Face aux grands bouleversements qui nous attendent, il faudra choisir

7 Sep

Le monde bouge : dans ces circonstances, il faut soi-même faire preuve d’ouverture d’esprit, être prêt à changer ses habitudes, se déplacer s’il le faut, se former et faire confiance à sa propre capacité d’adaptation.

Êtes-vous capable de citer un seul domaine qui ne va pas être profondément transformé dans les années à venir ?

L’aviation… Allons-nous voyager partout dans le monde comme nous l’avons fait depuis 20 ans ou la montée d’Internet et le développement des vidéoconférences utilisant le Wi-Fi vont permettre de réduire les déplacements, les constructeurs d’avion devant alors se lancer dans les satellites et les lanceurs ?

Il y a moins d’inconnues sur la volumétrie du marché de l’automobile, mais celle-ci affronte le challenge gigantesque du passage à l’électrique.

Les opérateurs téléphoniques vont-ils continuer à bénéficier de l’explosion de la communication évoquée ou vont-ils se faire cannibaliser par les Gafa et leurs réseaux de câbles et de satellites qu’ils déploient partout dans le monde ?

L’industrie va devoir évoluer, elle aussi, pour réduire sa ponction sur les ressources non renouvelables en repensant l’architecture de ses produits et en montant des systèmes de recyclage venant se substituer aux mines. Les producteurs d’énergie sont ceux qui ont plus de pain sur la planche étant les gros contributeurs en émissions de CO2. Les mondes de l’urbanisme et du BTP doivent, eux aussi, se réinventer pour faire des habitations parfaitement isolées et revoir la conception des villes pour les rendre moins consommatrices de déplacements.

« L’agriculture ? Nous aurons toujours besoin de manger, donc voilà enfin un point d’ancrage ! » Certes, sauf qu’il va falloir se passer des engrais chimiques et de tout le phytosanitaire en utilisant des engrais naturels issus de la méthanisation pour restaurer les sols fatigués et probablement revoir les équilibres entre cultivateurs, maraichers et éleveurs.

Les Gafa : voilà au moins un secteur encore en croissance ! Oui, sauf que ce n’est pas si sûr parce qu’elles ont déjà capturé plus des deux tiers de l’ensemble des dépenses publicitaires (leur carburant). Leur forte croissance organique est donc probablement derrière. Ne nous faisons pas de souci pour elles, elles vont continuer à croître et entrer dans de nouveaux secteurs qu’elles vont complètement bousculer : le financier, l’entertainment, la santé pour n’en citer que quelques-uns.

« Attendez ! le service, le gros de l’économie, est protégé il est local par opposition à l’industrie qui est mondiale ! » Est-ce si sûr ? Avec toutes les nouvelles technologies du net, lui aussi va subir les chocs profonds des nouvelles activités numériques.

Que faire ?

Quand tout bouge partout et dans de telles proportions, que faire ?

Centraliser les décisions entre les mains de génies hyper informés qui dicteront ce qu’il faut faire… on connaît la fameuse phrase de Mussolini « Plus la situation est compliquée plus il faut restreindre les libertés » ou au contraire prendre son inspiration auprès de Hayek et décentraliser les décisions pour les confier à ceux qui sont proches du terrain et bien mieux à même de faire les bons choix ? On parle implicitement des 50 millions d’entreprises actives dans le monde qui représentent, quoiqu’on raconte, le gros du PIB et de la puissance créatrice.

C’est toute la problématique de l’équilibre entre l’État et la société civile.

La période qui s’ouvre va-t-elle être une occasion pour l’État de libérer les forces de la société civile pour se concentrer sur le régalien et renforcer le domaine militaire ? Ou la crise va-t-elle être pour lui une occasion de développer son périmètre dans des domaines détenus par la sphère privée (nationalisation d’EDF) ? C’est la problématique de toute société : elle a besoin d’un État fort, ce n’est pas contestable, certains parlent même d’un Léviathan qui détient le monopole de la violence pour assurer les libertés de chacun. Ceci dit, ce Léviathan doit lui-même être maîtrisé par des contre-pouvoirs ou des normes intangibles pour ne pas prendre le contrôle de la société tout entière.

Ce qui se passe en Ukraine va avoir une influence considérable sur ces équilibres, mais rien n’est arrêté dans cette affaire qui concerne le monde entier. On verra certainement un spectre varié dans les solutions adoptées.

Pour éclairer la réflexion, il faut évoquer un mécanisme économique dont on ne parle pas assez qui est la constance du rapport entre l’activité et l’investissement.

Ce mécanisme est à l’œuvre actuellement et donne un formidable jeu de jambes à la sphère privée. Les entreprises nouvelles qui se substituent aux anciennes ont de très fortes croissances et donc des cash flows négatifs. Ceux-ci sont tout naturellement financés par celles qui décroissent (car elles sont substituées) mais ont des résultats bien plus élevés que leurs investissements.

Les deux flux s’équilibrent, c’est là qu’est le mécanisme merveilleux qui finance naturellement les transformations les plus radicales ! C’est lui aussi qui explique la formidable tenue actuelle des affaires du CAC 40 et sa capacité à affronter un monde mouvant qui nous attend. Encore faut-il que les États ne le perturbent pas par des fiscalités déraisonnables. Nos entreprises sont plus solides qu’on ne le pense, elle sont un des piliers de la société sur lequel on va pouvoir se reposer dans les temps qui viennent.

Des raisons d’espérer

Finalement, en prenant un peu de recul, quoi qu’on dise et au-delà des décès déplorés, la crise liée au covid a été bien négociée vu le choc effrayant qu’a subi l’économie suite à ce virus né en Chine. Sphère privée et sphère publique ont bien travaillé ensemble. Le déferlement géographique de l’épidémie démontre de façon concrète à quel point la mondialisation est devenue une réalité incontournable sur laquelle on ne peut pas revenir.

L’Europe, elle non plus, ne s’est pas si mal débrouillée, c’est elle qui a trouvé les vaccins qui ont sauvé la planète. N’oublions pas qu’il s’agit du prolongement heureux des intuitions géniales de Pasteur. Ces nouvelles technologies fondées sur l’ARN vont permettre de s’attaquer à de très nombreuses maladies et marquer un progrès considérable dans la connaissance de l’architecture de l’être humain. Comme quoi une vraie invention a souvent un champ d’application plus vaste que ce qui était prévu. Autre leçon, ce sont souvent les temps difficiles qui provoquent les créations.

La fusion nucléaire pointe le nez plus tôt que prévu, elle permettrait de régler les problèmes posés par l’extinction finalement assez proche des énergies fossiles. Là encore c’est l’Europe qui a été à l’origine de ces découvertes et ce grâce au choc (organisé au début du siècle dernier par Solvay) des intelligences allemandes (Hilbert), françaises (de Broglie), suisses (Einstein), italiennes (Tesla), anglaises (Rutherford), danoises (Bohr), autrichiennes (Schroedinger) en en oubliant bien d’autres.

ARN, fusion nucléaire, Europe, même si certains la critiquent, a du ressort, on peut s’appuyer sur elle, il faut continuer à la construire.

Dans un tel environnement, que doit faire chacun de nous, personnellement ?

D’abord comprendre que le monde bouge comme peut-être jamais et que dans ces circonstances il faut soi-même faire preuve d’ouverture d’esprit, être prêt à changer ses habitudes, se déplacer s’il le faut, se former et faire confiance à sa propre capacité d’adaptation.

Faire confiance

Confiance… ce qui va donc faire la différence, c’est la capacité d’installer un climat de confiance. La confiance est à la fois un mystère difficile à caractériser, et un miracle parce qu’elle existe. Quand elle s’installe, elle est capable de choses merveilleuses. Elle est multidimensionnelle. C’est à la fois la confiance que doit avoir en lui chaque membre de la société où qu’il soit placé. C’est s’assumer, une affaire de dignité.

La confiance c’est ensuite la confiance dans l’autre : nous sommes des individus, mais nous sommes plongés dans une société et avons besoin les uns des autres car aucun de nous n’a tous les talents. C’est enfin la confiance dans la stratégie, parce que des personnes intelligentes ne se mobilisent que quand l’axe donné est le bon (c’est pour cela d’ailleurs que le Français est si difficile à manager).

C’est pour ces raisons qu’il faut absolument se replonger dans l’œuvre d’Alain Peyrefitte, grand compagnon du général de Gaulle, qui a découvert l’économie à la fin de sa vie, une économie vue avec le regard de quelqu’un ayant passé sa vie dans la politique. Le point central de sa pensée, c’est que travail et capital sont deux pierres angulaires de l’économie, mais il en existe une troisième : le facteur psychologique qui anime les acteurs et qui s’appelle confiance.

Alain Peyrefitte a analysé les moments magiques dans lesquels certaines sociétés se sont mises en mouvement alors que leur voisins n’évoluaient pas ou moins : les Pays-Bas au XVIIe siècle, l’Angleterre au XVIIIe, le Japon au XIXe, périodes où l’environnement n’était pas facile. Il a décortiqué les mécanismes qui ont fait qu’à un moment donné, les pays se sont réformés, ont mis en place de nouveaux process et se sont mis à créer de la richesse dans une ambiance harmonieuse où sphère privée et publique travaillaient de concert et où tout le monde s’y retrouvait.

Ces livres sont bien sûr des livres sur la confiance mais plus fondamentalement sur la transformation dans des environnement durs. La société de confiance et Du miracle en économie n’ont pas pris une ride. Chacun de nous doit impérativement les lire et les faire lire à ses proches. Si tous les Européens pouvaient s’imprégner de ces idées, on peut parier que l’Europe (car il faut raisonner Europe) va traverser dans de bonnes conditions cette période qui sera certes perturbée, mais aussi pleine d’opportunités.

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