Archive | avril, 2013
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Handicap

11 Avr

Mais enfin, nous sommes dans un pays curieux; nous faisons des courses de chevaux en appliquant des handicaps aux meilleurs, sous prétexte que les tocards ne courent pas assez vite et il faut punir les cracks.

De Gaulle

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L’Etat

10 Avr

L’Etat n’est que l’instrument oppressif de la classe dominante …..

Karl Marx

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Le poids d’une idée

9 Avr

Rien n’arrête une idée dont le temps est venu.

Victor Hugo

L’exil des entrepreneurs, article de Xavier Fontanet dans Valeurs actuelles du 13 décembre 2012

9 Avr

Un mensuel suisse vient de publier une liste de 44 familles d’entrepreneurs français, tous à l’origine de sociétés leaders européens ou mondiaux. Elles sont exilées en Suisse ; leur fortune représente à peu près les capitaux propres de la Banque publique d’investissement.

Sommes-nous incapables de tirer les leçons de nos erreurs passées ? Sommes-nous en train de vivre en ce moment une réédition de la révocation de l’édit de Nantes ?

Si vous allez à Berlin, passez donc quelque temps à la Französische Kirche, qui accueille dans sa crypte une exposition dédiée aux huguenots français. On y voit des documents datant des années 1686-1687, qui relatent l’arrivée des protestants français après cette décision de Louis XIV supprimant l’édit de tolérance à leur égard, l’inscription de leurs enfants à l’école, le démarrage de leurs activités artisanales et industrielles et l’éclosion qui s’ensuivit, en grande partie à l’origine du développement économique de la Prusse. À la fin du XVIIIe siècle, la population de Berlin compte 30 % de Français, une bonne partie des 300 000 émigrés ayant répondu à l’édit de bienvenue promulgué par l’électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, duc de Prusse.

Outre leur énergie et leurs talents, les exilés apportent dans leurs valises ces précieuses “cartoufles”, nos pommes de terre (en allemand “Kar toffeln”), qui deviendront la base nutritionnelle de la Poméranie, contribuant à un vigoureux développement démographique, jusqu’alors freiné par la pauvreté des sols sablonneux de cette région.

La révocation de l’édit de Nantes restera la grande faute politique de Louis XIV. Les efforts de Colbert et de ses successeurs pour développer un capitalisme d’État ne suffiront pas à compenser l’effroyable appauvrissement résultant du départ d’un grand nombre d’entrepreneurs français. Il n’est pas inutile de souligner que cette décision avait été prise avec l’approbation de l’opinion française, soutenue par les relais puissants d’alors qu’étaient La Fontaine, La Bruyère ou madame de Sévigné.

Trois cents ans après, la France aurait-elle oublié cette malheureuse expérience pour continuer à faire si peu de cas de ses entrepreneurs ? Ceux-ci sont tous conscients des efforts financiers qu’il faut faire pour soutenir l’économie française dans cette crise d’une exceptionnelle gravité, ils sont prêts à y apporter leur contribution. Mais pourquoi la puissance publique a-t-elle élaboré une fiscalité si confiscatoire et si démotivante à l’endroit de ceux qui entreprennent, créent de la richesse et de l’emploi ? Une telle fiscalité est au fond une marque de défiance vis-à-vis de la sphère privée puisqu’on la prive ainsi de moyens d’agir. Quelle vision du monde peut inspirer de telles pensées et de tels actes ?

Il faut absolument revenir sur le concept de “richesse”. L’entrepreneur est “riche” si on le compare à la moyenne des Français, personne ne le contestera. Mais la “richesse” de l’entrepreneur a trois spécificités. D’abord, elle est en général illiquide : elle est sous forme de bâtiments, de machines – ce n’est pas comme des oeuvres d’art que l’on peut revendre facilement. Ensuite, elle est à risque face à des concurrents de plus en plus mondiaux. Quand on connaît l’aversion au risque des Français, il faut bien que quelqu’un le prenne, osons dire : que l’entrepreneur se dévoue pour le prendre, ce risque !

Enfin et peut-être surtout, le capital de l’entrepreneur fournit du travail à nos compatriotes. Le capital mis à risque est un service rendu à la société. Il ne faut pas oublier que les emplois à haute valeur ajoutée, ceux qui permettent des rémunérations correctes, demandent aujourd’hui de plus en plus de capital. Pour mettre les idées en place, notre PIB est de 2 000 milliards d’euros, l’actif des entreprises privées de 5 900 milliards. Un repère (les idées, c’est bien, mais la réalité chiffrée, ce n’est pas mal non plus !) : la Banque publique d’investissement aura des capitaux propres inférieurs à 50 milliards. Ce n’est donc pas notre État, endetté jusqu’au cou (1 800 milliards, soit près de deux fois le budget), qui peut financer le capital nécessaire à une économie concurrentielle au niveau que requiert la compétition mondiale. En un mot, soyons concrets et réalistes, notre pays ne peut pas s’en tirer sans la motivation, l’énergie et le capital de la sphère privée.

Bien que le gouvernement s’en défende jusqu’ici, tous les signes disent que l’exil est reparti de plus belle à la suite du dernier collectif budgétaire et ces 44 familles ne sont qu’une toute petite partie de la diaspora française. Le redressement productif qui est recherché peut-il réussir quand on a chassé et qu’on continue de chasser tant d’acteurs (entrepreneurs et investisseurs) qui ont fait leurs preuves ? Quelle force aurait la France si elle avait eu la sagesse de garder tous ses enfants !

Puissent nos responsables politiques se souvenir de l’édit de tolérance qu’Henri IV, grand-père du Roi-Soleil, avait eu la sagesse de promulguer dans sa bonne ville de Nantes et puissent-ils faire ce qu’il faut pour inviter tous ces talents à revenir.

Xavier Fontanet, ancien dirigeant d’entreprise et professeur à HEC

Photo © AFP

Le tourisme, une richesse nationale à préserver, les Echos du 4 avril 2013

8 Avr
Bonnes nouvelles sur le front du tourisme : les stations de sports d’hiver sont contentes de leur saison 2013. On a maintenant les chiffres du secteur, ils sont solides : 77 milliards d’euros en 2012, contre 68 en 2010. Le tourisme rassemble de nombreux métiers : hôtellerie, restauration, gastronomie, agences de voyages… Chaque branche se décline : remontées mécaniques, équipements de ski, production de neige, monitorat… Au total, cette filière offre une exceptionnelle palette d’opportunités. Le tourisme est un gros pourvoyeur de devises, il recherche des centaines de milliers de personnes. La France y a une position de leader. Que d’atouts, quand on sait qu’un jour Indiens, Chinois et Brésiliens se mettront à voyager en masse. Tout irait donc pour le mieux… sauf qu’il y a plusieurs ombres au tableau. Paris perd de l’attractivité. La ville n’est plus aussi propre qu’avant, elle perd sa réputation de sécurité – il faut prendre conscience des ravages qu’a provoqués en Asie l’attaque dont ont été victimes une vingtaine de touristes chinois au sortir d’un restaurant du Bourget à la mi-mars. Les taxis parisiens sont mal classés dans les enquêtes mondiales. Dans un pays de plus en plus séduit par l’égalitarisme, être au service des autres est vu comme une abaissement, une sujétion, on parle de « petit boulot »… Les 35 heures font faire les pieds au mur aux entreprises, parfois les clients sont forcés de se plier à des horaires figés. Enfin, tous ceux qui propagent les idées d’antimondialisation n’aident pas à développer une attitude spontanément positive à l’égard des étrangers, alors que, chez tous nos concurrents, on se met en quatre pour les touristes. Allons-nous donc garder notre leadership ? Rien n’est moins sûr. Il y a une stratégie qui ne coûte pas cher : la courtoisie. Et pour l’appuyer, pourquoi ne pas remplacer notre « bonjour » national par « bienvenue » et notre « au revoir » par « à votre service », avec le sourire en prime ?

Xavier Fontanet, élu manager de l’année 2011 par le Nouvel Economiste, donne une longue interview à ce journal

8 Avr

L’ex-PDG d’Essilor et “Manager de l’année 2011”, prend son bâton de pèlerin tous azimuts pour faire partager sa vision positive de la mondialisation et de la concurrence

Xavier Fontanet“Je défends l’entreprise concurrentielle mais n’utilise plus le mot libéral car c’est complètement inutile de se lancer dans des polémiques stériles.” Xavier Fontanet, ex-PDG d’Essilor et “Manager de l’année 2011”, prend son bâton de pèlerin tous azimuts pour faire partager sa vision positive de la mondialisation et de la concurrence.

“Ce qui me motive c’est de travailler à améliorer la compréhension de l’économie, de faire découvrir et aimer leurs entreprises par les Français.” Et il s’alarme : “Nos dirigeants politiques font la même erreur que leurs prédécesseurs à l’aube de la Seconde Guerre mondiale : on refait la ligne Maginot en croyant que l’Etat est un rempart contre la mondialisation et doit protéger les citoyens.”

Ce mauvais choix repose sur une méconnaissance de la réalité économique. A cet égard, il pointe le fait que dans notre gouvernement, pas un ministre n’a dirigé une entreprise et plus généralement la césure entre la politique et l’économie. “La sphère publique domine le Parlement (…). Il faudrait poser la règle de l’incompatibilité d’un emploi dans la fonction publique avec un mandat électif à l’Assemblée”, n’hésite pas à plaider Xavier Fontanet.

“Ma vie d’ex-PDG d’Essilor ? J’ai fait le choix d’arrêter l’opérationnel. Je suis administrateur de L’Oréal, de Schneider Electric et d’Essilor et professeur affilié à HEC où je donne un cours de stratégie traduit dans un ebook que j’ai conçu, disponible sur Apple Store (“Les 12 clés de la stratégie”).

J’apprécie cette période de réflexion et de transmission… J’ai créé une fondation abritée sous HEC dont l’objet est de populariser les idées d’économie concurrentielle auprès de décideurs politiques, syndicaux, auprès de journalistes, de philosophes et même, je l’espère, de religieux. Je défends l’entreprise concurrentielle mais n’utilise plus le mot libéral car c’est complètement inutile de se lancer dans des polémiques stériles. Dans aucun autre pays au monde, on n’observe à la fois une telle incompréhension de la mondialisation et une vision aussi dogmatique des choses qu’ici. L’essentiel est pour moi très simple, faire passer aux jeunes générations l’expérience positive de la mondialisation et mon savoir-faire pour vivre heureux en situation concurrentielle.

Le monde tel qu’il va
Objectivement, la croissance économique mondiale est là. Si vous mettez à part la moitié de l’Europe qui est à la peine – soit 10 % à peine du PIB mondial (la France, l’Italie, l’Espagne) -, 90 % de la planète se porte bien sauf exceptions locales. Le taux de croissance en Chine s’élève autour de 7,5- 8 %, ce qui reste un rythme de développement exceptionnel. Le modèle de croissance chinois est solide. Le développement du centre du pays est en cours. Les autorités sont en train de créer des systèmes de sécurité sociale et de retraite si bien que les ménages chinois devraient réduire leur épargne au profit de la consommation. Résultat : la dépendance aux exportations devrait se réduire.

En même temps, l’Etat, propriétaire du foncier, a les moyens de financer les équipements publics en vendant les sols, ce qui devrait limiter l’endettement public. Les entreprises françaises qui ont misé sur la Chine il y a une vingtaine d’années ont fait le bon choix. L’Inde va rattraper son retard. Il y a dans ce pays une très grande tradition de business et le retard pèse peu. L’Amérique du Sud dispose d’un atout maître pour son avenir dans le domaine de l’agroalimentaire. Quant à l’Amérique du Nord, elle a démontré, à l’instar de la résurrection de GM et de son dynamisme en électronique, qu’elle est complètement dans la course.

L’absence de leadership européen 
Les grandes entreprises françaises ont plus de 60 % de leur ventes hors d’Europe, elles ont donc observé l’Europe des USA et de l’Asie. Elles peuvent témoigner qu’il y a du travail à faire sur l’Europe. L’Europe se débat dans des problèmes internes dont l’absence de leadership n’est pas le moindre. L’Amérique a un chef, la Chine a un chef, l’Inde a un chef, l’Europe, pas encore ; sans compter les différences qui se creusent entre une Europe du Sud cigale et une Europe du Nord fourmi. Dans cet ensemble, la France joue un rôle quelque peu ambigu en faisant alliance avec les cigales. Les Allemands attendent de Paris un discours de reeingineering de la sphère publique mais pour l’instant, ils n’entendent rien. Va-t-on faire oui ou non le boulot ? Il y a un vrai problème de confiance. Je suis totalement d’accord avec l’interpellation qu’a développée récemment Gerhard Schröder sur cette question. Le reengineering de la France ne concerne pas que la France.

L’esprit de conquête 
Toute une génération de PDG français a anticipé cette évolution. Essilor par exemple a investi 85 % de son argent hors d’Europe au cours des vingt dernières années. Ces sociétés disposent aujourd’hui de positions mondiales solides. Ces pays vont croître avec le passage des populations de la campagne à la ville et ce phénomène devrait durer longtemps. Précisons qu’en allant dans ces pays émergents, les multinationales ne sont pas à la recherche, comme on l’entend souvent, d’impôts bas ou de bas salaires, elles le font dans un esprit de conquête.

Rappelons que lorsqu’un groupe français investit à l’étranger, il renforce ses positions en France car il solidifie sa position concurrentielle mondiale. L’histoire de la chasse aux impôts bas, réfléchissons deux secondes : si les impôts sont plus bas ailleurs que chez nous, c’est que les sphères publiques y sont moins coûteuses. Pour défendre son pays, il faut conquérir le monde. Tordons donc le cou à toutes les idées fausses que l’on popularise un peu facilement en France. Les Chinois établissent chaque année un classement (Huade) des entreprises mondiales, concurrent de celui de Fortune selon trois critères : l’ancienneté de leur intérêt pour la Chine, la rentabilité moyenne des capitaux investis sur vingt ans, enfin la réputation des dirigeants mesurée par la durée de la présence de ces derniers aux commandes de la société.

Résultat 2012 : onze entreprises françaises plus EADS se placent dans les 100 premières mondiales, alors que notre pays ne fait que 4 % du Pib mondial.Cela veut dire qu’aux yeux des Chinois, les Francais sont d’excellents entrepreneurs. Ces patrons qui ont forgé ces réussites, il faudrait à mon avis les écouter : Danone, L’Oréal, Schneider, Air liquide, Michelin, LVMH, quels sont les points communs ? Ces entreprises sont toutes mono-métier, n’ont jamais touché un centime de la part de l’Etat, leur chefs ne sont pas arrivés en passant par les cabinets ministériels et comme par hasard, ce sont celles qui sont en tête de leur classement ! Quand ces grands patrons français sont en Chine, ils sont perçus comme des ambassadeurs de la France. Alors qu’en France ils sont collectivement mis au ban de l’opinion publique et accusés de tous les maux.

Schumpeter vs Keynes 
Quels messages passent ceux qui, comme moi, ont consacré leur vie aux entreprises mondiales ?Première idée clef : c’est Schumpeter (et pas Keynes) qui a la lecture du monde du futur. Keynes n’a servi depuis trente ans qu’à créer de la dette en justifiant intellectuellement l’investissement de l’Etat. On observe chez nous que plus nous nous sommes endettés, plus les impôts ont monté et plus la croissance est tombée. Nous allons vivre d’énormes évolutions liées aux changements technologiques : deux exemples, Internet et les nouvelles problématiques de l’énergie. Bonne nouvelle : ceci est une vraie chance pour les pays développés.

Les pays émergents vont en effet faire dans les vingt prochaines années ce que l’Europe et l’Amérique ont fait ces cinquante dernières années. Ils vont nous rattraper mais en empruntant la même voie ; ils ne pourront pas griller les étapes. Voyez Shanghai, cette ville s’est métamorphosée mais sur le modèle de New York. Résultat : nous sommes en mesure, si nous jouons bien la destruction créatrice, de conserver un coup d’avance sur les nouvelles technologies. Pendant que les pays en développement construisent des infrastructures et des automobiles traditionnelles, nous devons nous mettre sur l’automobile électrique et les immeubles intelligents. Nous devons – nous pouvons – rester à la frontière de l’innovation. Un challenge excitant.

Gestion du cash et fluidité du marché du travail
Quelles sont les lignes simples que l’on doit alors suivre si l’on veut bien vivre dans une logique schumpetérienne : d’abord la gestion du cash dans un pays, ensuite le fonctionnement du marché du travail. Dans mon livre de stratégie, j’explique en détail les liens entre la croissance de l’entreprise, le résultat et le cash car ces liens font en France l’objet de contresens profonds. Une société en croissance rapide est forcément en situation négative de cash car ses investissements excèdent ses profits. D’ou doit venir le cash ? Des entreprises qui croissent moins vite et dont les investissements sont plus faibles que les résultats.

Le cash porte un nom… le dividende. S’acharner sur le dividende, le diaboliser, le surtaxer, c’est tout simplement priver les jeunes pousses des ressources dont elles ont besoin et freiner l’économie tout entière. Aux jeunes pousses les embauches, aux vieux secteurs le cash. Ce raisonnement n’est pas assimilé en France, c’est un grave handicap. Idem pour la gestion de la fluidité du travail. Les entreprises ont cotisé à l’assurance chômage pour pouvoir se séparer de leur personnel en cas de chute durable de leur marché. Et il ne faut pas les faire payer une deuxième fois en les forçant à reconvertir le personnel en cas de décroissance. En tant que consommateur, on est ravi de changer de canal de distribution quand un nouveau plus efficace se développe et on refuse au fournisseur que l’on a quitté le droit de réduire sa toile. On manque de cohérence.

Les pays qui marchent bien sont ceux qui, par des impôts raisonnables sur les dividendes et un marché du travail fluide, assurent un transfert du capital et des collaborateurs entre les métiers mûrs et les métiers jeunes.

Les vertus de la concurrence 
Deuxième idée clef : il faut accepter la concurrence .Une révolution culturelle en France, que ce soit pour la droite ou pour la gauche ! Le président Chirac disait qu’il ne pouvait pas être pour la concurrence, synonyme pour lui de loi du plus fort. Un vrai contresens. Selon moi, le progrès ne peut venir que de la concurrence ; les individus et les organisations, voire les pays, ne grandissent que par cet aiguillon. Observez la carrière d’un grand champion comme Fédérer : à 17 ans, il perd son premier match contre Sampras en 1997; quatre ans plus tard, en 2001, il le bat. Ce qui a fait grandir Fédérer c’est Sampras, autrement dit la concurrence !

Si vous restez dans votre coin, à l’abri, vous ne progressez pas. Eh bien pour les entreprises c’est la même chose. Aller à l’étranger, c’est nécessairement se retrouver face à des problèmes nouveaux à résoudre et amorcer des améliorations. Un champion de tennis sur terre battue qui joue sur l’herbe prend une raclée pour commencer mais très vite, il va améliorer son jeu. La clé c’est l’esprit de conquête qui développe la compétence et la confiance en soi. Si la peur domine on se fait battre.

Mais alors il ne faut pas se méprendre : l’échec n’est pas la faute de la concurrence, il est dû à la peur. Un socialiste devrait reconnaître les vertus de la concurrence pour des tas de raisons. Elle est la source de baisse des prix et donc de gains de pouvoir d’achat. Si l’on y réfléchit un peu plus, il n’y a rien de plus généreux que la concurrence : elle conduit le fournisseur à partager les bénéfices du progrès avec ses clients. La concurrence est aussi une source d’égalité car elle remet en cause les situations acquises. Il n’y a pas meilleure régulation du profit que la concurrence. Un socialiste sincère ne peut être que pour.

Responsabilité des politiques 
Quelle est l’implication de ces idées pour les politiques ? Nos dirigeants politiques font la même erreur, c’est mon point de vue, que leur prédécesseurs a l’aube de la Seconde Guerre mondiale ; on refait la ligne Maginot en croyant que l’Etat est un rempart contre la mondialisation et doit protéger les citoyens ; ça veut dire qu’on ne leur fait pas confiance ; du coup on encourage la peur, on promet tout, l’Etat s’endette et s’empâte ; la politique fiscale de redistribution le renforce encore plus, prive la sphère privée de ressources et, pire que tout, tue l’envie d’exceller… qui est très exactement la chose la plus importante à cultiver en ce moment.

Les sociétés ayant réussi à l’international montrent que les Français sont très doués et tiennent le choc concurrentiel si on leur fait confiance. En réalité, l’homme est intrinsèquement capable de progresser, de s’assumer, de grandir, d’apprendre de ses erreurs comme de ses succès, en un mot d’exister. Les entreprises concurrentielles ont une conception philosophique aux antipodes de l’approche bureaucratique des Etats.

Ces derniers, en se développant au-delà de la sphère régalienne qui est leur domaine légitime, tendent à penser et à décider pour le citoyen sur un nombre croissant de sujets ce qui, au fond, marque un manque de confiance en l’homme. Tout ceci suggère une politique simple à comprendre : il faut que l’Etat soit agile, incitatif, fasse confiance à la sphère privée et surtout s’occupe de ses propres coûts ; quand la sphère publique représente 56 % du PIB, elle doit être compétitive sur une base mondiale, sinon elle plante le pays ; l’intérêt général c’est aujourd’hui que la sphère publique se reforme pour atteindre la compétitivité de sa consœur allemande, pour prendre une référence proche de nous. Cela veut dire passer de 56 % à 46 % du PIB. Il n’y a aucune raison de ne pas y arriver, la sphère publique regorge de gens remarquables tout à fait aussi bons que ceux que l’on retrouve dans les groupes privés.

Il est, si l’on poursuit ces idées, urgent de faciliter l’entrée de gens de la sphère privée au Parlement car dans notre gouvernement, pas un ministre n’a dirigé d’entreprise ; ceci tient à ce que la sphère publique domine le Parlement car elle a un avantage quand il s’agit d’y accéder ; un fonctionnaire n’a en effet pas à démissionner s’il est élu député ou sénateur. Il faudrait poser la règle de l’incompatibilité d’un emploi dans la fonction publique avec un mandat électif à l’Assemblée. Cela éviterait des conflits d’intérêt et donnerait une représentation politique plus proche des réalités économiques. En Angleterre, les candidats au Parlement démissionnent de la fonction publique. Il faut aussi qu’à la tête du patronat se trouve quelqu’un qui fasse aimer l’entreprise et explique à l’Etat qu’il se reforme plutôt que de chercher à se substituer aux entrepreneurs.

Le travail de pédagogie 
Pour ce qui me concerne, je me consacre à la programmation de séminaires de formation à l’adresse de journalistes. Il y a tout un travail de pédagogie en direction aussi des universitaires et des étudiants. Ce qui est enseigné à l’université ne permet pas aux étudiants de comprendre la concurrence. Par l’intermédiaire de la fondation, je vais distribuer des bourses de recherche. Je m’efforce d’éclairer l’actualité dans ma chronique hebdomadaire aux Echos, un exercice très formateur !

Autre piste en direction des intellectuels : des philosophes commencent à s’intéresser à la vie des affaires et c’est un signe très positif ; un très grand nombre d’entre eux étaient très à gauche dans leur jeunesse et manquent de base, ça me passionnerait de les aider.

Au fond ce qui me motive, c’est de travailler à améliorer la compréhension de l’économie, de faire découvrir et aimer leurs entreprises par les Français. C’est pour moi, avec la réduction des frais de l’Etat, la condition pour qu’ils vivent bien la mondialisation et en retirent tous les bénéfices.”

Bio express
Patron pédagogueProfesseur affilié à HEC, administrateur de sociétés, chroniqueur aux Echos : l’ex-PDG d’Essilor et manager de l’année 2011, s’il a quitté l’opérationnel, n’en reste pas moins très actif. Sa fierté du moment est un ouvrage numérique consacré à l’explicitation de l’art de la stratégie (les 12 clés de la stratégie). Un capital de connaissance que ce Pont – MIT a acquis au long de sa carrière au Boston Consulting Group, puis chez Bénéteau et Eurest et enfin chez Essilor.

Par Philippe Plassart

Le Réseau d’avocats Eurojuris consacre un article à Xavier Fontanet suite à son intervention à la Maison des Arts et Métiers le 18 février 2013

8 Avr

Le réseau d’avocats Eurojuris consacre un article à Xavier Fontanet suite à son intervention à la maison des Arts et Métiers le 18 février dernier

Public Sénat, Xavier Fontanet invité de Jean-Marc Colombani le 28 février 2013

8 Avr

Public Sénat, Xavier Fontanet invité de Jean-Marc Colombani le 28 février 2013

Ce que la Suisse peut nous apprendre, article de Xavier Fontanet dans les Echos du 14 mars 2013

6 Avr

le Premier ministre appelle à suivre le référendum suisse sur les rémunérations. Très bonne idée, mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin : nous avons beaucoup de choses intéressantes à apprendre de notre voisin.

La Suisse est une démocratie qui a su avancer sans révolution. Au coeur, le système dit de votation ; 100.000 signatures suffisent pour proposer au vote de tous les citoyens un amendement à la Constitution. En moyenne, la Suisse en organise quatre par an.

Le pays a un PIB par habitant de 50 % supérieur au nôtre et en croissance. Elle a un large excédent commercial, pas de politique industrielle, pas de taxation des plus-values mobilières, peu de taxation sur les successions : la Suisse sait choyer ses entrepreneurs. Le consommateur suisse vise le service et la qualité plutôt que le prix bas.

En Suisse, la sphère publique représente par ailleurs moins de 30 % du PIB (à comparer à 57 % chez nous). Elle est organisée en trois strates (au lieu de cinq en France) : le fédéral, le cantonal, la ville. Chaque strate coûte à peu près 10 % du PIB et pratique l’équilibre budgétaire… La dette publique est de 33 % du PIB.

L’Etat n’intervient pas dans le domaine social (santé, chômage, retraite) ; celui-ci est confié exclusivement aux entreprises et aux syndicats. Le chômage (3,4 %) montre qu’un système décentralisé et des syndicats pragmatiques protègent efficacement les travailleurs.

Les Suisses valorisent le travail. Sa durée officielle est 42 heures par semaine. On prend sa retraite à 65 ans. Un récent référendum a refusé la cinquième semaine de congés, arguant du fait que la force de la monnaie interdisait de réduire la durée du travail, sauf à éroder la compétitivité.

Quelques points à retenir et à méditer : un chômage trois fois moins élevé que chez nous ; un Etat moins étendu que le nôtre, moins coûteux et trois fois moins endetté ; la foi dans la valeur travail et dans la vertu du référendum populaire.

Indispensables multinationales, article de Xavier Fontanet paru dans les Echos du 28 mars 2013

6 Avr

Dans les pays suradministrés ou, comme en France, on voit dans l’Etat le moteur de la société, on tend à présenter les grandes entreprises comme des monstres apatrides, échappant à l’impôt et experts en délocalisation. Ceux qui les construisent sont indignés par ces visions trompeuses et peu respectueuses. Il n’y a certes pas que des saints dans les multinationales, mais c’est une erreur de voir le mal partout, car l’immense majorité est honnête et contribue au progrès des pays.

En vérité, ces entreprises se constituent en se concentrant sur un métier partout dans le monde. Il n’y a pas recherche de pouvoir mais volonté d’exceller et de rendre service. Le profit, même élevé, n’est pas le fruit de leur cupidité, mais la récompense donnée par des clients libres à celles qui les ont le mieux servis. Elles ne sont pas nomades mais intégrées aux pays, respectent leurs lois, participent au développement et s’adaptent aux caractéristiques locales. Elles voient dans les spécificités des sources de créativité et rapprochent les peuples en faisant grandir paisiblement en leur sein des collaborateurs de toutes les nations du monde.

Il y a harmonie entre les intérêts des pays et ceux des grandes entreprises. Ces dernières ont besoin d’Etat de droit, de sphères publiques compétitives, de citoyens formés et comprenant l’économie. En retour, elles donnent à chaque citoyen les bénéfices d’une échelle mondiale, installent des usines et des centres de recherche. Seulement il y a une condition pour qu’un pays travaille bien avec ces entreprises : qu’il soit lui-même attractif et compétitif. On s’entend entre champions. Reprocher l’optimisation fiscale à des entreprises qui rêvent d’harmonisation fiscale entre pays est un aveu de non-compétitivité. Les entreprises mondiales donnent aux pays une occasion unique de se situer les uns par rapport aux autres, c’est une chance : acceptation de la concurrence, humilité et remise en cause, ça a toujours fait progresser !