Du bon usage du private equity- chronique aux Echos

9 Nov

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Si on vous dit Alvest, Fives, Ortec, Sebia ou Ceva, il est probable qu’aucun de ces noms ne vous dira quoi que ce soit. Voilà pourtant de grandes ETI (entreprises de taille intermédiaire), dont les chiffres d’affaires sont compris entre 350 millions et 2 milliards d’euros. Elles sont françaises, leaders mondiaux sur des créneaux technologiques et de forte valeur ajoutée. On n’en parle pas, car elles sont privées, donc non cotées, et par voie de conséquence moins connues. Quand on prononce le terme de « leverage buy-out » (rachat avec effet de levier), peu de gens savent de quoi il retourne… Quant à ceux qui ont une culture économique, ils pensent immédiatement à « Barbarians at the Gate », nom du thriller relatant le rachat par emprunt de RJR Nabisco (le premier LBO) réalisé fin des années 1980 aux Etats-Unis. Quant à la dénomination « private equity » (capital-investissement), ce n’est pas beaucoup mieux, le mot évoque dans le meilleur des cas finance obscure et rapacité. Eh bien, ces cinq sociétés ont acquis leur leadership en passant par des LBO conçus par des « private equity » ! Si des échecs patents ont été médiatisés, quand ça s’est bien passé, on n’en a pas parlé, et c’est dommage, car les succès sont nombreux ! Les fonds de « private equity » (qu’il serait sage de rebaptiser, selon les cas, fonds d’innovation, fonds de transmission ou fonds de développement) peuvent accompagner la vie des entreprises. Ils peuvent être là au démarrage. Ils peuvent aider les familles à passer la main à d’autres investisseurs. Avec une injection de capital et une dette correctement calculée dans un esprit de développement, ils peuvent aider une PME française à changer d’échelle en conquérant le monde. Nous avons subi en France pendant beaucoup trop longtemps une fiscalité confiscatoire sur le capital, nous avons encore sur les successions les taux d’imposition les plus élevés au monde. Les raisons du retard que nous enregistrons sur l’Allemagne en grosses ETI et en exportation se trouvent en grande partie là. Arrêtons de jeter la pierre sur cette profession, elle peut aider notre pays à le combler.

Toujours un train de retard – Chronique aux Echos

19 Oct

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La reprise par l’État de l’ensemble de la dette de la SNCF a été présentée comme un acte normal, et les syndicats eux-mêmes n’ont probablement même pas réalisé l’énorme charge qui était passée pour leur compte sur le dos de leurs concitoyens : environ 1.700 euros de passif supplémentaire pour chaque foyer fiscal, et 3.500 euros pour ceux qui paient l’impôt. Ceci est d’autant plus malvenu que la dette tutoie le PIB et que le budget est toujours en lourde perte. Encore une belle occasion ratée de faire de la pédagogie économique. On aurait pu lancer un projet franco-européen, mettant sur la table l’idée d’une fusion de Deutsche Bahn et de la SNCF, suivie d’une cotation. La nouvelle entreprise aurait misé sur la force de la SNCF en transport de voyageurs et celle de la Deutsche Bahn en transport de marchandises ; elle exploiterait les possibilités d’aller à 500 km/h sur un territoire désormais adapté à cette fabuleuse technologie. L’extension à la France du modèle allemand de transport par train des marchandises aurait permis de contenir l’encombrement des autoroutes et les accidents que provoque la cohabitation de véhicules aux caractéristiques très différentes. Et le projet aurait réduit la facture écologique. La Deutsche Bahn aurait probablement été leader en capital (le prix à payer pour apporter la dette à l’entreprise). Le fin du fin aurait été évidemment de doter largement d’actions le personnel qui accepterait de prendre un contrat analogue à celui des entreprises privées. Si elle veut à terme garder son rang de grande puissance dans le monde, l’Europe a besoin de grands projets porteurs de sens comme celui-là.La France et l’Allemagne en sont les piliers, c’est à elles de montrer la voie. Il est toujours possible de relancer l’idée, mais nous avons maintenant cette nouvelle dette sur les bras. Bien plus grave, à cause du message d’aisance financière qu’a passé cette reprise en catimini, les Français croient toujours en cette fiction mortifère et inhibitrice de vraies réformes qu’est l’État providence.

 

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Pistes de croissance – Chronique aux Echos

11 Oct

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On a assez peu parlé du récent congrès de l’Association des domaines skiables de France, qui regroupe l’ensemble des sociétés de remontées mécaniques, parce qu’il s’agit d’une « petite » profession de 17.000 personnes. Cette profession est pourtant un atout majeur pour notre pays, parce qu’elle tire l’industrie du ski, contributeur significatif à notre balance commerciale. Voilà encore un leader mondial français méconnu. Tout n’est pourtant pas facile ; le marché est plat depuis une dizaine d’années, en partie parce que les classes de neige, moyen par excellence de développement du marché, ont été abandonnées sous l’avalanche de normes de sécurité qu’on leur a imposées. Ce n’est pas facile, parce que nous avons deux redoutables concurrents, les Américains et les Autrichiens, dont les qualités d’accueil et de service sont proverbiales. Autres atouts autrichiens, leurs écoles mettent tous les enfants sur des skis et leurs écologistes ont compris que la neige de culture n’était pas une atteinte à l’environnement. La France a une carte splendide à jouer : elle dispose, grâce à son système de concession, des plus puissantes sociétés des remontées mécaniques au monde. La Chine se met au ski et va, à elle seule, redynamiser l’ensemble du marché. Il faut aider ces entreprises de remontées à conquérir le monde, car elles seront des promoteurs efficaces de nos propres stations. Ce métier est très lourd en capital, et une rentabilité décente suppose des marges confortables. Tout cela demande donc de la sagesse à notre sphère publique qui ne doit voir dans cette profession, en cette période où elle cherche l’argent par tous les moyens, une vache à lait qu’elle peut traire. Il faut au contraire qu’elle laisse ces sociétés réinvestir et leur simplifie la vie en les protégeant de la prolifération de normes en tous genres dont notre pays a le secret. Voilà encore une occasion de démontrer notre talent à nous, Français, et d’aller vers la prospérité que nous méritons tous.

Un nouveau modèle pour les données. Chronique aux Echos

5 Oct
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Les ratés de Facebook et le problème des fake news ne sont qu’un avant-goût de ce qui peut arriver tant que la gouvernance de l’utilisation des données n’est pas assez encadrée. Voilà une opportunité pour l’Europe de rattraper son retard dans le numérique. En ce qui concerne Internet, nos gouvernants européens ont une stratégie essentiellement fiscale. Ils ne prennent pas le problème à sa racine. Le modèle « tu me donnes tes données, je te donne mes applis » s’apparente à un troc gigantesque : si l’on prend l’exemple de Google, chaque client (il y en a 1 milliard) apporte aux actionnaires en moyenne 750 euros. Est-ce juste quand cela se produit à une telle échelle, et que cela permet de remonter les profits au niveau mondial pour les allouer là où l’on veut ?

En imposant que, sur le sol européen, chacun vende ses données et achète ses applis, on pourrait faire d’une pierre trois coups.

Premièrement, les clients européens (le quart de ceux de Google) ont permis de créer 250 milliards de valeur et Google n’est qu’un des acteurs concernés. Vu les masses en jeu, remonétiser le contrat de départ rapportera beaucoup plus que l’éventuelle taxation des profits localisés ailleurs. Deuxièmement, le contrôle des fake news sera facilité, puisque derrière chaque e-mail il y aura une personne ou une organisation qui devra montrer patte blanche. Troisièmement, il y a enfin une vraie segmentation stratégique à proposer aux internautes, avec un nouveau modèle : « je vends mon appli, mais je ne touche pas à vos données ». Ce serait une vraie opportunité pour de nouvelles start-up qui attireront des cerveaux américains et chinois en leur donnant une partie du capital de ces nouvelles entreprises. On pourrait même imaginer qu’elles donnent des stock-options aux premiers clients ! Si elles démarrent bien en Europe, elles prospecteront à leur tour en Chine et aux Etats-Unis, car il y a fort à parier qu’il va être de plus en plus difficile de contrôler correctement le traitement des données. En affaires, les carottes ne sont jamais cuites !

Podcast : Interview avec Philippe Ungar

30 Sep

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Écoutez cette interview réalisée avec Philippe Ungar, en cliquant ici

(et faites défiler)

 

 

L’Etat marche sur la dette ! Chronique aux Echos

21 Sep
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L’Etat reprend la dette de la SNCF. Soit. Mais le sujet mérite une explication. Il y a, certes, eu négociation et réforme, mais les Français ne peuvent s’empêcher de penser qu’on a cédé et que nos cheminots s’en tirent drôlement bien parce qu’ils ont leur part dans la montée de la dette. Au bout du compte, c’est chaque Français qu’on aura endetté de force.

L’Insee vient de faire les comptes : comme il fallait s’y attendre, la dette de l’Etat grimpe encore cette année et frôle les 100 % du PIB. Raisonnons comme si l’Etat était une entreprise : par rapport aux recettes des administrations publiques, soit 1.232,8 milliards (et non par rapport au PIB), la perte représente 5 % (au lieu de 3 %) et cette situation dure depuis la mort du regretté Pompidou.

Avec de telles pertes, la situation nette de l’ensemble des administrations publiques ne peut être brillante : effectivement, la situation nette très négative de l’Etat est compensée par celle positive des collectivités locales. Au total, la différence entre l’actif et le passif est de 209,4 milliards en 2017, une somme quasiment nulle à l’échelle du pays et qui diminue.

Ceci ne tient pas compte des passifs hors bilan (engagements de retraites des fonctionnaires de 2.212 milliards, garantie de protection de l’épargne de 420 et quelques autres passifs rappelés dans le Compte général de l’Etat de 2017). Si on comptabilise bien, il y a donc un gros trou. Il est donc dommage que la reprise de la dette de la SNCF se soit faite en catimini. Chaque Français doit comprendre que, aujourd’hui, l’Etat n’a plus un sou vaillant. L’expérience de nos voisins a montré que les vraies réformes passent quand le peuple a compris que la situation financière était grave et que l’argent ne tombera plus du ciel.

L’Etat ne se gère pas comme une entreprise, mais l’histoire démontre qu’une dette est une dette et que les cigales finissent toujours par passer à la caisse.

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Des champions de moins en moins français – Chronique aux Echos

6 Sep
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Une étude de l’Institut français de gouvernement des entreprises s’est intéressée à l’évolution sur dix années de la part française des effectifs, du chiffre d’affaires et du capital de 85 de nos plus grandes entreprises – leur valeur ajoutée cumulée représentant environ un tiers de notre PIB.

Le résultat mérite d’être médité. Les pourcentages ont évolué entre 2005 et 2015 de 40 à 30 % pour les effectifs, de 34 à 25 % pour le chiffre d’affaires et de 76 à 56 % pour le capital. Ca en dit long sur la vitesse à laquelle les entreprises se mondialisent, surtout quand on sait que les têtes de liste ont aujourd’hui moins de 10 % de leur activité en France.

Excellente nouvelle démontrant que nos grandes entreprises tiennent la route dans la concurrence mondiale. Indication également très importante, car ce qui est vrai pour nous l’est aussi pour les autres, les entreprises ayant leurs sièges sociaux chez nos voisins pouvant décider d’offrir du travail, ici, chez nous.

Ces constatations simples devraient transformer l’idée qu’on se fait des politiques publiques et sociales. A l’évidence, la stratégie d’une sphère publique ne consiste plus à « stimuler son économie » par la dépense publique. Il s’agit d’attirer, par son image d’excellent gestionnaire public, les emplois que créent les entreprises.

L’Etat doit se reconcentrer sur le domaine régalien, veiller à ne pas étouffer le dynamisme régional, juguler l’inflation des règlements et s’assurer que ses coûts ne dépassent pas ceux de ses voisins. Nos syndicats ont à redorer une image de marque gravement dégradée par les grèves intempestives dans des entreprises emblématiques du pays.

Les entreprises n’investiront désormais que là où l’on est « business friendly ». Nos voisins scandinaves, anglais, hollandais, suisses et allemands, avec leur chômage largement moitié du nôtre (quasiment le plein-emploi) réussissent très bien à ce petit jeu. Ils n’ont pas l’air malheureux pour autant… Eh bien inspirons-nous un peu plus de leur approche !

 

 

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Grâce aux «business games», les entrepreneurs peuvent s’entraîner en ligne avant de se lancer – Article paru dans le Figaro

13 Août

Voir l’article dans son intégralité, aller sur le site du Figaro

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Depuis plusieurs années, les jeux de simulation se multiplient dans les écoles de commerce et les entreprises. Qu’ils permettent à un entrepreneur en herbe de tester sa stratégie sans risquer la faillite ou à une société de mettre à l’épreuve ses recrues, ces mondes virtuels connaissent un succès bien réel.

«L’échec est la mère du succès.» Bon nombre d’entrepreneurs ont fait de ce proverbe chinois leur mantra. Reste que l’échec est moins douloureux lorsqu’il survient dans un jeu de simulation que dans le monde réel. Et c’est là tout l’intérêt des «business games», qui font florès au sein des écoles de commerce et des entreprises depuis quelques années. Décrocher un contrat face à des concurrents imaginaires, redresser la situation d’une filiale au bord de la faillite… Sur un smartphone ou un ordinateur, les entrepreneurs en herbe ont trouvé dans ces jeux de stratégie un outil précieux pour apprendre de leurs erreurs avant de créer leur société.

Signe de ce succès, les entreprises s’en servent pour mettre à l’épreuve leurs potentielles recrues, ou former leurs salariés. Pionnier en la matière avec son jeu «Brandstorm» en 1992, le groupe L’Oréal a lancé en 2010 un business game permettant au joueur de découvrir les différents métiers de l’entreprise avant d’y postuler. En 2015, l’opérateur Orange embrassait lui aussi la tendance avec «quizz Cube», un jeu destiné à familiariser ses salariés avec son plan stratégique «Essentiels 2020».

Dans la peau d’un chef d’entreprise

Strathena, le jeu proposé cet été par BFM Business, vient s’ajouter à cette liste. Imaginé par l’ex-PDG d’Essilor, Xavier Fontanet, et développé par Interactive 4D, une société spécialisée dans les business games, ce concours vient faire écho aux cours de stratégie donnés par ce dernier à l’antenne de la chaîne d’information économique depuis le début de l’année.

Le principe? Le joueur endosse le costume de président du conseil d’administration d’une chaîne de boulangerie puis d’un constructeur automobile. Face à ses concurrents ou à une intelligence artificielle, libre à lui de prendre les décisions opportunes pour faire prospérer son entreprise. «Le joueur commence dans une région et doit ensuite gagner des parts de marché dans toute la France. Il peut choisir où implanter ses usines, émettre des actions, investir dans la recherche…», détaille Xavier Fontanet, qui rappelle que «ce sont ces choix qui font le succès ou l’échec d’une entreprise».

Une vocation pédagogique

L’idée de ce jeu a germé voilà quelques mois dans l’esprit de cet ancien chef d’entreprise fasciné par le génie stratégique des férus de jeux vidéo. Le point de départ de ce projet? La passion que voue à la pédagogie celui qui intervient régulièrement à HEC à l’occasion de conférences et de cours. Mais surtout, le «manque de compréhension du monde de l’entreprise» dont souffriraient, selon lui, les Français. «Beaucoup de gens ne comprennent pas à quoi sert un profit ni comment fonctionne la mondialisation», assure Xavier Fontanet. Une ambition éducative qui a su convaincre BFM Business, dont le décryptage des mécanismes financiers est l’un des axes éditoriaux. «On recevait beaucoup de questions de téléspectateurs qui souhaitaient des conseils sur leur stratégie d’entreprise. L’idée du jeu est donc de les aider, qu’ils soient entrepreneurs ou qu’ils aspirent à l’être, à éviter les pièges qui pourraient se présenter à eux», explique le journaliste Frédéric Simottel, qui campe le rôle de l’élève pendant les chroniques de Xavier Fontanet. Il faut dire que la chaîne a trouvé dans ce concours l’occasion d’attirer les joueurs vers ses émissions de stratégie d’entreprise diffusées en replay sur le site du jeu, et de développer l’audience de ses nouveaux programmes à la rentrée.

Les joueurs dont l’entreprise sera la plus florissante à la fin de l’été seront invités en septembre à révéler les clés de ce succès virtuel sur le plateau de la chaîne. L’avenir du simulateur, lui, semble tout tracé: des cabinets de recrutement se seraient déjà approchés de Xavier Fontanet pour l’adapter à leur activité.

La meilleure façon de construire l’Europe – Chronique aux Echos

6 Juil

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Simone Veil, grande Européenne, aurait approuvé le général de Gaulle quand ce dernier disait : « La meilleure façon de construire l’Europe, c’est que les Européens bâtissent ensemble hors d’Europe ! » Pour les entrepreneurs, cela veut dire créer des groupes européens capables de concurrencer les meilleurs mondiaux (au passage une jolie réponse à Trump !) Chacun de nous sait bien que l’une des clefs de la construction européenne est le rapprochement franco-allemand. On n’a pas prêté assez attention aux rapides progrès réalisés dans cette direction depuis un an car, à l’échelle du temps long, beaucoup de mouvements se sont effectués entre les entreprises françaises et allemandes.

Alstom et Siemens ont rapproché leurs divisions transport avec une prééminence allemande. Peugeot vient de racheter Opel. Parlant d’Air France, la piste évoquée dans les journaux est celle d’un adossement à un groupe d’hôtellerie. Soit. Mais il est toujours sain d’envisager plusieurs hypothèses, et le rapprochement d’Air France-KLM avec Lufthansa, fût-il sous la tutelle allemande, constituerait l’un des plus grands groupes mondiaux. Il serait capable d’acheter des sociétés comme easyJet dans la foulée et pourrait briguer le leadership dans le marché en très forte croissance des low cost. Il serait de taille à concurrencer Emirates dans le long-courrier par l’addition des réseaux actuels. Nous avons, avec Airbus, une preuve de succès dans un autre grand métier mondial. Cela suppose que les syndicats français redorent leur image auprès de leurs collègues allemands – et néerlandais ! – par un comportement désormais exemplaire.

Soufflons-leur un conseil : la concurrence mondiale va être dure et le meilleur service à rendre aux employés n’est pas de jouer le rapport de force à court terme en local avec le patron, c’est de l’aider à construire, par des rapprochements, une entreprise qui tiendra sur la durée face aux plus grands mondiaux. La majorité des Français et des clients de la compagnie en est persuadée

Les créateurs et les exécuteurs

29 Juin

1024px-les_echos_logo-svgForbes vient de sortir son classement annuel des 100 entreprises les plus innovantes. Sans surprise, 52 américaines, 25 asiatiques, 21 européennes, pas si mal pour l’Europe. Quand on décortique l’Europe, la France place 5 entreprises (Hermès 29e, Dassault Systèmes 48e, Essilor 52e, Sodexo 72e, L’Oréal 94e), le Royaume-Uni 5, le Benelux 6, les autres 6.

Pas si mal pour la France, qui représente 4 % du PIB mondial. Surprise par contre pour l’Allemagne, poumon industriel de l’Europe, seul pays occidental équilibrant ses comptes avec la Chine, qui ne place pas d’entreprise dans ce classement.

N’en tirons pas de conclusion hâtive. Insistons plutôt sur ce que la France et l’Allemagne peuvent s’apporter. Lorsqu’on met ensemble la capacité créative française et la puissance d’exécution des Allemands (comme on l’a fait avec Airbus), le cocktail est détonant. Plus facile à dire qu’à faire !

La créativité et la capacité à réaliser sont des talents contradictoires et difficiles à faire coexister : créer, c’est sortir des règles et des sentiers battus, bien exécuter, c’est savoir tenir une ligne avec discipline et rigueur.

Pourtant, faire travailler ensemble ces talents opposés est le secret des grandes réussites. Cette alliance entre la France et l’Allemagne est essentielle pour que l’Europe se fasse et soit forte face aux Américains et aux Asiatiques. Elle demande des efforts réciproques. Les Allemands doivent passer sur nos défauts pour bénéficier de nos qualités. Les Français doivent comprendre que les discours ne suffisent pas et qu’ils ne seront crédibles auprès des Allemands que lorsqu’ils seront passés par la case réforme et quand leurs comptes publics seront présentables.

Les Français sont capables de grandes choses, mais il leur faut de grands desseins. S’ils comprennent que leur propre réforme est une pierre angulaire de la construction européenne et que celle-ci peut peser sur le monde, il est alors possible qu’ils s’y mettent enfin !