Archive | avril, 2015

Pour un redressement économique efficace – les echos.fr

5 Avr
Par Laurent Dugas

Pour un diagnostic factuel de la situation de la France et une analyse des leviers de redressement en Allemagne, Suisse, au Canada et en Nouvelle-Zélande.

J’ai participé récemment à une conférence à l’École des Mines avec Xavier Fontanet, ancien PDG emblématique d’Essilor, autour de son livre « D’autres pays ont pu se redresser pourquoi pas nous ».

Sans rentrer dans le détail, il met en avant trois axes forts :

– La réduction du poids de l’État régalien par la privatisation des services.

– Le passage de l’horreur d’un chômage bien payé à la maison à l’insatisfaction de mini-jobs permettant la réinsertion sociale et professionnelle.

– Le passage de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation.

Mon sujet n’est pas dans la pertinence de ses recommandations techniques – le Quoi –, je m’interroge beaucoup plus sur la faisabilité de tels changements dans notre « monde français » – le Comment –

Xavier Fontanet se focalise sur 2 facteurs de succès :

Un binôme de dirigeants constitué de :

– Un leader politique qui sait négocier le passage du monde actuel au monde voulu.

– Un leader intellectuel qui pense le monde de Performance voulu : Gerhard Schröder et Peter Hartz en Allemagne.

Il faut être deux pour assembler toutes les qualités du « leader créateur d’un monde auquel les autres veulent appartenir ».

Un consensus dans tout le pays sur la direction à prendre qui doit s’incarner dans les médias

Xavier Fontanet cite ainsi l’engagement du groupe de presse Bertelsmann pour relayer et diffuser en profondeur les principes de Hartz

L’auditoire a largement avalisé ce constat : nous sommes très loin de rassembler ces deux facteurs de succès en France.
Alors, comment faire ?

L’ancien patron d’Essilor nous a renvoyé la balle : « C’est à vous de vous engager ». Il souligne la nécessité de conduire l’action à un niveau micro : l’entreprise et la ville qui sont les deux seules entités « productrices ». Tout ce qui est au-dessus étant des « frais généraux » qui sont autant de freins s’ils sont trop importants.

Si je peux aider ceux qui voudront s’engager, je donnerai les trois capacités à développer pour devenir leader-créateur de monde

1) Diagnostiquer sans complaisance le monde actuel et partager ce diagnostic le plus largement afin qu’il soit accepté

– Démonter les tabous de la langue de bois, revenir systématiquement sur le factuel, le chiffre validé.

– Formuler pédagogiquement ses éléments, faire parler ceux qui le vivent et arrêter de stigmatiser à tout bout de champ : en France c’est « French Sniper » dès qu’un élément sort du politiquement correct parisien.

2) Concevoir et incarner le monde cible qui permet le redressement du pays

Concevoir et formuler finement les nouveaux principes de « grandeur » collective comme « Mieux vaut un travail insatisfaisant que l’horreur du chômage à la maison », mais aussi de façon concrète ; définir de nouvelles interactions entre les corps sociaux (syndicats, entreprises, régions…), de nouveaux critères de décision comme l’attribution et le retrait des aides sociales.

Enfin, bien clarifier les bénéfices pour chacun et pour le collectif

3) Construire et déployer les passerelles pour passer d’un monde à l’autre

Il y a un savoir « exécuter » complexe : se focaliser sur des réformes fortes, structurelles, mais limitées plutôt que de saturer l’espace par des réformettes qui liguent tous les acteurs contre vous et sont inaudibles en termes de sens et d’impact à la hauteur des enjeux.

Tenir les actions lancées dans la durée : à titre d’exemple, j’ai mis en place à l’AP-HP, la réforme 2007 pour donner aux médecins un pouvoir réel de gestion sur des pôles médicaux au sein d’un hôpital. À peine mise en place, l’État et l’administration n’ont eu de cesse de réduire cette délégation à peau de chagrin au lieu d’accompagner l’apprentissage de cette nouveauté.

En conclusion, prenez votre courage d’une main et deux livres de l’autre : « D’autres pays ont pu se redresser pourquoi pas nous », « Changez de monde pour réussir votre stratégie »

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Singapour, terre d’entreprises, chronique aux Échos

2 Avr

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J’ai eu la chance de dîner à plusieurs reprises avec Lee Kuan Yew. Essilor avait choisi Singapour il y a plus de vingt ans pour y installer le siège de nos opérations en Asie. Il nous en était reconnaissant. Il rassemblait régulièrement des entrepreneurs à dîner en petit nombre afin que chacun puisse s’exprimer. On sentait qu’il nous comprenait et on était fasciné par l’universalité de sa pensée. Lee Kuan Yew ne mâchait pas ses mots ; son réalisme, parfois dur, était toujours teinté d’empathie pour les vrais preneurs de risques. Il était un pont entre l’Orient et l’Occident, l’histoire et le présent, le tiers-monde et la modernité. Il avait bien connu Churchill, Nixon, De Gaulle. Mao le consultait. En 1962, Singapour était un tout petit pays, en quasi-faillite, prêt a se faire avaler par son voisin malais. En 1974, à la mort de Pompidou, son PIB par tête était de 70 % inférieur au nôtre. Aujourd’hui, il est de 70 % supérieur. Pas de chômage, des impôts moitié moins élevés que les nôtres, une sphère publique qui ne dépasse pas 20 % du PIB, les comptes publics en équilibre, 90 % de la population propriétaire de son logement, des caisses de retraite bien capitalisées, une croissance vive, un commerce extérieur florissant. La pauvreté à Singapour est éradiquée. La croissance a été, pour la combattre, bien plus efficace que les politiques inspirées par le dogme de l’égalitarisme. Les Singapouriens sont confucéens et leur organisation politique n’est pas la nôtre. Mais leur capacité à se développer est telle que nous devrions nous inspirer d’eux. Demandez aux chefs d’entreprise qui y sont installés quelle est la clef ; ils vous diront que règne à Singapour un climat de confiance grâce auquel les entreprises peuvent croître et s’épanouir, pour le bien de tous.

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Le libéralisme à visage humain – Les enquêtes du contribuable- avril 2015

1 Avr

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