Solidarité exigeante – chronique aux Echos

22 Juin

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De nombreux entrepreneurs repoussent actuellement des chantierscar ils n’arrivent pas à recruter. On nous explique que c’est un problème « d’adéquation de l’offre à la demande », il n’empêche qu’ils s’entendent souvent dire : « Je veux bien retravailler mais il faut que j’y gagne par rapport au chômage ! » Ou encore : « d’accord mais j’attends la fin de mes indemnités ! »

La solidarité c’est le fondement de notre société, elle est donc sacrée mais, pour qu’elle soit durable, il faut qu’elle suscite des comportements responsables.

D’un point de vue plus général, il ne faut pas non plus qu’elle pénalise le coût des entreprises, en concurrence avec leurs collègues étrangères. Avec 32 % de part de PIB consacrés à la sphère sociale, nous sommes au top mondial en termes de coûts pour un service rendu inférieur à ce qu’on trouve dans des pays comme l’Allemagne ou cette part est de 24 %. Ce surcoût explique en partie les déficits commerciaux (l’Allemagne a une balance commerciale excédentaire de 8 % du PIB, celle de la France est déficitaire de 1,7 %). Le potentiel des entreprises, c’est-à-dire la base sur laquelle s’appuient les cotisations, s’en trouve mécaniquement réduit !

Fiscalité au taquet, Etat aux limites de l’endettement, entreprises fragilisées… Il faut baisser ces dépenses. pour bien le faire, une prise de conscience s’impose. Chacun doit comprendre : un, qu’il n’y a plus de sou ; deux, que l’argent ne tombe pas du ciel ; trois, qu’en face de chaque droit il faut mettre un devoir !

Plutôt que proclamer « la France fait le choix d’un chômage bien rémunéré ! », il faut dire « mieux vaux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur d’un chômage même bien payé à la maison ».

La situation ne sera pas idéale, mais au moins les gens seront socialisés. Pas question de remettre en cause le principe de solidarité, mais en ces temps difficiles elle doit faire appel au sens de la responsabilité de chacun et, osons le dire, contenir une dose certaine d’exigence.

 

Des promesses sous les mers – Chronique aux Echos

14 Juin

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Pour se faire entendre aujourd’hui, il faut soit être gros comme la Chine et l’Amérique, soit, si on est petit, être performant économiquement comme la Suisse ou Singapour. Reconnaissons que nous sommes ni l’un ni l’autre, et que le meilleur moyen de se faire entendre est de s’être réformé.

Il est pourtant un terrain où la France peut jouer un rôle important, celui des terres rares. Elles sont en pleine explosion avec la révolution énergétique qui crée une forte demande pour ces minéraux utilisés dans les moteurs électriques, les batteries ou les alternateurs d’éoliennes. Les fans des nouvelles énergies sont très silencieux sur les dégâts que crée, chez les producteurs, l’extraction de ces minerais.

Autre réalité, qui n’est pas un détail, 60 % du marché est aujourd’hui entre les mains des Chinois. Ne nous faisons aucune illusion, ceux-ci, qui ont le sens du long terme, mènent depuis vingt-cinq ans une stratégie très judicieuse tout en payant le prix de grands dommages écologiques dans certaines de leurs régions.

La France a en main une carte maîtresse dont on ne parle pas assez : les nodules polymétalliques, déposés à 6.000 mètres de profondeur, qui ont pour propriété de concentrer ces métaux précieux. La France détient en effet le deuxième territoire maritime mondial qui en recèle d’énormes quantités. Elle pourrait faire d’une pierre trois coups : créer une industrie nouvelle, soulager les douleurs de la terre et d’un grand nombre d’habitants, peser dans le jeu qui s’annonce. Elle dispose, avec Total et Bourbon, de deux entreprises sachant travailler dans les grandes profondeurs ; sans compter ses armements de pêche capable de concevoir les méthodes de chalutage adéquates et le BRGM.

Le génie français est adapté à ces challenges compliqués et multitechniques ; voilà un projet qu’on pourrait lancer. Il ne demandera pas d’argent à l’État, il s’agira simplement pour lui d’assurer un environnement juridique et fiscal favorable au déploiement de cette filière prometteuse.

Une leçon de Jakarta

9 Juin

Sans vouloir jeter la pierre, le plan pour les banlieues n’a pas généré l’enthousiasme que le sujet mérite. Il manquait de projets concrets capables de mobiliser l’énergie. Il y a pourtant, à l’étranger, des idées qui ont fait leurs preuves et qu’il suffit de reprendre. Par exemple, en Indonésie, où se produit une transformation stupéfiante de la distribution du frais dans les grandes villes, menée par une des plus brillantes licornes mondiales, Go-Jek. Tout a débuté en 2010. Son fondateur, Nadiem Makarim, a voulu donner une couverture sociale et un statut d’entrepreneur à une poignée de jeunes de Jakarta. Ceux-ci étaient employés dans des conditions très dures (un euphémisme !) par des propriétaires détenant les parcs de motos. Le coup de génie fut d’anticiper la révolution qu’Internet allait provoquer dans le transport des personnes, bien sûr, mais aussi dans la restauration.

La restauration hors foyer (publique et collective) assure aujourd’hui 50 % des repas. Il n’est pas difficile de prévoir que, avec les embouteillages, les courses de nourriture fraîche alimentant les autres 50 % vont devenir plus difficiles. La livraison de repas avec des deux-roues (adaptés à cette fonction et à l’encombrement des rues) va prendre une part significative de ce gigantesque marché.

L’entreprise, dont la plate-forme numérique n’a rien à envier à celle d’Uber, emploie sur Jakarta 350.000 livreurs-entrepreneurs et 70.000 cuisiniers. Elle représente de 10 % à 20 % des repas hors domicile.

Jakarta est plus grande que Paris, mais il est évident que faire venir Go-Jek en France aura un impact plus important que tout le plan banlieue. Cela suppose des évolutions législatives permettant l’utilisation des deux-roues, mais ne coûtera pas un centime d’argent public. On aura alors démontré (une fois de plus !) que mieux vaut un bon projet qui attire naturellement les capitaux que déverser de l’argent (fût-il d’Etat) sur des propositions vagues et mal définies.

Des groupes français très responsables – Chronique aux Echos

28 Mai

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Plusieurs fleurons de l’économie française sont régulièrement récompensés pour leur responsabilité sociale et environnementale. Pourquoi nos grands médias n’en parlent-ils jamais ?

On en a peu parlé dans les médias, mais c’est un fait : les grandes entreprises françaises trustent actuellement les premières places dans les classements célébrant des performances exceptionnelles en matière de responsabilité sociale et environnementale. Jugez-en !

L’Oréal est numéro un mondial dans le Green Ranking Global 500  de « Newsweek », suivi de près par Schneider Electric. Essilor vient de recevoir le premier prix du Sustainable Business Award des Nations unies. Une preuve supplémentaire de l’excellence de nos grandes entreprises : le classement synthétisant la performance sur l’ensemble des dimensions, à savoir le Global 100 Corporate Knights 2018, où l’on compte 15 groupes français dans les 100 premiers et trois dans les dix premiers : Dassault Systèmes, Valeo et Amundi.

Pas mal pour un pays qui représente 4 % du PIB mondial. Bonne nouvelle, et surtout nouvelle porteuse de sens. Mais, comme c’est une affaire qui tourne, « ce n’est pas la peine d’en parler ! ». Autre raison moins avouable de ce silence, on laisserait ainsi entendre que les grandes entreprises – qui ne seraient que des « ogres assoiffés de profit » – peuvent avoir des comportements exemplaires.

Non, ces grandes entreprises sont des communautés humaines, leurs collaborateurs et leurs dirigeants ont la fierté d’être des citoyens exemplaires faisant avancer les choses. Les performances saluées par ces prix sont le résultat de politiques mûries depuis longtemps. Si elles ont installé ces pratiques, ce n’est pas parce qu’elles avaient l’épée de la loi dans le dos, mais parce qu’elles ont souhaité être en avance sur leur temps.

Le moyen le plus efficace pour développer partout ces modes de fonctionnement est de communiquer sur ces champions et de leur donner la parole afin que ces idées diffusent naturellement dans tout le tissu des entreprises. On ne répétera jamais assez que la meilleure façon de faire grandir les personnes et les organisations, c’est de leur faire confiance !

Comment aider (vraiment) la presse ? Chronique aux Echos

15 Mai

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Nos médias écrits, rouages intimes de nos sociétés, permettant l’information, la réflexion et le débat, connaissent en ce moment des bouleversements profonds.

Ces transformations technologiques affectent les bases de leur fonctionnement au point qu’une réflexion (qui concerne aussi les lecteurs) devient indispensable. Il est loin le temps où la presse écrite vivait exclusivement de ventes en kiosque et d’abonnements (la source la plus incontestable de leur financement). La publicité fut une première innovation, mais elle eut des conséquences : à partir du moment où elle représente plus de 50 % des recettes, une régie publicitaire peut essayer – sans forcément toujours le réaliser – de vendre ses lecteurs aux annonceurs ! La tentation est alors grande pour certains d’entre eux d’influencer le contenu éditorial en passant leurs commandes.

Seconde raison pour installer une solide gouvernance, l’Etat et, disons-le, le pouvoir politique sont entrés dans le jeu, distribuant des subventions non négligeables… ce qui, reconnaissons-le, n’est pas très sain ni pour les journaux, ni pour la puissance publique.

Depuis une quinzaine d’années, l’évolution continue de plus belle : Internet déplace la publicité vers Google, Facebook ou YouTube, tandis que la numérisation des supports vide progressivement les kiosques. Cette nouvelle pression sur les comptes risque de freiner la capacité des médias à bien rémunérer leurs journalistes, alors qu’on n’ a peut-être jamais eu autant besoin d’eux. Et, le négatif se vendant mieux, certains titres sont poussés à la recherche du spectaculaire qui attire mieux le chaland. Ces dérives contribuent à donner une image inexacte de la réalité, rendant plus difficile la nécessaire réflexion. Cela dit, tout n’est pas négatif en cette période : l’abonnement, qui est le mode de financement le plus responsable du point de vue du lecteur, rentre à nouveau dans les moeurs, sur le modèle de ce qui se passe avec la musique.

Que diraient donc nos députés d’une proposition de loi décapante autorisant à déduire ses abonnements aux médias des revenus imposables, la réduction des recettes fiscales étant compensée par l’arrêt des aides à la presse ?

L’État doit-il subventionner les journaux gratuits pour leur survie? Article de Christian Rioux, correspondant à Paris

15 Mai

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Vue d’Europe, la conversion annoncée du quotidien La Presse en un organisme sans but lucratif a de quoi étonner. Pionniers dans le domaine des aides à la presse écrite, les pays européens n’ont en effet jamais eu de réticences à subventionner des journaux appartenant à de riches familles ou à de grands conglomérats, pourvu que leurs états financiers soient transparents. Nulle part en Europe, on n’a vu de grands quotidiens se convertir en OSBL pour avoir accès à des subventions de l’État. Par contre, dans la plupart de ces pays, on demeure très réticent à subventionner des journaux gratuits, comme La Presse, pour lesquels les lecteurs ne sont pas prêts à débourser un minimum d’argent pour s’abonner ou acheter un exemplaire.

Dans la liste des 300 journaux français qui se partagent une cagnotte de plus d’un milliard d’euros, on ne trouve qu’un seul quotidien gratuit (Direct Matin), qui n’a reçu que quelques milliers d’euros d’un fonds lié à la presse en ligne. L’essentiel de cette aide va aux grands quotidiens nationaux comme Le Parisien (7,7 millions), Libération (6,4 millions), Le Figaro (6,4 millions), Le Monde (5,4 millions) et La Croix (4,4 millions). Or, la plupart d’entre eux sont la propriété de groupes comme Dassault pour Le Figaro et LVMH (Bernard Arnault) pour Le Parisien, ou d’entrepreneurs privés comme Xavier Niel (Free Mobile) et Mathieu Pigasse (Banque Lazard) pour Le Monde. Ces aides comprennent aussi bien des aides directes, destinées à assurer la diversité de l’information, qu’indirectes comme un taux de TVA (taxe sur la valeur ajoutée qui est un impôt indirect sur la consommation) réduit à 2,10 %, l’aide de la poste, au portage ou à l’Agence France-Presse.

1 milliard
C’est la somme en euros que se partagent quelques 300 journaux français

En France, où les aides à la presse existent depuis 1796, la demande des journaux gratuits comme Métro et 20 Minutes de bénéficier de ces aides directes a toujours été repoussée. Et cela, même si après avoir été une poule aux oeufs d’or, la presse gratuite perd aujourd’hui de l’argent à cause de la chute des revenus publicitaires. « Il est normal que la presse gratuite soit exclue de ces aides, explique l’ancien député socialiste Michel Françaix, auteur d’un rapport sur les aides à la presse. À partir du moment où l’on choisit de ne s’appuyer que sur les revenus publicitaires, et non plus sur la contribution des lecteurs, on ne peut pas décider de manger à tous les râteliers. »

Pour Claude Chollet, président de l’Observatoire du journalisme, la gratuité représente une forme de dumping à l’égard des autres médias. Il n’est donc pas question de l’encourager. « Il ne serait pas normal d’aider un journal qui ne s’appuie pas sur le soutien de ses lecteurs, dit-il. Il n’y aura jamais de presse de qualité sans le soutien des lecteurs. »

Avec un marché de la publicité qui est aujourd’hui phagocyté par Google et Facebook, il est normal que la presse de qualité s’appuie de plus en plus sur la contribution de ses lecteurs

Ailleurs en Europe

C’est le même esprit que l’on retrouve dans la plupart des pays européens. Les cinq grands quotidiens francophones de Belgique, pour la plupart propriété de groupes de presse, reçoivent chacun plus de 1 million d’euros d’aide gouvernementale. Ces subventions sont conditionnelles aux respects des règles déontologiques. Le système de la Suède (où 88 % des adultes lisent un quotidien) repose sur des subventions qui s’adressent aux titres secondaires qui ont de faibles recettes publicitaires, d’une part, et aux grands journaux distribués par abonnements, et donc payants, d’autre part. Cette dernière subvention tend à privilégier la presse de qualité à faible tirage.

L’Autriche a créé un programme spécifique qui vise à l’amélioration de la qualité des publications en subventionnant par exemple la formation des journalistes ou le recrutement de correspondants étrangers. Le programme danois cherche explicitement à stimuler la production de contenus de grande qualité dans le domaine de la presse écrite. Aux Pays-Bas, les fonds consacrés à la presse sont prélevés sur les recettes publicitaires des chaînes de radio et de télévision. Dans plusieurs pays, on dénonce en effet la concurrence indue que les chaînes publiques largement subventionnées imposent sur Internet à la presse écrite de qualité.

En Europe, seuls l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Suisse (où une loi est cependant en préparation) n’ont pas de système d’aides directes à la presse. Certains de ces pays lui accordent néanmoins des taux de TVA ou des tarifs postaux avantageux. L’absence de programme de subventions en Grande-Bretagne est ce qui a poussé un quotidien comme The Guardian à solliciter des dons, avec un certain succès. Ce journal londonien distribué dans le monde entier est le seul exemple étranger qu’a évoqué l’éditeur de La Presse Guy Crevier mardi en conférence de presse.

Le passage au numérique

Dans tous ces pays, les modes de subvention ont d’abord essentiellement tenu compte de la presse imprimée, dont on a tenté de freiner le déclin. Avec pour résultat qu’en France, la presse en ligne ne perçoit qu’une infime partie des aides. De nombreuses propositions visent cependant à faire évoluer ces programmes afin de tenir compte des nouveaux médias d’information 100 % numériques ou de la diffusion mixte qu’ont adoptée la plupart des journaux traditionnels. Récemment, la Cour des comptes (le vérificateur général français) a proposé d’adapter les dispositifs d’aide en les fondant sur « une aide à l’exemplaire portant aussi bien sur ceux vendus au numéro et par abonnement, en version imprimée comme numérique ». Un dispositif qui exclurait une formule gratuite comme celle de La Presse.

Consciente que trop de jeunes ont tendance à ne s’abreuver que d’informations gratuites, la Cour des comptes souhaite favoriser leur éducation « à la lecture de la presse payante ». Elle évoque même une aide à l’abonnement numérique spécifiquement destinée aux jeunes. Récemment, l’homme d’affaires Xavier Fontanet proposait une loi permettant de déduire le coût d’un abonnement de son revenu imposable. « Avec un marché de la publicité qui est aujourd’hui phagocyté par Google et Facebook, il est normal que la presse de qualité s’appuie de plus en plus sur la contribution de ses lecteurs », estime Claude Chollet.

En France, comme dans la plupart des pays qui soutiennent la presse écrite, la gratuité qui s’est répandue dans les années 1990 n’est donc pas considérée comme faisant partie de la solution, mais bien des problèmes qui ont frappé la presse écrite depuis deux décennies.

Contrairement à la tendance générale, le Luxembourg a récemment accru ses aides à la presse gratuite en ligne. Les réactions ne se sont pas fait attendre. « Je suis inquiet du soutien toujours plus prononcé de médias gratuits par les deniers publics, disait Jean-Lou Simeck, ancien rédacteur en chef du Luxemburger Wort. C’est le cas de la télévision et de la radio, mais aussi de la nouvelle aide pour les médias en ligne. Or, une réelle indépendance ne devient possible que grâce à des lecteurs disposés à payer pour du journalisme. Car, en fin de compte, ce sera toujours l’intérêt de celui qui paie qui prendra le dessus. »

 

 

Voir l’article dans son contexte, sur le site du magazine québecois LE DEVOIR

Et l’objet social de la sphère publique ? Chronique aux Echos

27 Avr
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Un rapport a été demandé à Nicole Notat et Jean-Dominique Senard sur l’entreprise objet d’intérêt collectif. La démarche montrant que celle-ci contribue à l’intérêt collectifquand elle est soucieuse des dimensions sociale et environnementale est une bonne chose. Peut-on suggérer néanmoins que, sur un sujet aussi central, on se donne du temps, en menant de front une réflexion sur la place du service public dans la société (car tout fait système), et que l’on collecte plus de données sur la situation réelle de nos entreprises ?

Le souci premier exprimé dans le rapport est la financiarisation croissante de l’entreprise, mais la raison en est simple et les politiques publiques en sont la cause première ! Nous détenons aujourd’hui le record du monde des dépenses publiques en pourcentage du PIB (57 %). Est-ce conforme à l’intérêt collectif qu’une sphère publique atteigne cette taille ? Son coût entre dans les prix de revient des entreprises et les affaiblit dans la concurrence mondiale ; et surtout, la fiscalité induite est devenue tellement élevée que beaucoup de capitaux d’origine française ont fui, entraînant automatiquement la financiarisation de l’économie.

La question de fond est : « Dans une économie mondialisée, un pays peut-il caler sa dépense publique à un niveau très différent de ses voisins ? » De nombreuses entreprises sont en avance sur les sujets sociaux et environnementaux, et les choses évoluent naturellement dans un sens positif parce que les esprits changent. Ces progrès ne sont pas connus du public comme ils le mériteraient parce que, pour un bon nombre de médias, l’actualité est constituée par du spectaculaire négatif : on ne parle que très rarement de ce qui marche. Peut-on suggérer aux députés de demander un rapport sur ce que font en ce moment les meilleures des entreprises, de regarder de très près ce que dit le Code civil de nos voisins et de suivre le vieil adage qui recommande de ne pas confondre vitesse et précipitation ?

Autopsie d’une dérive – Chronique aux Echos

18 Avr

C’est le mois des AG pour les entreprises, mais aussi la période ou les grands instituts sortent les performances des pays ! Nous rétrogradons de la 5e à la 7e place mondiale en termes de PIB… pas surprenant, nous détenons le record du monde des dépenses des administrations publiques en pourcentage du PIB, et on a rarement vu un jockey obèse gagner le Prix de l’Arc de triomphe ! Se comparer à plus petit que soi fait sourire certains, mais quand les écarts sont instructifs, il faut le faire. Le PIB par tête de la Suisse est au haut des classements, elle affiche des comptes publics et extérieurs florissants et sa dette publique passe sous les 30 %. A la mort de Pompidou, la France avait exactement les mêmes caractéristiques qu’elle ! Comment avons-nous pu dériver à ce point ?

La France n’a pas voulu de la réforme régionale présentée par de Gaulle, une sphère publique décentralisée comme en Suisse où la concurrence entre les cantons pour attirer les entreprises permet un contrôle naturel des coûts. Avec la retraite par répartition à 60 ans la France fait encore le contraire des Suisses, qui ont opté pour une retraite à base de capitalisation ; choix somptueux quand on sait que la Bourse a été multipliée par vingt en trente ans, ce qui permet à même prestation des cotisations deux fois moindres. Alors que les Suisses ont gardé leur droit du travail à 40 pages, le nôtre est monté à 4.000. Nous avons cru limiter le chômage avec les 35 heures, eux ont refusé par référendum l’augmentation des vacances à cinq semaines. Seule notre santé est compétitive par rapport à la leur.

Les choses sont simples : l’empilement des couches régionales et leur gestion jacobine, c’est un surcoût de 5 % du PIB. La retraite par répartition, c’est 300 milliards d’euros de cotisations, 14 % du PIB et un surcoût de 7 %. La Suisse n’a pas de chômage, le coût de notre chômage structurel (tout bien pesé), c’est encore 4 %. Arrondissons le total à 15 %, cela donne une idée du fossé à combler dans les quinze ans qui viennent si nous voulons recoller au peloton de tête.

Trois nouvelles qui vont dans le bon sens – Chronique aux Echos

6 Avr

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Le déficit public passe sous les 3 %, très bien ! La bonne nouvelle n’est pas celle-là, parce que tout le monde sait que le 3 % n’a pas grand sens économique et que la vraie norme c’est… 0 %. La bonne nouvelle pour les entrepreneurs, c’est la réaction de la presse qui, de façon unanime, a enregistré le progrès (c’est déjà un progrès), mais a expliqué qu’il est dû à la croissance économique (exogène),en rappelant que les dépenses publiques ont continué à croître, qu’elles sont bien plus élevées que partout ailleurs (les tableaux de comparaison l’ont amplement démontré) et annoncé que ce handicap fera mal le jour où la croissance tombera. Tous concluent que la baisse des dépenses publiques est incontournable et que ce point sera jugé par l’histoire.

Deuxième bonne nouvelle : les Français acceptent de se comparer à l’extérieur. Le « nous, c’est différent ! », cette forme d’arrogance, est en train de disparaître.

Troisième bonne nouvelle : la performance de la Suède. La Suède, modèle dont on nous a rebattu les oreilles, est le pays qui a le plus baissé sa dépense publique ! La part de celle-ci dans le PIB est de 50 %, contre 57 % ici. Elle a affiché une croissance plus forte de 1,2 % l’an que la nôtre (il suffit de regarder les chiffres de la Banque mondiale), alors que d’après toutes les théories qu’on nous a rabâchées depuis quarante ans, la chute de la dépense publique aurait dû casser sa croissance.

Saluons au passage le courage d’Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, qui n’a pas hésité à exprimer ses doutes sur le fameux multiplicateur de dépense publique. Les choses sont peut-être plus simples que l’on croit : nous sommes tous en concurrence, les coûts de la sphère publique rentrent dans les prix de revient, un pays ne peut pas avoir une dépense plus élevée que ses voisins sans handicaper ses entreprises. Peut-être allons-nous enfin revenir à des raisonnements de bon sens et proclamer que le public comme le privé doivent être compétitifs. Ce serait une avancée historique !

Quel bilan pour la sphère publique ? Chronique aux Echos

21 Mar

L’Agence des participations de l’Etat va vendre une partie du capital qu’elle détient dans Aéroports de Paris : un mouvement qui confirme la volonté de notre Etat de sortir des activités commerciales et se recentrer sur son coeur de métier, le régalien. Que va-t-on faire de la somme collectée ?

Subventionner certains budgets de recherche, prendre des participations dans des sociétés en développement ou rembourser la dette ?

Ce sont trois utilisations radicalement différentes ; dans la première, on cède du capital pour combler des trous, pour parler cru on vend les bijoux de famille pour éviter d’avoir à baisser les dépenses ; dans le deuxième cas, l’Etat restera impliqué dans l’économie concurrentielle ; troisième version, là, c’est net, on réduit l’endettement !

Si la comptabilité publique utilisait le bilan, les choses seraient plus claires mais la France est un des seuls pays qui ne se soucie pas de ses actifs et de ses passifs alors que ce sont des données essentielles à connaître quand on a un souci de bonne gestion. Un bilan en face de chaque budget public ?

L’exercice sera douloureux, parce que le bilan consolidé de départ montrera probablement un trou supérieur à 1.000 milliards d’euros (la dette est de 2.200 et les actifs de 1.000). Douloureux, mais salutaire, car c’est la façon de faire comprendre aux Français que seule la baisse des dépenses publiques (et pas la vente des actifs) permettra une réduction durable de cette dette dangereuse pour notre indépendance. Par exemple, le (ou la) maire d’une ville gérera mieux ses coûts s’il sait qu’il peut être déclaré en faillite et que, dans ce cas, le pouvoir sera donné (comme cela se pratique dans certains pays) au maire de la ville voisine capable de combler le trou.

Si la pratique des bilans sécurise la gestion, elle est aussi une bonne façon de la juger. Etre responsable, c’est être comptable : « A-t-on amélioré ou fragilisé l’entité qui vous a été confiée ? » En cette période où les esprits semblent bouger, l’idée mérite d’être lancée.