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Concurrence : les trois erreurs de l’Europe – Chronique aux Echos

10 Mar

La première liaison TGV aux Etats-Unis entre Houston et Dallas va être exploitée par la Renfe , l’équivalent de la SNCF espagnole, les infrastructures étant construites par Salini Impregilo, un groupe italien. Encore un signe qui montre à quel point les métiers se mondialisent et qui rappelle à la Commission européenne l’énorme bourde qu’elle a commise en refusant la fusion Alstom-Siemens .

Cantonnons-nous à la production (le cas de la distribution étant différent) : la première erreur de la Commission est d’avoir mesuré la concurrence sur un territoire beaucoup trop restreint. Aujourd’hui, le terrain n’est plus le pays ni le continent mais le monde ; la deuxième erreur, c’est d’être en retard d’une guerre : l’Amérique et la Chine cherchent aujourd’hui systématiquement à susciter des leaders nationaux de taille mondiale, fût-ce au prix de fortes parts de marché local. La troisième erreur est d’avoir des conseillers qui utilisent encore les courbes traditionnelles d’offre et de demande comme support conceptuel. Celles-ci sont dépassées : elles expliquent qu’il vaut mieux avoir de petits concurrents qui s’étripent avec de petites marges, alors qu’aujourd’hui une industrie concentrée à cause de l’effet d’expérience a des coûts plus bas. Même si son leader a des marges confortables, le prix de marché lui aussi est plus bas.
Pourquoi les Etats-Unis ne construisent pas des TGV ?

Le grand Charles souhaitait que les Européens fassent de grandes choses en dehors d’Europe, et bien il serait fier de la Renfe et de Salini Impregilo ! Au passage, si la direction générale de la SNCF n’était pas constamment empêtrée à gérer nos grèves, elle aurait pu être sur ce deal. Quant à la Commission, en espérant que la leçon a été comprise, on pourrait lui suggérer de faire évoluer sa mission et de lui demander non plus de s’occuper des prix, mais, métier par métier, de rapprocher les concurrents européens pour créer des vrais leaders capables d’affronter la concurrence mondiale. Ce serait une façon efficace de faire l’Europe.

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5G : l’Europe a une carte à jouer – chronique aux Echos

20 Fév

Il est curieux qu’il y ait si peu de papiers pour expliquer que Nokia et Ericsson ont l’opportunité de prendre un leadership mondial dans la 5G. Quand on regarde les chiffres, ils sont pourtant bien placés : d’après « The Economist », au troisième trimestre 2019, ils possédaient 34 % de parts de marché mondial en installation, devant Huawei à 30 % et Samsung à 23 %.Le conflit entre Huawei et Trump leur ouvre les portes du marché américain. Il y a des adaptations techniques à réussir, voire un industriel américain à acheter, mais ce n’est pas le bout du monde pour des entreprises de cette taille, habituées aux problématiques des marchés mondiaux.

En toute objectivité, l’Amérique devrait être favorable à la constitution d’une couche de savoir-faire indépendante (fût-elle européenne) dans la longue chaîne qui mène des Gafa aux consommateurs finaux. L’Amérique ne représentant que 25 % du PIB mondial et l’Asie croissant plus vite, ce taux baissera forcément. Elle devrait comprendre qu’une Europe solide technologiquement et économiquement est un facteur d’équilibre qui n’est pas à leur désavantage. William Barr, ministre américain de la Justice, vient d’ailleurs de passer des messages allant dans ce sens, même s’il verrait bien du capital américain dans Nokia ou Ericsson. Concernant la Chine, les Chinois sont capables de comprendre le discours suivant : « Les bonnes affaires sont équilibrées, d’accord pour laisser prendre une part du marché européen à Huawei à condition que Nokia et Ericsson aient la même en Chine. » Les champions mondiaux européens sont souvent partis de positions inférieures à celle qu’ont Nokia et Ericsson aujourd’hui. Une petite incidente : Huawei a certes fait un parcours exceptionnel, mais l’affaire n’est pas cotée et distribue un fort dividende à ses actionnaires qui sont tous ses salariés. C’est donc un concurrent qui a lui aussi ses contraintes. Nous avons donc là un beau terrain de jeu qui va permettre de voir si les pays européens sont capables d’investir collectivement pour s’affirmer sur un sujet majeur.

 

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Réserve héréditaire : peut-on encore aider ses proches ?

13 Fév

 

Doit-on laisser les détenteurs de la richesse choisir la forme de leur engagement philanthropique ou celui-ci doit-il être encadré voire même guidé par l’État ?

Un rapport parlementaire en gestation va préconiser un changement de la réserve héréditaire. Des « voix autorisées » laissent entendre que l’une des raisons de cette initiative trouve sa cause dans la baisse des donations enregistrées en 2019 (-1,8 %) suite à l’arrêt de l’ISF.

Le sujet en fait est central et ne peut être traité en catimini. Il touche à la fois à la conception que nous avons de la propriété, à l’idée qu’on se fait de la famille, à l’harmonie des relations entre les générations et plus fondamentalement à la conception même de la fraternité.

Doit-on laisser les détenteurs de la richesse choisir la forme de leur engagement philanthropique ou celui-ci doit-il être encadré voire même guidé par l’État ?

Pourquoi instaurer un vrai débat ?

Avant d’inscrire les propositions à l’ordre du jour du parlement (qui n’en manque
pas ! ), il serait souhaitable que s’instaure un vrai débat de fond, d’autant qu’il y a bien d’autres variables à mettre dans la balance.

La première est l’allongement de la durée de vie qui modifie les rapports entre la vie active et ce que l’on nomme improprement la « retraite ».
Les chiffres sont connus, ce n’est pas la peine d’y revenir.

Le travail dans la sphère bénévole

Le point sur lequel on insistera c’est l’émergence d’une population de retraités actifs dont le nombre et le poids économique est plus important qu’on le croit. Le secteur du bénévolat, fondamentalement animé par cette population, représente environ 17 millions de personnes aujourd’hui avec des activités dans de nombreux domaines : éducatif, social, sportif et artistique pour ne citer que les principaux.

Cette activité connaît une croissance régulière et de ce fait des besoins de financement de plus en plus importants.

Il faut rappeler que la sphère sociale de l’État a débuté en complétant progressivement des tâches d’intérêt général initiées par les congrégations religieuses, certaines entreprises et une multitude de personnes aisées.

Le travail de la sphère bénévole tangente donc une grande partie du travail de la sphère publique non régalienne et pourrait s’y substituer. En une période où on cherche partout les économies dans la sphère publique une coordination entre le travail des associations bénévoles et l’État tombe sous le sens.

Qui a le plus besoin d’argent ?

Il est une deuxième conséquence de l’allongement de la durée de vie : les héritiers sont aujourd’hui des retraités qui ont moins besoin d’argent que leurs enfants voire leur petits-enfants.

Curieusement, cette idée est peu répandue.

Il est possible que certains groupes voyant dans la famille une source d’inégalité n’apprécient pas l’idée que certains jeunes puissent être avantagés du fait de l’aisance de leurs grands- parents et arrière-grands-parents. Ils verraient mieux des systèmes où l’héritage est taxé afin que l’État assure lui-même la redistribution… mais là, soyons clairs, le communisme avancerait masqué sous les traits d’une prétendue équité car nous aurions là une spoliation caractérisée.

Voilà pourquoi des débats de fond s’imposent !

Le pragmatisme avant tout

Pour en revenir au point de départ, sachant « qu’on ne touche à la loi que d’une main tremblante », avant de se lancer dans une modification de la réserve héréditaire on pourrait suggérer de faire preuve de pragmatisme : d’abord en augmentant très largement les montants déductibles de l’IFI et des revenus en cas de donation.

Ensuite, les donations de son vivant à ses petits-enfants voire même à ses arrière-petits-enfants pourraient être favorisées fiscalement.

Il y a fort à parier que si l’affaire est bien menée les ministères auront énormément d’opportunités de trouver de substantielles économies.

Cerise sur le gâteau : de nombreuses difficultés dans le financement du logement ou de jeunes entreprises trouveraient une solution rapide et, osons le mot, naturelle !

 

(Article paru dans Contrepoints)

 

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Ce que cache le débat sur la privatisation d’ADP – Chronique aux Echos

7 Fév

 

Les discussions sur la retraite étouffent en ce moment d’autres débats de fond. Il en est un qui pose un problème stratégique intéressant, c’est le référendum d’initiative populaire sur la privatisation des Aéroports de Paris. On est en train de dépasser le million de signatures. Très loin des 4,7 requis pour qu’il ait lieu, mais qui sait ?

De façon surprenante (on reconnaît là le goût de nos concitoyens pour les débats conceptuels), le débat porte jusqu’ici presque exclusivement sur des questions de principe : « Faut-il garder cet actif car il est stratégique ou peut-on le vendre sur le marché ? » Sur le plan économique, on fustige en cas de privatisation le fait que l’Etat se prive de dividendes (savoureux quand on lit les discours scandalisés sur ceux du CAC 40), on évoque rarement les liquidités que l’opération pourrait ramener à notre Etat surendetté.

Un leader mondial français

Pour nos voisins européens, les choses sont déjà tranchées, ils ont choisi de privatiser. Il est pratiquement impossible de trouver un article où on explique qu’il y a une opportunité phénoménale de créer un leader mondial français sur ce très grand métier de gestion d’aéroports compte tenu de la force que vient de prendre Vinci en reprenant la gestion de Gatwick ! Vinci ADP, fondus en une société, sera un leader très net, et ce sur une base mondiale !

Et dire que la France a été un des tout premiers pays à imaginer de concéder des services publics. C’était en 1853, il y a cent cinquante ans, sous Napoléon III, il s’agissait de la distribution de l’eau. Cette avance conceptuelle a permis à notre pays d’abriter aujourd’hui les leaders mondiaux de son traitement et des métiers associés ; des sociétés prospères en forte croissance positionnées sur des métiers à de gigantesques potentiels. Nos ancêtres avaient de la vision. Cent cinquante ans après, dans les débats sur la privatisation, posons-nous la question : la décision de nos anciens, on la regrette ou pas ?

 

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La Suisse… si loin, si proche

4 Fév

Les discussions sur les retraites empêchent de tirer la conséquence des débats qui ont suivi l’épisode des « gilets jaunes » et c’est dommage. Quand on lit les rapports, le mot qui revient

le plus est celui de « proximité ». Tous ceux qui ont voyagé peuvent attester que le pays occidental qui a réussi le mieux à combiner mondialisation heureuse avec ancrage local des citoyens, c’est la Suisse.

La raison de cette harmonie est la structure de son Etat décentralisé en trois étages : fédéral, cantonal et communal. Chaque niveau dispose de ses recettes, assume ses coûts et, subsidiarité oblige, n’abandonne à l’échelon supérieur que les compétences qu’il ne parvient à exercer lui-même. Le coeur du système ce sont les 26 cantons qui se livrent une saine concurrence pour attirer les entreprises, le tout cadré par l’obligation de garder un bilan équilibré (il n’y a pas d’Etat providence pour combler les trous !). Les budgets sont votés chaque année par les citoyens eux-mêmes. Les élus gardent leur job et sont payés pour le temps passé (en général une semaine par mois) ; il n’y a donc pas de politicien de métier, et les Assemblées sont un fidèle reflet de la société.

L’autre domaine d’excellence c’est l’éducation, les deux tiers des enfants passent par la filière professionnelle (apprentissage dit « dual »), qui jouit d’un statut égal à celui de la voie générale. Ce sont des assurances privées qui assurent la retraite et la couverture santé. Le PIB par tête en Suisse est le double du nôtre alors qu’il était le même à la mort du regretté Pompidou et le chômage est à… 2,7 %.

Tout ceci est divinement expliqué dans un petit livre dont la lecture est accessible à tous, « Le Modèle suisse », écrit par François Garçon, qui a gardé les deux nationalités. On ne saurait trop, en ces temps troublés, recommander aux députés, aux sénateurs et au gouvernement de décortiquer et méditer cette petite merveille qui donne toutes les pistes permettant à chacun de nous de rester bien ancré dans son territoire tout en vivant pleinement la mondialisation.

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Les entreprises françaises au firmament

3 Fév

On connaît aujourd’hui la performance financière du CAC 40 en 2019, elle est encore très bonne. Dividendes records, lit-on, c’est vrai, mais l’essentiel est la croissance du CAC sur la longue durée. Prenons du recul et jetons un regard sur les quinze dernières années : dividendes, investissements et capitalisation ont été multipliés environ par trois. Au passage, les dividendes de 60 milliards sont effectivement les plus élevés jamais enregistrés, mais ils ne sont pas excessifs si on les ramène à la capitalisation de 1.800 milliards, c’est environ 3 %. Ce qui est remarquable et rassurant, c’est la croissance annuelle de la valeur des entreprises sur la période (entre 6 et 7 %), bien plus rapide que celle de l’économie française. A l’évidence, nos entreprises se débrouillent très bien dans le grand bain de la mondialisation, une preuve de plus que les Français peuvent en bénéficier.

Les vertus de la capitalisation

Il y a un deuxième message peut-être tout aussi important en cette période où tout le monde discute de retraite et de répartition : on a tous en mémoire la chute de 2008, un des arguments avancés contre la capitalisation ! Eh bien la chute a été très largement récupérée ; comme quoi se reposer sur des actions pour financer une retraite lorsqu’on n’appelle chaque année qu’une petite partie de l’épargne investie, n’est pas si risqué que ça. Ajoutons que le CAC 40, à force de croître plus vite que l’économie française, est aujourd’hui diversifié géographiquement, diversification que n’offre pas le système de la répartition ou tous ses oeufs sont mis dans un seul pays.

C’est ce qu’ont bien compris tous nos voisins. Au lieu de miser sur la seule répartition, et fustiger par principe les marchés financiers qui croissent plus vite que l’économie, ils ont fait preuve de réalisme. Ils ont décidé de profiter de cette dynamique et appuient désormais leur retraite sur un deuxième pilier, la capitalisation.

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« Capitalisation » ne doit plus être un gros mot Chronique aux Echos

17 Jan

 

Il est des mots qu’on ne peut utiliser sans se faire agonir aussi bien dans le domaine sociétal que dans le domaine économique : capitalisation en est un, si on en juge parles débats autour de BlackRock.Ce blocage stupide empêche d’adresser les vrais sujets et d’y réfléchir posément. Dès qu’on creuse un tant soit peu, on constate que les fonds de pension assurant la retraite de leur souscripteur par un mécanisme de capitalisation pèsent aujourd’hui 36.000 milliards de dollars, soit à peu près 50 % de la capitalisation mondiale totale. Autrement dit, la moitié des marchés financiers travaille pour les retraités, ce qui est loin d’être idiot si la Bourse croît plus vite que l’économie. A 100.000 euros le compte, ça fait 360 millions de clients ! Dans quels pays se trouvent toutes ces personnes qui utilisent la capitalisation pour leur retraite ? Pas très difficile de les localiser, il suffit de consulter les classements des meilleurs systèmes de retraite : en tête les Pays- Bas, l’Australie et la majorité des pays nordiques (dont le système social, rappelons-le, nous a été toujours donné en modèle). On constate que tous ont des parts importantes et croissantes de capitalisation. Quant à nous Français, nous sommes en 28e place dans le classement Mercer, performance médiocre quand on sait que nous sommes, et de loin, le pays qui consacre la plus grosse part de son PIB à la retraite (14 %). Avec cette détestation de la capitalisation, ne sommes-nous pas en train de faire fausse route et nous ruiner avec notre concentration à 94 % sur la répartition. Il y a des règles universelles et éternelles : d’abord, il vaut mieux avoir deux cordes plutôt qu’une à son arc ; ensuite, quand on est seul à prendre un chemin, il faut avoir la sagesse de se demander pourquoi les autres ne l’empruntent pas. Deux bonnes raisons pour arrêter les anathèmes et réfléchir à l’idée de mettre une dose de capitalisation dans notre système, même si le mot hérisse le poil de certains.

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Retraite : et si on essayait l’actionnariat salarié ?

17 Jan

Le financement du système des retraites ne peut reposer sur la seule répartition, a fortiori sans soutien démographique. L’actionnariat salarié permet de motiver et de récompenser les employés d’une entreprise mais aussi de les aider à compléter leur retraite.

Si on en juge par les débats autour de la société financière Black Rock, on ne peut pas parler en France de capitalisation sans se faire agonir ; c’est complètement stupide parce qu’elle est un axe de développement incontournable si on veut régler sur le long terme le problème de notre retraite.

Capitaliser, pourquoi pas ?

Dès qu’on s’intéresse un tant soit peu au sujet, on constate que les fonds de pension assurant la retraite de leur souscripteur par un mécanisme de capitalisation pèsent aujourd’hui 36.000 milliards de dollars, c’est-à-dire près 50% de la capitalisation mondiale totale. Autrement dit, la moitié des marchés financiers travaille pour les retraités — on ne l’explique pas assez — ce qui, au passage est loin d’être idiot si la Bourse croît plus vite que l’économie. Allons un peu plus loin, à 200.000 euros le compte, cela fait 180 millions de clients ! Dans quels pays se trouvent toutes ces personnes qui utilisent la capitalisation pour leur retraite ?

Pas très difficile de les localiser, il suffit de consulter les classements des meilleurs systèmes de retraite : en tête les Pays-Bas, l’Australie, la majorité de pays nordiques, la Suisse et Singapour. On constate que tous ont des parts importantes et croissantes de capitalisation. Quant à nous Français, nous sommes en vingt-huitième place dans le classement Mercer, performance médiocre quand on sait que nous sommes, et de loin, le pays qui consacre la plus grosse part de son PIB à la retraite (14%). C’est le résultat de la décision catastrophique de François Mitterrand de faire passer l’âge du départ à la retraite de 65 à 60 ans et de tout miser sur la répartition. Nous en payons les conséquences aujourd’hui, on ne l’explique pas non plus suffisamment.

 

Des obstacles à vaincre

Il était une façon très simple d’introduire la capitalisation dans notre système de retraite… c’est tout simplement de pousser l’actionnariat salarié. L’actionnariat salarié a des obstacles à vaincre. Il fait peur aux politiques qui craignent qu’on fasse prendre trop de risque à l’employé : celui de perdre à la fois son job et ses économies. L’actionnariat salarié ne plaît pas non plus forcément aux familles actionnaires qui considèrent souvent (et c’est à leur honneur) que c’est à elles de porter le risque de l’entreprise. Le marché financier enfin ne lui est pas non plus très favorable : il pense en effet que les salariés, par leur poids dans le conseil d’administration, freinent des décisions comme des restructurations nécessaires, dans certains moments critiques à la bonne marche de l’entreprise.

 

En dépit de ces trois obstacles, force est de constater qu’il se développe très régulièrement partout dans le monde ; il représente 1.500 milliards aux États-Unis, en Europe 350 milliards d’euros et 50 milliards d’euros en France. Il est en croissance régulière, les études montrant d’ailleurs que les entreprises à fort actionnariat salarié présentent de meilleures performances que les autres.

Doubler sa retraite

Nous avons la chance d’avoir en France des entreprises qui le pratiquent depuis de très longues périodes. On constate grâce à elles que les employés qui ont investi fidèlement entre 5 et 10% de leur salaire disposent quand ils quittent l’entreprise d’un capital capable aisément de doubler la retraite légale.

Pour régler le problème de la retraite, il faut faire ce que tous les pays ont fait : évidemment repousser l’âge de départ et rajouter une dose de capitalisation. Cette dose peut venir de l’actionnariat salarié ou d’un investissement dans un fonds de capitalisation. On n’en a pratiquement pas parlé, mais la loi PACTE (pour la croissance et la transformation des entreprises) vient d’ouvrir la piste avec la défiscalisation des 10.000 premiers euros investis pour se constituer un complément de retraite !

 

 

Un article paru dans Aleteia

 

Retraite : et si on essayait l’actionnariat salarié ?

Vive la concurrence ! Chronique aux Echos

10 Jan

La liberté, respectueuse de celle des autres, est assurément notre bien le plus précieux ; c’est elle qui permet l’initiative individuelle et la prise de décision, elle développe le jugement et forge la personnalité de chacun de nous.

Dans la vie professionnelle, pour la grande majorité d’entre nous, liberté veut dire concurrence. En France on ne l’aime pas, on la présente comme la loi du plus fort. On se méfie également de l’intérêt particulier, décrit comme l’expression de l’égoïsme. Pourtant, quand on y  réfléchit, c’est bien l’intérêt particulier qui suscite la concurrence et, en retour, cette même concurrence contrôle très efficacement l’intérêt particulier en redistribuant aux clients les gains de productivité. Accepter de faire jouer la concurrence (c’est-à-dire la liberté) fait converger naturellement les intérêts particuliers vers l’intérêt général.Nous avons aujourd’hui sous les yeux la preuve quel’absence de concurrence détruit jusqu’à l’idée même d’intérêt général. Des salariés d’entreprises publiques, à qui on a confié, en exclusivité, la mission essentielle de transporter les personnes, par le rail, sur de courtes, moyennes et longues distances, profitent de leur monopole pour faire pression sur la société tout entière afin de servir leurs intérêts particuliers d’employés et de retraités.

Incitation à l’humilité

La liberté a un prix qui est d’accepter de vivre en concurrence et ce n’est pas facile ! On peut même dire que c’est une ascèse quotidienne et une incitation à l’humilité puisqu’il faut être en permanence efficace et se mettre au service de clients libres de traiter ou de ne pas traiter avec vous. C’est en revanche l’assurance que les relations économiques ainsi créées sont justes puisque les clients ont pu exercer librement leur choix. C’est pourquoi les entrepreneurs, les artisans et les agriculteurs (grands ou petits), qui peinent mais continuent à travailler, sont les authentiques porteurs de la flamme de la liberté et méritent d’être chaudement célébrés en ce début d’année.

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Lettre d’un ami allemand Chronique aux Echos

7 Jan
Je discutais récemment avec un ami allemand qui ne comprenait rien à nos grèves ; je le poussais dans ses retranchements, les Allemands, ceux qui les connaissent bien le savent, n’aiment pas passer pour des donneurs de leçons. Voici quelques extraits de ses observations :

« Votre problème, c’est votre paritarisme, ce ménage à trois dans lequel l’Etat, sous le prétexte de combler les déficits des caisses, intervient dans les discussions syndicats-patronat. Le résultat ? ça déresponsabilise les syndicats en laissant entendre qu’on peut faire n’importe quoi sur le plan financier. Nous n’avons pas cette situation en Allemagne car Schröder a expliqué en 2004 que l’Etat, n’ayant plus un sou vaillant, ne comblerait plus les trous. Le départ à la retraite à 65 ans, ce n’est pas le gouvernement qui l’a imposé, ce sont les syndicats et les patrons qui en ont convenu pour équilibrer les comptes. »

« Vos syndicats sont issus de la fonction publique (beaucoup plus nombreuse qu’ici) ou de secteurs économiques protégés (comme le transport et l’énergie) ; les nôtres travaillent dans des sociétés exportatrices, ils savent la réalité de la concurrence mondiale dans laquelle ils vivent et ont bien compris qu’on ne pouvait pas mettre n’importe quelle charge sur le dos des entreprises. »

« Chez nous, le syndicat fait pression sur le patron, si nécessaire par la grève, pour mieux répartir le profit ; chez vous c’est très différent, vos syndicats n’hésitent pas à pourrir la vie de la population en bloquant les transports publics pour peser sur le gouvernement et le Parlement, ce sont des grèves politiques. Les nôtres ont abandonné l’idée de la lutte des classes pour adopter ‘l’économie sociale de marché’ et ont consigné dans leurs statuts l’indépendance vis-à-vis des partis politiques. » « Vous savez ce qui serait intéressant ? Que le gouvernement dise ‘Chiche ! Vous ne voulez pas de mon âge pivot  ? Eh bien je quitte le paritarisme, je cesse ce soir à minuit de combler les trous. Je vous laisse vous débrouiller avec les grands financiers mondiaux’. Vous verrez, les premiers impayés ce sera dans les régimes spéciaux et ça forcera un certain nombre de personnes à devenir un peu plus réalistes. »

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