Le fardeau de l’agriculteur – chronique aux Echos

30 Mar

Le Salon de l’agriculture n’a pas permis d’expliquer ni ce qui arrive (l’agriculteur ne gagne plus sa vie) ni où l’on va (ce que l’on fait pour changer les choses). Voilà un métier, vital pour notre communauté (l’agriculteur nous nourrit), qui a fait des progrès technologiques considérables, qui demande beaucoup de savoir-faire, où l’on travaille plus que la moyenne, qui était rentable il y a quarante ans et ne l’est plus… alors qu’en Allemagne il l’est de plus en plus.

Une analogie avec l’industrie de l’aluminium permettra probablement d’éclairer le sujet. L’électricité représente 40 % du prix de revient d’une barre d’aluminium. Son prix est trop élevé en Europe, les usines se démontent pour aller là où elle est moins chère. C’est logique.

Remplacez « aluminium » par « agriculture » et « électricité » par « sphère publique ». Tout le monde sait que cette dernière occupe 57 % du PIB en France et 44 % en Allemagne, mais personne n’a compris les conséquences de ce différentiel de 13 % sur le coût des produits, alors qu’il est fondamental : 57 % est la part du prix de revient du produit gérée par la sphère publique ; 43 % (son complément à 100) est la part que l’entreprise privée contrôle.

Un peu d’attention ! Le multiple qui permet de passer du coût privé au coût total en France est de 100/43, soit 2,32 (d’accord ?) ; 56 % (100/44) étant la part de la sphère privée en Allemagne, le même multiple en Allemagne est de 100/56, soit 1,78 (vous suivez ?). A même productivité privée, le produit allemand ressort donc de 23 % moins cher (178/232) ! Les produits agricoles français, qui sont en général à 100 % de valeur ajoutée française, sont coulés par notre sphère publique, comme les lingots d’aluminium européens le sont par le prix de l’électricité. Le jour où nos hommes politiques (et nos économistes) comprendront que, à force d’avoir laissé la sphère publique grossir, ils ont épuisé les agriculteurs (et aussi les industriels) par les charges qu’ils ont fait peser sur l’économie exposée, les choses commenceront à aller mieux.
En savoir plus sur le site lesechos.fr

Mettre fin à la folie fiscale sur le capital

29 Mar

Article paru dans les Echos

1024px-les_echos_logo-svg

Alcatel, Lafarge, Alstom, Technip, Dentressangle, Montupet, Faiveley : la liste des fleurons dont le siège a récemment quitté notre pays est plus longue encore que ces seuls exemples. Que nous arrive-t-il ?

La raison est très simple : la base actionnariale française s’est effondrée depuis une dizaine d’années. L’Association nationale des sociétés par actions (Ansa) démontre que c’est l’une des conséquences de la fiscalité confiscatoire sur le capital en France. Résultat, notre CAC est désormais largement possédé par des actionnaires étrangers.

Au lieu de se poser des questions sur notre attractivité de place, on accuse nos groupes d’optimisation fiscale. En réalité, les taux d’impôts consolidés ne font que refléter le fait que nous avons le taux d’IS (33 %) le plus élevé du monde.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là pour expliquer la perte de nos fleurons. On démontre facilement qu’à rémunération à long terme identique, le membre d’un comité exécutif français gagnera (après impôts) la moitié de ce que peut espérer son collègue singapourien. Comment diriger sans pouvoir récompenser ses équipes aussi bien que ses concurrents ? Là encore, le résultat est sans appel : de nombreuses directions opérationnelles quittent le pays, même si les sièges juridiques y restent encore.

Tous les pays ayant maintenant compris que les belles entreprises contribuent à la prospérité, la bataille pour les attirer à coup de baisse de l’IS ne fait que commencer. On peut facilement prévoir que le taux de l’impôt sur les sociétés descendra dans les années qui viennent à 17,5 %.

Il est urgent d’arrêter notre folie fiscale. Elle est la triple consé­quence d’une préférence pour le consommateur, d’une philosophie redistributrice (qui surcharge l’entreprise ainsi que son actionnaire) et d’une sphère publique bien trop coûteuse. Si on regarde les chiffres, cette folie est mortifère pour l’économie.

Dans un monde concurrentiel, un pays ne peut caler une dépense publique au-dessus de ses voisins ; la société tout entière paye cette erreur, de l’entreprise la plus compétitive à la personne la plus pauvre, privée d’emploi faute d’une croissance suffisante. Passer de 57 à 45 % du PIB sur douze ans (-1 % par an) en baissant parallèlement les impôts est la mère de toutes les réformes.
En savoir plus sur le site des échos

Les vertus de la concentration – Chronique aux Echos

23 Mar

Quand on parle de téléphone aux politiques, on retombe toujours sur le débat théorique du nombre optimal d’opérateurs. Soyons concrets, partons des chiffres et cantonnons-nous aux trois opérateurs traditionnels, France Telecom, SFR et Bouygues. Leurs parts de marché respectives de 35 %, 24 % et 16 % entraînent des marges de 27,5 %, 17,5 % et 12,5 %, correspondant à des coûts opérationnels de 72,5 %, de 82,5 % et de 87,5 %.

Les coûts sont donc liés à la part de marché et, chaque fois que celle-ci double, ils baissent d’environ 15 %. Si on recherche ce qui se passait il y a dix ans, on retrouve la même relation.

Il y a donc une règle d’airain qui explique à la fois pourquoi les prix baissent dans les métiers en croissance et pourquoi (contrairement à la culture ambiante) la concentration d’une industrie sert du même coup le consommateur et le producteur.

Cette règle est connue sous le nom de « courbe d’expérience ». On devrait l’enseigner dans toutes les écoles pour que chacun de nous en soit conscient et qu’on ne puisse pas raconter n’importe quoi. Elle prédit que la concentration de 50 % des volumes d’une industrie entre les mains d’un leader gagnant 20 %, produit des prix de 15 % plus bas qu’une concurrence dite « pure et parfaite », où le marché serait partagé entre 10 concurrents. L’affaire ne s’arrête pas là, car le champ géographique va s’étendre et le jeu se fera, un jour, à une échelle cinq fois plus grande, celle du marché européen. La taille permettra alors au leader qui émergera de baisser encore les prix, à service identique, d’au moins 40 %. Il est urgent que les autorités de la concurrence prennent conscience de ce mécanisme d’évolution des coûts afin de ne pas entraver la constitution de leaders mondiaux d’origine européenne. Il faut aussi l’expliquer à ceux qui voient dans la déconstruction de la mondialisation la solution à tous nos problèmes, pour qu’ils comprennent que la logique du repli sur soi casse la compétitivité et fait s’effondrer le pouvoir d’achat.

Xavier Fontanet

En savoir plus sur le site lesechos.fr

Sortir du piège de la dette – chronique aux Echos

16 Mar

1024px-les_echos_logo-svgPSA nous donne depuis quatre ans une formidable leçon d’efficacité opérationnelle. C’est parce que les comptes ont été redressés par le travail du patron, de chaque employé et l’appui des syndicats que le projet Opel est envisageable. Ce projet va réussir : dans les métiers à effet d’expérience, le gain de part de marché à partir d’une situation solide est toujours rentable quand il est bien exécuté.

L’affaire Opel est en fait stratégique puisque, à cinq millions de véhicules, le jeu de PSA peut être décisif dans la construction du leader mondial qui va se jouer dans les dix ans. Les efforts opérationnels d’hier permettent la stratégie de croissance d’aujourd’hui.

Si l’on en juge par l’évolution des marges, passées de – 4 % à 6 %, c’est une baisse de coût d’au moins 10 % obtenue en cinq ans. Notre sphère publique aurait réalisé cet exploit, ce seraient 125 milliards économisés qui auraient permis d’annuler le déficit, de baisser les impôts et de relancer la croissance du pays.

Que faut-il faire pour que la sphère publique réalise une performance analogue ?

Chez PSA, les employés savaient que l’entreprise risquait la faillite, cette prise de conscience a permis la mobilisation. Un pays peut aussi faire faillite (les exemples abondent), mais on a popularisé en France l’idée d’« Etat providence » ou la formule trompeuse « l’Etat paiera », qui font croire que l’argent tombe du ciel, en empêchent la mobilisation, condition essentielle de toute réforme sérieuse.

A l’heure où les détenteurs de dette française tentent de la vendre (signe annonciateur d’une remontée des taux d’intérêt), il est impératif de passer des feuilletons télévisés actuels sur l’élection présidentielle à l’évocation du seul sujet qui compte : la réduction de la dette, qui passe par un retour à des finances publiques en excédent. Voila la pierre angulaire de toute politique. C’est ainsi que nous retrouverons la croissance, donnerons des emplois aux jeunes et garantirons l’indépendance de notre pays.
En savoir plus sur le site des Echos

Un article sur « que Chacun s’y mette » dans ENJEUX

15 Mar

 

Merci au magazine ENJEUX d’avoir sélectionné « Que chacun s’y mette » dans ses livres du mois.

Voir l’article en PDF, en cliquant ici

 

Pour commander le livre, cliquez ici pour amazon

cliquez là pour fnac.com

ou en librairie !

 

 

 

Leçon d’horlogerie pour l’automobile – Chronique aux Echos

9 Mar

1024px-les_echos_logo-svg

Les automobiles vont-elles devenir des smartphones sur roues, comme l’annoncent de nombreux articles ? En ce moment s’ajoutent aux batailles entre les concurrents traditionnels de formidables évolutions technologiques : l’électronique pour la conduite sans conducteur, et la substitution des composants mécaniques traditionnels par des moteurs électriques et des batteries.

On a connu cette histoire il y a quarante ans, avec le lancement par Texas Instruments des montres électroniques. Les Suisses, bousculés pendant quelques années, réussirent à reprendre le contrôle de la situation. Voici comment. Dans une montre, il y a trois types de valeur ajoutée : le mécanisme, le couple boîtier-bracelet et la distribution. La technologie du mécanisme passa à l’électronique. Les Suisses, qui étaient des mécaniciens, souffrirent, mais la valeur du mécanisme s’effondra à cause de l’effet d’expérience. Les horlogers suisses s’appuyèrent sur leurs points de force (boîtiers-bracelets et distribution) pour tenir bon, apprendre l’électronique et revenir dans le jeu. Texas Instruments rata son intégration aval et Intel, resté à l’amont, en profita pour creuser l’écart dans les composants. L’électronique va rentrer dans l’auto, mais son coût va baisser ; l’électrique va se substituer à la mécanique, mais la carrosserie et la distribution vont rester les bases de coût prédominantes. Un autre argument milite en faveur des constructeurs : le secteur est trop petit pour les grands du Web. La capitalisation d’Apple, c’est 10 fois celle de GM, investir directement dans l’automobile, c’est probablement refaire l’erreur de Texas Instruments. La montre est un des emblèmes de la Suisse, et l’automobile, un des domaines d’excellence de la France. Nos constructeurs ont un immense défi à relever, mais la partie est jouable. Il faut que toutes les parties prenantes de l’entreprise comprennent de quoi il retourne, et accompagnent sa transformation en lâchant les métiers condamnés pour apprendre ceux qui compteront dans le futur.
En savoir plus sur le site lesechos.fr

Une question d’expérience – Chronique aux Echos

2 Mar
1024px-les_echos_logo-svgCeux qui pensent qu’une économie peut être protégée de la mondialisation par des droits de douane devraient se faire expliquer « l’effet d’expérience ». Découvert par le Boston Consulting Group dans les années 1980, il n’est connu que par les entreprises, car il n’a pas intéressé les économistes. Il s’observe dans les activités de production et explique que les prix (et donc les coûts) chutent d’un pourcentage fixe chaque fois que la production cumulée double. La loi de Moore est sa déclinaison la plus connue et la plus facile à appréhender : elle s’applique aux microprocesseurs, où ce doublement se réalise en peu d’années, et la chute des prix qui en découle se voit à vue d’oeil. Cet effet explique également les marges des grands fabricants d’automobiles : ceux qui produisent 10 millions de voitures gagnent en gros 10 %, ceux qui sont à 5 millions gagnent environ 5 % et ceux qui sont sous les 2 millions ont du mal à être rentables.

En conséquence, fermer les frontières d’un pays comme le nôtre, qui ne représente que 5 % du marché mondial, est une folie : c’est réduire la taille de toutes les entreprises exportatrices, casser l’effet d’expérience, faire exploser les coûts et s’effondrer le pouvoir d’achat.

Difficile à comprendre quand on n’a jamais travaillé dans une entreprise qui vit de l’exportation. L’histoire montre que lorsque les élites d’un pays ne perçoivent pas les ressorts du monde qui les entoure, elles prennent des mesures inappropriées, et les peuples vont à leur perte. On pourrait suggérer, à court terme, un cours d’économie pour certains candidats avant qu’il soit trop tard… Et, à moyen terme, des quotas d’entrepreneurs au gouvernement, comme on l’a fait dans les conseils d’administration pour les femmes. Enfin, à long terme, une loi constitutionnelle demandant aux membres de la fonction publique de démissionner s’ils se présentent à la députation, afin d’assurer une variété dans le personnel politique et de donner plus de place aux gens issus de la sphère privée.
En savoir plus sur  le site des échos