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Versement de dividendes record aux entreprises du CAC 40

16 Mar

Ancien président d’Essilor et professeur de stratégie, Xavier Fontanet explique les bons résultats des entreprises du CAC 40. Alors que 70 milliards d’euros ont été distribués cette année à leurs actionnaires, est-ce une bonne nouvelle ou de la goinfrerie déplacée ?

La période de publication des résultats des entreprises du CAC 40 voit toujours fleurir les commentaires s’élevant contre la hauteur des profits et la goinfrerie des actionnaires eu égard aux dividendes scandaleux qui leur sont versés. 2021 ne va pas faire exception à la règle : même si tous les résultats ne sont pas encore connus, il semblerait que les entreprises vont présenter cette année encore des résultats élevés. Un premier point un peu vite oublié : l’État va profiter de ces résultats. Une simple équation du premier degré montre qu’à 33% d’imposition et 50% des profits versés en dividende, l’État gagne autant que les actionnaires. 

La formation du dividende

Les articles opposés aux dividendes des entreprises défendent toujours l’idée d’une exigence de rentabilité à 15%. Cette idée est totalement fausse ! Quand on cherche à être un tout petit peu objectif et que l’on divise le dividende par la capitalisation (la valeur des entreprises) on tombe pour les entreprises du CAC en 2019 (année record) sur le chiffre de 3,2%. La rentabilité des investissements doit inclure les gains en capital : quand on mesure celle-ci sur de longues périodes comme une quarantaine d’années avec le CAC, voire 250 ans avec Standard and Poor on tombe sur des taux variant entre 6 et 7%. Il y a donc beaucoup de mythes qui courent et qui ne sont que la manifestation d’une méconnaissance profonde des Français en économie. Il faut que nos compatriotes comprennent la formation du dividende et son utilisation, et pour cela il faut revenir à deux idées simples.

Quand la croissance ralentit, l’entreprise peut commencer à verser un dividende qui peut représenter jusqu’à 100% des profits dès lors que la croissance est nulle voire négative.

Le premier concept à connaître c’est celui de la rotation d’actifs ; il existe un parallélisme entre le chiffre d’affaires d’une entreprise et le capital qui y est engagé. C’est une règle universelle valable dans tous les pays et pour tous les métiers. L’investissement annuel se mesure dès lors d’une façon simple : c’est la croissance multipliée par le capital engagé. Il y a un deuxième concept, celui du cycle de vie. Un métier commence à croître parce qu’il en déplace un autre par un mécanisme de substitution ; au bout d’un certain temps qui dépend des situations, la croissance se stabilise quand le métier a pris sa place dans l’économie ; un jour la croissance devient négative parce que le métier se fait lui-même substituer. Ceci veut dire que l’investissement a tendance à être très élevé au départ, puis se stabilise pour devenir nul quand la croissance tombe ou devient négative. Quand la croissance ralentit, l’entreprise peut commencer à verser un dividende qui peut représenter jusqu’à 100% des profits dès lors que la croissance est nulle voire négative.

Où va l’argent ?

Où va cet argent ? En grande partie, il va s’investir dans les nouvelles entreprises dont les investissements excèdent les résultats et qui sont en recherche de liquidités. L’économie est en fait beaucoup plus harmonieuse que l’on croit quand on laisse ses forces se déployer naturellement tout comme ce qui se passe dans la vie des familles ou les anciens financent les plus jeunes. Les jugements à l’emporte-pièce mentionnés plus haut ne font que révéler la faiblesse de la connaissance générale des Français en économie. Le peu qui est enseigné est constitué de théories macro-économiques fonctionnant en économie fermée ; théories qui ne sont plus adaptées aux économies actuelles complètement ouvertes. On donne par ailleurs très peu d’outils aux enfants pour les aider à comprendre concrètement le fonctionnement de l’entreprise. Un manque à combler impérativement.

Non ! pour dire le vrai, il faut se réjouir de la bonne marche des grandes entreprises et en particulier celles du CAC 40. Celui-ci est principalement constitué d’entreprises relativement anciennes arrivées à un certain niveau de maturité. Parce que leur rentabilité est plus élevée que la croissance des marchés où elles opèrent, elles peuvent payer un dividende sans abîmer la base sur laquelle elles sont assises. Il faut donc se réjouir de ces dividendes parce que dans leur grande majorité, ils vont financer les nouveaux métiers et dynamiser l’ensemble de l’économie. On peut ajouter qu’en cette période d’incertitude et de dangers géopolitiques, une des pierre angulaires de nos sociétés est, quoi qu’on raconte, la force de nos économies fondées sur la liberté et l’initiative individuelle. Il est fondamental de constater que le tissu des grandes entreprises est solide et il faut que cessent ces attaques injustifiées fondées sur des idéologies complètement dépassées.

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Réduire le nombre d’impôts pour augmenter le pouvoir d’achat

17 Fév

L

a complexité normative qui nous fait perdre un temps fou dans la paperasserie empêche la créativité de nos entreprises de porter ses fruits, remonte leur prix de revient, nous étouffe tous petit à petit et nous coûte beaucoup plus cher en PIB par tête que nous le pensons. Elle est le signe et le résultat d’un pays dominé par sa sphère administrative ; une de ses manifestations parmi bien d’autres est le nombre d’impôts — 360 — qui s’approche dangereusement de celui des jours de l’année. 

Il faut savoir que plusieurs pays sont en train de réfléchir à des programmes de simplifications drastiques de leur système de normes, en particulier dans le domaine fiscal. Certains parlent même de politiques visant à réduire le nombre d’impôts à trois (impôts sur les revenus-IR, TVA, impôts sur les sociétés-IS). Pour aller encore plus loin dans la simplification, on voit poindre l’idée d’un taux unique : on mettrait systématiquement en place le principe de la flat tax [un prélèvement forfaitaire unique, ndlr.]. L’impôt aurait pour mission de financer la sphère publique de façon simple et lisible et non pas de réaliser une politique de redistribution ou de « justice » fiscale.

Limiter le financement public au régalien

Il n’est pas inintéressant de deviner à quel taux parviendrait la France dans les pays dont les États sont compétitifs en termes de coût relativement au sien. Faisons le calcul d’ordre de grandeur en prenant notre voisin allemand (qui n’est pas le plus compétitif) ; la sphère publique allemande est à 44% du PIB, 20% pour la partie régalienne, 24% pour la partie sociale. Cette dernière est gérée par le secteur privé et est équilibrée depuis les réformes Schröder. La partie à couvrir par l’impôt est donc la sphère régalienne qui coûte 20% du PIB. Le calcul est simple et lisible. Sachant que les salaires représentent 54% du PIB, la consommation 56%, le bénéfice brut de l’ensemble des entreprises et 15% le taux d’impôt général serait de… 16% (soit = 20 /.54+.56+.15). Les économies de gestion seraient considérables à tous les niveaux et le taux auquel on arrive donne à réfléchir notamment sur l’IS. 

Il nous sera expliqué que c’est impossible pour un pays comme la France ou la moitié des citoyens ne paye pas l’impôt et où de très nombreux produits ont des TVA à 5% à cause de problèmes de pouvoir d’achat ! Le risque est de surcharger les entreprises qui sont les créateurs de richesse, les exportateurs et les pourvoyeurs d’emploi. Les bons résultats du CAC 40 donnent de l’eau au moulin de ceux qui voudraient les surtaxer oubliant qu’elles ont devant elles des investissements très élevés pour faire face à la concurrence mondiale et lutter contre le réchauffement climatique. Si les voisins de la France passent à l’action, et si elle persiste dans la complexité en se persuadant que celle-ci est dans nos gènes, elle continuera à s’épuiser dans le dédale des règlements, son attractivité diminuera, la désindustrialisation du pays continuera de plus belle ; tout cela n’arrangera ni ses affaires, ni le pouvoir d’achat des Français.

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Surimposer l’héritage ou transmettre aux jeunes générations ?

9 Fév

Chaque semaine, le professeur de stratégie Xavier Fontanet analyse l’évolution de la vie économique et des affaires. Il revient aujourd’hui sur la taxation des successions, qui devient un thème de la campagne présidentielle. Pour l’ancien PDG d’Essilor, la priorité n’est pas de surimposer l’héritage, mais de l’orienter vers les petits-enfants.

Les finances publiques sont tendues, personne ne le conteste ; les médias s’emparent heureusement du sujet, mais curieusement on voit davantage d’articles suggérant des augmentations de la fiscalité que d’analyses cherchant les moyens de baisser les dépenses publiques. Les partisans de la hausse de la fiscalité mentionnent les héritiers dont l’imposition rapporte 15 milliards d’euros (trois fois l’ISF à l’époque où celui-ci était en vigueur). Pour mettre un peu de perspectives, jetons un coup d’œil en dehors de la France pour voir quelle est la tendance. Force est de constater que tous les pays baissent les taux de succession, en particulier les Suédois (longtemps notre modèle) qui les ont récemment… mis à zéro. Nous sommes avec nos amis belges ceux qui, de très loin, taxent le plus en la matière.

La formule des fondations

Taxer l’héritage pose d’abord une question philosophique : la disposition du capital constitué en fin de vie est-elle à la discrétion de la personne qui le détient ou à celle de l’État (sachant que les biens accumulés ont déjà été taxés à plusieurs reprises) ? La deuxième question à se poser porte sur la distinction entre la part dévolue à la famille et la part attribuée sous forme de donations à des fondations. Les fondations sont, en France, une activité économique importante (quelque 35 milliards d’euros) située entre la sphère privée et la sphère publique et dans bien des cas se substituant à elle. Pousser les fondations, qui demande des fonds, est une façon de permettre à la sphère publique de réduire son périmètre et de baisser ses coûts. Pour prendre un exemple, le programme « Lire et faire lire » est une forme de service après-vente de l’Éducation nationale extraordinairement efficace au regard de son coût de fonctionnement grâce au très grand nombre de personnes qui y sont actives bénévolement.

Les économistes qui suggèrent l’augmentation des impôts sur la succession sont obsédés par les problèmes d’égalité et considèrent que la famille en est la principale source…

Les économistes qui suggèrent l’augmentation des impôts sur la succession sont obsédés par les problèmes d’égalité et considèrent que la famille en est la principale source… par conséquent, pour eux, rogner les ressources des familles ne fera pas de mal au système ! Ils reconnaissent que l’initiative individuelle a sa part dans la création de valeur, mais pensent que le gros du mérite revient à l’État (à travers son investissement dans l’éducation et la recherche publique) qui a en quelque sorte mâché le travail. Dans ces conditions, récupérer la majorité des fruits de la création ne leur semble pas illégitime. Étatistes convaincus, ils voient enfin les fondations comme une forme de paternalisme, héritage d’un passé à leurs yeux révolu. Pour eux, taxer les successions et reverser le fruit de cet impôt supplémentaire sous forme de subventions est la façon la plus efficace de réduire les inégalités.

À qui faire confiance ?

Les acteurs du monde de l’entreprise répondent aux économistes qu’investir l’argent sur les problèmes n’a jamais été une façon de les résoudre. La véritable priorité est celle-ci : améliorer l’école et l’université mais surtout, créer un système de formation professionnelle et d’apprentissage comme il en existe dans tous les pays où le chômage des jeunes est nul. Quant à l’héritage, la question n’est pas de le surimposer mais beaucoup plus de l’orienter vers les petits-enfants voir les arrières petits-enfants. Avec l’allongement de la durée de vie, ce sont des retraités qui héritent, ce qui n’est pas la meilleure allocation de ressources.

Il suffit de voyager pour le remarquer : favoriser les fondations est une politique que pratiquent un nombre croissant de pays. On peut notamment citer le Canada où elle a été au cœur de la réforme de Jean Chrétien qui a remis le pays sur pied et explique sa prospérité actuelle. Au fond et comme dans bien des cas, le cœur du problème est de savoir là où l’on met le curseur entre le rôle de la sphère publique et celui de la sphère privée… ainsi que le niveau de confiance que l’on place dans la personne humaine. C’est peut-être par cela qu’il faut commencer.

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«Pour réparer la méritocratie, valorisons aussi l’excellence dans les métiers manuels» LE FIGARO

2 Fév

TRIBUNE – La crise des «gilets jaunes», tout comme les contestations populistes dans d’autres pays, ont à leur source une amertume engendrée par une mondialisation ne valorisant que les métiers intellectuels, argumente l’ex-PDG du groupe Essilor*.

Les raisons profondes de la crise des «gilets jaunes», arrivée il y a plus de trois ans, sont encore objet de débats. Le même phénomène s’est produit en Angleterre avec le vote contre l’Europe et aux États-Unis avec l’émergence de Trump. Il s’agit donc d’un sujet absolument fondamental qui affecte les démocraties. De nombreux ouvrages remarquables, notamment ceux de Christophe Guilluy et Jérôme Fourquet, ont parfaitement décrit ces fractures sociales et territoriales, dont on attribue souvent la cause à la centralisation du pays et à la politique dite d’aménagement du territoire.

La Tyrannie du mérite, l’ouvrage du philosophe américain Michael Sandel, jette lui aussi une lumière intéressante sur ce phénomène. Cet essai mérite tout particulièrement notre attention puisqu’il est écrit par un Américain, professeur à Harvard, l’une des plus prestigieuses universités du pays. Les États-Unis sont un pays infiniment plus décentralisé que la France, et pourtant, le même «ras-le-bol» profond des classes moyennes est observable. Il faut donc en chercher les raisons ailleurs. Michael Sandel les attribue au processus éducatif et à l’élitisme des grandes universités. Le système éducatif américain, de qualité mondiale, est clairement l’une des explications de la croissance économique des États-Unis. Les universités sont en principe ouvertes à tous, mais, sur la durée (on parle ici de plusieurs générations) on se rend compte que les élites monopolisent petit à petit les meilleures d’entre elles. Selon l’auteur, elles ont créé sournoisement une nouvelle aristocratie fondée sur les diplômes les plus prestigieux. Formidable système pour les élites, mais que se passe-t-il pour ceux qui ne sont pas sélectionnés? Ils trouvent finalement des emplois, qu’on qualifie un peu vite d’«ordinaires» et c’est dans cette frange de la population que se retrouvent les supporteurs de Trump.

L’autre défaut du système, poursuit l’auteur, tient aux disciplines choisies par ces universités qui sont en général très intellectuelles. C’est ce qui se passe en Angleterre avec Eton et Cambridge, et en France avec l’X et l’ENA. Le problème tient au fait de mettre aux commandes de bons élèves, coupés de la réalité, et non pas ceux qui ont roulé leur bosse et connu la vraie vie. Certains en viennent même à avancer l’idée que le résultat obtenu par cette nouvelle organisation de la société est presque pire que ce qui se passait sous l’Ancien Régime. À l’époque, si vous étiez dans le tiers état ce n’était pas de votre faute, c’est que vous étiez tombé dans un mauvais berceau. Dans nos démocraties méritocratiques, c’est différent: vous avez eu accès à la formation et vous n’avez pas réussi! Voilà qui explique le sentiment de frustration développé chez ceux qui n’ont pas été en tête de classe et n’ont pas pu accéder aux bonnes universités. La méritocratie, qui devait représenter un espoir collectif, devient une tyrannie pour la majorité des gens.

Voilà en tout cas le diagnostic de Michael Sandel. Comment trouver une solution au problème? Regardons ce qui se passe ailleurs. Il est deux pays où le phénomène des «gilets jaunes» ne risque pas de se produire ; la Suisse et le Japon.

En Suisse, on considère que les techniques proches de la matière peuvent permettre d’atteindre un leadership mondial et sont tout aussi formatrices que l’excellence dans des connaissances abstraites

En Suisse il n’y a pas de capitale comme Paris ; de ce fait il y a moins de couches dans la société ; tout ce qui compte se passe au niveau du canton (en surface un demi-département), une entité à taille humaine. L’autre raison fondamentale qui explique l’harmonie qui règne en Suisse est la structure de l’éducation et l’importance donnée aux métiers techniques. La filière technique a le même prestige que la filière générale et s’appuie sur le levier de l’apprentissage en entreprise. À la différence des États-Unis, de l’Angleterre et de la France où l’on favorise des savoir-faire abstraits tels que les mathématiques, le droit ou les lettres, en Suisse, on considère que les techniques proches de la matière peuvent permettre d’atteindre un leadership mondial et sont tout aussi formatrices que l’excellence dans des connaissances abstraites.

Continuons le voyage, allons au Japon. Penchons-nous sur l’ikigaï (en japonais, terme désignant une philosophie de vie cherchant l’équilibre entre passion, vocation et utilité commune NDLR) qui est une sorte de règle de vie en société. L’ikigaï vous explique qu’un artisan ou un ouvrier qui travaille au sommet de l’excellence mérite un statut bien plus élevé qu’un cadre administratif médiocre, fût-il très haut placé. Ce qui compte dans la société n’est pas le niveau hiérarchique où vous êtes mais l’excellence avec laquelle vous traitez la responsabilité qui vous a été confiée par la société. Les grands artisans sont vénérés comme les meilleurs sportifs ou les entrepreneurs. Du reste, depuis quelque temps, il existe des olympiades des métiers manuels (menuiserie, plâtrerie, peinture, soudure). Mais nous avons curieusement peu parlé de ces épreuves dans lesquelles les Français ont fait de jolies performances. Or ces Jeux montrent jusqu’à quelle sophistication peut conduire l’excellence mondiale dans des métiers pourtant réputés simples.

Il serait donc souhaitable de creuser les pistes suisse et japonaise pour donner aux enseignements techniques la place qu’ils méritent. Il faut cesser de dire aux enfants comme on le fait trop souvent: «Tu n’as pas réussi dans la filière générale, on va te mettre dans la filière technique». Il convient aussi de les orienter beaucoup plus tôt, comme on le fait en Allemagne et aux Pays-Bas, car un enfant mal orienté perd son temps. Il est de bon ton aujourd’hui de proposer de taxer davantage encore les grosses successions pour réinvestir tout cet argent afin d’assurer l’égalité de tous les jeunes avec un système de capital financier de départ. Cette mesure, avancée par certains candidats de gauche à la présidentielle, est typique du défaut technocratique français qui consiste à mettre de l’argent sur les problèmes comme s’il résolvait tout. Il faut au contraire impérativement s’attaquer à la racine et lancer une remise à plat du système des filières en s’inspirant des pays dans lesquels règne l’harmonie sociale. C’est la meilleure façon de redonner moral et dignité à celle qu’on appelle improprement la classe moyenne qui est pleine de talents!

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Le succès de l’OPA de Véolia sur le groupe Suez consacre le leadership mondial de la France sur le traitement de l’eau et des déchets. Pour le professeur de stratégie Xavier Fontanet, ce succès est aussi celui de l’ingénieux système des concessions publiques à des acteurs privés.

1 Fév

Le groupe Veolia est devenu ce mardi 18 janvier propriétaire de Suez, devenant ainsi le numéro un mondial du traitement de l’eau. Avoir engendré un authentique leader alors qu’on ne représente que 4% du PIB mondial mérite d’être noté à l’heure où on dénigre un peu facilement les entreprises ! Pourquoi une telle réussite dans ce domaine ? Il y a probablement deux raisons.

Le goût des métiers compliqués

La première est que ce type de métier sied aux talents français. Les Français aiment les métiers compliqués intégrant des savoir-faire dont les technologies ne sont pas encore stabilisées : la construction de ponts, la recherche pétrolière, les assurances… Le traitement de l’eau et des déchets entre typiquement dans ces catégories. Ils sont en revanche loin d’exceller dans les métiers qui demandent de la précision et de la discipline dans l’exécution, là précisément où les talents allemands et les Japonais donnent leur mesure : la mécanique de haute précision, la machine-outil, les grosses automobiles pour ne donner que trois exemples. 

Voilà encore un beau projet pour l’Europe d’avoir des grands concessionnaires dans quelques services publics bien choisis et ce, sur une base plus large que celle du pays.

La seconde raison tient à l’origine même du métier… C’est la décision d’un acteur public, la ville de Lyon qui, il y a 150 ans, a concédé à un acteur privé, la CGE, une activité qu’il réalisait lui-même, la gestion de l’eau, en mettant au point un contrat de concession. Forte de cette expérience, la CGE a relevé le challenge, puis persuadé d’autres villes de faire de même en devenant au fil des ans le groupe Veolia.

Le succès des concessions

Les Français, (Véolia n’étant pas seul sur le marché, il y a eu Suez), ont réussi à gérer l’eau d’autres villes à l’étranger et à acquérir le leadership mondial. En étant confrontés à de très nombreuses situations, ils ont développé un authentique métier qui est devenu leur force et leur raison d’être. Saluons Veolia mais aussi l’invention du système de concession dans lequel l’État sous-traite une activité tout en gardant le contrôle, invention géniale à mettre à l’actif de notre sphère publique. D’autres expériences de concession ont été réalisées depuis, comme la gestion des autoroutes. Un autre exemple dont on parle peu mais tout aussi exemplaire est la société EGIS, issue des services d’étude du ministère de l’Équipement, par décision d’Albin Chalandon, sous Pompidou, qui, par le même mécanisme est en train de devenir le leader mondial de ce domaine d’expertise, preuve, au passage, de l’excellence de nos ingénieurs des Ponts et Chaussées.

En cette période où l’on réfléchit aux moyens de baisser les coûts et d’améliorer l’efficience de notre sphère publique, on pourrait faire de même avec la télévision, la météo, certains domaines de santé, de l’éducation… En fait, quand on y réfléchit bien la majorité des activités non régaliennes s’y prêterait. Voilà encore un beau projet pour l’Europe d’avoir des grands concessionnaires dans quelques services publics bien choisis et ce, sur une base plus large que celle du pays. Souhaitons bon vent à Veolia, porte-drapeau du génie français mais aussi preuve que le système de concession peut jouer un rôle important dans des domaines essentiels de la sphère publique. L’énergie du privé et la vision du public peuvent se conforter et amener une formidable productivité. C’est aussi une belle illustration de l’idée, qu’en s’effaçant, on peut parfois produire… plus grand que soi !

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Plaidoyer pour l’actionnariat salarié

13 Jan

Ancien président d’Essilor et professeur de stratégie, Xavier Fontanet revient sur l’actionnariat salarié qu’il ne cesse de promouvoir comme solution de développement économique durable en conciliant le capital et le travail. Longtemps critiquée, la formule trouve de plus en plus d’applications, notamment pour le financement de la retraite.

L’actionnariat salarié apporte des solutions élégantes et efficaces à bien des problèmes que la France se pose en ce moment. Il est très étonnant d’en parler aussi rarement et que l’idée rencontre si peu de succès auprès des économistes. En général, les hommes politiques n’y sont pas favorables avec un argument très simple : « Vous ne pouvez pas promouvoir un système dans lequel les gens peuvent perdre à la fois leurs emplois et leurs économies. » Les entreprises familiales, pour des raisons tout à fait respectables considèrent que c’est à elles de porter le risque capitalistique et pas à leurs employés. Quant au marché financier, il a été longtemps contre. La raison étant la peur de voir les employés prendre trop de place dans les conseils et déplacer l’allocation des ressources de l’entreprise à leur avantage. 

Les choses changent

On part donc de loin et pourtant les choses changent. D’abord à cause du travail des grandes entreprises cotées, notamment celles du CAC 40. Le capital investi par les employés varie entre 50 et 75 milliards d’euros suivant les sources, soit autour de 5% de la capitalisation : sur ce plan, la France serait en avance sur ses collègues européens. La situation est en revanche beaucoup moins brillante au niveau des PME ou l’investissement varierait entre 1,5 et 2,5 milliards d’euros. 

La solution saine est de permettre au personnel d’acquérir des actions et de participer à la création de valeur par l’intermédiaire du capital qu’il détient.

Les changements viennent notamment des marchés financiers grâce à l’expérience d’un petit nombre de sociétés qui le pratique depuis plus de 25 ans. Elles démontrent dans les faits qu’elles sont plus rentables que la moyenne du fait de la motivation de leurs salariés actionnaires. C’est de nature à rassurer les investisseurs. Du côté des PME-ETI enfin, les choses changent aussi malgré tout avec le private equity qui donne au personnel l’accès au capital quand celui-ci rachète les sociétés aux familles. Au début l’accès au capital était proposé exclusivement aux dirigeants, mais avec le temps et le succès des opérations, c’est l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise qui sont associés.

L’enjeu des PME

Du côté des politiques, c’est le général de Gaulle qui avec l’intéressement et la participation a lancé l’idée de l’association du personnel aux résultats de l’entreprise. Formidable initiative mais qui avait sa limite ; il est évident qu’un gouvernement ne peut pas fixer, lui-même, la part des résultats qui revient au personnel, sauf à renier le droit de l’actionnaire à décider de l’allocation du résultat de l’entreprise où il a investi. La solution saine est de permettre au personnel d’acquérir des actions et de participer à la création de valeur par l’intermédiaire du capital qu’il détient. L’actionnariat salarié permet de répondre aux questions relatives à l’allocation de la création de valeur entre le travail et capital : les collaborateurs sont des deux côtés. C’est une solution infiniment supérieure à l’ISF qui démotive les entrepreneurs quand il ne le fait pas fuir vers d’autres pays. En plus c’est un circuit financier court !

La France redorerait son blason en favorisant fiscalement les actionnaires patients et stables.

Là où il faudrait pousser les feux, c’est évidemment dans les PME. Les champions du monde en la matière sont les Américains. Ils ont inventé ce qu’on appelle le Plan 4o1(k). Celui-ci favorise l’investissement du personnel dans un fond diversifié et c’est au moment où la famille décide de vendre une partie du capital (ou de l’augmenter pour faire des acquisitions) que le personnel y accède avec la liquidité pour le faire confortablement. Pour atténuer le risque « de mettre tous ses œufs dans le même panier », le législateur américain interdit au fond d’investir plus de 50% en actions de l’entreprise. (C’est, soit dit en passant, ce qui a sauvé les retraites des employés de General Motors dont le fond était investi largement en actions… Google.) 

L’option habile que pourrait jouer l’État dans cette affaire serait de baisser la fiscalité des plus-values dans le cas où les familles vendent à leur personnel ; il pourrait aussi, pour être incitatif, baisser des droits de succession pour les familles qui ont ainsi ouvert le capital à leur personnel. Le fin du fin serait enfin de baisser les impositions sur les plus-values pour de très longues détentions (plus de 25 ans par exemple). La France redorerait son blason en favorisant fiscalement les actionnaires patients et stables.

Le financement de la retraite

On en arrive naturellement à l’une des dimensions les plus intéressantes de l’actionnariat salarié qui peut contribuer au financement de la retraite. Une personne qui a investi 5% de son salaire pendant 45 années dans un fonds correctement investi, construit un complément de retraite de l’ordre de grandeur de sa retraite légale. Il n’a pas été assez expliqué à quel point la décision de François Mitterrand il y a maintenant quarante ans d’avancer l’âge de départ à la retraite et de miser 100% sur la répartition a été une erreur calamiteuse quand on sait que, depuis, les résultats de la Bourse ont été multipliés par 13 ! C’est probablement parce que la grande majorité des économistes ont soutenu et soutiennent la répartition (souvent pour des raisons idéologiques, « capital » étant un mot honni). Cette décision a élevé le coût de la retraite à 14% du PIB, alors que ce chiffre est moitié moindre dans les pays qui ont choisi la capitalisation. Par voie de conséquence, les comptes des entreprises sont plombés qui doivent intégrer ce surcoût dans leur prix de revient et cela gêne les industriels qui exportent car leurs concurrents étrangers ont des charges inférieures. 

Plus tard, sous le quinquennat de François Hollande (2012-2017) les gouvernements considéraient l’actionnariat salarié comme une vache à lait, notamment en augmentant le forfait social (nom donné à la taxe que payent les entreprises qui distribuent des actions à leur personnel). Il faut reconnaître au gouvernement actuel le mérite d’avoir effacé ces funestes erreurs. De plus, il a lancé une piste intéressante avec la capacité d’investir avec des taux de fiscalité favorables jusqu’à 10.000 euros par an. C’est une prémisse du Plan 4o1(k) et donc un premier pas. Il faut aller beaucoup plus loin : l’actionnariat salarié devrait être mis à l’agenda de tous les programmes présidentiels.

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Le dividende d’hier est l’emploi de demain

19 Nov

Tous les mardis, l’ancien chef d’entreprise et professeur de stratégie Xavier Fontanet décrypte les mécanismes de la vie économique et son évolution. Il montre cette semaine pourquoi rentabilité, croissance et dividende sont directement liés… au profit de l’emploi.

On raconte beaucoup de choses fausses dès que l’on parle de dividendes, notamment lorsque l’on vous explique que « le dividende, c’est l’actionnaire qui se sert aux dépens des employés ». Il y aurait une opposition irréconciliable entre l’intérêt de l’actionnaire et du salarié. Beaucoup se laissent abuser par la simplicité de l’argument, la faute en revenant en grande partie à la faiblesse dramatique de l’enseignement en matière d’économie. C’est en effet oublier un peu vite que si l’emploi existe, c’est parce que l’entreprise tourne et pour que celle-ci tourne, encore faut-il que quelqu’un ait mis du capital au départ et continue à le porter. Notons qu’en Allemagne, le mot « patron » n’existe pas, on parle d’Arbeitgeber, littéralement celui qui donne du travail… 

D’où d’ailleurs peut bien venir cette épargne si ce n’est de dividendes produits antérieurement par d’autres entreprises ? Dans la très grande majorité des cas, le dividende d’hier est le capital d’aujourd’hui. L’explication du dividende qui coûte de l’emploi ou du salaire est donc un peu courte et il faut dans ces affaires prendre une perspective de long terme et apprendre à raisonner de façon systémique. 

Le ratio entre activité et capital

Il y a un concept de base qu’on devrait expliquer dans toutes les écoles et donc à tous nos concitoyens, c’est le concept de rotation d’actif : une entreprise, pour fonctionner a besoin d’investissement ; toutes les analyses statistiques que l’on peut faire dans tous les pays du monde, sur tous les métiers et de tous temps, montrent qu’il y a proportionnalité entre l’activité mesurée par le chiffre d’affaires et l’investissement qui y est fait. Pour produire et vendre des voitures, il faut des usines, des réseaux de distribution et le financement des produits finis et des stocks ; pour produire deux fois plus de voitures, il faut deux fois plus d’investissements. Cette constance du ratio entre activité et capital investi que l’on nomme rotation d’actif est un outil que l’on n’utilise pas assez sur le plan pédagogique. 

Dès que l’on prend un peu de perspective, l’actionnaire et donc le dividende ne sont pas les ennemis mais les amis de l’emploi : il n’y a pas opposition entre l’économique et le social.

Quand une entreprise démarre, elle connaît en général une forte croissance, disons 30% par an. Ses bénéfices, par exemple, 15% de l’argent investi, sont inférieurs à l’investissement nécessaire pour assurer la croissance, 30% de l’investissement ; il faut donc injecter de l’argent à hauteur de 15% (15-30). Ce n’est que quand l’entreprise a atteint une stabilité, par exemple 5% de croissance, et qu’en conséquence ses besoins d’investissement baissent, que l’on peut commencer à retirer des liquidités, par exemple 10% (15-5) soit 10% du capital, somme qui représente 65% du bénéfice (10/15). Rentabilité, croissance et dividende sont donc directement liés.

La clé de l’emploi 

Le dividende n’est pas automatique car l’entreprise n’est pas toujours rentable quand la croissance baisse (elle n’est par exemple pas forcément leader sur son marché et n’a en conséquence pas de marges très élevées). Le dividende permet de retirer sa mise et bien sûr parfois beaucoup plus, mais cela ne va pas de soi. Dans une certaine mesure, on peut décrire ce dividende comme la récompense donnée par les clients à l’entreprise qui leur a rendu le plus grand service sur le cycle de vie du produit.

Il est évident que si l’on est dans un pays qui ne comprend pas le concept du dividende, dans un pays où les forces morales et politiques passent leur temps à le vilipender, dans un pays ou l’État le surtaxe, il y a très peu de chances que les épargnants investissent et fort à parier que l’emploi ne se développe pas. Dès que l’on prend un peu de perspective, l’actionnaire et donc le dividende ne sont pas les ennemis mais les amis de l’emploi : il n’y a pas opposition entre l’économique et le social. Antoine Riboud avait une merveilleuse formule en rappelant que dans l’expression « économique et social » le mot le plus important c’est le… « et » !

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Être fidèle à ses clients, une manière de servir le bien commun

8 Nov

Une entreprise qui soigne sa fidélité à l’égard de ses clients peut faire converger profits et concurrence vers le bien commun.

éfendre l’idée que l’entreprise contribue à l’intérêt général et au bien commun est une véritable gageure car on se fait aussitôt opposer la fameuse phrase de Milton Friedman : « Les entreprises sont là pour faire du profit. » Le profit a, dans nos sociétés une mauvaise image : certains le présentent comme le résultat de l’exploitation des travailleurs. Ceci existe sûrement dans certains cas mais ne peut pas expliquer le ressort des entreprises qui affichent de fortes croissances et des changements de taille significatifs sur longue durée. 

Profit et concurrence

D’autres l’expliquent comme résultat de la manipulation des clients à travers la publicité, faisant bien peu de cas de l’intelligence et de la capacité de ces derniers à défendre leur propre intérêt de consommateur. Il faut avoir fait soit même de la vente pour savoir à quel point les clients sont capables d’exercer leur jugement sur les actes d’achat qui les concernent directement. Plus généralement, quand on donne la parole à ceux qui dirigent (ou ont dirigé) des entreprises, ils vous disent qu’ils ne se reconnaissent pas dans ces visions simplistes. Pour eux, ce qui guide une entreprise c’est la quête de l’excellence des produits et des services rendus. Le profit est la récompense donnée par les clients à celui qui offre la meilleure prestation. Il est l’indicateur par excellence que l’entreprise est dans le vrai et le moyen qui lui permet de se développer face à ses concurrents ! 

La fidélité a, elle aussi, un petit côté ringard dans la période actuelle, elle est pourtant au cœur de la réussite des entreprises.

Concurrence, le mot est lâché ! La concurrence a elle aussi une mauvaise image : l’image du fort qui écrase le faible. On ne peut pas dans ces conditions fonder une société sur la concurrence. Les entrepreneurs vous diront là encore que leur perception est différente : la concurrence est bien sûr une ascèse de tous les matins, mais elle fait grandir les talents à l’image de ce qui se passe en sport entre les grands champions qui se stimulent les uns les autres. Elle est la traduction du mot liberté en économie. 

La fidélité de ses clients

Les entrepreneurs qui ont réussi à se développer beaucoup plus que les autres vous expliqueront tous que leur obsession a toujours été de s’assurer la fidélité de leurs clients parce que c’est elle qui permet de mettre les équipes de vente à la conquête de nouveaux territoires et d’assurer la croissance de l’entreprise. La fidélité (c’est de cela qu’il s’agit) a elle aussi un petit côté ringard dans la période actuelle, elle est pourtant au cœur de la réussite des entreprises. Intérêt particulier, concurrence, fidélité, voilà trois concepts qui, pour différentes raisons, n’ont pas forcément la cote. Ils sont pourtant au cœur du fonctionnement de l’économie et permettent, on va le voir, de tendre vers le bien commun.

Une entreprise qui garde ses clients (mais aussi ses employés et ses fournisseurs qui ont à cœur eux aussi de défendre leurs propres intérêts), alors que chacun, du fait de la concurrence, peut librement changer sa relation à tout moment, réussit ce petit miracle de rendre compatibles des intérêts particuliers et de les faire converger vers un état qu’on peut qualifier d’intérêt général. Le bien commun, ne peut être décrété par une seule personne, qui déciderait pour tout le monde. Sa quête est forcément une œuvre collective. Quand on y réfléchit bien, le « marché », peut, quand y règne une saine concurrence, être son plus efficace allié. C’est d’ailleurs pour cela que l’on n’a pas jusqu’ici, trouvé mieux et qu’il dure depuis si longtemps !

Cet article est paru sur le site Aleteia.

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L’attractivité : clef de la réussite des entreprises dans un contexte mondial

2 Juin

Dans un pays qui n’est pas attractif (impôts sont trop élevés, normes trop nombreuses, climat social tendu) les entreprises sont bridées.

Un jour de marché la semaine dernière en compagnie d’un couple étranger, devant la poste dans une petite ville de province nous tombons sur une porte close portant la mention : « Grève ». Des clients furieux, des mots pas toujours polis à l’égard de notre service public. Je suis moi-même gêné, je me rapproche du couple qui est dans la queue pour comprendre son problème : il a un paquet urgent à envoyer. Je lui conseille de me suivre jusqu’à la ville voisine.

Nous prenons nos voitures et nous nous retrouvons à la poste. Celle-ci est ouverte mais une bonne heure d’attente est prévisible, les clients sont furieux et le personnel tendu. En discutant pour faire passer le temps, je me rends compte rapidement que j’ai affaire à un couple d’industriels étrangers en vacances dans la région mais en prospection pour y installer une usine.

J’aurais aimé qu’ils aient une meilleure image de la France. Pas besoin d’être psychologue pour comprendre que la région n’est plus candidate pour l’installation de leur usine. La grève a probablement agi comme un puissant repoussoir d’emplois aux yeux d’une entreprise très compétitive.

On parle beaucoup de relance et d’investissement dans les métiers du futur… Très bien, mais ceci ne concerne qu’une toute petite partie du parc des entreprises. Ça va repartir mais tout dépendra de ce que fera la majorité d’entre elles.

Soyons clairs, elles vont continuer à vivre dans un environnement qui va rester mondial. Peut-être vont-elles relocaliser une partie de ce qu’elles ont délocalisé, mais la réinstallation ne se fera pas forcément dans l’usine dont les produits ont été retirés il y a vingt ans. Elles se relocaliseront dans le pays européen le plus attractif.

Tout le monde comprend que dans un pays qui n’est pas attractif (impôts sont trop élevés, normes trop nombreuses, climat social tendu) les entreprises sont bridées. Un tel pays aura peu de chances d’en attirer alors qu’il y a là une énorme source de nouveaux emplois. Les entreprises qui tiendront la route à terme savent que leur solidité passera par l’internationalisation qui suppose qu’elles soient implantées partout et donc embaucher partout.

On a raison de parler de compétitivité, qui relève de la responsabilité des entreprises, mais il faut aussi insister sur l’attractivité. Notre sphère publique a dépassé les 60 % du PIB. Elle représente plus de la moitié de la valeur ajoutée du pays, et il faut impérativement qu’elle soit compétitive. Là nous sommes clairement dans le domaine de la responsabilité du gouvernement, de l’administration et des syndicats. En tant que citoyen français travaillant dans le secteur privé, on se pose de graves questions. C’est en voyageant à l’étranger que l’on constate que beaucoup de pays disposent de services publics et sociaux qui rendent à leur population de meilleurs services qu’en France alors que leur part dans le PIB est de l’ordre de 45 %.

Il faut aussi avoir bien en tête qu’attractivité et compétitivité se renforcent. Un bel exemple est donné par Elon Musk qui a été attiré par la Californie et y a démarré trois affaires hyper compétitives. Il démontre que dès qu’un pays est attractif, se créent sur son sol des zones dans lesquelles les entreprises ont de grandes chances d’être très compétitives. Le cocktail attractivité/compétitivité y est détonnant. C’est la Californie, Singapour, les Pays-Bas et bien d’autres régions prospères. Tous ceux ayant une expérience mondiale vous diront que la meilleure façon de faire tourner l’économie de son pays est de veiller à l’attractivité de son territoire.

Il est évidemment bien plus valorisant pour un gouvernement de lancer le pays dans de grands investissements d’avenir que de s’attaquer aux dépenses et aux complexités administratives, surtout dans une économie que les banquiers mondiaux ont gavé de dette. C’est plus gratifiant que d’avoir une image de père fouettard ou de père la rigueur. Ces plans sont certes utiles dans certaines situations (encore faut-il viser juste) mais il ne faut quand même pas oublier que tout cet argent devra un jour être remboursé par nos propres enfants.

Le multiplicateur keynésien est de plus en plus contesté. La France l’applique depuis 50 ans et n’a pas fait la preuve qu’il fonctionnait. La Suisse qui joue au contraire des politiques de frugalité a vu son PIB par tête doubler par rapport au nôtre depuis la période où la dépense publique a augmenté et que les déficits ont été acceptés, c’est-à-dire en 1974.

Nos économistes étant de moins en moins d’accord sur les remèdes, revenons au gros bons sens et rappelons-nous le proverbe paysan : « chacun son champ et les vaches sont bien gardées ». Que l’État travaille sa compétitivité, qui est la meilleure façon d’améliorer l’attractivité du pays, les entreprises seront assez grandes pour s’occuper de la leur et le reste viendra par surcroît !

Xavier Fontanet

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Dette covid : 8 conseils pour la rembourser

31 Mar

Un article paru dans CONTREPOINTS

Rembourser la dette ne se fera pas y en affectant une recette et en impliquant une seule population, fut-elle celle des entreprises : c’est l’affaire de tous !

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a suggéré récemment que les impôts sur  les bénéfices des entreprises soient utilisés pour rembourser la dette covid du pays :

« Les entreprises vont rendre ce qu’elles ont réussi à obtenir grâce à la protection de l’État[…] c’est une solution juste et efficace qui mérite en tout cas d’être étudiée. »

J’avoue que le propos m’a laissé pantois mais que je l’ai mis sur le compte de la fatigue.

En revanche, le ministre a été impeccable en réaffirmant fermement qu’une dette devait être remboursée.

Les paragraphes qui suivent visent à indiquer autant de pistes et réflexions fondées uniquement sur le bon sens et l’observation. Oublions pour un temps les discours des économistes en rappelant que Friedrich Hayek regrettait l’idée même d’un prix Nobel d’économie car selon lui cette science n’était pas assez établie pour en faire l’objet. Il craignait que ce prix donne trop de poids à ses récipiendaires.

1) L’exemple de l’Argentine

Le premier conseil que je donnerai est de communiquer sur ce qu’a été en 2004 la crise en Argentine, en citant les témoignages de ceux qui ont effectivement vécu dans leur chair cette effroyable période. Ceux qui ont travaillé dans des multinationales ont pu voir les choses de près à travers les filiales argentines.

Une fois la défiance sur la dette installée, il faut financer la perte de l’année et on ne peut pas en émettre de nouvelle pour assurer les remboursements. Le manque de cash est donc le double des calculs habituels.

Ce sont les fonctionnaires qui souffrent le plus. Ils pensent être protégés par leur statut, mais dans le cas d’une telle catastrophe cela ne tient absolument plus. Les baisses de salaires de la fonction publique sont allées jusqu’à 50 %. Les seuls qui ne subissent pas de pertes de revenus sont les militaires et les policiers.

Les dégâts sont épouvantables dans les hôpitaux à cause de la pénurie de médicaments.

Les retraités meurent au fond des campagnes car ils ne perçoivent plus leurs pensions.

Le secteur privé se débrouille tant bien que mal en ayant recours au troc.

Il serait très utile que chaque Français, et en particulier chaque fonctionnaire ait ces faits à l’esprit pour bien comprendre qu’il ne faut pas laisser la situation déraper. Tout le monde est concerné, absolument tout le monde.

2) Abandonner l’idée de l’impôt sur la fortune

Que les riches payent ! Un certain nombre de militants parés du titre d’économiste instrumentalisent la crise pour pousser leurs pions.

L’ISF sur les parts de sociétés ce sont trois milliards d’euros, et il faut 300 milliards. Le compte n’y est pas…. Les dégâts de l’ISF ont été mal mesurés parce que c’est un poison lent qui se diffuse dans l’économie. Force est cependant de constater que lorsqu’il a été supprimé par le Président Macron, l’exil fiscal a cessé, ce qui a expliqué une partie de la reprise économique avant la crise. Le bon sens commande de ne pas rouvrir ce dossier.

3) Le remboursement de la dette

Il ne peut être que l’effet d’un excédent budgétaire global issu de la conjugaison du retour de la croissance et de la diminution des dépenses publiques. Le retour de la croissance ne sera pas suffisant puisque même durant les bonnes années le budget était largement en déficit. Les deux sont indispensables.

4) Le dérapage des dépenses publiques

La première dérive est celle des dépenses sociales. Les Français partent beaucoup trop tôt à la retraite (séquelles de la décision de Mitterrand en 1983). Il faut faire comme nos voisins européens et partir au plus tôt à 67 ans.

La deuxième dérive est celle autour de l’emploi et de la préférence affichée à l’époque de Jospin pour un chômage bien rémunéré. À la même époque, les Allemands disaient : « il vaut mieux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage même bien payé à la maison ». Trop nombreux sont ceux qui n’ont pas intérêt à travailler car ils perdent le bénéfice de leurs aides en cas de retour à l’emploi.

Le dernier gisement d’économies est évidemment la décentralisation qui a débouché sur la création d’un millefeuilles régional très coûteux. Un bon coup de balai est nécessaire en s’inspirant de ce qu’ont fait les pays voisins dont la décentralisation est beaucoup plus efficace.

5) Vendre des actifs

C’est une solution à envisager. L’État français en est propriétaire pour 1100 milliards. C’est largement plus que les 300 milliards de la dette. On nous expliquera qu’il est très difficile de vendre les actifs de l’État… Sans aller jusqu’à la vente de la Joconde, il est tout de même possible de taper dans cette cagnotte de 1100 milliards.

6) Revoir la fiscalité sur les donations

C’est le levier le plus puissant pour mettre des liquidités dans l’économie en direction des jeunes, ce qui a été fait récemment en Suède. Avec l’allongement de la durée de vie ce sont les retraités qui héritent aujourd’hui. Il faut donc absolument permettre les donations de son vivant au profit des enfants, petits-enfants, voire arrières petits-enfants. Par exemple la nue-propriété de son logement permettrait d’appuyer de petits prêts suffisants pour passer la dure période actuelle.

Dans les pays très égalitaires comme la France, la réponse sera que cela ne profite qu’aux riches… encore une idée contre laquelle lutter. Car si une partie de la population parvient à régler elle-même ses problèmes, l’effort de l’État sera moindre et il pourra se consacrer à ceux qui sont vraiment démunis.

7) Favoriser fiscalement les donations aux fondations

Elles sont des parties prenantes très importantes de l’économie. La France compte 17 millions de bénévoles, 4000 fondations pour 24 milliards d’euros d’activité. Les Français sont très généreux et la force de frappe des fondations est très importante. Elles peuvent s’approprier des activités relevant aujourd’hui de la sphère publique : social, éducatif, culturel, artistique et sportif et lui permettre ainsi de s’alléger d’autant.

8) Proposer l’actionnariat salarié

C’est une façon très élégante de résoudre le problème de la retraite en y introduisant la capitalisation, ce que nous nous sommes interdits alors que la bourse a été multipliée par 15 depuis la décision de Mitterrand. La haute fonction publique dispose de la Préfon, il faut l’étendre et placer l’argent… pourquoi pas dans le CAC40.

Conclusion

Rembourser la dette ne se fera pas en y affectant une seule recette et en impliquant une seule population, fut-elle celle des entreprises. Il faut un panel de mesures coordonnées dans un plan d’ensemble.

C’est l’affaire de tous, y compris et peut-être en premier ressort de la fonction publique et des décideurs de la sphère sociale.