La sphère publique, par son poids excessif, étouffe les entreprises- interview Capital.fr

23 Jan

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Il y a quelques jours, le gouvernement s’est félicité que le déficit du budget de l’Etat en 2014, à 85,6 milliards d’euros, était ressorti à 3,4 milliards d’euros de moins que prévu dans la loi de finances rectificative. En réalité, le déficit a surtout augmenté de 10,7 milliards par rapport à 2013, venant encore aggraver la dette de la France.

Pour analyser la situation et comprendre comment la France peut sortir du cercle vicieux de la dette, Capital.fr a interrogé Xavier Fontanet, ancien PDG d’Essilor, aujourd’hui professeur de stratégie à HEC. Dans son livre « Pourquoi pas nous », ce capitaine d’industrie estime que la lourdeur de l’Etat bloque les performances de notre pays et il propose des solutions en s’inspirant de pays qui ont réussi à se réformer.

Capital.fr : Le déficit budgétaire est ressorti meilleur que prévu, à hauteur de 3,4 milliards par rapport à la loi de finances, est-ce une bonne nouvelle ?

Xavier Fontanet : On finit par ne plus savoir quels sont les chiffres tellement il y a eu de déclarations contradictoires. Le déficit, au bout du bout, est au dessus de l’an dernier, au dessus du budget et pas brillant surtout par rapport à ceux de nos voisins. Pas de quoi être fier ! L’épouvantable pression fiscale imposée aux créateurs de richesse est une injustice doublée d’une triple erreur. On plie l’économie, on fait décroître le PIB marchand et on continue d’accepter de faire monter la dette.

Capital.fr : Les dépenses de l’Etat ont tout de même baissé de 3,3 milliards par rapport à 2013, est-ce suffisant ?

Xavier Fontanet : L’Etat, c’est un tiers de la sphère publique qui, elle, a monté de 0,8%. Les régions et la sphère sociale continuent à coûter plus cher. Si l’on veut regarder les choses honnêtement, il faut prendre en compte l’ensemble des dépenses.

Capital.fr : Dans votre livre, vous dîtes que l’Etat est comme un « jockey trop lourd sur son cheval », pourriez-vous expliquer cette image ?

Xavier Fontanet : Comparez France et Allemagne, qui sont deux pays de taille voisine avec des Etats construits de la même manière, l’écart est énorme. La sphère publique française pèse 57% du PIB, l’allemande moins de 45%. On voit 12 points d’écart. Or pas du tout. Si l’on considère que la sphère publique est le jockey, la sphère privée française pèse alors 43%, ce qui donne un jockey 32% plus lourd que son cheval. Alors qu’en Allemagne, le jockey est 18% plus léger que son cheval. Notre jockey est donc 61% plus lourd que son collègue allemand ! Comment voulez-vous gagner la course dans de telles conditions ? La sphère publique par son poids esquinte l’économie, tous nos voisins passent leur temps à l’expliquer à notre gouvernement. Ils ont raison et sont légitimes car bon nombre d’entre eux sont passés par la réforme et en voient les bienfaits en ce moment sur le chômage.

Capital.fr : Vous citez aussi des pays qui étaient au bord du gouffre et qui ont su changer leur destin… De quelles façons ?

Xavier Fontanet : Il y a eu d’abord une prise de conscience des politiques que cela ne peut pas continuer avec une dette qui avoisine le PIB, soit 2 fois le budget. Le constat dans les cas que j’ai présentés (Allemagne, Canada, Nouvelle-Zélande) a toujours été le même. La sphère publique étouffait les entreprises et les empêchait de se développer. Dans les trois cas, ils lui ont fait perdre 10 à 15% de son poids dans le PIB, c’est à dire une baisse de l’ordre de 250 milliards à notre échelle. Les politiques ont été capables de traduire tout cela en décisions concrètes que la population a compris et accepté. Le Canada s’est surtout attaqué au coût de l’Etat, l’Allemagne a principalement réformé le marché du travail et repoussé l’âge de la retraite à 67 ans, tandis que la Nouvelle-Zélande a choisi la capitalisation (NDLR : pour les retraites) et confié la santé à des assurances privées mises en concurrence. Des expériences concluantes dont on ferait bien de s’inspirer.

Capital.fr : Quelles sont les réformes à mener pour désendetter la France et faire revenir la croissance ?

Xavier Fontanet : Dans le cas de la France, il faudrait agir dans tous les domaines mais il y a deux énormes sources d’économie. D’abord passer au système de retraite par capitalisation permettrait d’économiser au moins 100 milliards d’euros en année de croisière et repenser la régionalisation. Celle-ci n’en n’a pas été une puisque l’Etat est resté régalien, on a simplement rajouté un gigantesque doublon qui coûte peut-être 100 autres milliards d’euros. Si l’on regarde les choses en face, ce n’est pas si difficile de gagner 250 milliards, c’est à dire remettre notre sphère publique à 45% du PIB.

Capital.fr : Ces réformes ne vont-elles pas susciter la révolte de la part de la population ?

Xavier Fontanet : L’expérience montre que quand les réformes sont comprises, les citoyens, qui sont intelligents, accompagnent le mouvement. Si par contre, on tergiverse, le risque est de de se voir se faire imposer les réformes par les créditeurs de politiques très brutales, comme en Grèce, et la population souffrira. Ecoutons Schroeder quand il dit « soit nous nous modernisons en conservant comme cadre l’économie sociale de marché, soit la modernisation nous sera imposée par les forces irrésistibles du marché qui, elles, ne tiendront pas compte de la dimension sociale. »

Propos recueillis par Jonathan Chelet

Lire l’article et d’autres articles sur le site capital.fr

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