Des robots et des emplois – Chronique aux Échos

11 Mai

Bénarès, en Inde, est connue pour ses cérémonies funéraires. Peu de gens savent que cette ville sainte possède une activité textile spécialisée dans la soie, que 50.000 métiers à tisser environ y fonctionnent jour et nuit, et que son histoire illustre parfaitement la problématique de l’automatisation, des délocalisations et de la relocalisation.

Si on remonte dans l’histoire, on s’aperçoit que les métiers étaient 250.000 en 1750, période pendant laquelle l’Angleterre et la France sous-traitait leur production en Inde. En 1775, les Européens réintègrent l’activité avec l’invention des métiers automatiques, Bénarès perdant dans cette affaire la moitié de son parc. Plus récemment, les Chinois achetèrent des métiers suisses, contrairement aux Indiens de Bangalore qui voulurent rester au tissage traditionnel, et le parc fut encore divisé par deux.

Les débats sur l’emploi et l’automatisation ont repris en France, avec l’idée, avancée pendant

la campagne présidentielle, de taxer les robots. Au premier degré, la logique est imparable :

le responsable du chômage doit payer la conséquence de ses actes. Mais, quand on regarde ce qui se passe dans le monde, les pays dont le ratio de robots par ouvrier est le plus élevé (Japon, Corée du Sud, Allemagne, Suisse), sont aussi ceux où le chômage… est le plus bas.

Dans ces quatre pays, les usines se sont automatisées régulièrement, grâce à des ingénieurs concevant les robots et des ouvriers formés à les piloter. Les gains de parts de marché rendus possibles par leur compétitivité accrue ont permis de garder les emplois, et même de les développer. Derrière leur performance industrielle se profile une filière d’apprentissage bien huilée et le fait que la technologie, considérée comme filière d’excellence, attire les meilleurs esprits.

Notre fascination étatique nous pousse à voir dans l’impôt la solution des problèmes et nous empêche d’aller au fond de l’analyse. Quand la technique a la place qu’elle mérite, les emplois industriels grandissent et s’enrichissent. Cessons de fustiger ces malheureux robots !

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