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Pour un nouveau contrat de travail dans l’automobile

29 Mai

Le plan de soutien à l’automobile annoncé cette semaine par le gouvernement aurait dû être conditionné à une modification de l’organisation du travail.

 

« Pour les salariés, aujourd’hui, il n’y a strictement rien du tout’, a déploré cette sur france info Jean-Pierre Mercier, délégué syndical CGT du groupe PSA Peugeot Citroën.

On croit rêver… La société est en train de faire un effort considérable pour aider le secteur automobile et certains syndicats ne veulent même pas le reconnaître.

Dans d’autres pays le gouvernement aurait exigé une réciprocité non pas sur la politique industrielle, comme ça a été le cas, mais sur l’organisation du travail.

Une bonne connaissance de la conception des rapports sociaux en Allemagne aurait donné des idées. L’idée à prendre, qui aurait pu être négociée, est celle du contrat CDI à temps variable, contrat imaginé par Peter Hartz sous gouvernement Schröder, contrat qui a permis de sauver Volkswagen de la déroute au début des années 2000

Il s’agit pour l’employé et son employeur de s’accorder sur une flexibilité du temps de travail hebdomadaire. Celui-ci peut varier d’un minimum de 4 × 7 heures (28 heures par semaine), à 5 × 9 (45 heures). La compensation de cette flexibilité est un intéressement très musclé (qui a représenté chez Volkswagen jusqu’à 30 % du salaire annuel). Pour ceux qui veulent aller plus loin dans l’association du travail au capital, elle peut prendre la forme d’une distribution régulière d’actions de l’entreprise.

Ce type de CDI inauguré en 2005 a fait ses preuves lors de la crise de 2008 et a considérablement renforcé l’économie allemande en particulier le secteur l’automobile en lui permettant de supporter mieux la crise.

Voilà qui marque une évolution positive du capitalisme avec une participation renforcée à la prospérité de l’entreprise. Sans compter qu’il y a là une des solutions au problème de la retraite dans le cas d’une rémunération sous forme d’actions, puisque le collaborateur qui choisit l’accès au capital se constitue un pécule qui peut être très significatif.

Il est toujours temps de bien faire les choses : un conseil à donner à nos acteurs du paritarisme serait d’aller repérer les bonnes pratiques en dehors de chez nous et les adopter. Ce serait une façon de tisser des liens entre pays européens, liens fort utiles si nous voulons construire une Europe solidaire et plus résiliente aux chocs conjoncturels.

 

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On ne relocalise pas en claquant des doigts – Chronique aux Echos

22 Mai

À l’occasion de cette crise, on redécouvre les bienfaits de l’industrie et on réclame des relocalisations. Mais celles-ci ne se décrètent pas. C’est le client, in fine, qui décide rappelle Xavier Fontanet. D’où la nécessité d’aligner nos charges-trop lourdes- sur celles de nos voisins.

 

Après avoir rêvé d’un pays sans usine reposant sur la recherche le tourisme et la culture, on est en train de se rendre compte que l’industrie est source de prospérité pour les pays comme les nôtres.

On parle donc de relocalisation, très belle idée. Mais ce n’est pas en claquant les doigts que les usines vont soudainement repeupler les territoires

Il faut rappeler d’abord que ce n’est pas le patron qui délocalise mais le client. Les entreprises se relocalisent là où sont leurs concurrents tout simplement pour… survivre. Si on cherche un responsable c’est le client

Il y a le cas des métiers très simples dont les équipements sont facilement achetables sur le marché mondial. Ils se localisent dans les pays lointains à main-d’oeuvre peu formée et pas chère. C’est la moitié des cas. Mais il y a aussi un autre cas très répandu, celui de la localisation des usines dans les pays voisins où les salaires sont proches mais les impôts et charges plus faibles.

En France, ou La sphère publique représente 57 % du PIB, un producteur ayant un coût hors taxe de 100 € verra son coût complet monter à 232, le même produit sortira à 178 dans un pays où elle est à 44 %. L’écart est donc de 30 % écart mortel qui est la deuxième cause de délocalisation

D’un côté c’est la banalisation de la technologie, de l’autre l’enflure de l’Etat, quand le jockey pèse plus lourd que le cheval, on ne gagne pas le Grand Prix

Dans le premier cas la relocalisation est possible. Il y a d’ailleurs des facteurs favorables comme la personnalisation qui modifie les chaînes logistiques calées sur du prêt à porter, le fait que les salaires dans les pays lointains montent et l’arrivée des robots et imprimantes 3D. Mais il ne faut pas se bercer d’illusion : la relocalisation supposera beaucoup de capital et aussi beaucoup de formation permanente pour le personnel.

Dans le deuxième cas les sphères publiques (régalienne, sociale régionale) devront chacune adopter un régime jockey

Soyons concrets la relocalisation ne se fera vraiment que si l’Etat français aligne ses taxes sur la production et les salaires sur le niveau de ses voisins européens. Sinon dans un monde plus difficile avec le coronavirus les fermetures d’usines dans beaucoup de secteurs vont s’amplifier.

 

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Le philosophe et le plombier

21 Mai

L’histoire qui va suivre est presque une parabole.
C’est en fait le témoignage d’une employée, recueilli la semaine dernière dans une entreprise du
nord de la France :
« J’ai deux fils. L’aîné était littéraire et brillant, ses professeurs l’ont poussé vers la philosophie,
filière d’excellence dans son lycée, nous étions fiers et confiants ; il a passé sa licence, mais il n’a
pas réussi à trouver d’emploi stable ; il enchaîne les petits jobs, en passant par la case chômage.
Notre second fils avait de mauvaises notes ; en réalité il s’ennuyait à l’école ; il adorait les tuyaux,
les robinets et voulait être plombier, nous étions consternés. Ses professeurs l’ont d’ailleurs
dissuadé de suivre la filière technique, mais il s’est entêté et a trouvé, sans l’aide de personne, une
entreprise prête à le prendre comme stagiaire. La mort dans l’âme, nous avons accepté qu’il passe
dans la filière technique et entre en apprentissage.
Tout a alors changé : ses professeurs, en contact constant avec les entreprises, le comprenaient et
le motivaient. Il a commencé comme soudeur, il a rapidement grimpé dans la hiérarchie. De la
plomberie, il est passé au chauffage, puis au conditionnement d’air et à la gestion énergétique
d’immeubles ; il gagne quatre fois plus que son grand frère et continue de se former en suivant en
ce moment des cours d’automatisme. »
Au fond, il y a deux enseignements à tirer de cette histoire :
– l’élève modèle n’a pas pu trouver de métier solvable et celui qui en a trouvé un a dû braver le
système ! Notre éducation nationale doit remettre en question le concept de « filière générale »,
une des causes du chômage de nos jeunes.
– L’origine de cette erreur se trouve aussi dans l’inconscient de nombreuses familles pour qui
travaux manuels et techniques sont déconsidérés.
Bien sûr, il nous faut des philosophes, mais, pour dire le vrai, le niveau technologique va, dans le
futur, faire la différence entre les pays qui marchent et ceux qui ne marchent pas.
Secouons donc le cocotier et proclamons la technique… filière d’excellence !

 

Une chronique parue dans les Echos en novembre 2016

Et si nous repensions le contrat de travail ? Chronique aux Echos

10 Avr

Depuis cent ans, les syndicats ont toujours été opposés au travail payé à la tâche et ont promu le principe d’un salaire et d’un horaire fixes. La période actuelle est propice à la réflexion sur des changements structurels. Même si les vingt dernières années pouvaient paraître un long fleuve tranquille, elles ne l’étaient pas. Il y a eu le passage de l’an 2000 où on a cru que tous les ordinateurs allaient se bloquer, puis ce fut la folie de la bulle Internet suivie de son éclatement, les deux guerres d’Irak, la crise des subprimes et maintenant le coronavirus, de loin la plus grave des crises que nous avons à traverser ces dernières années. L’industrie pharmaceutique va faire d’immenses progrès à l’occasion de cette dernière épidémie, mais le test et le vaccin instantané n’étant pas pour demain, il est sage de prévoir d’autres solutions. L’économie va continuer à être imprévisible.

Pour permettre aux entreprises de mieux amortir les chocs, il est une idée à laquelle le patronat et les syndicats devraient réfléchir : c’est celle d’un CDI à temps variable. Il s’agirait pour l’employé et son employeur de s’accorder sur une flexibilité du temps de travail hebdomadaire. Celui-ci pourrait varier d’un minimum de 4 × 7 heures, soit 28 heures par semaine, à un maximum disons de 5 × 9, soit 45 heures. La compensation de cette flexibilité serait soit un intéressement musclé, soit, pour ceux qui veulent aller plus loin dans l’association du travail au capital, une distribution régulière d’actions de l’entreprise. Ce nouveau type de CDI, mis en place avec succès sous le gouvernement Schröder, a considérablement renforcé l’économie allemande. Il marque une évolution positive du capitalisme qui permet une participation renforcée à la prospérité de l’entreprise. Sans compter qu’il y a là une des solutions au problème de la retraite dans le cas d’une rémunération sous forme d’actions, puisque le collaborateur se constitue au fil des ans un capital qui permet de l’augmenter dans des proportions considérables, comme le démontrent les entreprises qui ont pratiqué l’actionnariat salarié depuis longtemps.

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Covid-19 : la solution passe par la Chine

8 Avr
1024px-les_echos_logo-svgTerrible crise mondiale. En France, on est au milieu de la vague, encore des temps durs et dangereux devant nous ! Certains secteurs voient leurs ventes s’effondrer, comme le tourisme ou les biens d’équipement, d’autres vont continuer à tourner. C’est le cas de la distribution alimentaire, de l’agriculture, de la communication. Le domaine de la santé a un gigantesque champ qui s’ouvre sous nos yeux avec les tests, les vaccins et tous les services associés. On découvre grâce aux nouveaux outils numériques des modes d’organisation inédits qui auront des conséquences sur les entreprises, les transports et l’aménagement régional, comme le télétravail et l’école à distance. La décision difficile pour le gouvernement est de trouver le bon équilibre entre le confinement qui abaissera le pic et la nécessité de ne pas casser l’économie.

Une solution financière mondiale

Pour protéger celle-ci, la gestion de la liquidité est essentielle et ça a été très bien expliqué : pour le haut de bilan des entreprises, suspendre les remboursements de prêt, permettre des injections de capital ; pour le bas de bilan, payer les fournisseurs. Mais tous les pays sont touchés : à problème financier mondial, solution financière mondiale… solution qui passe par la Chine, berceau de l’épidémie et de loin premier exportateur mondial.

A ces deux titres la Chine est concernée. Les masques distribués partout dans le monde et à une telle échelle : le geste est très apprécié, il faut continuer. Peut-on suggérer une autre idée ? La Chine irrigue l’économie mondiale. Pourrait-elle adopter, pour ses exportations, un crédit systématique, d’un an, garanti par l’Etat chinois et renouvelable tant que l’épidémie n’a pas reflué ? Un geste fort de solidarité, qui reviendrait à 1.000 euros par personne confinée et serait un bol d’air pour les entreprises qui travaillent avec elle. Elle en a les moyens. Confucius a toujours expliqué que la prospérité de la Chine devait contribuer à l’harmonie du monde ; une belle occasion, pour le peuple chinois pendant cette période difficile pour tous, de rendre hommage à sa pensée à la fois universelle et intemporelle.

 

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Les tensions sino-américaines, sont une chance pour les entreprises européennes – Chronique aux Echos

23 Mar

Jack Welch a accompli chez GE un travail de titan en portant l’entreprise au firmament des capitalisations mondiales avant que le Net ne prenne son envol. Aurait-il pu éviter, s’il était resté en charge, la chute effarante qui a suivi son départ ? Cette chute de GE serait-elle représentative d’un focus excessif de l’Amérique sur la nouvelle économie qui est en train de pomper tous les talents et tout le cash ? Pour la petite histoire, il faut savoir qu’il avait toujours rêvé, sans y réussir, d’intégrer Microsoft dans GE.

 

Succès écrasants de la nouvelle économie

Ce ne sont peut-être que des coïncidences, mais, avant la crise de 1973, les bénéfices de General Motors (GM) dépassaient ceux de tous ses concurrents automobiles réunis à l’époque ; Boeing était deux fois Airbus. Rappelons-nous, GM, sous Obama, a mordu la poussière, et Boeing, aujourd’hui, semble bien mal en point. Dans le domaine électrique que couvre GE, le trio Siemens-Schneider-ABB a de bien meilleures parts de marché. C’est à se demander si les succès écrasants dans la nouvelle économie n’ont pas amené l’Amérique à négliger l’ancienne.

Pas besoin d’être grand clerc pour deviner que les tensions entre Chine et Etats-Unis ne vont pas cesser. Elles sont pour les entreprises européennes une chance immense de devenir leader dans ces métiers de base aux Etats-Unis. Or, ces métiers ont de longues durées de vie devant eux : on aura toujours besoin de se loger, de se laver, de se déplacer et de se nourrir ; il y a une opportunité à saisir pour l’Europe dans ces domaines où ses entreprises excellent. Et avec deux points d’ancrage forts en Europe et aux Etats-Unis, les stratégies de leadership mondial se présenteront sous un jour autrement favorable.

Encore faut-il que nos dirigeants européens comprennent que les entreprises ne sont pas des mauvais élèves qui ne pensent qu’à monter les prix et à payer moins d’impôts, mais qu’elles sont le levier sur lequel ils peuvent s’appuyer pour souder et motiver tous les Européens autour de projets motivants comme la construction de grandes entreprises mondiales.

 

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L’Europe et ses discrets champions industriels – Chronique aux Echos

13 Mar
Après avoir empêché la constitution d’un certain nombre de leaders mondiaux potentiels à base européenne, sous prétexte de protéger à court terme les prix et les consommateurs, l’Europe est en train de comprendre qu’avoir des champions solides sur son sol n’est pas la plus mauvaise des affaires.

Le plus brillant, c’est le plus discret ! Si dans la rue, on demandait aux passants qui est ASML, personne ne saurait dire. C’est pourtant une société qui capitalise 120 milliards d’euros, c’est-à-dire plus qu’Airbus, Siemens ou Volkswagen !

ASML est une société hollandaise, leader mondial des « steppers », ces machines qui servent à fabriquer les microprocesseurs ; le « stepper » concentre dans ses entrailles les technologies les plus avancées à l’oeuvre sur la planète. Ses clients ont pour nom Intel, Samsung, TSNC, les plus grands fabricants de microprocesseurs. Ses concurrents, Nikon et Canon, sont des icônes au Japon. ASML vient de prendre le leadership en réussissant grâce à une technologie unique à graver plus fin qu’elles.

On doit cette société à la ténacité de Philips, qui a tenu bon quand il fallait investir fort, effort d’autant plus méritoire qu’elle avait, à l’époque, de gros problèmes. Parler d’ASML est utile, car on peut dire aux Européens qu’ils sont capables d’avoir des leaders mondiaux dans les technologies les plus sophistiquées ; avec des entreprises comme celle-là, l’Europe détient une arme phénoménale vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine puisqu’elle est capable de faire et défaire le champion de l’industrie qui contrôle tout le numérique. Laissons cette entreprise travailler dans la tranquillité, car la concurrence japonaise ne restera pas inactive. Il était utile, ne serait-ce qu’un court instant, de lever le voile sur la performance extraordinaire des Hollandais et, du coup, de dire aux Européens qu’il y a chez eux des merveilles et qu’ils peuvent tenir leur place sur le plan technologique dans le concert mondial.

Concurrence : les trois erreurs de l’Europe – Chronique aux Echos

10 Mar

La première liaison TGV aux Etats-Unis entre Houston et Dallas va être exploitée par la Renfe , l’équivalent de la SNCF espagnole, les infrastructures étant construites par Salini Impregilo, un groupe italien. Encore un signe qui montre à quel point les métiers se mondialisent et qui rappelle à la Commission européenne l’énorme bourde qu’elle a commise en refusant la fusion Alstom-Siemens .

Cantonnons-nous à la production (le cas de la distribution étant différent) : la première erreur de la Commission est d’avoir mesuré la concurrence sur un territoire beaucoup trop restreint. Aujourd’hui, le terrain n’est plus le pays ni le continent mais le monde ; la deuxième erreur, c’est d’être en retard d’une guerre : l’Amérique et la Chine cherchent aujourd’hui systématiquement à susciter des leaders nationaux de taille mondiale, fût-ce au prix de fortes parts de marché local. La troisième erreur est d’avoir des conseillers qui utilisent encore les courbes traditionnelles d’offre et de demande comme support conceptuel. Celles-ci sont dépassées : elles expliquent qu’il vaut mieux avoir de petits concurrents qui s’étripent avec de petites marges, alors qu’aujourd’hui une industrie concentrée à cause de l’effet d’expérience a des coûts plus bas. Même si son leader a des marges confortables, le prix de marché lui aussi est plus bas.
Pourquoi les Etats-Unis ne construisent pas des TGV ?

Le grand Charles souhaitait que les Européens fassent de grandes choses en dehors d’Europe, et bien il serait fier de la Renfe et de Salini Impregilo ! Au passage, si la direction générale de la SNCF n’était pas constamment empêtrée à gérer nos grèves, elle aurait pu être sur ce deal. Quant à la Commission, en espérant que la leçon a été comprise, on pourrait lui suggérer de faire évoluer sa mission et de lui demander non plus de s’occuper des prix, mais, métier par métier, de rapprocher les concurrents européens pour créer des vrais leaders capables d’affronter la concurrence mondiale. Ce serait une façon efficace de faire l’Europe.

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5G : l’Europe a une carte à jouer – chronique aux Echos

20 Fév

Il est curieux qu’il y ait si peu de papiers pour expliquer que Nokia et Ericsson ont l’opportunité de prendre un leadership mondial dans la 5G. Quand on regarde les chiffres, ils sont pourtant bien placés : d’après « The Economist », au troisième trimestre 2019, ils possédaient 34 % de parts de marché mondial en installation, devant Huawei à 30 % et Samsung à 23 %.Le conflit entre Huawei et Trump leur ouvre les portes du marché américain. Il y a des adaptations techniques à réussir, voire un industriel américain à acheter, mais ce n’est pas le bout du monde pour des entreprises de cette taille, habituées aux problématiques des marchés mondiaux.

En toute objectivité, l’Amérique devrait être favorable à la constitution d’une couche de savoir-faire indépendante (fût-elle européenne) dans la longue chaîne qui mène des Gafa aux consommateurs finaux. L’Amérique ne représentant que 25 % du PIB mondial et l’Asie croissant plus vite, ce taux baissera forcément. Elle devrait comprendre qu’une Europe solide technologiquement et économiquement est un facteur d’équilibre qui n’est pas à leur désavantage. William Barr, ministre américain de la Justice, vient d’ailleurs de passer des messages allant dans ce sens, même s’il verrait bien du capital américain dans Nokia ou Ericsson. Concernant la Chine, les Chinois sont capables de comprendre le discours suivant : « Les bonnes affaires sont équilibrées, d’accord pour laisser prendre une part du marché européen à Huawei à condition que Nokia et Ericsson aient la même en Chine. » Les champions mondiaux européens sont souvent partis de positions inférieures à celle qu’ont Nokia et Ericsson aujourd’hui. Une petite incidente : Huawei a certes fait un parcours exceptionnel, mais l’affaire n’est pas cotée et distribue un fort dividende à ses actionnaires qui sont tous ses salariés. C’est donc un concurrent qui a lui aussi ses contraintes. Nous avons donc là un beau terrain de jeu qui va permettre de voir si les pays européens sont capables d’investir collectivement pour s’affirmer sur un sujet majeur.

 

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Ce que cache le débat sur la privatisation d’ADP – Chronique aux Echos

7 Fév

 

Les discussions sur la retraite étouffent en ce moment d’autres débats de fond. Il en est un qui pose un problème stratégique intéressant, c’est le référendum d’initiative populaire sur la privatisation des Aéroports de Paris. On est en train de dépasser le million de signatures. Très loin des 4,7 requis pour qu’il ait lieu, mais qui sait ?

De façon surprenante (on reconnaît là le goût de nos concitoyens pour les débats conceptuels), le débat porte jusqu’ici presque exclusivement sur des questions de principe : « Faut-il garder cet actif car il est stratégique ou peut-on le vendre sur le marché ? » Sur le plan économique, on fustige en cas de privatisation le fait que l’Etat se prive de dividendes (savoureux quand on lit les discours scandalisés sur ceux du CAC 40), on évoque rarement les liquidités que l’opération pourrait ramener à notre Etat surendetté.

Un leader mondial français

Pour nos voisins européens, les choses sont déjà tranchées, ils ont choisi de privatiser. Il est pratiquement impossible de trouver un article où on explique qu’il y a une opportunité phénoménale de créer un leader mondial français sur ce très grand métier de gestion d’aéroports compte tenu de la force que vient de prendre Vinci en reprenant la gestion de Gatwick ! Vinci ADP, fondus en une société, sera un leader très net, et ce sur une base mondiale !

Et dire que la France a été un des tout premiers pays à imaginer de concéder des services publics. C’était en 1853, il y a cent cinquante ans, sous Napoléon III, il s’agissait de la distribution de l’eau. Cette avance conceptuelle a permis à notre pays d’abriter aujourd’hui les leaders mondiaux de son traitement et des métiers associés ; des sociétés prospères en forte croissance positionnées sur des métiers à de gigantesques potentiels. Nos ancêtres avaient de la vision. Cent cinquante ans après, dans les débats sur la privatisation, posons-nous la question : la décision de nos anciens, on la regrette ou pas ?

 

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