Travailler autrement – Chronique aux Echos

14 Sep

Publié le 14 Septembre 2017

On n’a pas assez évoqué les innovations en matière d’organisation du travail proposées en France par PwC, la plus grande entreprise d’audit et de conseil du monde.

PwC a annoncé à ses employés français qu’ils avaient le droit de travailler chez eux jusqu’à six jours par mois. Les locaux parisiens ont été transformés et décloisonnés pour faciliter les interactions entre les équipes ; le PDG, lui-même, n’a plus de bureau. Pour assurer une hygiène de travail et des temps de repos, des règles ont été fixées : pas d’utilisation des e-mails le week-end ou pendant certaines plages horaires, pas de réunion avant ou après telle ou telle heure.

Les évolutions ont toutes été cocréées et testées avec les équipes et les représentants du personnel. Ces évolutions collent à la spécificité du métier d’audit et de conseil, où le travail n’est pas affaire de présence mais consiste à délivrer en équipe un résultat. Elles correspondent à ce qu’attendent les jeunes quant à des modes de fonctionnement favorisant à la fois la collaboration, le travail en équipe et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée… PwC fait le pari de la confiance et voit dans ces nouveaux modes de travail le moyen d’attirer et de retenir les meilleurs.

L’organisation actuelle du travail a été pensée pour le monde des années 1950, où les emplois étaient de nature industrielle. Ils demandaient une présence physique dans l’usine. Les organisations du passé étaient verticales, le futur est horizontal : les jeunes adorent et ça favorise l’esprit d’équipe.

Il y a en France 250.000 entreprises de plus de 10 employés, dont 80 % font du service et de la distribution. Si on considère qu’il y a dix concurrents par métier, cela fait 25.000 métiers différents pour lesquels on doit penser des organisations spécifiques. Les Français sont connus pour la variété de leurs fromages. Ils ont aussi la réputation d’être imaginatifs. L’adaptation de leurs organisations au monde qui change est une belle occasion de faire au monde entier la démonstration de leur créativité.
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Le luxe, des succès hors normes -Chronique aux Echos

14 Sep

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Le 7 Septembre 2017

Nos grandes entreprises de luxe cotées (LVMH, L’Oréal, Hermès, Kering) et d’autres plus petites, comme Rémy Cointreau, ont sorti, cette année encore, de magnifiques résultats. Bonne nouvelle : les Français peuvent être leaders mondiaux sur de très gros métiers et tenir la route sur la durée.

La capitalisation de ces entreprises est en effet – on ne le fait jamais remarquer – à peu près deux fois celle de nos fabricants automobiles et aéronautiques réunis… c’est dire la prospérité apportée à notre pays par ce seul secteur !

Une des dimensions intéressantes de l’industrie du luxe, c’est qu’il y a peu de normes, a l’exception de celles – draconiennes – que les opérateurs se sont eux-mêmes imposées, par le simple jeu de la concurrence, en tirant naturellement leur métier vers le haut. Cette caractéristique inédite, et à protéger précieusement, a permis au talent créatif français de construire ces empires qui s’étendent maintenant partout sur la planète.

Mais le point peut-être le plus important, c’est la durée du contrôle actionnarial, qui dépasse de loin tout ce qu’on voit ailleurs. Il y a certes eu de violentes batailles financières, mais, dans toutes ces entreprises, la durée de détention du capital et son caractère en général familial ont été la clef du succès. Ce sont des métiers où les choses ne se construisent qu’avec l’aide du temps, et où le capitalisme à court terme, de ce fait, ne peut réussir.

L’amendement qui a supprimé l’ISF pour les détenteurs de plus de 25 % du capital a été un élément expliquant la bonne marche de cette splendide industrie. Développons l’actionnariat individuel, et la participation pour les salariés actionnaires, en supprimant l’ISF sur les actions, encourageons le capital-risque et les business angels. Et gardons-nous de la folie réglementaire des normes, ces entraves modernes à l’innovation. Les Français sont parfaitement capables d’affronter la concurrence mondiale, ils le montrent chaque fois qu’on leur permet de se battre à armes égales avec leurs concurrents.
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Le choix de la liberté – Chronique aux Echos

6 Juil

Que diriez-vous si, après avoir décidé de changer de marque de voiture, vous receviez la lettre d’un tribunal vous demandant de justifier votre choix ? Cette lettre vous expliquerait que votre geste demande une justification en raison de la perturbation que vous créez chez votre ancien fournisseur. Vous devriez réexpliquer que vous voulez changer parce que vos enfants, étant devenus adultes, ont quitté votre foyer et que, de ce fait, une voiture plus petite vous convient mieux. Votre décision serait contestée par le juge, qui vous rappellerait que vous avez une bonne situation et vous proposerait de régler le contentieux contre un chèque de 10.000 euros. Ce chèque, préciserait-il, permettra à l’Etat de compenser les dommages causés à votre ancien fournisseur par votre changement soudain.

Que diriez-vous si, le jour où vous annoncez à votre employeur que vous le quittez pour un autre job, celui-ci vous disait : «  Cher monsieur, depuis que nous travaillons ensemble, je vous ai formé et cela a représenté un coût pour moi. Je vous demande de me régler cette facture de 15.000 euros, qui représente les frais de que j’ai investis sur vous pendant dix ans. J’en ai besoin pour former la personne qui vous remplacera. »

Dans ces deux cas, vous seriez indigné et vous auriez raison. C’est rogner votre liberté, ça réduit votre pouvoir d’achat, et ça conduit directement la société au collectivisme.

Soit ! Mais alors, pourquoi la liberté de manoeuvre accordée au particulier est-elle refusée à l’employeur, alors que celui-ci contribue déjà à l’assurance-chômage la plus généreuse qui soit au monde ?

Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, cette dissymétrie est au coeur des discussions sur le Code du travail. Rappelons que, dans tous les pays où il n’y a pas de chômage, l’employeur n’a pas à justifier sa décision (c’est écrit noir sur blanc dans certains Codes du travail). Il doit simplement payer une indemnité préétablie, calculée sur la base du salaire et du temps passé par l’employé dans l’entreprise.

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Et la sphère enflait, enflait… Chronique aux Echos

29 Juin
En 1974, notre sphère publique, vierge de dette, ne dépassait pas 30 % du PIB et notre Etat régalien était fort. Les hommes politiques ont alors écouté les sirènes des économistes qui leur ont vendu le concept de « multiplicateur », expliquant que la dépense publique avait un effet positif sur l’économie. Quarante-trois ans de déficits publics continus ont créé une dette considérable et notre croissance patine. Les pays qui, comme la Suisse, ont gardé des politiques d’équilibre budgétaire et de sphère publique contenue, ont doublé leur PIB par tête par rapport à nous. L’Allemagne marche beaucoup mieux depuis qu’elle a, sous l’impulsion de Gerhard Schröder, réduit ses dépenses publiques d’un bon 10 % du PIB et baissé à concurrence ses impôts.

Revenons au bon sens, regardons les chiffres fournis par le cabinet Rexecode et comparons-nous (en % du PIB France/Allemagne) : sphère publique 56/45 ; capacité (besoin) de financement des ménages +3,5/+5 , des entreprises -2/+3, des administrations -4/+0,5.

La sphère publique française, à même structure, coûte 11 % de PIB de plus que sa consoeur allemande. Pour se financer, elle surcharge les entreprises de 5 % du PIB, augmente sa dette, chaque année, de 4 % (alors que l’Allemagne baisse la sienne de 0,5 % par an), elle réduit enfin l’épargne des ménages de 1,5 % : 5 + 4 + 0,5 + 1,5 ; on arrive à un total de 11 %… le compte y est !

Le bon sens nous dit que soit l’on parie sur un Etat protecteur et omniprésent, mais on épuise les entreprises, on réduit la capacité de décision des ménages et on endette l’Etat ; soit l’on réduit le périmètre de l’Etat en allégeant les impôts et les charges des entreprises pour leur permettre de se développer dans le monde comme leurs consoeurs allemandes. L’idée fausse du multiplicateur étrangle l’entreprise ; on peut lui redonner de l’air, mais les jours sont comptés : si l’Allemagne réduit sa dette, la France continue d’augmenter la sienne au point que l’actif net de l’Etat s’approche, toujours d’après le cabinet Rexecode, de zéro !

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Accepter la flexibilité – Chronique aux Echos

15 Juin

Vivarte, Tati, Mim… nos journaux sont remplis d’articles sur des enseignes de textile en difficulté. Un regard de l’autre côté de l’Atlantique nous indique que le problème est général.

Sears, le grand distributeur textile américain, a dû réduire en dix ans le nombre de ses magasins de 3.800 à 1.500 ; depuis 2014, son chiffre d’affaires a baissé de… 37 % ! Derrière cette chute se profile la montée des ventes sur le Net, qui a pris aujourd’hui plus du quart du marché textile. Amazon va ajouter dans les dix-huit prochains mois 100.000 personnes aux 180.000 qu’il emploie aux Etats-Unis. La concurrence entre systèmes de distribution va donc s’intensifier, et on peut désormais se demander si le commerce en ligne va connaître la même percée dans l’alimentaire.

Walmart a réagi en achetant un site d’achat, Jet.com, et propose à ses employés de livrer les clients en rentrant chez eux ; avec ses 4.700 magasins et 90 % de la population vivant à moins de 10 miles d’un magasin, le géant américain dispose d’un atout maître dans la conquête du « last mile »… sans compter qu’il discute avec Uber et Lyft pour compléter le dispositif. Un tour en Asie suggère une autre piste : le remplacement des courses par la livraison de repas produits en cuisine centrale. Ce nouveau créneau est en train de prendre sa place entre les repas faits à la maison et les restaurants. Le phénomène prend de l’ampleur en Indonésie, en Corée et en Chine.

Aucun esprit, si génial soit-il, ne peut prédire ce qui va arriver chez nous, tant sont nombreuses les billes qui roulent sur le tapis. La seule réponse possible, c’est la flexibilité. Mais, pour que celle-ci soit acceptée, encore faut-il que les gens arrêtent de diaboliser le marché et comprennent que, si des magasins ferment, c’est parce que eux-mêmes ont passé leurs commandes sur le Net. Le jour où les gens feront le lien et auront admis que le bras gauche (producteur) doit être solidaire du bras droit (consommateur), les nécessaires évolutions se feront dans un climat plus serein.
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Les langoustines et les robots- Chronique aux Echos

8 Juin

Connaissez-vous les demoiselles de Loctudy ? C’est le nom donné aux langoustines pêchées dans le sud-ouest de la Bretagne. Les pêcheurs bigoudens ont mis au point il y a cinquante ans un procédé de chalutage révolutionnaire rendant abordable le prix de ce délicieux crustacé. Le Crédit Maritime finança alors les armateurs et le fit avec des taux d’endettement déraisonnables. Après une période de forte croissance, la capture s’effondra, les langoustines ne se reproduisant pas assez vite. L’Europe entra alors dans le jeu et finança la mise au rancart de l’outil pour stopper la surexploitation. Les choses reviennent à l’équilibre, mais que d’argent et d’énergie on a gâchés dans cette affaire en voulant aller trop vite !

Le même mécanisme est peut-être en train de se produire à une bien plus grande échelle à cause de l’excès mondial des liquidités qui vient gonfler la capitalisation des entreprises du Net. Il suffit d’une petite dilution de capital pour faire rentrer des montagnes de cash, même dans des entreprises montrant des pertes considérables. Les victimes potentielles dans cette affaire, ce ne sont pas les langoustines mais, si l’on en croit de nombreuses études, le 1,2 milliard de jobs visés par la robotisation et la numérisation, pour lesquelles l’intelligence artificielle fournit des logiciels de plus en plus efficaces.

On n’en est pas à la première révolution technologique, et il ne faut pas craindre ces avancées. Mais est-il sain que de tels moyens financiers s’investissent dans cette gigantesque vague ? Si on ne met pas dans l’éducation et la reconversion le même niveau de ressources, on risque le déclassement d’une grande partie de la population et l’explosion des budgets sociaux.

L’analogie entre le chalutier et le robot n’est pas une méthode scientifique ; il serait néanmoins utile que nos économistes, favorables en général à l’abondance de liquidités, y regardent cette fois-ci à deux fois. L’expérience montre que, quand on force la nature, on assiste toujours à de violents retours de bâton.
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Reprendre, c’est entreprendre ! Chronique aux échos

1 Juin
Vous n’avez probablement pas entendu parler de Radoine Mebarki, c’est bien dommage!
Radoine a inventé un concept aussi puissant que l’autoentrepreneur de Maria Nowak et Hervé Novelli. C’est l’idée du « repreneur », qui veut entreprendre, n’a pas d’idée précise à développer, mais est prêt à reprendre celle d’un autre : chaque année, 60.000 entreprises cherchent un repreneur, 90 % sont des TPE (entre 1 et 9 personnes), 40 % des reprises se passent mal. Radoine veut rationaliser le processus de transmission en préparant parallèlement le candidat à la reprise et le vendeur. Il considère que, si on a le sens des responsabilités, il n’est pas difficile d’être entrepreneur, car le bagage technique est simple.
Les parents de Radoine Mebarki sont des Algériens immigrés. Il a vécu sa jeunesse dans les quartiers, fait des études moyennes, mais il s’exprime très bien et a le sens du commerce. Un prêtre lui donne le goût du travail bien fait. Il crée alors sa société de promotion immobilière et, l’affaire tournant bien, se consacre depuis deux ans, bénévolement, au développement de Tous repreneurs !, une plate-forme de mise en relation.
Le RSA, un outil pour rebondir mais pas pour s’installer

Le cœur de son livre « Tous repreneurs ! Le nouveau mode d’emploi » (publié aux éditions Les Belles Lettres) se trouve dans les principes de vie qu’il adresse à ceux qui, comme lui, sont issus de l’immigration. Son engagement est l’exemple même de la solidarité ; pourtant, il conseille de se méfier des aides : elles ne dureront pas, vu les finances de l’Etat. Il recommande donc à chacun de s’assumer. Il voit dans le RSA un ressort qui permet de rebondir en cas d’échec, mais surtout pas un état dans lequel on peut s’installer, car il annihile la responsabilité. Posséder son entreprise, dit-il, est le plus beau cadeau que la deuxième génération de l’immigration peut faire à la première, qui, un jour, a quitté son pays pour donner une chance à ses enfants.

En découvrant Radoine Mebarki, vous comprendrez que l’entreprise est le levier de l’intégration et que la solidarité n’est durable que si elle s’exerce entre gens responsables!
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Tous repreneurs, le nouveau mode d’emploi, par Radoine Mebarki, aux belles lettres,