L’élection présidentielle devant les défis d’une économie de guerre

11 Avr

« Nous sommes entrés dans une économie de guerre », soutient Xavier Fontanet. L’ancien chef d’entreprise fait le point sur les défis économiques et sociaux que devra relever le prochain président de la République.

« La guerre est un accélérateur de l’histoire » disait Lénine. Même si l’auteur de cette formule n’est pas recommandable, elle a sa part de vérité. La coïncidence entre l’agression de l’Ukraine par la Russie et l’élection présidentielle exige pour le citoyen, comme pour tous les candidats, d’élever le débat. Il leur faudra affronter les sujets du pouvoir d’achat, de retraite, de sécurité, de politique d’immigration et de mesures assurant le respect de notre planète mais il faudra le faire en adoptant la bonne perspective stratégique : la défense du concept même de démocratie.

On pensait que la paix était une situation acquise. L’Europe a été construite pour éviter la guerre et nous pouvons dire qu’elle est de ce point de vue un magnifique succès. Mais depuis trente ans, le monde a changé avec l’émergence de la Chine et cette agressivité rallumée de la Russie qui nous rappelle que la guerre est toujours présente dans la nature humaine. Nos plans sont donc à revoir et vont demander des efforts à chacun de nous. Cette guerre révèle une segmentation du monde avec d’un côté les pays qui ont fondé leur organisation sur la liberté et la démocratie, et de l’autre côté des pays où l’individu compte moins et où le pouvoir est entre les mains d’autocrates. Derrière la guerre actuelle, se profile un choc de civilisation.

Partons de l’idée, en espérant qu’elle reste d’actualité, qu’il y a un consensus dans notre pays sur la démocratie et que même si celle-ci est bourrée de défauts, notamment la difficulté à avoir des visions de long terme, la volonté commune de la préserver est claire, tout comme celle de refuser de nous orienter vers des organisations de société comme celles qu’on observe par exemple en Russie. Prenons pour preuve le fait que certains candidats qui avaient des indulgences pour Moscou, ou au moins son dirigeant, font du rétropédalage depuis le début de la guerre. Si nous partons de ce principe, les décisions à prendre pour l’avenir sont plus simples qu’on veut bien le dire : d’abord augmenter significativement le budget militaire. La plus grosse dépense à réduire est celle de la retraite : il très facile de frapper fort en haussant significativement l’âge de départ sachant que certains pays (le Japon) envisagent d’aller jusqu’à 70 ans !

Compétitivité et attractivité

Les défenses du pouvoir d’achat sont tout à fait légitimes mais il faut tirer une conclusion de l’observation des cinquante dernières années. Ce sont la quête de la compétitivité et la recherche de l’attractivité qui sont les meilleures garantes du gain de pouvoir d’achat. C’est ce que montrent de façon éloquente les performances économiques de la Suisse, de l’Allemagne, du Danemark et des Pays-Bas, et l’on ne parle pas de petits chiffres. Le PIB par tête de la Suisse a plus que doublé par rapport au nôtre. Un excès de dépenses sociales freine les entreprises les empêche d’exporter : « Trop de social tue le social. »

Nous sommes entrés dans une économie de guerre puisque la Russie joue sur les approvisionnements énergétiques et agricoles. La situation a le mérite de simplifier les choses et d’accélérer le recours aux énergies nouvelles pour réduire la dépendance à des fournisseurs qui peuvent devenir des ennemis. Il faut reconstruire des centrales nucléaires, pousser toutes les énergies nouvelles : solaire, éolienne et aussi la méthanisation qui permettra une économie agricole circulaire, transformant les effluents animaux en engrais naturels et en gaz. Même transformation pour les matières premières où les filières de recyclage doivent devenir les mines du futur sachant que nous avons parmi nos entreprises des leaders mondiaux en la matière.

Les conditions de la confiance

L’argent ne peut pas tomber du ciel ! Il faudra adopter chacun des attitudes responsables à son égard comme l’ont fait les Allemands avec l’adoption de principes comme celui-ci : « Il vaut mieux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage (même bien payé) à la maison. » La bonne marche d’une économie dépend de la qualité de l’État régalien qui assure le développement harmonieux de toutes les énergies ; cela suppose une justice et une police en bon état de marche. Il faudra être prêt à accueillir des réfugiés des pays de l’Est, ce qui exige de repenser le système de gestion des migrations qui, soyons clairs, ne fonctionne pas actuellement de façon satisfaisante.

Les instances religieuses orthodoxes liées au pouvoir à Moscou ont soutenu voire encouragé les hostilités. Ces confusions entre les différents ordres (légal, moral et religieux) confirment la justesse du choix de notre pays en faveur de la laïcité. Mais tout cela ne suffit pas ! La République est un mode d’organisation, elle ne tient pas lieu de raison d’être. Nous attendons en dernier ressort de celui ou celle que nous élirons dans le mois qui vient, la capacité à créer et faire durer un vrai climat de confiance. Plus encore, faire que tous les citoyens, au-delà de leurs différences, aient le sentiment de partager une histoire et un destin commun, ce que nous montre en ce moment, de façon admirable, l’héroïque peuple ukrainien.

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