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5G : l’Europe a une carte à jouer – chronique aux Echos

20 Fév

Il est curieux qu’il y ait si peu de papiers pour expliquer que Nokia et Ericsson ont l’opportunité de prendre un leadership mondial dans la 5G. Quand on regarde les chiffres, ils sont pourtant bien placés : d’après « The Economist », au troisième trimestre 2019, ils possédaient 34 % de parts de marché mondial en installation, devant Huawei à 30 % et Samsung à 23 %.Le conflit entre Huawei et Trump leur ouvre les portes du marché américain. Il y a des adaptations techniques à réussir, voire un industriel américain à acheter, mais ce n’est pas le bout du monde pour des entreprises de cette taille, habituées aux problématiques des marchés mondiaux.

En toute objectivité, l’Amérique devrait être favorable à la constitution d’une couche de savoir-faire indépendante (fût-elle européenne) dans la longue chaîne qui mène des Gafa aux consommateurs finaux. L’Amérique ne représentant que 25 % du PIB mondial et l’Asie croissant plus vite, ce taux baissera forcément. Elle devrait comprendre qu’une Europe solide technologiquement et économiquement est un facteur d’équilibre qui n’est pas à leur désavantage. William Barr, ministre américain de la Justice, vient d’ailleurs de passer des messages allant dans ce sens, même s’il verrait bien du capital américain dans Nokia ou Ericsson. Concernant la Chine, les Chinois sont capables de comprendre le discours suivant : « Les bonnes affaires sont équilibrées, d’accord pour laisser prendre une part du marché européen à Huawei à condition que Nokia et Ericsson aient la même en Chine. » Les champions mondiaux européens sont souvent partis de positions inférieures à celle qu’ont Nokia et Ericsson aujourd’hui. Une petite incidente : Huawei a certes fait un parcours exceptionnel, mais l’affaire n’est pas cotée et distribue un fort dividende à ses actionnaires qui sont tous ses salariés. C’est donc un concurrent qui a lui aussi ses contraintes. Nous avons donc là un beau terrain de jeu qui va permettre de voir si les pays européens sont capables d’investir collectivement pour s’affirmer sur un sujet majeur.

 

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Ce que cache le débat sur la privatisation d’ADP – Chronique aux Echos

7 Fév

 

Les discussions sur la retraite étouffent en ce moment d’autres débats de fond. Il en est un qui pose un problème stratégique intéressant, c’est le référendum d’initiative populaire sur la privatisation des Aéroports de Paris. On est en train de dépasser le million de signatures. Très loin des 4,7 requis pour qu’il ait lieu, mais qui sait ?

De façon surprenante (on reconnaît là le goût de nos concitoyens pour les débats conceptuels), le débat porte jusqu’ici presque exclusivement sur des questions de principe : « Faut-il garder cet actif car il est stratégique ou peut-on le vendre sur le marché ? » Sur le plan économique, on fustige en cas de privatisation le fait que l’Etat se prive de dividendes (savoureux quand on lit les discours scandalisés sur ceux du CAC 40), on évoque rarement les liquidités que l’opération pourrait ramener à notre Etat surendetté.

Un leader mondial français

Pour nos voisins européens, les choses sont déjà tranchées, ils ont choisi de privatiser. Il est pratiquement impossible de trouver un article où on explique qu’il y a une opportunité phénoménale de créer un leader mondial français sur ce très grand métier de gestion d’aéroports compte tenu de la force que vient de prendre Vinci en reprenant la gestion de Gatwick ! Vinci ADP, fondus en une société, sera un leader très net, et ce sur une base mondiale !

Et dire que la France a été un des tout premiers pays à imaginer de concéder des services publics. C’était en 1853, il y a cent cinquante ans, sous Napoléon III, il s’agissait de la distribution de l’eau. Cette avance conceptuelle a permis à notre pays d’abriter aujourd’hui les leaders mondiaux de son traitement et des métiers associés ; des sociétés prospères en forte croissance positionnées sur des métiers à de gigantesques potentiels. Nos ancêtres avaient de la vision. Cent cinquante ans après, dans les débats sur la privatisation, posons-nous la question : la décision de nos anciens, on la regrette ou pas ?

 

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La Suisse… si loin, si proche

4 Fév

Les discussions sur les retraites empêchent de tirer la conséquence des débats qui ont suivi l’épisode des « gilets jaunes » et c’est dommage. Quand on lit les rapports, le mot qui revient

le plus est celui de « proximité ». Tous ceux qui ont voyagé peuvent attester que le pays occidental qui a réussi le mieux à combiner mondialisation heureuse avec ancrage local des citoyens, c’est la Suisse.

La raison de cette harmonie est la structure de son Etat décentralisé en trois étages : fédéral, cantonal et communal. Chaque niveau dispose de ses recettes, assume ses coûts et, subsidiarité oblige, n’abandonne à l’échelon supérieur que les compétences qu’il ne parvient à exercer lui-même. Le coeur du système ce sont les 26 cantons qui se livrent une saine concurrence pour attirer les entreprises, le tout cadré par l’obligation de garder un bilan équilibré (il n’y a pas d’Etat providence pour combler les trous !). Les budgets sont votés chaque année par les citoyens eux-mêmes. Les élus gardent leur job et sont payés pour le temps passé (en général une semaine par mois) ; il n’y a donc pas de politicien de métier, et les Assemblées sont un fidèle reflet de la société.

L’autre domaine d’excellence c’est l’éducation, les deux tiers des enfants passent par la filière professionnelle (apprentissage dit « dual »), qui jouit d’un statut égal à celui de la voie générale. Ce sont des assurances privées qui assurent la retraite et la couverture santé. Le PIB par tête en Suisse est le double du nôtre alors qu’il était le même à la mort du regretté Pompidou et le chômage est à… 2,7 %.

Tout ceci est divinement expliqué dans un petit livre dont la lecture est accessible à tous, « Le Modèle suisse », écrit par François Garçon, qui a gardé les deux nationalités. On ne saurait trop, en ces temps troublés, recommander aux députés, aux sénateurs et au gouvernement de décortiquer et méditer cette petite merveille qui donne toutes les pistes permettant à chacun de nous de rester bien ancré dans son territoire tout en vivant pleinement la mondialisation.

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Les entreprises françaises au firmament

3 Fév

On connaît aujourd’hui la performance financière du CAC 40 en 2019, elle est encore très bonne. Dividendes records, lit-on, c’est vrai, mais l’essentiel est la croissance du CAC sur la longue durée. Prenons du recul et jetons un regard sur les quinze dernières années : dividendes, investissements et capitalisation ont été multipliés environ par trois. Au passage, les dividendes de 60 milliards sont effectivement les plus élevés jamais enregistrés, mais ils ne sont pas excessifs si on les ramène à la capitalisation de 1.800 milliards, c’est environ 3 %. Ce qui est remarquable et rassurant, c’est la croissance annuelle de la valeur des entreprises sur la période (entre 6 et 7 %), bien plus rapide que celle de l’économie française. A l’évidence, nos entreprises se débrouillent très bien dans le grand bain de la mondialisation, une preuve de plus que les Français peuvent en bénéficier.

Les vertus de la capitalisation

Il y a un deuxième message peut-être tout aussi important en cette période où tout le monde discute de retraite et de répartition : on a tous en mémoire la chute de 2008, un des arguments avancés contre la capitalisation ! Eh bien la chute a été très largement récupérée ; comme quoi se reposer sur des actions pour financer une retraite lorsqu’on n’appelle chaque année qu’une petite partie de l’épargne investie, n’est pas si risqué que ça. Ajoutons que le CAC 40, à force de croître plus vite que l’économie française, est aujourd’hui diversifié géographiquement, diversification que n’offre pas le système de la répartition ou tous ses oeufs sont mis dans un seul pays.

C’est ce qu’ont bien compris tous nos voisins. Au lieu de miser sur la seule répartition, et fustiger par principe les marchés financiers qui croissent plus vite que l’économie, ils ont fait preuve de réalisme. Ils ont décidé de profiter de cette dynamique et appuient désormais leur retraite sur un deuxième pilier, la capitalisation.

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« Capitalisation » ne doit plus être un gros mot Chronique aux Echos

17 Jan

 

Il est des mots qu’on ne peut utiliser sans se faire agonir aussi bien dans le domaine sociétal que dans le domaine économique : capitalisation en est un, si on en juge parles débats autour de BlackRock.Ce blocage stupide empêche d’adresser les vrais sujets et d’y réfléchir posément. Dès qu’on creuse un tant soit peu, on constate que les fonds de pension assurant la retraite de leur souscripteur par un mécanisme de capitalisation pèsent aujourd’hui 36.000 milliards de dollars, soit à peu près 50 % de la capitalisation mondiale totale. Autrement dit, la moitié des marchés financiers travaille pour les retraités, ce qui est loin d’être idiot si la Bourse croît plus vite que l’économie. A 100.000 euros le compte, ça fait 360 millions de clients ! Dans quels pays se trouvent toutes ces personnes qui utilisent la capitalisation pour leur retraite ? Pas très difficile de les localiser, il suffit de consulter les classements des meilleurs systèmes de retraite : en tête les Pays- Bas, l’Australie et la majorité des pays nordiques (dont le système social, rappelons-le, nous a été toujours donné en modèle). On constate que tous ont des parts importantes et croissantes de capitalisation. Quant à nous Français, nous sommes en 28e place dans le classement Mercer, performance médiocre quand on sait que nous sommes, et de loin, le pays qui consacre la plus grosse part de son PIB à la retraite (14 %). Avec cette détestation de la capitalisation, ne sommes-nous pas en train de faire fausse route et nous ruiner avec notre concentration à 94 % sur la répartition. Il y a des règles universelles et éternelles : d’abord, il vaut mieux avoir deux cordes plutôt qu’une à son arc ; ensuite, quand on est seul à prendre un chemin, il faut avoir la sagesse de se demander pourquoi les autres ne l’empruntent pas. Deux bonnes raisons pour arrêter les anathèmes et réfléchir à l’idée de mettre une dose de capitalisation dans notre système, même si le mot hérisse le poil de certains.

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Vive la concurrence ! Chronique aux Echos

10 Jan

La liberté, respectueuse de celle des autres, est assurément notre bien le plus précieux ; c’est elle qui permet l’initiative individuelle et la prise de décision, elle développe le jugement et forge la personnalité de chacun de nous.

Dans la vie professionnelle, pour la grande majorité d’entre nous, liberté veut dire concurrence. En France on ne l’aime pas, on la présente comme la loi du plus fort. On se méfie également de l’intérêt particulier, décrit comme l’expression de l’égoïsme. Pourtant, quand on y  réfléchit, c’est bien l’intérêt particulier qui suscite la concurrence et, en retour, cette même concurrence contrôle très efficacement l’intérêt particulier en redistribuant aux clients les gains de productivité. Accepter de faire jouer la concurrence (c’est-à-dire la liberté) fait converger naturellement les intérêts particuliers vers l’intérêt général.Nous avons aujourd’hui sous les yeux la preuve quel’absence de concurrence détruit jusqu’à l’idée même d’intérêt général. Des salariés d’entreprises publiques, à qui on a confié, en exclusivité, la mission essentielle de transporter les personnes, par le rail, sur de courtes, moyennes et longues distances, profitent de leur monopole pour faire pression sur la société tout entière afin de servir leurs intérêts particuliers d’employés et de retraités.

Incitation à l’humilité

La liberté a un prix qui est d’accepter de vivre en concurrence et ce n’est pas facile ! On peut même dire que c’est une ascèse quotidienne et une incitation à l’humilité puisqu’il faut être en permanence efficace et se mettre au service de clients libres de traiter ou de ne pas traiter avec vous. C’est en revanche l’assurance que les relations économiques ainsi créées sont justes puisque les clients ont pu exercer librement leur choix. C’est pourquoi les entrepreneurs, les artisans et les agriculteurs (grands ou petits), qui peinent mais continuent à travailler, sont les authentiques porteurs de la flamme de la liberté et méritent d’être chaudement célébrés en ce début d’année.

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Lettre d’un ami allemand Chronique aux Echos

7 Jan
Je discutais récemment avec un ami allemand qui ne comprenait rien à nos grèves ; je le poussais dans ses retranchements, les Allemands, ceux qui les connaissent bien le savent, n’aiment pas passer pour des donneurs de leçons. Voici quelques extraits de ses observations :

« Votre problème, c’est votre paritarisme, ce ménage à trois dans lequel l’Etat, sous le prétexte de combler les déficits des caisses, intervient dans les discussions syndicats-patronat. Le résultat ? ça déresponsabilise les syndicats en laissant entendre qu’on peut faire n’importe quoi sur le plan financier. Nous n’avons pas cette situation en Allemagne car Schröder a expliqué en 2004 que l’Etat, n’ayant plus un sou vaillant, ne comblerait plus les trous. Le départ à la retraite à 65 ans, ce n’est pas le gouvernement qui l’a imposé, ce sont les syndicats et les patrons qui en ont convenu pour équilibrer les comptes. »

« Vos syndicats sont issus de la fonction publique (beaucoup plus nombreuse qu’ici) ou de secteurs économiques protégés (comme le transport et l’énergie) ; les nôtres travaillent dans des sociétés exportatrices, ils savent la réalité de la concurrence mondiale dans laquelle ils vivent et ont bien compris qu’on ne pouvait pas mettre n’importe quelle charge sur le dos des entreprises. »

« Chez nous, le syndicat fait pression sur le patron, si nécessaire par la grève, pour mieux répartir le profit ; chez vous c’est très différent, vos syndicats n’hésitent pas à pourrir la vie de la population en bloquant les transports publics pour peser sur le gouvernement et le Parlement, ce sont des grèves politiques. Les nôtres ont abandonné l’idée de la lutte des classes pour adopter ‘l’économie sociale de marché’ et ont consigné dans leurs statuts l’indépendance vis-à-vis des partis politiques. » « Vous savez ce qui serait intéressant ? Que le gouvernement dise ‘Chiche ! Vous ne voulez pas de mon âge pivot  ? Eh bien je quitte le paritarisme, je cesse ce soir à minuit de combler les trous. Je vous laisse vous débrouiller avec les grands financiers mondiaux’. Vous verrez, les premiers impayés ce sera dans les régimes spéciaux et ça forcera un certain nombre de personnes à devenir un peu plus réalistes. »

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L’actionnariat salarié peut sauver nos retraites – Chronique aux Echos

20 Déc

Les grands prix de l’actionnariat salarié ont été remis mercredi dernier dans les locaux d’Amundi par Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain, à huit entreprises ayant des parcours d’excellence en la matière. Il y avait des grands groupes cotés, mais aussi des PME et des ETI. Le champion était Bouygues, avec aujourd’hui plus de 20 % du capital contrôlé par son personnel, un chiffre considérable qui salue l’efficacité d’une politique à long terme d’association du personnel. Il y avait aussi Veolia et Spie. Les récipiendaires ont tous insisté sur le fait qu’un fort actionnariat salarié transforme complètement l’ambiance dans l’entreprise, il développe la connaissance de l’économie de marché et modifie le comportement des patrons qui se sentent responsables des économies de leurs salariés. L’actionnariat salarié est un des chemins les plus directs permettant aujourd’hui d’aller vers un capitalisme acceptable par tous. Il y avait aussi des entreprises moins connues (privées ou publiques) disposant toutes de jolies parts de marché dans leur domaine ; chacune connaissait une forte croissance, situation qui permet aux collaborateurs de bénéficier pleinement de la création de valeur. Elles avaient pour nom Trescal, Naval Group, BCF Life Sciences et Ipsen. Fait très intéressant, plusieurs étaient sous LBO… comme quoi le private equity peut être, lui aussi, un des plus efficaces promoteurs de l’actionnariat salarié. Il y avait enfin dans la salle les plus anciens, Schneider et EssilorLuxottica, qui ont eux aussi témoigné, lors des tables rondes, que des retraités, quand ils avaient été salariés actionnaires tout au long de leur vie de travail, disposaient, au moment où ils quittaient leur entreprise, de capitaux considérables permettant de doubler, voire tripler leur retraite officielle. Sachant qu’il vaut mieux s’appuyer sur deux jambes que marcher à cloche-pied, nos dirigeants politiques et nos syndicats seraient bien inspirés de sérieusement pousser cet actionnariat salarié. Celui-là contribue en effet à rendre le capitalisme plus acceptable, mais il peut aussi devenir un deuxième pilier solide pour le financement de nos retraites.

L’Europe doit viser le leadership mondial – Chronique aux Echos

13 Déc

L’Union européenne en mal d’un grand projet ? Chaque Européen devrait se rappeler ce qui s’est passé sur notre continent au début du siècle quand des scientifiques de tous les pays européens ont bâti en vingt-cinq ans les fondements de la physique quantique. Le Danois Niels Bohr, les Autrichiens Schrödinger et Pauli, les Allemands Planck et Heisenberg, l’Anglais Rutherford, l’Ecossais Maxwell, l’Italien Tesla, le Français de Broglie et, bien évidemment, Einstein : tous étaient à la manoeuvre, spontanément, dans ce grand projet fédérateur. Ils étaient mathématiciens, physiciens, chimistes, expérimentateurs, tous se renvoyaient la balle. Ils avaient des approches très différentes, fruits de la variété de leurs origines géographiques. C’est cette confrontation organisée par les universités, mais aussi par les entreprises, en particulier Solvay, et par les clubs scientifiques de l’époque, qui a permis cette avancée intellectuelle fulgurante de la physique sans laquelle lasers et ordinateurs n’auraient pas vu le jour. Folie des uns, lâcheté des autres, la guerre a provoqué une boucherie humaine sans précédent dans l’histoire et une effroyable fuite des meilleurs cerveaux. L’avance intellectuelle que l’Amérique a acquise aujourd’hui, et dont le leadership dans le Net est la manifestation la plus évidente, n’est qu’une lointaine conséquence de ce qui s’est passé alors.

L’Europe doit tirer la leçon de cette monstrueuse erreur sans laquelle elle dominerait encore le monde. En ce moment où les autres avancent, elle doit s’unir, faire bloc et se relancer. La leçon à tirer de la construction intellectuelle de la physique quantique est que sa variété est une force, que cette force est toujours là à condition de laisser leur spécificité et leur marge de manoeuvre aux peuples qui la composent. Une façon de continuer à la construire est de choisir une demi-douzaine de grands projets constitués en fonction des talents et des savoir-faire respectifs des peuples européens. Ces projets doivent correspondre aux grands défis à résoudre pour garder notre planète et sa population en bonne santé dans les domaines industriel, écologique et scientifique. Ils doivent viser, sans complexe, le leadership mondial dans chacun des domaines choisis !

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La société de confiance – Chronique aux Echos

6 Déc

Il y a vingt-cinq ans, Alain Peyrefitte écrivain et homme politique nous quittait. Dans « Le Mal français », il expliquait, après quarante ans de vie politique, combien la France était difficile à gouverner. Alain Peyrefitte a eu la chance d’échanger avec le général de Gaulle, en tête à tête, quotidiennement pendant plus de dix ans. « C’était de Gaulle » restitua les réactions du grand homme aux événements de l’époque. Tout le monde connaît « Quand la Chine s’éveillera », fulgurante anticipation qui permit à la France d’être le premier pays à reconnaître les potentialités de ce pays continent.

La partie peut-être la plus intéressante de son oeuvre est la réflexion qu’il a entreprise, une fois à la retraite. Il s’est alors plongé dans l’économie en cherchant à percer le mystère du développement : quelles sont les conditions qui font que les économies décollent ? Il a mis en évidence le « tiers facteur » qui n’est ni le capital ni le travail mais… le climat de confiance !

Dès qu’on arrive à installer un climat de confiance, les pays se mettent à tourner. Trois ingrédients dans cette recette miraculeuse : il faut d’abord que les gens aient confiance en eux, difficile équilibre entre modestie excessive et arrogance qui fait que quelqu’un s’épanouit ; il faut ensuite qu’ils aient confiance les uns dans les autres (rien ne vous fait autant de bien que de savoir qu’on a confiance en vous !). Mais ça ne suffit pas, surtout dans le cas des Français, encore faut-il avoir confiance dans la stratégie ! C’est ce que Napoléon avait très bien compris en allant sur le terrain expliquer lui-même aux grognards, la veille de la bataille, la stratégie du lendemain.

 

Ces recettes sont concentrées dans un dernier ouvrage « La Société de confiance ». En ces temps où les Français doutent et se méfient de tout, alors qu’ils sont talentueux et pourraient faire des merveilles, il faut impérativement lire, méditer et discuter ce bijou, un des plus beaux legs des périodes gaullienne et pompidolienne. L’idée la plus fine, en hommage à ce grand homme, consisterait à éditer « La Société de confiance » dans un format qui permettrait de le vendre à 7 euros et, osons l’idée, l’introduire dans les cours d’économie de terminale.

 

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