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L’entreprise en cinq questions simples – Chronique aux Échos

13 Oct

1024px-les_echos_logo-svgChaque fois qu’un chef d’entreprise étudie, crayon en main, le contenu du cours d’économie dispensé à nos enfants en première et en terminale, il est partagé entre colère et déprime. Il découvre en effet un mélange hétéroclite : on y parle de l’entreprise dans moins d’une page sur huit, 75 % du livre étant consacrés aux sciences sociales, aux « imperfections du marché » et à l’intervention de l’État sur l’économie. La théorie sous-jacente à l’édifice est celle de l’offre et de la demande, qui a 250 ans, ne parle que d’équilibre statique et est incapable d’expliquer la dynamique des prix dans des marchés en croissance. Osons le dire, ce cours ne prépare pas nos enfants à la vie en entreprise (où 85 % pourtant vont travailler), alors que les idées essentielles à faire comprendre ne sont pas très compliquées et comptent sur les doigts d’une seule main :

1. Qu’y a-t-il au démarrage d’une entreprise et qu’est-ce que le cycle de vie d’un produit ?

2. Comment se forme le résultat dans un système concurrentiel, et comment expliquer que, dans un même métier, les résultats et la croissance des concurrents diffèrent ?

3. Comment organise-t-on le financement de l’entreprise et quel est son effet sur la croissance ?

4. Pourquoi les entreprises s’étendent-elles géographiquement ?

5. Pourquoi tous ces rapprochements d’entreprises ? Est-ce positif, ou cela peut-il représenter un danger ?

Il est très difficile pour quelqu’un qui n’a pas travaillé en entreprise d’expliquer son fonctionnement ; c’est tout aussi difficile que d’enseigner le ski quand on ne l’a jamais pratiqué, il faut donc aider les enseignants – qui, soit dit en passant, ne sont pas responsables des programmes ! Symétriquement, en devenant plus participatif, le management moderne incite les chefs d’entreprise à devenir pédagogues. Dans ces conditions, la solution ne consisterait-elle pas tout simplement à faire passer ces cinq idées simples, dans chacune de nos classes, par un couple enseignant/chef d’entreprise ?
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Ne plus donner nos données – Chronique aux Échos

6 Oct
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Plutôt que de taxer les rois du Net, pourquoi ne pas changer le contrat qui les lie aux utilisateurs en les forçant à payer pour nos données ?
Les principaux pays sont focalisés en ce moment sur la  taxation des Gafa . Il y a effectivement un problème à voir les plus grosses entreprises du monde payer relativement peu d’impôts. Ceci dit, personne ne peut contester l’apport de Google, Amazon et consorts à la communauté mondiale : leur capitalisation, qui est la mesure du service qu’ils ont rendu, en est la meilleure preuve.

La tâche des fiscalistes est compliquée parce que ces entreprises opèrent en fait dans un sixième continent, le cloud, une situation complètement nouvelle dans l’histoire de l’humanité. Il y a une autre singularité : les données, source de la création de valeur, sont fournies gratuitement par les utilisateurs (vous et moi), et on ne parle pas de petites sommes ! Google, pour ne prendre qu’un exemple, sert 1 milliard de clients et vaut 500 milliards d’euros. Chaque client lui a « apporté » 500 euros.

Un nouveau contrat

Une idée pour éviter les conflits fiscaux futurs consisterait donc à revenir sur le contrat implicite de départ : « Tu me donnes des données et je te donne des applications gratuites extraordinairement performantes. » On solvabiliserait à la fois la vente des données et l’achat des services. Chacun de nous se verrait proposer une somme en l’échange de ses données, et paierait les services rendus. Dans le cas où nous refuserions de vendre nos données personnelles, nous paierions le service contre la promesse de leur destruction immédiate.

Cette nouvelle forme de contrat, que chaque pays pourrait rendre obligatoire, permettrait de lever localement l’impôt sur toutes ces transactions. On travaillerait plus à la sécurité des données et on éviterait les stratégies de « package deal » dangereuses pour l’innovation puisque les nouveaux entrants sont en général spécialisés.

Ce serait évidemment un changement pour les Gafa, mais ils en ont vu d’autres (!) ; on éviterait bagarres fiscales et légitimes frustrations si la gigantesque opération de troc à la base de cette industrie était correctement solvabilisée.
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Innover, c’est d’abord bien former- Chronique aux Echos

28 Sep

En cédant  4 % d’Engie, l’État va toucher 1,5 milliard d’euros qui abonderont un fonds d’investissement de 10 milliards destiné à financer l’innovation. Voilà un mouvement stratégique, c’est bien ! Mais la créativité est-elle seulement affaire d’argent, et quelles sont les conditions pour qu’elle crée de la prospérité ? La Suisse est de loin  le pays au monde qui dépose le plus de brevets par habitant – cinq fois plus que nous, qui nous targuons pourtant d’être imaginatifs ! Elle explique sa performance par une idée simple : « Il faut au pays des ouvriers hautement qualifiés et des ingénieurs imaginatifs » (*). La créativité est pour eux le résultat d’une bonne relation instruction/entreprise tout au long du parcours scolaire et universitaire. Ceci suppose à la fois un enseignement professionnel performant et des universités branchées sur les problématiques des entreprises. La Suisse fait ainsi d’une pierre deux coups : le chômage des jeunes y est inexistant, l’apprentissage étant le meilleur accès des jeunes à l’emploi ; les universités complètent leur financement par le bénéfice des brevets et des prises de participation dans les start-up que leurs découvertes génèrent. Dans des années 1970, la France, l’Angleterre et l’Italie ont fait le pari inverse : toute la production serait délocalisée dans les pays en voie de développement. On a calé l’université sur l’idée mal définie de dispenser du « savoir » avec pour résultat d’envoyer trop d’étudiants sur les filières molles qui ne débouchent sur rien de concret. Les choses peuvent se retourner avec les stratégies partagées par tous. L’argent pour la recherche est bienvenu, mais il faut aussi rapprocher entreprise et éducation, de l’apprentissage à l’université. Plus important encore, en cette période où le rythme de découvertes n’a jamais été aussi élevé, la filière technologique doit être proclamée filière d’excellence comme l’ont fait tous les pays qui marchent.

Xavier Fontanet est professeur de stratégie à HEC(*) « Formation : l’autre miracle Suisse », François Garçon, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2014.
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Travailler autrement – Chronique aux Echos

14 Sep

Publié le 14 Septembre 2017

On n’a pas assez évoqué les innovations en matière d’organisation du travail proposées en France par PwC, la plus grande entreprise d’audit et de conseil du monde.

PwC a annoncé à ses employés français qu’ils avaient le droit de travailler chez eux jusqu’à six jours par mois. Les locaux parisiens ont été transformés et décloisonnés pour faciliter les interactions entre les équipes ; le PDG, lui-même, n’a plus de bureau. Pour assurer une hygiène de travail et des temps de repos, des règles ont été fixées : pas d’utilisation des e-mails le week-end ou pendant certaines plages horaires, pas de réunion avant ou après telle ou telle heure.

Les évolutions ont toutes été cocréées et testées avec les équipes et les représentants du personnel. Ces évolutions collent à la spécificité du métier d’audit et de conseil, où le travail n’est pas affaire de présence mais consiste à délivrer en équipe un résultat. Elles correspondent à ce qu’attendent les jeunes quant à des modes de fonctionnement favorisant à la fois la collaboration, le travail en équipe et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée… PwC fait le pari de la confiance et voit dans ces nouveaux modes de travail le moyen d’attirer et de retenir les meilleurs.

L’organisation actuelle du travail a été pensée pour le monde des années 1950, où les emplois étaient de nature industrielle. Ils demandaient une présence physique dans l’usine. Les organisations du passé étaient verticales, le futur est horizontal : les jeunes adorent et ça favorise l’esprit d’équipe.

Il y a en France 250.000 entreprises de plus de 10 employés, dont 80 % font du service et de la distribution. Si on considère qu’il y a dix concurrents par métier, cela fait 25.000 métiers différents pour lesquels on doit penser des organisations spécifiques. Les Français sont connus pour la variété de leurs fromages. Ils ont aussi la réputation d’être imaginatifs. L’adaptation de leurs organisations au monde qui change est une belle occasion de faire au monde entier la démonstration de leur créativité.
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Le luxe, des succès hors normes -Chronique aux Echos

14 Sep

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Le 7 Septembre 2017

Nos grandes entreprises de luxe cotées (LVMH, L’Oréal, Hermès, Kering) et d’autres plus petites, comme Rémy Cointreau, ont sorti, cette année encore, de magnifiques résultats. Bonne nouvelle : les Français peuvent être leaders mondiaux sur de très gros métiers et tenir la route sur la durée.

La capitalisation de ces entreprises est en effet – on ne le fait jamais remarquer – à peu près deux fois celle de nos fabricants automobiles et aéronautiques réunis… c’est dire la prospérité apportée à notre pays par ce seul secteur !

Une des dimensions intéressantes de l’industrie du luxe, c’est qu’il y a peu de normes, a l’exception de celles – draconiennes – que les opérateurs se sont eux-mêmes imposées, par le simple jeu de la concurrence, en tirant naturellement leur métier vers le haut. Cette caractéristique inédite, et à protéger précieusement, a permis au talent créatif français de construire ces empires qui s’étendent maintenant partout sur la planète.

Mais le point peut-être le plus important, c’est la durée du contrôle actionnarial, qui dépasse de loin tout ce qu’on voit ailleurs. Il y a certes eu de violentes batailles financières, mais, dans toutes ces entreprises, la durée de détention du capital et son caractère en général familial ont été la clef du succès. Ce sont des métiers où les choses ne se construisent qu’avec l’aide du temps, et où le capitalisme à court terme, de ce fait, ne peut réussir.

L’amendement qui a supprimé l’ISF pour les détenteurs de plus de 25 % du capital a été un élément expliquant la bonne marche de cette splendide industrie. Développons l’actionnariat individuel, et la participation pour les salariés actionnaires, en supprimant l’ISF sur les actions, encourageons le capital-risque et les business angels. Et gardons-nous de la folie réglementaire des normes, ces entraves modernes à l’innovation. Les Français sont parfaitement capables d’affronter la concurrence mondiale, ils le montrent chaque fois qu’on leur permet de se battre à armes égales avec leurs concurrents.
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Le choix de la liberté – Chronique aux Echos

6 Juil

Que diriez-vous si, après avoir décidé de changer de marque de voiture, vous receviez la lettre d’un tribunal vous demandant de justifier votre choix ? Cette lettre vous expliquerait que votre geste demande une justification en raison de la perturbation que vous créez chez votre ancien fournisseur. Vous devriez réexpliquer que vous voulez changer parce que vos enfants, étant devenus adultes, ont quitté votre foyer et que, de ce fait, une voiture plus petite vous convient mieux. Votre décision serait contestée par le juge, qui vous rappellerait que vous avez une bonne situation et vous proposerait de régler le contentieux contre un chèque de 10.000 euros. Ce chèque, préciserait-il, permettra à l’Etat de compenser les dommages causés à votre ancien fournisseur par votre changement soudain.

Que diriez-vous si, le jour où vous annoncez à votre employeur que vous le quittez pour un autre job, celui-ci vous disait : «  Cher monsieur, depuis que nous travaillons ensemble, je vous ai formé et cela a représenté un coût pour moi. Je vous demande de me régler cette facture de 15.000 euros, qui représente les frais de que j’ai investis sur vous pendant dix ans. J’en ai besoin pour former la personne qui vous remplacera. »

Dans ces deux cas, vous seriez indigné et vous auriez raison. C’est rogner votre liberté, ça réduit votre pouvoir d’achat, et ça conduit directement la société au collectivisme.

Soit ! Mais alors, pourquoi la liberté de manoeuvre accordée au particulier est-elle refusée à l’employeur, alors que celui-ci contribue déjà à l’assurance-chômage la plus généreuse qui soit au monde ?

Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, cette dissymétrie est au coeur des discussions sur le Code du travail. Rappelons que, dans tous les pays où il n’y a pas de chômage, l’employeur n’a pas à justifier sa décision (c’est écrit noir sur blanc dans certains Codes du travail). Il doit simplement payer une indemnité préétablie, calculée sur la base du salaire et du temps passé par l’employé dans l’entreprise.

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Et la sphère enflait, enflait… Chronique aux Echos

29 Juin
En 1974, notre sphère publique, vierge de dette, ne dépassait pas 30 % du PIB et notre Etat régalien était fort. Les hommes politiques ont alors écouté les sirènes des économistes qui leur ont vendu le concept de « multiplicateur », expliquant que la dépense publique avait un effet positif sur l’économie. Quarante-trois ans de déficits publics continus ont créé une dette considérable et notre croissance patine. Les pays qui, comme la Suisse, ont gardé des politiques d’équilibre budgétaire et de sphère publique contenue, ont doublé leur PIB par tête par rapport à nous. L’Allemagne marche beaucoup mieux depuis qu’elle a, sous l’impulsion de Gerhard Schröder, réduit ses dépenses publiques d’un bon 10 % du PIB et baissé à concurrence ses impôts.

Revenons au bon sens, regardons les chiffres fournis par le cabinet Rexecode et comparons-nous (en % du PIB France/Allemagne) : sphère publique 56/45 ; capacité (besoin) de financement des ménages +3,5/+5 , des entreprises -2/+3, des administrations -4/+0,5.

La sphère publique française, à même structure, coûte 11 % de PIB de plus que sa consoeur allemande. Pour se financer, elle surcharge les entreprises de 5 % du PIB, augmente sa dette, chaque année, de 4 % (alors que l’Allemagne baisse la sienne de 0,5 % par an), elle réduit enfin l’épargne des ménages de 1,5 % : 5 + 4 + 0,5 + 1,5 ; on arrive à un total de 11 %… le compte y est !

Le bon sens nous dit que soit l’on parie sur un Etat protecteur et omniprésent, mais on épuise les entreprises, on réduit la capacité de décision des ménages et on endette l’Etat ; soit l’on réduit le périmètre de l’Etat en allégeant les impôts et les charges des entreprises pour leur permettre de se développer dans le monde comme leurs consoeurs allemandes. L’idée fausse du multiplicateur étrangle l’entreprise ; on peut lui redonner de l’air, mais les jours sont comptés : si l’Allemagne réduit sa dette, la France continue d’augmenter la sienne au point que l’actif net de l’Etat s’approche, toujours d’après le cabinet Rexecode, de zéro !

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