Les leçons de Belfort – Chronique aux Echos

29 Sep

La responsabilité du PDG d’Alstom est de veiller à la compétitivité du groupe, il est dans son rôle quand il prend la difficile décision de fermer à terme l’usine de locomotives de Belfort. On ne peut pas en dire autant du gouvernement qui cherche à s’y opposer (alors que l’Etat est minoritaire), au risque de créer un conflit d’intérêts vis-à-vis des autres actionnaires. Il n’est pas non plus dans son rôle quand il tente de forcer la SNCF à passer des commandes alors que celle-ci est en perte et surendettée – ceci à cause du départ à la retraite trop précoce de ses agents et de syndicats déraisonnables, que le monopole de leur entreprise et la nature de son activité rendent bien trop puissants.

Seulement voilà, la concurrence entre filières, ça existe : les prix trop élevés et les grèves sauvages, ça se paie toujours un jour ; le rail perd des parts de marché par rapport à la route, les « cars Macron » et BlaBlaCar en étant la plus récente manifestation. C’est dans cette chute de volume que réside le problème de Belfort, et son maire n’y peut rien.

N’allons surtout pas conclure que cette fermeture est la faute de l’économie de marché. Celle-ci fonctionne, le consommateur (vous et moi) choisit le mode de transport le plus économique, et c’est normal. Le transport dans son ensemble est en croissance et l’emploi y grandit, mais il se déplace. Il faut expliquer, même si la leçon est rude, que si nous voulons exercer notre liberté de consommateur, nous devons accorder de la flexibilité au producteur, ce qui veut dire accepter aussi sa décroissance.

Plusieurs leçons sont à tirer de l’épreuve qu’affronte Belfort :

1. La décroissance d’un marché résulte des décisions de consommateurs nombreux et raisonnables, il est difficile d’aller contre elle.

2. Une ville doit diversifier ses emplois.

3. Les participations minoritaires de l’Etat n’ont plus grand sens.

4. Il faut repenser le rôle des syndicats s’ils peuvent bloquer la société en empêchant leurs entreprises de fonctionner.

Xavier Fontanet

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La violence de l’ISF – chronique aux Echos

22 Sep

L’ISF est populaire, 71 % de nos concitoyens se prononcent encore aujourd’hui contre sa suppression. Une action amenant toujours une réaction en sens inverse, le pays s’est, en fin de compte, tiré une balle dans le pied. Quelque 300.000 personnes (1 % des ménages ) assurent 33 % de l’IR et 100 % de l’ISF, c’est dire leur poids dans les recettes publiques. En majorité, ce sont des entrepreneurs. Selon New World Wealth, 43.000 auraient quitté notre pays depuis quatorze ans, avec leur famille ; cette saignée, de probablement 500 milliards d’euros (soit 10 fois les capitaux de notre BPI), explique en partie pourquoi notre PIB marchand ne croît plus.

L’exil est le résultat d’une violence faite à des gens qui ont pourtant créé richesse et emplois. Ils se sentent punis et pensent que leur avenir n’est plus ici. Tout cela rappelle la révocation de l’édit de Nantes. On a oublié qu’à l’époque, le PIB de la France était à peu près celui de l’Allemagne, de l’Angleterre, des Pays-Bas et des Etats-Unis réunis. Le départ de 200.000 huguenots donna un coup de fouet aux industries suisses et hollandaises, ainsi qu’à l’agriculture allemande. A l’époque, La Fontaine se moquait des entrepreneurs en écrivant « La Laitière et le Pot au Lait » .

Saluons le jugement et le courage des candidats de droite et de certains hommes de gauche qui veulent l’arrêt de l’ISF. Ils ont compris que le développement est d’abord une affaire de personnes : Bill Gates et Steve Jobs, encore gamins il y a quarante ans, ont créé deux entreprises dont la capitalisation représente 50 % du PIB de notre pays ! L’ISF, s’il avait existé aux Etats-Unis, aurait chassé ces locomotives, qui tirent la region de Seattle et la Californie. Chacun d’entre nous doit donc se demander si notre pays n’a pas fait une jolie bourde en poussant dehors ces 43.000 entrepreneurs. On est en droit de penser que, s’ils étaient restés, avec leur capital et leur énergie, il n’y aurait peut être plus ici ni déficit budgétaire, ni déficit commercial, ni chômage de masse.
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La droite rattrapée par le déficit – chronique d’Yves de Kerdrel au Figaro

21 Sep

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On ne peut pas créer la confiance…

16 Sep

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Ecoles : Faites entrer l’entreprise ! Chronique aux Echos

15 Sep

La ministre de l’Education nationale vient d’amputer les programmes d’économie dans le secondaire. Bravo, que voilà une belle idée ! Surtout, ne vous arrêtez pas en si bon chemin, et passez le témoin à ceux qui savent le mieux parler de l’entreprise : les entrepreneurs ! Ils dispenseront cet enseignement gratuitement et en porteront le coût ; l’Education nationale pourra réduire ses effectifs, puisqu’on allégera son périmètre. Elle fera des économies. L’Etat baissera les impôts aux entreprises du montant de l’économie réalisée pour leur permettre de couvrir cette nouvelle charge.

Il y a beaucoup d’arguments pour aller dans cette voie : l’économie est difficile à expliquer quand on ne la pratique pas soi-même et qu’on vit en situation de monopole. C’est comme si on demandait à quelqu’un d’enseigner le ski sans l’avoir jamais pratiqué.

Ce serait ensuite un retour aux sources : hormis les fonctions régaliennes, les fonctions assurées aujourd’hui par l’Etat étaient au XIXe siècle des activités bénévoles. Il y a des expériences prometteuses en la matière, avec l’initiative Lire et faire lire d’Alexandre Jardin, et 100.000 entrepreneurs, de Philippe Hayat, qui fournit aux écoles secondaires des cours pratiqués par des cadres travaillant en entreprise.

A l’heure où la France compte 17 millions de bénévoles, qui sont en majorité des retraités actifs, l’affaire n’est pas si difficile à monter et pourrait l’être de façon économique. D’autant qu’Internet et la technologie des Mooc sont un fabuleux levier pour cette initiative.

Enfin, et peut-être surtout, on voit cette semaine dans les journaux nos économistes se disputer autour d’un livre montrant que ce qu’on enseigne à nos enfants est bien loin d’être une discipline établie. Le fonctionnement et la stratégie de l’entreprise sont, eux, des domaines connus et testés. Leur enseignement concret passionnerait les élèves et les préparerait efficacement au monde concurrentiel qui les attend.

 

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Petits cochons et sphère publique – Chronique aux Échos

8 Sep

Crise du porc, on accuse la grande distribution. Crise du lait, c’est Lactalis le coupable ! Un fait devrait pourtant nous faire réfléchir : les prix de gros du porc et du lait sont inférieurs d’au moins 20 % en Allemagne et leurs agriculteurs ne se plaignent pas. La seule explication est une différence de coût. Mais où ?

Les produits agricoles ont une valeur ajoutée 100 % locale, leur structure de coût reflète donc celle de notre PIB. Quel est le premier poste de coût du PIB ? Notre sphère publique (en quelque sorte les frais généraux de notre pays) pour 57 %. Qu’en est-il en Allemagne ? La sphère publique allemande a le même périmètre que la nôtre, mais ne représente que 44 % du PIB.

Cet écart considérable n’est pas sans conséquence. Imaginons en effet un produit dont le coût est 100 (hors taxes et charges). La sphère privée allemande représentant 56 % (100-44) du PIB, le coût complet du produit avec impôts et charges est 100 divisé par 0,56, soit 178. Le même calcul donne en France 100/0,43, soit 232. Le rapport des coûts est donc 232 chez nous contre 178 outre-Rhin. L’écart de 30 % en défaveur de la France explique, à lui seul, le problème de nos agriculteurs.

232/178 peut aussi s’écrire 56/43 (un élève de classe de cinquième comprendra *) ; pour un produit ayant une même compétitivité hors charges et taxes, les prix de revient complets sont donc dans le rapport inverse du poids des sphères privées dans les économies ! Une sphère publique trop élevée détruit les entreprises exportatrices.

Nos économistes doivent se pencher sur ce raisonnement. Il remet en cause le dogme de la vertu de la dépense publique : à l’heure de la mondialisation, les sphères publiques, elles aussi, sont en concurrence. Si les malheurs de nos agriculteurs permettent de saisir ce qui se passe en ce moment et font que les membres de notre sphère publique et nos politiques comprennent que leurs salaires rentrent dans le coût des petits cochons, alors les choses auront peut-être des chances d’aller mieux !
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Quelles pistes pour l’élevage breton ?

9 Juil

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Article paru dans Terra magazine

Miser sur la qualité, segmenter le marché, exporter… Xavier Fontanet, ancien PDG d’Essilor en est convaincu : ce qui a marché pour les verres est applicable à l’élevage breton, aujourd’hui dans la tourmente.

« Certes, je ne suis pas un spécialiste du lait ou du cochon ». C’est pourtant à Xavier Fontanet qu’André Sergent, président de la chambre d’agriculture du Finistère, a demandé d’animer une soirée-débat, le 4 juillet dernier, sur l’avenir de l’élevage en Bretagne. Et son expérience à l’international, chez Bénéteau ou Essilor, lui a permis de captiver son auditoire pendant près de deux heures et de distiller, tout au long de la soirée, de précieux conseils. « Nos secteurs d’activité sont finalement assez proches : il nous faut, aux uns comme aux autres, beaucoup de capital pour faire du chiffre d’affaires ».

Segmenter

Comme il l’a fait chez Essilor, Xavier Fontanet conseille d’abord aux agriculteurs bretons de miser sur la qualité. « C’est ce qui a fait venir les Chinois à Carhaix. Eux n’ont plus confiance dans le lait qu’ils produisent et mettent sur le marché, il y a trop de tricheries ». Sans oublier de le faire savoir… « Il faut construire une histoire autour de vos productions. Mettre la terre, le climat en avant ».

« Avec des produits de commodité, la vie est très dure ». Plutôt que de se contenter de produire du volume, il faut commencer à segmenter le marché. « Il faut mettre des chercheurs dans la boucle et trouver quelque chose qui va vraiment vous différencier, qui va donner envie au consommateur de payer plus cher pour vos produits ». Et sans cesse s’adapter aux besoins du client. « Trouver des verres progressifs pour les Indiens, qui bougent sans cesse la tête, n’a pas été facile. Mais quand on l’a fait, ça nous a ouvert le marché ».

Un avis que partage volontiers André Sergent. « On en a marre de récupérer des miettes ! Il faut arriver à transformer nos contraintes en opportunités. Et profiter du bien-être animal, des antibiotiques ou des phytosanitaires pour nous différencier ».

Exporter

« Vous êtes au cœur du monde ». Pour Xavier Fontanet, il est temps de voir autrement la mappemonde. « Aujourd’hui, ce ne sont plus les kilomètres qui comptent mais le coût du transport ». Et, à ce petit jeu, Brest et le fret maritime s’en sortent largement gagnants. « D’ici, il ne revient pas plus cher d’expédier du cochon à Shanghai qu’à Marseille ». Un atout dont les Bretons n’ont pas encore conscience ? « Nous voulons mettre Brest au cœur de l’Atlantique, répond Jean-Christophe Cagnard, vice-président de la CCI de Brest, qui gère le port, propriété du conseil régional. Nous avons un projet de développement du port. Et une autoroute de la mer devrait voir le jour, du Portugal à Liverpool en passant par Brest ».

Mais exporter ne s’improvise pas… « Pourquoi ne pas mettre à profit les compétences des expatriés, avance Xavier Fontanet. Vous n’aurez aucun mal à trouver des Bretons qui ont passé une bonne partie de leur carrière professionnelle en Chine, aux USA ou en Inde. Ils connaissent le marché, ont un carnet d’adresses… et sont prêts à rendre service ».

Unis

« On y arrivera à une seule condition : être unis, estime Jakez Bernard. Je suis confiant dans l’avenir mais il faut que cessent nos divisions. Personne ne viendra au secours de la Bretagne ! Elle ne s’en sortira que parce qu’elle en aura la volonté ». Et le « jeune retraité » de Produit en Bretagne d’inciter acteurs économiques et élus « à toujours choisir la meilleure solution, celle qui nous fera gagner ».

Dégraisser le mammouth

« Le coût de la sphère publique grève le coût de production du cochon breton », affirme Xavier Fontanet, chiffres à l’appui. En France, elle représente 57 % du PIB, le produit intérieur brut, contre 44 % en Allemagne ». Une différence significative, qui plombe la compétitivité de nos éleveurs. La solution ? « Se mettre au niveau allemand et gagner 250 milliards d’euros sur la sphère publique ». Impossible ? « Bien sûr que non, rétorque aussitôt Xavier Fontanet. D’autres pays l’ont fait ». Et, selon l’éditorialiste, la France serait bien inspirée de s’y mettre aussi. « Certes, ça prendra une douzaine d’années. Mais ce seront des mesures choisies. Une fois le pays en quasi-faillite, comme la Grèce, les mesures sont imposées par l’extérieur. Et là, ça devient l’horreur ».

Partant du principe qu' »on ne peut dépenser plus qu’on gagne », le Canada a réduit ses dépenses publiques de 20 % en six ans, en ciblant l’administration, les régions… « Le pays a réduit les impôts dans le même temps et le PIB n’a pas bougé ». L’Allemagne a préféré réformer le marché du travail et instaurer une « solidarité exigeante ». Résultat : le taux de chômage est tombé au plus bas et le poids de la sphère publique a reculé de 10 % en quelques années seulement.

La Nouvelle-Zélande, « redoutable compétiteur pour les producteurs de lait », a mis fin à l’État providence. « Elle a estimé que donner un revenu, type RSA, à quelqu’un qui ne travaille pas est une atteinte à la dignité. Et prive les gens qui travaillent d’une partie de la récompense qui leur est due ». Elle a mis fin aussi aux soins gratuits, « qui ne responsabilisent pas les gens », et la retraite se constitue désormais par capitalisation. « Là aussi, la sphère publique a réduit son poids de 10 % ».

 

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