Une bureaucratie qui ne manque pas d’air – Chronique aux Echos

19 Jan

En 2018, l’obtention d’une simple vignette Crit’Air à 5 euros ne peut pas se faire en ligne. Pis, le process est si complexe qu’il coûte bien plus cher à la collectivité. Une démonstration flagrante de l’absurdité de notre bureaucratie.

Avez-vous payé votre  vignette Crit’Air 2018 pour une voiture immatriculée à Paris  ? L’opération est un vrai parcours du combattant :

1) Vous allez sur Internet, pour indiquer les caractéristiques de votre véhicule ;

2) Vous payez 1 euro avec votre carte bancaire ;

3) Vous imprimez une demande préremplie que vous signez avec « lu et approuvé » ;

4) Vous envoyez cette demande par courrier postal à Douai ;

5) Vous joignez un chèque de 4,18 euros à l’ordre de « Imprimerie nationale » ;

6) Vous recevrez à l’adresse de la carte grise votre vignette Crit’Air, qui vous servira pour les jours de pollution à Paris.

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Pourquoi ne pas le faire par Internet, à partir du fichier des immatriculations, sans l’intervention manuelle des fonctionnaires du Service de délivrance des certificats qualité de l’air, installé à Douai ?

Coûts induits

On passera sur l’idée qu’il y a là un nouvel impôt, qu’il a pour but de restreindre l’utilisation du diesel, qu’il commencera petit et grimpera. On ne rappellera pas que l’utilisation du diesel a été encouragée par l’Etat durant des décennies. Notre point sera la complexité du process et ses coûts induits pour l’administration et ses usagers.

Cherchons à capturer l’ordre de grandeur : pour collecter 5,18 euros, l’usager passera au minimum une heure, il dépensera un timbre, du papier, une enveloppe, ira poster sa lettre. Du côté de l’administration, probablement autant de temps passé et de coûts. Si on rajoute le temps consacré à gérer les pénalités, disons deux heures au total par acte. On peut estimer le coût induit à 18 euros (en s’amusant à diviser le PIB par tête de la France par le nombre d’heures éveillées), soit l’équivalent de plusieurs fois la somme collectée. En d’autres termes, du temps productif est détourné au profit d’une paperasserie inutile.

Un grand préfet reconnaissait récemment que la production de circulaires continuait sa progression. Il est trop de lieux où l’Etat, en avançant, freine la société tout entière. Nos économistes devraient calculer la perte de PIB que l’excès de bureaucratie fait subir à l’économie française, le différentiel de croissance avec nos voisins européens s’explique peut-être aussi un petit peu par là !

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