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Le choix de la liberté – Chronique aux Echos

6 Juil

Que diriez-vous si, après avoir décidé de changer de marque de voiture, vous receviez la lettre d’un tribunal vous demandant de justifier votre choix ? Cette lettre vous expliquerait que votre geste demande une justification en raison de la perturbation que vous créez chez votre ancien fournisseur. Vous devriez réexpliquer que vous voulez changer parce que vos enfants, étant devenus adultes, ont quitté votre foyer et que, de ce fait, une voiture plus petite vous convient mieux. Votre décision serait contestée par le juge, qui vous rappellerait que vous avez une bonne situation et vous proposerait de régler le contentieux contre un chèque de 10.000 euros. Ce chèque, préciserait-il, permettra à l’Etat de compenser les dommages causés à votre ancien fournisseur par votre changement soudain.

Que diriez-vous si, le jour où vous annoncez à votre employeur que vous le quittez pour un autre job, celui-ci vous disait : «  Cher monsieur, depuis que nous travaillons ensemble, je vous ai formé et cela a représenté un coût pour moi. Je vous demande de me régler cette facture de 15.000 euros, qui représente les frais de que j’ai investis sur vous pendant dix ans. J’en ai besoin pour former la personne qui vous remplacera. »

Dans ces deux cas, vous seriez indigné et vous auriez raison. C’est rogner votre liberté, ça réduit votre pouvoir d’achat, et ça conduit directement la société au collectivisme.

Soit ! Mais alors, pourquoi la liberté de manoeuvre accordée au particulier est-elle refusée à l’employeur, alors que celui-ci contribue déjà à l’assurance-chômage la plus généreuse qui soit au monde ?

Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, cette dissymétrie est au coeur des discussions sur le Code du travail. Rappelons que, dans tous les pays où il n’y a pas de chômage, l’employeur n’a pas à justifier sa décision (c’est écrit noir sur blanc dans certains Codes du travail). Il doit simplement payer une indemnité préétablie, calculée sur la base du salaire et du temps passé par l’employé dans l’entreprise.

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Et la sphère enflait, enflait… Chronique aux Echos

29 Juin
En 1974, notre sphère publique, vierge de dette, ne dépassait pas 30 % du PIB et notre Etat régalien était fort. Les hommes politiques ont alors écouté les sirènes des économistes qui leur ont vendu le concept de « multiplicateur », expliquant que la dépense publique avait un effet positif sur l’économie. Quarante-trois ans de déficits publics continus ont créé une dette considérable et notre croissance patine. Les pays qui, comme la Suisse, ont gardé des politiques d’équilibre budgétaire et de sphère publique contenue, ont doublé leur PIB par tête par rapport à nous. L’Allemagne marche beaucoup mieux depuis qu’elle a, sous l’impulsion de Gerhard Schröder, réduit ses dépenses publiques d’un bon 10 % du PIB et baissé à concurrence ses impôts.

Revenons au bon sens, regardons les chiffres fournis par le cabinet Rexecode et comparons-nous (en % du PIB France/Allemagne) : sphère publique 56/45 ; capacité (besoin) de financement des ménages +3,5/+5 , des entreprises -2/+3, des administrations -4/+0,5.

La sphère publique française, à même structure, coûte 11 % de PIB de plus que sa consoeur allemande. Pour se financer, elle surcharge les entreprises de 5 % du PIB, augmente sa dette, chaque année, de 4 % (alors que l’Allemagne baisse la sienne de 0,5 % par an), elle réduit enfin l’épargne des ménages de 1,5 % : 5 + 4 + 0,5 + 1,5 ; on arrive à un total de 11 %… le compte y est !

Le bon sens nous dit que soit l’on parie sur un Etat protecteur et omniprésent, mais on épuise les entreprises, on réduit la capacité de décision des ménages et on endette l’Etat ; soit l’on réduit le périmètre de l’Etat en allégeant les impôts et les charges des entreprises pour leur permettre de se développer dans le monde comme leurs consoeurs allemandes. L’idée fausse du multiplicateur étrangle l’entreprise ; on peut lui redonner de l’air, mais les jours sont comptés : si l’Allemagne réduit sa dette, la France continue d’augmenter la sienne au point que l’actif net de l’Etat s’approche, toujours d’après le cabinet Rexecode, de zéro !

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Accepter la flexibilité – Chronique aux Echos

15 Juin

Vivarte, Tati, Mim… nos journaux sont remplis d’articles sur des enseignes de textile en difficulté. Un regard de l’autre côté de l’Atlantique nous indique que le problème est général.

Sears, le grand distributeur textile américain, a dû réduire en dix ans le nombre de ses magasins de 3.800 à 1.500 ; depuis 2014, son chiffre d’affaires a baissé de… 37 % ! Derrière cette chute se profile la montée des ventes sur le Net, qui a pris aujourd’hui plus du quart du marché textile. Amazon va ajouter dans les dix-huit prochains mois 100.000 personnes aux 180.000 qu’il emploie aux Etats-Unis. La concurrence entre systèmes de distribution va donc s’intensifier, et on peut désormais se demander si le commerce en ligne va connaître la même percée dans l’alimentaire.

Walmart a réagi en achetant un site d’achat, Jet.com, et propose à ses employés de livrer les clients en rentrant chez eux ; avec ses 4.700 magasins et 90 % de la population vivant à moins de 10 miles d’un magasin, le géant américain dispose d’un atout maître dans la conquête du « last mile »… sans compter qu’il discute avec Uber et Lyft pour compléter le dispositif. Un tour en Asie suggère une autre piste : le remplacement des courses par la livraison de repas produits en cuisine centrale. Ce nouveau créneau est en train de prendre sa place entre les repas faits à la maison et les restaurants. Le phénomène prend de l’ampleur en Indonésie, en Corée et en Chine.

Aucun esprit, si génial soit-il, ne peut prédire ce qui va arriver chez nous, tant sont nombreuses les billes qui roulent sur le tapis. La seule réponse possible, c’est la flexibilité. Mais, pour que celle-ci soit acceptée, encore faut-il que les gens arrêtent de diaboliser le marché et comprennent que, si des magasins ferment, c’est parce que eux-mêmes ont passé leurs commandes sur le Net. Le jour où les gens feront le lien et auront admis que le bras gauche (producteur) doit être solidaire du bras droit (consommateur), les nécessaires évolutions se feront dans un climat plus serein.
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Les langoustines et les robots- Chronique aux Echos

8 Juin

Connaissez-vous les demoiselles de Loctudy ? C’est le nom donné aux langoustines pêchées dans le sud-ouest de la Bretagne. Les pêcheurs bigoudens ont mis au point il y a cinquante ans un procédé de chalutage révolutionnaire rendant abordable le prix de ce délicieux crustacé. Le Crédit Maritime finança alors les armateurs et le fit avec des taux d’endettement déraisonnables. Après une période de forte croissance, la capture s’effondra, les langoustines ne se reproduisant pas assez vite. L’Europe entra alors dans le jeu et finança la mise au rancart de l’outil pour stopper la surexploitation. Les choses reviennent à l’équilibre, mais que d’argent et d’énergie on a gâchés dans cette affaire en voulant aller trop vite !

Le même mécanisme est peut-être en train de se produire à une bien plus grande échelle à cause de l’excès mondial des liquidités qui vient gonfler la capitalisation des entreprises du Net. Il suffit d’une petite dilution de capital pour faire rentrer des montagnes de cash, même dans des entreprises montrant des pertes considérables. Les victimes potentielles dans cette affaire, ce ne sont pas les langoustines mais, si l’on en croit de nombreuses études, le 1,2 milliard de jobs visés par la robotisation et la numérisation, pour lesquelles l’intelligence artificielle fournit des logiciels de plus en plus efficaces.

On n’en est pas à la première révolution technologique, et il ne faut pas craindre ces avancées. Mais est-il sain que de tels moyens financiers s’investissent dans cette gigantesque vague ? Si on ne met pas dans l’éducation et la reconversion le même niveau de ressources, on risque le déclassement d’une grande partie de la population et l’explosion des budgets sociaux.

L’analogie entre le chalutier et le robot n’est pas une méthode scientifique ; il serait néanmoins utile que nos économistes, favorables en général à l’abondance de liquidités, y regardent cette fois-ci à deux fois. L’expérience montre que, quand on force la nature, on assiste toujours à de violents retours de bâton.
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Reprendre, c’est entreprendre ! Chronique aux échos

1 Juin
Vous n’avez probablement pas entendu parler de Radoine Mebarki, c’est bien dommage!
Radoine a inventé un concept aussi puissant que l’autoentrepreneur de Maria Nowak et Hervé Novelli. C’est l’idée du « repreneur », qui veut entreprendre, n’a pas d’idée précise à développer, mais est prêt à reprendre celle d’un autre : chaque année, 60.000 entreprises cherchent un repreneur, 90 % sont des TPE (entre 1 et 9 personnes), 40 % des reprises se passent mal. Radoine veut rationaliser le processus de transmission en préparant parallèlement le candidat à la reprise et le vendeur. Il considère que, si on a le sens des responsabilités, il n’est pas difficile d’être entrepreneur, car le bagage technique est simple.
Les parents de Radoine Mebarki sont des Algériens immigrés. Il a vécu sa jeunesse dans les quartiers, fait des études moyennes, mais il s’exprime très bien et a le sens du commerce. Un prêtre lui donne le goût du travail bien fait. Il crée alors sa société de promotion immobilière et, l’affaire tournant bien, se consacre depuis deux ans, bénévolement, au développement de Tous repreneurs !, une plate-forme de mise en relation.
Le RSA, un outil pour rebondir mais pas pour s’installer

Le cœur de son livre « Tous repreneurs ! Le nouveau mode d’emploi » (publié aux éditions Les Belles Lettres) se trouve dans les principes de vie qu’il adresse à ceux qui, comme lui, sont issus de l’immigration. Son engagement est l’exemple même de la solidarité ; pourtant, il conseille de se méfier des aides : elles ne dureront pas, vu les finances de l’Etat. Il recommande donc à chacun de s’assumer. Il voit dans le RSA un ressort qui permet de rebondir en cas d’échec, mais surtout pas un état dans lequel on peut s’installer, car il annihile la responsabilité. Posséder son entreprise, dit-il, est le plus beau cadeau que la deuxième génération de l’immigration peut faire à la première, qui, un jour, a quitté son pays pour donner une chance à ses enfants.

En découvrant Radoine Mebarki, vous comprendrez que l’entreprise est le levier de l’intégration et que la solidarité n’est durable que si elle s’exerce entre gens responsables!
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Tous repreneurs, le nouveau mode d’emploi, par Radoine Mebarki, aux belles lettres,

Des robots et des emplois – Chronique aux Échos

11 Mai

Bénarès, en Inde, est connue pour ses cérémonies funéraires. Peu de gens savent que cette ville sainte possède une activité textile spécialisée dans la soie, que 50.000 métiers à tisser environ y fonctionnent jour et nuit, et que son histoire illustre parfaitement la problématique de l’automatisation, des délocalisations et de la relocalisation.

Si on remonte dans l’histoire, on s’aperçoit que les métiers étaient 250.000 en 1750, période pendant laquelle l’Angleterre et la France sous-traitait leur production en Inde. En 1775, les Européens réintègrent l’activité avec l’invention des métiers automatiques, Bénarès perdant dans cette affaire la moitié de son parc. Plus récemment, les Chinois achetèrent des métiers suisses, contrairement aux Indiens de Bangalore qui voulurent rester au tissage traditionnel, et le parc fut encore divisé par deux.

Les débats sur l’emploi et l’automatisation ont repris en France, avec l’idée, avancée pendant

la campagne présidentielle, de taxer les robots. Au premier degré, la logique est imparable :

le responsable du chômage doit payer la conséquence de ses actes. Mais, quand on regarde ce qui se passe dans le monde, les pays dont le ratio de robots par ouvrier est le plus élevé (Japon, Corée du Sud, Allemagne, Suisse), sont aussi ceux où le chômage… est le plus bas.

Dans ces quatre pays, les usines se sont automatisées régulièrement, grâce à des ingénieurs concevant les robots et des ouvriers formés à les piloter. Les gains de parts de marché rendus possibles par leur compétitivité accrue ont permis de garder les emplois, et même de les développer. Derrière leur performance industrielle se profile une filière d’apprentissage bien huilée et le fait que la technologie, considérée comme filière d’excellence, attire les meilleurs esprits.

Notre fascination étatique nous pousse à voir dans l’impôt la solution des problèmes et nous empêche d’aller au fond de l’analyse. Quand la technique a la place qu’elle mérite, les emplois industriels grandissent et s’enrichissent. Cessons de fustiger ces malheureux robots !

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Leçons de Suisse – Chronique aux Echos

27 Avr

Devant un parterre d’entrepreneurs genevois qui l’avaient invité, un magistrat, Pierre Maudet, reconnaissait récemment que « l’Etat doit faire les mêmes efforts que ceux consentis par les PME en cette période ». Peu de temps après, le député Stéphane Florey, de l’UDC (Union démocratique du centre), déposait un projet de loi pour augmenter le temps de travail des fonctionnaires. « Passer de 40 à 42 heures par semaine, ce n’est après tout que 24 minutes par jour ; cet effort, conjugué au non-remplacement des départs à la retraite, permettra de réaliser des économies importantes sans porter atteinte au pouvoir d’achat des fonctionnaires. »

Ces propos sont tenus en Suisse, où on fonctionne différemment. L’Etat fédéral ne s’occupe que de défense et d’affaires étrangères, le gros des effectifs de la sphère publique étant décentralisé au niveau des cantons ; ces derniers lèvent l’impôt, gèrent les fonctionnaires et les paient. Ils se font une concurrence intense pour attirer les entreprises. L’Etat fédéral ne comblant pas les déficits, les politiques savent que pour être réélu il faut présenter des comptes en ordre et les fonctionnaires oeuvrent dans ce sens.

La concurrence entre cantons a permis

de contenir les coûts de la sphère publique et sociale à 40 % du PIB (57 % chez nous). Portant des charges bien plus faibles que les nôtres, les entreprises sont florissantes et le taux de chômage négatif, si on tient compte des frontaliers français qu’elles font travailler ! Pour couronner le tout, le PIB par tête est le double du nôtre alors qu’il était le même il y a quarante ans. En 1969, les Français ont dit non au référendum sur la décentralisation de l’Etat régalien proposé par de Gaulle. Ils ont préféré rajouter des couches de coût, et céder aux mirages de l’Etat providence fait croire que l’argent tombe du ciel et éloigne les citoyens des réalités économiques. Nous gagnerions à mieux étudier ce voisin, qui subit le même environnement concurrentiel que nous mais réussit à prospérer.

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