ou, pour ceux qui ne veulent pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier, à un fonds diversifié contenant pour une part seulement des actions de leur entreprise. On pratiquerait un abondement musclé qui doublerait les sommes que les employés investissent de leur propre chef. Dans les entreprises qui l’adopteront, les employés auront en tant qu’actionnaires accès au conseil d’administration. Ils se constitueront un capital retraite (l’effet est très significatif dès que plus de 5 % du salaire est épargné et correctement abondé sur longue durée). On tient là une spécificité européenne sur un sujet central et une voie qui peut faire évoluer le capitalisme dans un sens positif. Ce CDI pourrait être proposé à la fonction publique non régalienne à qui on proposerait de passer à un contrat copié sur ce qui existe dans le privé contre la possibilité d’investir, elle aussi, avec abondement, dans un fonds diversifié. Le monde change. Pour bien y vivre, il faut faire preuve de réalisme et de réactivité ; la France est le pays où l’actionnariat salarié est le plus développé ; il y a là une piste prometteuse…

* Fédération française des Associations d’actionnaires  Salariés

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Témoignage

6 Avr

Capture d’écran 2019-04-05 à 11.13.35Après avoir dirigé Chantiers Bénéteau de 1986 à 1991, Xavier Fontanet rejoint ensuite Essilor en tant que directeur général (1991-1995), puis vice-président (1995-1996), président-directeur général (1996-2009), et président (2010-2012). Il est actuellement administrateur d’Essilor, Schneider et L’Oréal. Aujourd’hui, il met son expérience au service des entreprises en misant sur une idée centrale, celle de la transmission de ses idées à la nouvelle génération. Il nous livre ici sa vision stratégique de l’économie des domaines skiables.

On ne peut que saluer le travail collectif de la profession, des élus et des pouvoirs publics qui a permis en cinquante ans d’acquérir cette brillante position.Il est une règle valable aussi bien dans le sport que dans les affaires : la situation de leadership n’est ni stable ni confortable, elle doit être défendue bec et ongles quotidiennement.

xavier-fontanet

 

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La vraie richesse des expatriés – Chronique aux Echos

5 Avr

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Olivier Duha, fondateur et coprésident de Webhelp, était la semaine dernière à Paris et a contribué au grand débat en remettant un rapport au gouvernement et en donnant quelques interviews. Il a fait passer une idée simple, jusqu’ici peu évoquée : baisser les coûts de la sphère publique en recourant beaucoup plus à la sous-traitance. Olivier Duha est l’ancien président de CroissancePlus, il s’est expatrié il y a quelques années. Le groupe qu’il a monté est en forte croissance et rassemble aujourd’hui 35.000 collaborateurs. La réforme anglaise a beaucoup recouru à la sous-traitance et à la concession. Olivier Duha a pu juger sur le terrain de leur efficacité. Il est l’archétype de ces Français citoyens du monde mais attachés à notre pays, qui sont au contact de bonnes pratiques que nous pourrions faire nôtres.

Nos expatriés sont beaucoup plus nombreux que l’on croit, probablement plus de 2,5 millions. Leur nombre a explosé. Pourquoi ? Les uns sont partis, il faut le dire, à cause des impôts qui chassent ceux qui ont réussi ou ceux qui ont des projets et ne veulent pas se faire spolier quand ceux-ci ont marché. Les autres ont pris la décision d’expatriation pour aller chercher des jobs dans des zones d’emploi plus dynamiques qu’ici plutôt que d’utiliser nos généreuses indemnités de chômage.

Il y a aussi tous ceux qui contribuent au développement international de nos entreprises petites et grandes. On les retrouve par dizaines de milliers en Californie, à Singapour, en Australie ou au Canada. Comme les Français sont dégourdis, ils excellent dans tous les pays où l’environnement est proentreprise. Ils contribuent ainsi efficacement à l’image de notre pays.

Malheureusement on n’a pas assez utilisé leur expérience dans le grand débat, il n’était pas construit pour cela. Il serait donc très utile de lancer une autre consultation. Ca donnerait beaucoup d’idées fraîches. On montrerait par la même occasion à tous ces Français talentueux qu’ils nous sont infiniment utiles. Ca réduirait le risque que sur la durée eux ou leurs enfants décident de se fixer sous d’autres cieux, provoquant par là même une grave perte de substance pour notre pays

 

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La leçon de Blanquefort – Chronique aux Echos

25 Mar

20 millions d’euros sont demandés à Ford pour réindustrialiser dans le cadre du plan de fermeture de son usine de Blanquefort. Ford paiera. Mais notons au passage que la somme est significative, surtout quand on sait que les assurances chômage ont été dûment acquittées. Certes, ces 20 millions faciliteront le reclassement des salariés. Mais en réaction, les groupes internationaux qui pensent investir en France auront ces chiffres en tête et réfléchiront à deux fois avant d’appuyer sur le bouton. Ils iront évidemment regarder ce qui se passe chez nos voisins immédiats.

Une revue anglaise vient de sortir des statistiques montrant que tous ces pays ont réduit considérablement leur chômage depuis dix ans, sauf la France. Le champion toutes catégories est la Suisse, où ce dernier a encore baissé de 20 % cette année, à 3,2 % de la population active, ce qui représente 150.000 chômeurs. Si l’on regarde de plus près, la Suisse fait appel à 300.000 frontaliers (dont la majorité viennent de France). Son chômage est donc négatif alors que son taux d’emploi est à 80 % (il n’est que de 64 % en France) et que les salaires y sont doubles des nôtres en moyenne. Une fermeture comme celle de Blanquefort s’y réglerait en moins de trois mois sans y consacrer le moindre euro.

Où est le secret d’une telle performance ? Probablement, et c’est un paradoxe, dans la concision et la simplicité du droit du travail de ce pays, qui contient environ 100 fois moins de pages que le nôtre et dans les messages qu’il passe ; l’employeur n’a pas à justifier une décision de licenciement ni à réindustrialiser la région s’il ferme une usine. Il doit simplement payer des indemnités selon un barème préétabli.

Regardons autour de nous et tirons les bons enseignements : le pays qui a le moins de chômage et les salaires les plus élevés est celui qui a l’environnement le plus simple et le plus lisible.

 

Xavier Fontanet

 

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Quatre mesures contre les fake news – Chronique aux Echos

14 Mar
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Les fake news sont un problème grave qui va empirer.

Si l’Europe s’y attaque plus efficacement que l’Amérique et la Chine, elle peut revenir dans le grand jeu du Net dont elle est absente.

On peut imaginer quatre mesures que pourraient prendre les pays européens.

D’abord, s’attaquer au gigantesque troc qui consiste à dire : « Tu me donnes tes données et je te donne mes applis. » Première décision : en Europe, on achète les données et on vend les applis. Cela permettrait d’y relocaliser une partie des impôts qui doivent légitimement y être payés.

Il faut ensuite exploiter les failles qui apparaissent avec les fake news venant de sources anonymes et la crainte grandissante de savoir ce qu’il advient des données. D’où la deuxième décision : l’Europe exige qu’à chaque adresse corresponde une personne identifiée. Cela réduirait les fake news en permettant de les tracer plus efficacement. Ce changement des règles du jeu provoquera une génération de nouvelles applis payantes, assurant que les données ne sont pas réutilisées. Belle opportunité de faire revenir les Européens travaillant dans les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple) et consorts. L’exercice de leurs stock-options (dont les plus-values représentent plusieurs centaines de milliards d’euros) peut financer facilement ces nouvelles sociétés.

La condition, qui constitue la troisième décision, c’est de remettre les fiscalités sur les plus-values à des niveaux compétitifs. La prolifération des fake news est le résultat de l’affaiblissement des médias écrits, qui ont perdu la publicité passée chez… les Gafa. Des journaux prospères et capables de bien payer leurs journalistes sont le meilleur rempart contre les fake news.

Quatrième décision : favoriser les abonnements aux médias écrits en permettant aux citoyens européens de les déduire de leurs impôts. L’Europe ne rattrapera pas les Gafa, c’est bien trop tard, mais ces quatre mesures peuvent remettre le pied à l’étrier de ses entreprises en attendant les bouleversements technologiques qui, forcément, un jour rebattront les cartes à nouveau.

 

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Une loi Pacte pour le secteur public ? Chronique aux Echos

12 Fév

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C’est bien de partir des faits, surtout dans un pays comme le nôtre où l’on se complaît dans les idées. Mais une somme de constats ne fera jamais une politique, elle conduira à mettre des emplâtres sur les problèmes sans s’attaquer réellement à leurs causes. Emerge du grand débat national l’idée que, derrière notre fiscalité excessive, se cache une augmentation déraisonnable de notre sphère publique. Encore derrière, une erreur conceptuelle de certains de nos économistes qui ont expliqué, pendant quarante ans, que la dépense publique stimulait l’économie, justifiant du « toujours plus » dans les promesses électorales. Un économiste peut hélas tuer aussi sûrement une économie qu’un médecin son malade s’il se trompe de diagnostic. Depuis cinquante ans, le monde a changé, il est devenu concurrentiel et, dans un monde concurrentiel, il faut être compétitif. La compétitivité n’est plus uniquement celle de la sphère privée, c’est la compétitivité consolidée (privé/public) parce que les coûts publics entrent dans les prix de revient de nos entreprises. Il faut remettre les choses à plat et commencer par une redéfinition des missions de la sphère publique. Une sorte de loi Pacte pour le secteur public, visant un recentrage sur le régalien – quitte d’ailleurs à ce qu’on en renforce certaines parties. Dans le domaine social, qui représente à lui seul 60 % du tout, on n’évitera pas un recalage sérieux de paramètres, comme le temps de travail consolidé sur toute la vie, ainsi que des conditions encadrant l’indemnisation du chômage… qui apparaissent comme une des causes de ce dernier. Il faudra enfin se poser la question du colbertisme, qui a empilé les strates de coûts dans la sphère régionale, diluant les responsabilités et complexifiant les décisions. Dans cette affaire, nous avons une chance : plusieurs pays comme le Canada, la Nouvelle-Zélande ou l’Allemagne ont fait des retournements spectaculaires, ramenant chacun leur sphère publique de 56 à 44 % du PIB sur une période de dix à douze ans. Chaque fois, leurs économies sont reparties. C’est simple, pourquoi ne pas faire comme eux ?

 

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Les choix d’hier se paient aujourd’hui. Chronique aux Echos

28 Jan

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Les « gilets jaunes » disent tout haut ce que les Français pensent tout bas : le pouvoir d’achat chute ou stagne depuis dix ans à cause de la montée des prélèvements de toute sorte. La publication des comptes de l’Etat confirme année après année la croissance continue des dépenses publiques, en particulier celle des frais liés aux retraites, qui représentent à eux seuls 15 % du PIB.Dans une chronique récente, j’avais expliqué que le prélèvement lié au financement de la retraite, sur les feuilles de paie françaises, est de 27 %, alors qu’en Nouvelle-Zélande il est de 6 %. Cette différence n’est pas due au fait que les Néo-Zélandais ont de petites retraites, c’est parce qu’ils effectuent environ 45 ans de carrière et 45 heures par semaine, alors que nous tendons plutôt vers les 35/35. Se rajoute le mode de financement par capitalisation infiniment moins chère que la répartition. Si on tient coûte que coûte à la répartition, il n’y a pas de solution autre que de travailler plus longtemps pour réduire les dépenses et augmenter les recettes. Partir à la retraite à 67-68 ans, c’est ce que pratiquent ou envisagent nos collègues européens. Pensons aussi à la compétitivité des entreprises. Imaginez une activité où les salaires représentent 65 % du prix de revient. Le produit néo-zélandais sera 14 % moins cher que son concurrent français. Face à un client chinois, qui gagnera ? Dans un système de répartition, la compétitivité d’aujourd’hui conditionne l’emploi de demain et la retraite d’après-demain. Les choix politiques (retraite à 60 ans, 35 heures pour plus de temps libre), cela pouvait sembler « sympa » à l’époque où ils ont été pris, sauf que la durée de vie va encore augmenter et la concurrence mondiale se faire encore plus vive. Le déséquilibre financier ne peut que s’aggraver et fragiliser les entreprises. Le déclic, c’est quand on comprendra sur les ronds-points (et pas uniquement !) que pour augmenter ce qui reste en bas de la feuille de paie, et pour garder une retraite digne, il faut travailler plus longtemps !