Ne plus donner nos données – Chronique aux Échos

6 Oct
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Plutôt que de taxer les rois du Net, pourquoi ne pas changer le contrat qui les lie aux utilisateurs en les forçant à payer pour nos données ?
Les principaux pays sont focalisés en ce moment sur la  taxation des Gafa . Il y a effectivement un problème à voir les plus grosses entreprises du monde payer relativement peu d’impôts. Ceci dit, personne ne peut contester l’apport de Google, Amazon et consorts à la communauté mondiale : leur capitalisation, qui est la mesure du service qu’ils ont rendu, en est la meilleure preuve.

La tâche des fiscalistes est compliquée parce que ces entreprises opèrent en fait dans un sixième continent, le cloud, une situation complètement nouvelle dans l’histoire de l’humanité. Il y a une autre singularité : les données, source de la création de valeur, sont fournies gratuitement par les utilisateurs (vous et moi), et on ne parle pas de petites sommes ! Google, pour ne prendre qu’un exemple, sert 1 milliard de clients et vaut 500 milliards d’euros. Chaque client lui a « apporté » 500 euros.

Un nouveau contrat

Une idée pour éviter les conflits fiscaux futurs consisterait donc à revenir sur le contrat implicite de départ : « Tu me donnes des données et je te donne des applications gratuites extraordinairement performantes. » On solvabiliserait à la fois la vente des données et l’achat des services. Chacun de nous se verrait proposer une somme en l’échange de ses données, et paierait les services rendus. Dans le cas où nous refuserions de vendre nos données personnelles, nous paierions le service contre la promesse de leur destruction immédiate.

Cette nouvelle forme de contrat, que chaque pays pourrait rendre obligatoire, permettrait de lever localement l’impôt sur toutes ces transactions. On travaillerait plus à la sécurité des données et on éviterait les stratégies de « package deal » dangereuses pour l’innovation puisque les nouveaux entrants sont en général spécialisés.

Ce serait évidemment un changement pour les Gafa, mais ils en ont vu d’autres (!) ; on éviterait bagarres fiscales et légitimes frustrations si la gigantesque opération de troc à la base de cette industrie était correctement solvabilisée.
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Lycées. La leçon d’économie de l’ancien P-DG

5 Oct

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Objectif : donner la possibilité aux enseignants de transmettre ensuite ce savoir aux lycéens. Car selon Xavier Fontanet, les cours en économie proposés dans le secondaire sont complètement dépassés. « Les cours de 1r e et de terminale sont pathétiques. C’est d’abord du social, les imperfections du marché, l’intervention de l’État. Il n’y a rien de concret ! », juge Xavier Fontanet. « Beaucoup d’entrepreneurs m’ont dit que les jeunes arrivant sur le marché du travail sont désinformés. »

Donner pour la première fois des cours de stratégie à des profs d’économie. C’est le test que fera aujourd’hui l’ex-P-DG d’Essilor dans un lycée vendéen. Une expérimentation qui intéresse les Bretons.

En plein débat entre le ministre Blanquer et les pédagogistes sur les programmes scolaires, voilà une initiative qui devrait être scrutée à la loupe. Du côté des enseignants, mais aussi des chefs d’entreprises, car l’idée vient d’eux. Ce jeudi, au sein de l’établissement Saint-Gabriel de Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée, le célèbre patron français Xavier Fontanet – il a dirigé le groupe Essilor – va donner pour la première fois un cours de stratégie à une trentaine de professeurs de lycée. Quinze de l’enseignement public, et autant du privé. Et chacun d’entre eux sera accompagné par un chef d’entreprise, pour les aider dans la compréhension de la vie d’une société.

Objectif : donner la possibilité aux enseignants de transmettre ensuite ce savoir aux lycéens. Car selon Xavier Fontanet, les cours en économie proposés dans le secondaire sont complètement dépassés. « Les cours de 1r e et de terminale sont pathétiques. C’est d’abord du social, les imperfections du marché, l’intervention de l’État. Il n’y a rien de concret ! », juge Xavier Fontanet. « Beaucoup d’entrepreneurs m’ont dit que les jeunes arrivant sur le marché du travail sont désinformés. »

« Les lycéens comprennent très bien »

A la retraite depuis quatre ans, l’ancien P-DG donne déjà des cours de stratégie à HEC, mais aussi sur internet, à travers des Mooc (formation en ligne). « Ce cours qui au départ était fait pour des entrepreneurs marche finalement très bien sur des étudiants. Ils pigent extrêmement rapidement. Et je me suis rendu compte que c’était la même chose chez les élèves de 1r e et de terminale. » Dette, résultats, investissements, comment on finance…

« Les lycéens comprennent très bien si on part de l’exemple d’un ménage. Je leur explique simplement comment on gagne ou on perd de l’argent. » En quarante leçons d’un quart d’heure par semaine, « les professeurs peuvent l’expliquer à leurs élèves. » Si Xavier Fontanet commence son expérimentation par la Vendée, c’est parce qu’il a rencontré là-bas deux entrepreneurs passionnés par le sujet : Yves Gonnord (Fleury Michon) et Jean-Michel Mousset (société de transport du même nom). « Ce sont eux qui m’ont dit d’essayer auprès de jeunes de 1r e. » Et quoi de mieux que de s’appuyer sur une success-story local – Bénéteau – pour construire le cours.

Agri et agro ciblés en Bretagne

Si le test démarre en Vendée, il pourrait faire tache d’huile un peu plus haut. « Les Bretons ont eu vent de cette histoire. Je dois voir très bientôt Alain Glon (patron de l’agroalimentaire, ndlr) à Quimper », confie Xavier Fontanet. Un dirigeant pour qui la Bretagne n’est pas inconnue. Il a un pied-à-terre à Loctudy et sa mère est léonarde. Selon nos informations, plusieurs patrons bretons aimeraient ainsi que le cours de stratégie soit donné en priorité aux élèves des écoles d’agriculture et de la filière agro. De quoi faire dire à Xavier Fontanet que « c’est tout l’Ouest qui va ainsi se mettre en avant ! »
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Émission aux Experts avec Nicolas Doze sur BFM

2 Oct

Cette émission a été diffusée le 29 Septembre. Allez rechercher dans les podcasts si vous ne tombez pas dessus directement.

Voir l’émission sur le site de BFM/ la page des Experts de Nicolas Doze

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Innover, c’est d’abord bien former- Chronique aux Echos

28 Sep

En cédant  4 % d’Engie, l’État va toucher 1,5 milliard d’euros qui abonderont un fonds d’investissement de 10 milliards destiné à financer l’innovation. Voilà un mouvement stratégique, c’est bien ! Mais la créativité est-elle seulement affaire d’argent, et quelles sont les conditions pour qu’elle crée de la prospérité ? La Suisse est de loin  le pays au monde qui dépose le plus de brevets par habitant – cinq fois plus que nous, qui nous targuons pourtant d’être imaginatifs ! Elle explique sa performance par une idée simple : « Il faut au pays des ouvriers hautement qualifiés et des ingénieurs imaginatifs » (*). La créativité est pour eux le résultat d’une bonne relation instruction/entreprise tout au long du parcours scolaire et universitaire. Ceci suppose à la fois un enseignement professionnel performant et des universités branchées sur les problématiques des entreprises. La Suisse fait ainsi d’une pierre deux coups : le chômage des jeunes y est inexistant, l’apprentissage étant le meilleur accès des jeunes à l’emploi ; les universités complètent leur financement par le bénéfice des brevets et des prises de participation dans les start-up que leurs découvertes génèrent. Dans des années 1970, la France, l’Angleterre et l’Italie ont fait le pari inverse : toute la production serait délocalisée dans les pays en voie de développement. On a calé l’université sur l’idée mal définie de dispenser du « savoir » avec pour résultat d’envoyer trop d’étudiants sur les filières molles qui ne débouchent sur rien de concret. Les choses peuvent se retourner avec les stratégies partagées par tous. L’argent pour la recherche est bienvenu, mais il faut aussi rapprocher entreprise et éducation, de l’apprentissage à l’université. Plus important encore, en cette période où le rythme de découvertes n’a jamais été aussi élevé, la filière technologique doit être proclamée filière d’excellence comme l’ont fait tous les pays qui marchent.

Xavier Fontanet est professeur de stratégie à HEC(*) « Formation : l’autre miracle Suisse », François Garçon, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2014.
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Nos PME à la conquète du monde

15 Sep

Travailler autrement – Chronique aux Echos

14 Sep

Publié le 14 Septembre 2017

On n’a pas assez évoqué les innovations en matière d’organisation du travail proposées en France par PwC, la plus grande entreprise d’audit et de conseil du monde.

PwC a annoncé à ses employés français qu’ils avaient le droit de travailler chez eux jusqu’à six jours par mois. Les locaux parisiens ont été transformés et décloisonnés pour faciliter les interactions entre les équipes ; le PDG, lui-même, n’a plus de bureau. Pour assurer une hygiène de travail et des temps de repos, des règles ont été fixées : pas d’utilisation des e-mails le week-end ou pendant certaines plages horaires, pas de réunion avant ou après telle ou telle heure.

Les évolutions ont toutes été cocréées et testées avec les équipes et les représentants du personnel. Ces évolutions collent à la spécificité du métier d’audit et de conseil, où le travail n’est pas affaire de présence mais consiste à délivrer en équipe un résultat. Elles correspondent à ce qu’attendent les jeunes quant à des modes de fonctionnement favorisant à la fois la collaboration, le travail en équipe et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée… PwC fait le pari de la confiance et voit dans ces nouveaux modes de travail le moyen d’attirer et de retenir les meilleurs.

L’organisation actuelle du travail a été pensée pour le monde des années 1950, où les emplois étaient de nature industrielle. Ils demandaient une présence physique dans l’usine. Les organisations du passé étaient verticales, le futur est horizontal : les jeunes adorent et ça favorise l’esprit d’équipe.

Il y a en France 250.000 entreprises de plus de 10 employés, dont 80 % font du service et de la distribution. Si on considère qu’il y a dix concurrents par métier, cela fait 25.000 métiers différents pour lesquels on doit penser des organisations spécifiques. Les Français sont connus pour la variété de leurs fromages. Ils ont aussi la réputation d’être imaginatifs. L’adaptation de leurs organisations au monde qui change est une belle occasion de faire au monde entier la démonstration de leur créativité.
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Le luxe, des succès hors normes -Chronique aux Echos

14 Sep

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Le 7 Septembre 2017

Nos grandes entreprises de luxe cotées (LVMH, L’Oréal, Hermès, Kering) et d’autres plus petites, comme Rémy Cointreau, ont sorti, cette année encore, de magnifiques résultats. Bonne nouvelle : les Français peuvent être leaders mondiaux sur de très gros métiers et tenir la route sur la durée.

La capitalisation de ces entreprises est en effet – on ne le fait jamais remarquer – à peu près deux fois celle de nos fabricants automobiles et aéronautiques réunis… c’est dire la prospérité apportée à notre pays par ce seul secteur !

Une des dimensions intéressantes de l’industrie du luxe, c’est qu’il y a peu de normes, a l’exception de celles – draconiennes – que les opérateurs se sont eux-mêmes imposées, par le simple jeu de la concurrence, en tirant naturellement leur métier vers le haut. Cette caractéristique inédite, et à protéger précieusement, a permis au talent créatif français de construire ces empires qui s’étendent maintenant partout sur la planète.

Mais le point peut-être le plus important, c’est la durée du contrôle actionnarial, qui dépasse de loin tout ce qu’on voit ailleurs. Il y a certes eu de violentes batailles financières, mais, dans toutes ces entreprises, la durée de détention du capital et son caractère en général familial ont été la clef du succès. Ce sont des métiers où les choses ne se construisent qu’avec l’aide du temps, et où le capitalisme à court terme, de ce fait, ne peut réussir.

L’amendement qui a supprimé l’ISF pour les détenteurs de plus de 25 % du capital a été un élément expliquant la bonne marche de cette splendide industrie. Développons l’actionnariat individuel, et la participation pour les salariés actionnaires, en supprimant l’ISF sur les actions, encourageons le capital-risque et les business angels. Et gardons-nous de la folie réglementaire des normes, ces entraves modernes à l’innovation. Les Français sont parfaitement capables d’affronter la concurrence mondiale, ils le montrent chaque fois qu’on leur permet de se battre à armes égales avec leurs concurrents.
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