Cours de stratégie sur BFM Business. La Bretagne peut être à l’économie circulaire agricole ce que la Californie est à l’industrie du Net.

6 Juil

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Cours de stratégie sur BFM : délocalisation et relocalisation

5 Juil

Dans le cours n°152, nous nous sommes penchés sur la délocalisation et la relocalisation dans l’émission BFM Stratégie présentée par Frédéric Simottel sur BFM Business.

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L’attractivité : clef de la réussite des entreprises dans un contexte mondial

2 Juin

Dans un pays qui n’est pas attractif (impôts sont trop élevés, normes trop nombreuses, climat social tendu) les entreprises sont bridées.

Un jour de marché la semaine dernière en compagnie d’un couple étranger, devant la poste dans une petite ville de province nous tombons sur une porte close portant la mention : « Grève ». Des clients furieux, des mots pas toujours polis à l’égard de notre service public. Je suis moi-même gêné, je me rapproche du couple qui est dans la queue pour comprendre son problème : il a un paquet urgent à envoyer. Je lui conseille de me suivre jusqu’à la ville voisine.

Nous prenons nos voitures et nous nous retrouvons à la poste. Celle-ci est ouverte mais une bonne heure d’attente est prévisible, les clients sont furieux et le personnel tendu. En discutant pour faire passer le temps, je me rends compte rapidement que j’ai affaire à un couple d’industriels étrangers en vacances dans la région mais en prospection pour y installer une usine.

J’aurais aimé qu’ils aient une meilleure image de la France. Pas besoin d’être psychologue pour comprendre que la région n’est plus candidate pour l’installation de leur usine. La grève a probablement agi comme un puissant repoussoir d’emplois aux yeux d’une entreprise très compétitive.

On parle beaucoup de relance et d’investissement dans les métiers du futur… Très bien, mais ceci ne concerne qu’une toute petite partie du parc des entreprises. Ça va repartir mais tout dépendra de ce que fera la majorité d’entre elles.

Soyons clairs, elles vont continuer à vivre dans un environnement qui va rester mondial. Peut-être vont-elles relocaliser une partie de ce qu’elles ont délocalisé, mais la réinstallation ne se fera pas forcément dans l’usine dont les produits ont été retirés il y a vingt ans. Elles se relocaliseront dans le pays européen le plus attractif.

Tout le monde comprend que dans un pays qui n’est pas attractif (impôts sont trop élevés, normes trop nombreuses, climat social tendu) les entreprises sont bridées. Un tel pays aura peu de chances d’en attirer alors qu’il y a là une énorme source de nouveaux emplois. Les entreprises qui tiendront la route à terme savent que leur solidité passera par l’internationalisation qui suppose qu’elles soient implantées partout et donc embaucher partout.

On a raison de parler de compétitivité, qui relève de la responsabilité des entreprises, mais il faut aussi insister sur l’attractivité. Notre sphère publique a dépassé les 60 % du PIB. Elle représente plus de la moitié de la valeur ajoutée du pays, et il faut impérativement qu’elle soit compétitive. Là nous sommes clairement dans le domaine de la responsabilité du gouvernement, de l’administration et des syndicats. En tant que citoyen français travaillant dans le secteur privé, on se pose de graves questions. C’est en voyageant à l’étranger que l’on constate que beaucoup de pays disposent de services publics et sociaux qui rendent à leur population de meilleurs services qu’en France alors que leur part dans le PIB est de l’ordre de 45 %.

Il faut aussi avoir bien en tête qu’attractivité et compétitivité se renforcent. Un bel exemple est donné par Elon Musk qui a été attiré par la Californie et y a démarré trois affaires hyper compétitives. Il démontre que dès qu’un pays est attractif, se créent sur son sol des zones dans lesquelles les entreprises ont de grandes chances d’être très compétitives. Le cocktail attractivité/compétitivité y est détonnant. C’est la Californie, Singapour, les Pays-Bas et bien d’autres régions prospères. Tous ceux ayant une expérience mondiale vous diront que la meilleure façon de faire tourner l’économie de son pays est de veiller à l’attractivité de son territoire.

Il est évidemment bien plus valorisant pour un gouvernement de lancer le pays dans de grands investissements d’avenir que de s’attaquer aux dépenses et aux complexités administratives, surtout dans une économie que les banquiers mondiaux ont gavé de dette. C’est plus gratifiant que d’avoir une image de père fouettard ou de père la rigueur. Ces plans sont certes utiles dans certaines situations (encore faut-il viser juste) mais il ne faut quand même pas oublier que tout cet argent devra un jour être remboursé par nos propres enfants.

Le multiplicateur keynésien est de plus en plus contesté. La France l’applique depuis 50 ans et n’a pas fait la preuve qu’il fonctionnait. La Suisse qui joue au contraire des politiques de frugalité a vu son PIB par tête doubler par rapport au nôtre depuis la période où la dépense publique a augmenté et que les déficits ont été acceptés, c’est-à-dire en 1974.

Nos économistes étant de moins en moins d’accord sur les remèdes, revenons au gros bons sens et rappelons-nous le proverbe paysan : « chacun son champ et les vaches sont bien gardées ». Que l’État travaille sa compétitivité, qui est la meilleure façon d’améliorer l’attractivité du pays, les entreprises seront assez grandes pour s’occuper de la leur et le reste viendra par surcroît !

Xavier Fontanet

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Comment Essilor est devenu une entreprise de stature mondiale

31 Mai

OPINION. Dans « Conquérir le monde avec son équipe » (éd. Les Belles Lettres) (1), Xavier Fontanet, son PDG de 1991 à 2010, raconte l’aventure de l’entreprise Essilor, devenue un leader mondial du marché du verre ophtalmique. A rebours de l’idée dévastatrice d’une « société sans usine », où la valeur se créerait d’abord dans la recherche, la communication et le marketing, Xavier Fontanet montre que la créativité opérationnelle, financière, marketing, informatique, juridique et technologique se nourrissent mutuellement, et qu’elle repose sur un sens du collectif. Par Cécile Philippe, Institut économique Molinari.

Onze ans après avoir quitté ses fonctions de président directeur-général, Xavier Fontanet a pris la plume pour expliquer dans un ouvrage (1) l’essor fulgurant d’Essilor au cours des deux décennies pendant lesquelles l’entreprise se mondialise et devient un leader incontesté du marché du verre ophtalmique. Cela ne s’est pas fait sans gros efforts, nous dit l’auteur, mais ce qui émane avant tout de ce livre, c’est un enthousiasme sans limite pour l’exploration et la conquête de parts de marché qui alimenteront une croissance industrielle durable, capable d’aligner les intérêts de toutes les parties prenantes : clients, collaborateurs, partenaires, fournisseurs, et actionnaires.

Entreprise provinciale

Essilor est une entreprise provinciale devenue leader mondial. En cette période difficile qui pose question sur la capacité française de préserver sa souveraineté, cet ouvrage est rafraîchissant. Il n’est sans doute pas possible de bien comprendre l’entreprise Essilor si on ne comprend pas bien les intérêts qu’elle sert. Elle est au service des personnes qui ne voient pas bien. Globalement, les Asiatiques sont assez myopes, en particulier les Chinois qui ont des yeux trop longs. A l’inverse, les Indiens auraient plutôt les yeux trop courts, c’est-à-dire qu’ils sont hypermétropes et deviennent presbytes. Partout, il faut pouvoir traiter les différents problèmes de vue qui varient aussi en fonction de l’âge. Or, nous explique Xavier Fontanet, des technologies différentes répondent à ces problèmes qui obéissent, qui plus est, à des structures de marché distinctes selon les pays.

Verre ophtalmique

A partir de la décision de recentrer l’activité d’Essilor autour du verre ophtalmique en abandonnant les contacts et les montures, l’entreprise va se focaliser exclusivement sur les verres. Elle va investir massivement dans le remplacement du verre minéral (celui de nos vitres) par des verres organiques et le verre progressif. Ce que l’on voit bien dans le livre, c’est comment ces innovations augmentent le service rendu aux individus. Le verre CR39 inventé par René Granperret, co-fondateur d’Essilor, « ne cassait pas, était beaucoup plus léger et coupait mieux les UV que les verres minéraux. » Ce sont eux qui ont rendu possible la réduction de l’épaisseur des verres des personnes souffrant de myopie. Quant aux progressifs, il va sans dire que le service rendu par ces verres qui permettent de voir de près, de loin et de manière intermédiaire est lui aussi indéniable.

Le succès d’un collectif

C’est autour de ces atouts qu’a pu s’exprimer le génie de personnes comme Xavier Fontanet et celui de cette multitude de collaborateurs que l’ancien PDG nous fait découvrir, dans un hommage qui donne presque le tournis. Cela enfonce bien l’idée dans la tête du lecteur que la réussite d’Essilor est avant tout celle d’un collectif. Comme le précise Fontanet: « On vous dit souvent : ‘Attention, personne n’est irremplaçable… ‘ Je ne suis absolument pas d’accord, les personnes sont clés. »

Et effectivement, la conquête par Essilor des marchés américains, chinois, indien, coréen, japonais, australien sud-américain reposait, au-delà des joint-ventures et acquisitions, sur les personnes que l’entreprise a su s’attacher. La description de l’embauche de He Yi pour la direction en Chine est particulièrement savoureuse. Il avait implanté les yaourts Danone dans l’Empire du milieu et semblait ouvert à de nouveaux défis. Fontanet raconte, qu’informé de l’opportunité un vendredi soir alors qu’il est en voiture avec toute sa famille pour aller passer un week-end en Normandie, il n’hésite pas à faire demi-tour sur l’autoroute pour prendre un avion pour Hong-Kong le soir même et boucler l’embauche le lendemain. Quand Fontanet parle de travailler dur, il sait et incarne et ce dont il parle.

Et c’est d’ailleurs une des marques de fabrique de la maison, dont on peut espérer qu’elle est toujours à l’ordre du jour, celle d’être véritablement capable de pratiquer la méritocratie. Comme l’écrit l’auteur : « ce qui compte, c’est d’avoir contribué […] Cela me rappelle mon arrivée en 1991… On ne me présentait pas les gens en me donnant leur poste – directeur de ceci ou directrice de cela, on me disait : ‘celui que vous allez rencontrer, c’est celui qui a démarré l’usine de Manaus’, ‘c’est celle qui a conçu le soft qui a permis dans les années 2000 de gagner un jour sur les livraisons’… Essilor est une vraie méritocratie. »

Deux clés essentielles

Le livre passe en revue nombre d’éléments qui ont contribué au succès de l’entreprise. Qu’il s’agisse d’un marketing très créatif en Chine « le verre Essilor coule la concurrence » ou porter des lunettes c’est avoir de meilleures notes, du programme de « marketing rural » en Inde à partir d’une caravane capable d’équiper 200 personnes par jour avec des verres de prescription, de l’actionnariat salarié autour d’une association d’actionnaires salariés très impliqués, l’auteur résume les choses en deux clés essentielles. Il se dit convaincu « que les deux clés de la bonne marche d’une entreprise sont la confiance et la stratégie. La confiance, c’est la confiance en soi et la confiance en l’autre, parce que rien ne renforce plus la confiance en soi que la confiance que vous portent les autres. […] Il faut, aussi, avoir confiance dans la stratégie. C’est là que c’est difficile, car il faut que la stratégie soit bonne, faute de quoi, les gens intelligents ne suivront pas. »

Ouvrage de stratégie

La saga Essilor est un ouvrage de stratégie décrivant les enjeux liés à la mondialisation d’une entreprise. Mais, c’est aussi l’histoire d’une entreprise industrielle allant à l’encontre de l’idée dévastatrice d’une « société sans usine », où la valeur se créerait avant tout dans la recherche, la communication et le marketing. Comme le montre bien le livre, la créativité opérationnelle, financière, marketing, informatique, juridique et technologique se nourrissent mutuellement. Séparer la production du reste, c’est se couper les ailes de la créativité. La France est aujourd’hui l’un des trois pays les plus désindustrialisés d’Europe et n’arrive pas à organiser une décrue massive de ses impôts de production, en dépit des ravages qu’ils font. Elle devrait méditer ce bel exemple français de création d’un champion industriel national devenu mondial et se demander comment faire en sorte d’en avoir plus.

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(1) Xavier Fontanet « Conquérir le monde avec son équipe », éditions Les Belles Lettres, collection Manitoba, 2021, 177 pages, 15 euros.

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Sortie de mon nouveau livre « Conquérir le monde avec son équipe- La fabuleuse histoire d’Essilor 1990-2013 »

17 Mai

Ce livre est  un effort pour garder trace de cette fantastique expérience qu’ a été la conquête du monde par Essilor. Tous ceux qui travaillent à la mondialisation de leur entreprise y trouveront aussi quelques conseils pour réussir à le faire.

Conquérir le monde avec son équipe est édité aux Belles Lettres. Il est disponible dans tous les bonnes librairies.

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Bonne lecture

Travaillons au retour de la crédibilité et de la confiance – article paru dans les échos

29 Avr

On va repartir plus vite que prévu, même si le drame indien laisse une zone d’incertitude, on est en vue des 60 % de vaccinés, annonciateurs de la décrue de Covid. Les Français se sont bien débrouillés, on ne peut que saluer tous ceux qui, à tort, qualifiés de « gens d’en bas » -infirmières, livreurs, caissières camionneurs… -, ont fait un boulot fantastique, sans parler des bénévoles. Ils ont rattrapé les erreurs des gens « d’en haut ». A trop mettre la lumière sur ce qui ne marche pas, on en finit par oublier que les Français sont dégourdis et généreux. On ne sort pas d’une guerre ; l’appareil de production n’a pas été détruit. Mais il n’empêche qu’on n’a rarement eu autant de sujets sur la table !

Coup de chapeau aux grands groupes pharmaceutiques qui nous ont sortis du trou. Où irions-nous s’il fallait encore attendre les vaccins durant trois ans ? Leur invention appliquée à d’autres domaines va permettre de sauver bien des vies. Preuve flagrante de l’efficacité de la sphère privée. On tape sur les Gafa, mais grands dieux, qu’aurions-nous fait sans eux ? C’est le moment de redire que l’économie concurrentielle de marché peut être porteuse de bienfait pour l’humanité.

C’est nous, Français, qui avons été à l’origine de l’invention de l’ARN messager : quelles complications, normes et paperasseries administratives ont fait partir l’activité à l’étranger ? A ne pas savoir prendre assez de risques, on se met en danger ; il faut revoir le principe de précaution.

Ne surestimons pas la bouffée d’air des relocalisations. Ca n’empêche pas, dans certains domaines, de viser l’autonomie, mais les économies sont aujourd’hui bien trop intriquées. Ca repartira comme avant : nous devons être compétitifs et reprendre les réformes de nos sphères sociale et publique. Leur cherté relative rentre dans le prix de revient de nos entreprises et tue notre industrie, qui est en concurrence avec des organisations dont les sphères publiques sont plus efficaces. Il faut que nos syndicats comprennent qu’on ne pourra pas se dispenser de partir à la retraite, comme les Allemands, dès 2029, à 67 ans. Bien sûr l’économie doit être plus respectueuse de l’environnement mais pourquoi ne pas tendre, pendant deux ans, le micro aux scientifiques ? Ils ont en main des cartes qui permettent de poser le problème en termes différents. Nos écologistes doivent le comprendre.

Sur le plan financier, l’Europe a bien joué notre futur, et celui de nos voisins est en son sein. C’est en France que les dysfonctionnements sont insupportables, en particulier, en ce moment, ceux de la justice – une des premières fonctions régaliennes – et de la police, qui n’est pas protégée comme elle le mérite. Voilà deux fonctions pour lesquelles l’Etat doit se mettre au travail. Il y va de sa crédibilité et du retour de la confiance.

Enfin, l’Etat, toujours lui, doit aussi se pencher sur son propre fonctionnement. Il commence par la réforme de l’ENA, qu’il creuse aussi l’idée d’une régionalisation à la suisse ; l’alerte des « gilets jaunes » doit être entendue.

Les Français et leurs entreprises, c’est un bon petit cheval, c’est leur Etat jockey qui doit perdre du poids et s’améliorer. S’il réussit, pas de souci à se faire, il y a certes des dangers, mais le futur est aussi de promesses, on se débrouillera !

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Dette covid : 8 conseils pour la rembourser

31 Mar

Un article paru dans CONTREPOINTS

Rembourser la dette ne se fera pas y en affectant une recette et en impliquant une seule population, fut-elle celle des entreprises : c’est l’affaire de tous !

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a suggéré récemment que les impôts sur  les bénéfices des entreprises soient utilisés pour rembourser la dette covid du pays :

« Les entreprises vont rendre ce qu’elles ont réussi à obtenir grâce à la protection de l’État[…] c’est une solution juste et efficace qui mérite en tout cas d’être étudiée. »

J’avoue que le propos m’a laissé pantois mais que je l’ai mis sur le compte de la fatigue.

En revanche, le ministre a été impeccable en réaffirmant fermement qu’une dette devait être remboursée.

Les paragraphes qui suivent visent à indiquer autant de pistes et réflexions fondées uniquement sur le bon sens et l’observation. Oublions pour un temps les discours des économistes en rappelant que Friedrich Hayek regrettait l’idée même d’un prix Nobel d’économie car selon lui cette science n’était pas assez établie pour en faire l’objet. Il craignait que ce prix donne trop de poids à ses récipiendaires.

1) L’exemple de l’Argentine

Le premier conseil que je donnerai est de communiquer sur ce qu’a été en 2004 la crise en Argentine, en citant les témoignages de ceux qui ont effectivement vécu dans leur chair cette effroyable période. Ceux qui ont travaillé dans des multinationales ont pu voir les choses de près à travers les filiales argentines.

Une fois la défiance sur la dette installée, il faut financer la perte de l’année et on ne peut pas en émettre de nouvelle pour assurer les remboursements. Le manque de cash est donc le double des calculs habituels.

Ce sont les fonctionnaires qui souffrent le plus. Ils pensent être protégés par leur statut, mais dans le cas d’une telle catastrophe cela ne tient absolument plus. Les baisses de salaires de la fonction publique sont allées jusqu’à 50 %. Les seuls qui ne subissent pas de pertes de revenus sont les militaires et les policiers.

Les dégâts sont épouvantables dans les hôpitaux à cause de la pénurie de médicaments.

Les retraités meurent au fond des campagnes car ils ne perçoivent plus leurs pensions.

Le secteur privé se débrouille tant bien que mal en ayant recours au troc.

Il serait très utile que chaque Français, et en particulier chaque fonctionnaire ait ces faits à l’esprit pour bien comprendre qu’il ne faut pas laisser la situation déraper. Tout le monde est concerné, absolument tout le monde.

2) Abandonner l’idée de l’impôt sur la fortune

Que les riches payent ! Un certain nombre de militants parés du titre d’économiste instrumentalisent la crise pour pousser leurs pions.

L’ISF sur les parts de sociétés ce sont trois milliards d’euros, et il faut 300 milliards. Le compte n’y est pas…. Les dégâts de l’ISF ont été mal mesurés parce que c’est un poison lent qui se diffuse dans l’économie. Force est cependant de constater que lorsqu’il a été supprimé par le Président Macron, l’exil fiscal a cessé, ce qui a expliqué une partie de la reprise économique avant la crise. Le bon sens commande de ne pas rouvrir ce dossier.

3) Le remboursement de la dette

Il ne peut être que l’effet d’un excédent budgétaire global issu de la conjugaison du retour de la croissance et de la diminution des dépenses publiques. Le retour de la croissance ne sera pas suffisant puisque même durant les bonnes années le budget était largement en déficit. Les deux sont indispensables.

4) Le dérapage des dépenses publiques

La première dérive est celle des dépenses sociales. Les Français partent beaucoup trop tôt à la retraite (séquelles de la décision de Mitterrand en 1983). Il faut faire comme nos voisins européens et partir au plus tôt à 67 ans.

La deuxième dérive est celle autour de l’emploi et de la préférence affichée à l’époque de Jospin pour un chômage bien rémunéré. À la même époque, les Allemands disaient : « il vaut mieux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage même bien payé à la maison ». Trop nombreux sont ceux qui n’ont pas intérêt à travailler car ils perdent le bénéfice de leurs aides en cas de retour à l’emploi.

Le dernier gisement d’économies est évidemment la décentralisation qui a débouché sur la création d’un millefeuilles régional très coûteux. Un bon coup de balai est nécessaire en s’inspirant de ce qu’ont fait les pays voisins dont la décentralisation est beaucoup plus efficace.

5) Vendre des actifs

C’est une solution à envisager. L’État français en est propriétaire pour 1100 milliards. C’est largement plus que les 300 milliards de la dette. On nous expliquera qu’il est très difficile de vendre les actifs de l’État… Sans aller jusqu’à la vente de la Joconde, il est tout de même possible de taper dans cette cagnotte de 1100 milliards.

6) Revoir la fiscalité sur les donations

C’est le levier le plus puissant pour mettre des liquidités dans l’économie en direction des jeunes, ce qui a été fait récemment en Suède. Avec l’allongement de la durée de vie ce sont les retraités qui héritent aujourd’hui. Il faut donc absolument permettre les donations de son vivant au profit des enfants, petits-enfants, voire arrières petits-enfants. Par exemple la nue-propriété de son logement permettrait d’appuyer de petits prêts suffisants pour passer la dure période actuelle.

Dans les pays très égalitaires comme la France, la réponse sera que cela ne profite qu’aux riches… encore une idée contre laquelle lutter. Car si une partie de la population parvient à régler elle-même ses problèmes, l’effort de l’État sera moindre et il pourra se consacrer à ceux qui sont vraiment démunis.

7) Favoriser fiscalement les donations aux fondations

Elles sont des parties prenantes très importantes de l’économie. La France compte 17 millions de bénévoles, 4000 fondations pour 24 milliards d’euros d’activité. Les Français sont très généreux et la force de frappe des fondations est très importante. Elles peuvent s’approprier des activités relevant aujourd’hui de la sphère publique : social, éducatif, culturel, artistique et sportif et lui permettre ainsi de s’alléger d’autant.

8) Proposer l’actionnariat salarié

C’est une façon très élégante de résoudre le problème de la retraite en y introduisant la capitalisation, ce que nous nous sommes interdits alors que la bourse a été multipliée par 15 depuis la décision de Mitterrand. La haute fonction publique dispose de la Préfon, il faut l’étendre et placer l’argent… pourquoi pas dans le CAC40.

Conclusion

Rembourser la dette ne se fera pas en y affectant une seule recette et en impliquant une seule population, fut-elle celle des entreprises. Il faut un panel de mesures coordonnées dans un plan d’ensemble.

C’est l’affaire de tous, y compris et peut-être en premier ressort de la fonction publique et des décideurs de la sphère sociale.

Cours de stratégie sur BFM Business

10 Mar

BFM Stratégie (Cours n°131): Stratégies en cas de ruptures

Dans le cours n°131, le thème « Stratégies en cas de ruptures » est décrypté par Xavier Fontanet, ancien président d’Essilor dans l’émission BFM Stratégie présentée par Frédéric Simottel sur BFM Business.

Pour écouter cette émission, voici le lien vers le site de BFM Business

Entreprises à mission, concurrence et intérêt général – Les Echos

4 Mar

C’est bien de se poser des questions, c’est comme cela que le monde avance. Des questions sur l’économie de marché et sa capacité à contribuer à l’intérêt général. Rares sont ceux qui contestaient, il y a dix ans, qu’elle avait rendu un grand service à l’humanité en faisant sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Sentiment renforcé, au moment de la chute du mur de Berlin, qui marquait la fin de l’expérience désastreuse de l’économie administrée. Les choses ont changé, au vu des difficultés des classes moyennes dans les pays développés, avec la prise de conscience que l’on tire trop sur les ressources naturelles ; d’où les discussions autour des concepts de raison d’être et d’entreprise à mission.

Chaque erreur permettant de progresser vers la vérité, il n’est pas inutile de revenir à l’acte qui fonde l’économie de marché : la vente. Quand les clients sont satisfaits et confiants, l’entreprise trouve naturellement sa raison d’être : rendre un service concret, à un client bien identifié, dans un domaine précis. Pourquoi, grands dieux, aller chercher plus loin ?

Certes, il revient aux autorités de veiller à ce que les cas de monopole et monopsone (un acheteur puissant épuise ses fournisseurs à coups de baisses de prix) ne perdurent pas. Avec la mondialisation, la concurrence est devenue la règle ! Concurrence – le mot est lâché – qui a mauvaise cote. Elle a pourtant un rôle de contrôleur : quand les profits sont trop élevés, ils l’attirent et elle fait baisser les prix. Elle est aussi générosité active en forçant le partage des gains de productivité entre actionnaires et clients. Exigeante, elle contraint chacun à l’amélioration et au qui-vive. Facteur d’égalité enfin, elle remet en cause les situations établies. La concurrence est l’expression de la liberté dans la sphère économique ; la fidélité, le signe que le bien commun a été atteint.

Comportement responsable

Mais si nous tenons à notre faculté de changer de fournisseur quand nous sommes acheteurs, il faut accepter d’être flexibles quand, dans notre activité professionnelle, on est soi-même en position de producteur. Beaucoup ne jurent que par les produits « low cost » d’Asie sans comprendre qu’ils vident des usines et forcent des voisins à changer d’activité. Les classes moyennes souffrent moins de la mondialisation ou de l’économie de marché que de n’avoir pas su mesurer les conséquences des actes posés.

Lutter farouchement contre la pollution… Evidemment ! Bâtir une stratégie d’économies des ressources non renouvelables… Ca ne se discute pas ! Mais se lancer dans l’aventure de l’entreprise à mission va-t-il vraiment améliorer l’économie ? N’est-il pas plus efficace de s’assurer que la concurrence reste saine et que chacun de nous veille à se comporter de façon responsable quand il est acheteur, et se soucie de ses clients quand il est fournisseur. L’économie de marché n’est après tout pas si mal faite, c’est sans doute pour cela qu’elle dure depuis si longtemps.

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Pour un système favorisant les donations

23 Fév

La fiscalité sur les donations et les successions rapporte en ce moment au budget de l’Etat, grosso modo 15 milliards d’euros. On parle donc de sommes considérables (trois fois l’ISF à son pic). Il y a là de toute évidence un sujet de réflexion en cette période où il faut optimiser la gestion des dépenses et des recettes publiques pour rembourser progressivement la « dette Covid ».

Beaucoup de pays ont travaillé ces deux sujets, la décision récente la plus spectaculaire étant celle de la Suède, modèle à nos yeux de démocratie sociale, qui a mis à zéro les droits de succession. Voici pourquoi.

Le changement majeur dans nos sociétés est l’allongement de la durée de vie avec, pour première conséquence, le fait qu’on hérite de ses parents quand on est… retraité ! La donation de son vivant est une bien meilleure allocation de ressources que le droit de succession puisque ce sont les jeunes qui ont le plus besoin de ressources pour commencer dans la vie active.

Rappelons que les facilités de donation ont été fortement réduites sous François Hollande. L’art du management consistant à fixer les bons ordres du jour, il serait judicieux de se repencher sur le dossier. On pourrait suggérer à nos députés de réfléchir à l’idée de passer, (soyons créatifs) d’une politique de succession à une politique de donation favorisant celles faites du vivant aux petits-enfants, voire aux arrière-petits-enfants.

Poussons la réflexion un peu plus loin : selon l’Insee « la quasi-totalité de la hausse de la population d’ici à 2070 concernerait les personnes âgées de 65 ans ou plus » ! L’explosion du nombre de retraités en bonne santé et capables d’avoir des activités utiles à la société se voit d’ailleurs de façon tangible dans les chiffres concernant les associations. 60 % des 17,5 millions de bénévoles (les Français sont un peuple généreux ! ) ont plus de 50 ans. Ces personnes, que les Américains appellent non pas « retraités » mais « perennials » , sont actives dans les associations et les 4.000 fondations qui représenteraient, d’après les rapports les concernant, une activité de l’ordre de 26 milliards d’euros.

Il faut impérativement saisir cette gigantesque opportunité en augmentant significativement les déductions fiscales offertes aux entreprises et aux personnes physiques en cas de donation. Les fondations rendent en effet des services considérables dans le domaine de l’action sociale, de la santé, de la recherche médicale, des arts, de l’enseignement et de l’aide internationale, pour ne citer que les domaines principaux. On est à la frange des domaines couverts par la fonction publique et c’est précisément là qu’est le coup à jouer.

Pour prendre un exemple que tout le monde comprendra, Lire et faire lire est une association qui permet de repêcher les enfants qui n’ont pas réussi à lire correctement après leur parcours scolaire ; la volumétrie est considérable (18.000 bénévoles et près de 750.000 enfants suivis) , la gestion est peu coûteuse (un budget annuel de 672.000 euros). C’est une sorte de service après-vente du travail de l’Education nationale très efficace si on compare le budget au nombre d’élèves suivis.

Rappelons que nos sociétés s’appuient sur trois pôles : le privé, le public et l’associatif. Pourquoi ne pas bouger les frontières entre le public et l’associatif ? Ce peut être un moyen très efficace de baisser les dépenses publiques et de rendre de nouveaux services. Nos « perennials », que l’on qualifie à tort de « retraités », sont une ressource humaine et financière considérable pour la société qu’il serait intelligent de mieux mobiliser !

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