Suisse : une Constitution qui devrait inspirer les Français

3 Mai

Grâce à sa Constitution, la Suisse jouit d’une situation économique, politique et sociale bien meilleure que celle de la France.

À l’époque où très nombreux sont ceux qui se posent des questions sur le fonctionnement de notre démocratie on peut suggérer de regarder comment elle fonctionne ailleurs… même si cette approche va se briser sur l’argument très connu « À quoi bon ? Chez nous c’est différent ! »

C’est bien dommage car l’une des façons les plus simples de réfléchir c’est d’aller voir les pays où ça fonctionne, exercice d’autant plus facile que l’un de ceux qui marche le mieux au monde a des frontières communes avec le nôtre. Il s’agit de la Suisse.

La vigueur de l’économie suisse

La Suisse est le dernier pays où on peut s’attendre à voir des Gilets jaunes sur les ronds-points. L’une des raisons c’est que ce pays fonctionne formidablement bien sur le plan économique et nous a complètement dépassés depuis 50 ans.

Il y a 50 ans, à la mort du président Pompidou, nous avions le même PIB par tête que la Suisse qui est aujourd’hui pratiquement 2,5 fois le nôtre ; le pays s’est endetté, passant de 30 % à 120 % du PIB, alors que la Suisse est restée à 30 % ; elle a des excédents budgétaires et commerciaux, la France a de forts déficits ; l’écart est le plus impressionnant pour le chômage. Il est un cancer pour la société et si pour un pays il y avait un capteur synthétique de l’efficacité du système social, c’est bien lui !

Il est en Suisse de 2,4 %, soit le tiers du chômage français ; en fait le chômage est négatif si on tient compte des frontaliers qui viennent y travailler quotidiennement. Les seuls Français sont 180 000, soit 3,6 % de la population active !

On terminera la comparaison en faisant remarquer que trois des cinq plus grandes entreprises européennes sont suisses alors que ce pays ne représente que 1,5 % de la population du continent européen.

D’où peut donc venir cette énorme différence ?

De l’avis de tous ceux qui ont voyagé dans le monde entier et réfléchi sur le sujet la raison est… la Constitution suisse.

Le rôle de la Constitution suisse

En Suisse, l’État se concentre uniquement sur la défense, la politique étrangère et la monnaie. Les fonctions régaliennes sont décentralisées au niveau des cantons, inclus l’enseignement et la santé. Le troisième étage c’est la ville ; les communes suisses sont en moyenne trois fois plus grandes que les nôtres et le concept d’intercommunalité n’existe tout simplement pas.

Les activités régaliennes représentent en Suisse 20 % du PIB contre 25 % en France. C’est la preuve que l’effet d’échelle ne joue absolument pas dans le domaine régalien, de petites structures pouvant être beaucoup plus efficaces que les grandes.

L’une des raisons de la compétitivité de la sphère publique est la concurrence qui règne entre cantons. Le canton collecte les impôts et paye lui-même directement sa fonction publique, il a son propre compte d’exploitation et son bilan. Les cantons jouent entre eux une saine concurrence qui n’échappe ni aux citoyens ni aux entreprises. Les citoyens suisses sont convaincus que c’est elle qui permet de contrôler les coûts et d’assurer l’excellence opérationnelle.

Le deuxième domaine à étudier de près est l’éducation : les universités sont cantonales, ce qui ne les empêche pas d’être au top mondial. Il est clair que là aussi la concurrence entre cantons joue à fond. Mais la caractéristique originale du système c’est l’apprentissage dit dual, autrement dit en entreprise, vers lequel se dirigent deux enfants sur trois à la fin de la scolarité obligatoire. Pour les Suisses, il s’agit de la vraie filière d’excellence.

Chaque canton dispose de sa propre Constitution et de son Parlement (de 50 à deux 250 députés ayant la caractéristique unique de garder leur travail et de consacrer une partie de leur temps (pour lequel ils sont payés) au Parlement local. Seuls les fonctionnaires sont obligés de choisir entre leur mandat et leur poste dans la fonction publique.

En pratique, il n’y a pas de fonctionnaires au Parlement. Les Suisses voient un énorme avantage à ne pas avoir de politiciens de métier, ils pensent que cela permet de mettre en poste des personnes qui connaissent le terrain, ce qui force à la promulgation de lois simples et compréhensibles par tout un chacun. Plus généralement, les Suisses valorisent l’engagement milicien, il est à leurs yeux un service que le citoyen rend à la société. Les citoyens sont réputés responsables et prennent eux-mêmes les décisions qui gouvernent leur vie quotidienne. Ce n’est qu’en dernier recours que l’on se tourne vers une autorité supérieure. L’un des mots-clés pour décoder la Suisse est la subsidiarité.

L’autre mot clé est le consensus. On demande aux députés de prendre de la distance par rapport à leur parti et leur responsabilité consiste à faire tourner le Parlement en parvenant à des compromis intelligents avec leurs concurrents politiques.

La souplesse du système suisse

Dans le domaine social les différences sont fortes également : le coût de la sphère sociale en Suisse est de 20 % du PIB contre 32 % en France ; l’une des raisons est le recours à des assurances privées et à des retraites par capitalisation. L’autre raison est un droit du travail dont le code ne comporte pas plus de 30 pages. Un employeur n’a pas à justifier un licenciement, il doit simplement payer l’indemnité prévue par la loi qui est d’un mois de salaire par année d’ancienneté, le tout limité à 24 mois. Il va sans dire qu’un licenciement n’est jamais un drame en Suisse, car les salariés se recasent instantanément dans un pays de plein emploi.

Il faut évidemment évoquer la pratique du référendum populaire aussi bien au niveau fédéral qu’au niveau du canton et même de la ville. Le système est huilé et rappelle en permanence que le président c’est le citoyen. Nous avons là un modèle de démocratie participative.

Les immigrés y sont beaucoup plus nombreux qu’en France mais ils ne rencontrent en rien nos problèmes. Nous serions bien inspirés de les imiter, ils ne recherchent pas une assimilation mais une intégration. Le processus de naturalisation dure 10 ans et permet de vérifier que la connaissance des langues est à un niveau suffisant, que le niveau d’éducation permet au candidat de se débrouiller dans un pays sophistiqué et qu’il existe suffisamment de preuves d’intégration dans son environnement local.

PS : un article ne peut que donner l’envie de creuser le sujet. Pour ceux qui sont intéressés on peut recommander le chapitre sur la Suisse de « Pourquoi pas nous ? ». Pour ceux qui veulent aller au fond des choses il est impératif de lire Le modèle Suisse de François Garçon.

XAVIER FONTANET

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L’âge de la retraite à 65 ans, un minimum ?

16 Avr

Pour l’ancien chef d’entreprise et professeur de stratégie Xavier Fontanet, la réforme de la retraite est rendue nécessaire par l’enflure des coûts de la sphère publique et de son endettement.

La réforme de la retraite ne peut plus se penser aujourd’hui en dehors d’une politique de réduction des dépenses publiques et sociales visant à donner de la place aux dépenses militaires et redonner de la compétitivité à notre économie, plombée par une sphère publique et sociale bien plus coûteuse que celle de nos voisins. Les dépenses de retraite sont de très loin la première dépense publique avec 14% du PIB : sept fois les dépenses consacrées à notre armée ! En 1983, le président Mitterrand a pris deux décisions très lourdes : la première a été d’avancer l’âge de la retraite à 60 ans ; la deuxième de s’appuyer sur un système « 100% répartition ». Deux erreurs funestes qui se sont cumulées et qui ont très grandement affaibli la compétitivité des entreprises françaises, parce que tout le monde oublie que les charges sociales entrent dans les prix de revient.

Une erreur colossale

Sur la nécessité d’avoir un équilibre entre les cotisants et les pensionnés, les chiffres sont connus mais ce n’est pas inutile de les rappeler : l’espérance de vie était de 75 ans en 1983, elle est aujourd’hui de 83 ans ; quand le nombre des cotisants à l’époque était de quatre actifs par pensionné, il est aujourd’hui de 1,4, soit dans un rapport de 1 à 3.  La productivité du travail a certes augmenté, mais de moins de 1% l’an : ayant progressé de 50% en 40 ans, le système est déséquilibré. La deuxième décision tout aussi importante a été le choix de la répartition. Il faut rappeler que le CAC 40, à l’image de tous les marchés financiers mondiaux, a vu sa capitalisation multipliée par 13. La preuve la plus flagrante de l’erreur consistant à se reposer sur la répartition est donnée par le poids des dépenses consacrée à la retraite dans les pays qui ont parié sur la capitalisation comme la Nouvelle-Zélande ou la Suisse, où il est de 7%. Cet écart désavantage les entreprises qui exportent.

L’erreur de François Mitterrand et de ceux qui l’ont conseillé est donc colossale. Retarder l’âge de départ à la retraite serait une mesure extraordinairement efficace, qui réduirait le nombre des pensionnés tout en augmentant celui des cotisants. L’évolution en ce sens peut être très rapide : la plupart des pays européens ont repoussé l’âge de départ à 65 ans voire 67 ans.

Pas de solidarité sans exigence

Cela étant dit, on ne peut pas parler sérieusement de la retraite sans évoquer l’actionnariat salarié. Un calcul très simple que chacun peut faire avec un tableur démontre que si l’on met chaque mois 7,5% de son salaire de côté pour le placer sur les marchés financiers ou dans son entreprise, on se constitue au bout de quarante-cinq ans (avec une rentabilité de 5%) un capital qui permet de doubler sa retraite. Il suffit de regarder la situation de ceux qui partent à la retraite dans les entreprises qui pratiquent l’actionnariat salarié depuis cinquante ans pour s’en persuader. La haute fonction publique a par ailleurs une partie de sa retraite capitalisée dans le système « Prefon », qui fonctionne très bien, avec trente ans d’expérience.

Mais pour que ces changements se passent bien, il faut revenir au postulat de base, corroboré par les expatriés qui ont pu assister dans les pays où ils travaillaient aux réformes de retraite drastiques, comme au Canada, en Nouvelle-Zélande ou en Allemagne. La réussite a toujours reposé sur la capacité des dirigeants à expliquer à la population la nécessité d’une réforme due à l’enflure des coûts de la sphère publique et de son endettement. Ces mesures passeront d’autant plus facilement que nos concitoyens seront convaincus que la solidarité, qui est le ciment de la société, n’est pas incompatible avec un certain niveau d’exigence. Les événements actuels nous montrent que nous ne sommes pas à plaindre, et que défendre notre mode de vie mérite bien de sortir de notre confort.

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L’élection présidentielle devant les défis d’une économie de guerre

11 Avr

« Nous sommes entrés dans une économie de guerre », soutient Xavier Fontanet. L’ancien chef d’entreprise fait le point sur les défis économiques et sociaux que devra relever le prochain président de la République.

« La guerre est un accélérateur de l’histoire » disait Lénine. Même si l’auteur de cette formule n’est pas recommandable, elle a sa part de vérité. La coïncidence entre l’agression de l’Ukraine par la Russie et l’élection présidentielle exige pour le citoyen, comme pour tous les candidats, d’élever le débat. Il leur faudra affronter les sujets du pouvoir d’achat, de retraite, de sécurité, de politique d’immigration et de mesures assurant le respect de notre planète mais il faudra le faire en adoptant la bonne perspective stratégique : la défense du concept même de démocratie.

On pensait que la paix était une situation acquise. L’Europe a été construite pour éviter la guerre et nous pouvons dire qu’elle est de ce point de vue un magnifique succès. Mais depuis trente ans, le monde a changé avec l’émergence de la Chine et cette agressivité rallumée de la Russie qui nous rappelle que la guerre est toujours présente dans la nature humaine. Nos plans sont donc à revoir et vont demander des efforts à chacun de nous. Cette guerre révèle une segmentation du monde avec d’un côté les pays qui ont fondé leur organisation sur la liberté et la démocratie, et de l’autre côté des pays où l’individu compte moins et où le pouvoir est entre les mains d’autocrates. Derrière la guerre actuelle, se profile un choc de civilisation.

Partons de l’idée, en espérant qu’elle reste d’actualité, qu’il y a un consensus dans notre pays sur la démocratie et que même si celle-ci est bourrée de défauts, notamment la difficulté à avoir des visions de long terme, la volonté commune de la préserver est claire, tout comme celle de refuser de nous orienter vers des organisations de société comme celles qu’on observe par exemple en Russie. Prenons pour preuve le fait que certains candidats qui avaient des indulgences pour Moscou, ou au moins son dirigeant, font du rétropédalage depuis le début de la guerre. Si nous partons de ce principe, les décisions à prendre pour l’avenir sont plus simples qu’on veut bien le dire : d’abord augmenter significativement le budget militaire. La plus grosse dépense à réduire est celle de la retraite : il très facile de frapper fort en haussant significativement l’âge de départ sachant que certains pays (le Japon) envisagent d’aller jusqu’à 70 ans !

Compétitivité et attractivité

Les défenses du pouvoir d’achat sont tout à fait légitimes mais il faut tirer une conclusion de l’observation des cinquante dernières années. Ce sont la quête de la compétitivité et la recherche de l’attractivité qui sont les meilleures garantes du gain de pouvoir d’achat. C’est ce que montrent de façon éloquente les performances économiques de la Suisse, de l’Allemagne, du Danemark et des Pays-Bas, et l’on ne parle pas de petits chiffres. Le PIB par tête de la Suisse a plus que doublé par rapport au nôtre. Un excès de dépenses sociales freine les entreprises les empêche d’exporter : « Trop de social tue le social. »

Nous sommes entrés dans une économie de guerre puisque la Russie joue sur les approvisionnements énergétiques et agricoles. La situation a le mérite de simplifier les choses et d’accélérer le recours aux énergies nouvelles pour réduire la dépendance à des fournisseurs qui peuvent devenir des ennemis. Il faut reconstruire des centrales nucléaires, pousser toutes les énergies nouvelles : solaire, éolienne et aussi la méthanisation qui permettra une économie agricole circulaire, transformant les effluents animaux en engrais naturels et en gaz. Même transformation pour les matières premières où les filières de recyclage doivent devenir les mines du futur sachant que nous avons parmi nos entreprises des leaders mondiaux en la matière.

Les conditions de la confiance

L’argent ne peut pas tomber du ciel ! Il faudra adopter chacun des attitudes responsables à son égard comme l’ont fait les Allemands avec l’adoption de principes comme celui-ci : « Il vaut mieux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage (même bien payé) à la maison. » La bonne marche d’une économie dépend de la qualité de l’État régalien qui assure le développement harmonieux de toutes les énergies ; cela suppose une justice et une police en bon état de marche. Il faudra être prêt à accueillir des réfugiés des pays de l’Est, ce qui exige de repenser le système de gestion des migrations qui, soyons clairs, ne fonctionne pas actuellement de façon satisfaisante.

Les instances religieuses orthodoxes liées au pouvoir à Moscou ont soutenu voire encouragé les hostilités. Ces confusions entre les différents ordres (légal, moral et religieux) confirment la justesse du choix de notre pays en faveur de la laïcité. Mais tout cela ne suffit pas ! La République est un mode d’organisation, elle ne tient pas lieu de raison d’être. Nous attendons en dernier ressort de celui ou celle que nous élirons dans le mois qui vient, la capacité à créer et faire durer un vrai climat de confiance. Plus encore, faire que tous les citoyens, au-delà de leurs différences, aient le sentiment de partager une histoire et un destin commun, ce que nous montre en ce moment, de façon admirable, l’héroïque peuple ukrainien.

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Économie : le modèle occidental de l’épargne investie

3 Avr

Le conflit ouvert entre les démocraties occidentales et la Fédération de Russie est aussi celui de deux modèles économiques. Pour l’ancien chef d’entreprise Xavier Fontanet, l’économie de marché des pays de l’Ouest repose sur l’utilité sociale de l’épargne investie.

L’agression caractérisée de l’Ukraine par la Russie nous permet de mettre en évidence une confrontation entre deux visions du monde et doit nous amener à réfléchir aux fondements de notre société, notamment s’agissant de l’économie. L’Europe, les Amériques, le Japon, la Corée, Taïwan, l’Inde font confiance au marché, à la libre concurrence, à l’initiative individuelle et à la détention privée du capital pour faire vivre leurs économies. Ces pays sont des démocraties : elles sont constamment animées par des débats visant à remettre en cause différents aspects de leur fonctionnement. 

La possession du capital

S’agissant de l’économie, les débats les plus fréquents portent sur la légitimité de la possession du capital, sur son utilité sociale et les risques que fait courir à la société une concentration excessive de sa détention. L’activisme de certains contempteurs des inégalités observées en Occident prête aujourd’hui à sourire quand on découvre les fortunes des oligarques russes et leur rapport au PIB du pays (plus de 60 % du PIB russe en 2000 selon une estimation de la Banque mondiale ). Il est très difficile d’avoir les vrais chiffres mais tout porte à penser que les concentrations dans ce pays sont bien plus importantes que ce qui existe dans les économies de marché. Ces fortunes ont d’ailleurs été constituées en majorité par des détournements effectués à la fin des années Eltsine. C’est en outre un bel exemple de rentes, car les connexions politiques auxquelles elles ont été associées empêchent de faire fonctionner le mécanisme régulateur de la concurrence.

Une autre différence essentielle porte sur l’origine de la richesse : en Europe ou en Amérique, c’est la créativité des détenteurs de capitaux qui ont créé de nouveaux métiers ou la justesse de leurs investissements quand il s’est agi de prendre le leadership dans des métiers existants. La richesse est toujours passée par la « case risque » et elle est constamment remise en cause, car le numéro un est toujours concurrencé par l’ensemble de sa profession. Même si tout est loin d’être parfait en Occident, on peut aussi rappeler que son PIB par tête est quintuple de celui des Russes qui sont pourtant détenteurs de matière premières précieuses, ce qui n’est pas le cas de l’Europe.

L’utilité sociale du capital

Il faut aller plus loin et expliquer la dimension sociale du capital en économie de marché. Pour cela il faut faire œuvre de pédagogie et rappeler certains mécanismes économiques. Une règle peu expliquée est le concept de rotation d’actifs : en clair, si vous voulez produire 1 million de voitures, il vous faut 5 milliards d’euros d’investissement ; pour produire 2 millions de voitures il en faut le double, soit 10. Le rapport entre activité et investissement est une constante ; investissement, activité et emploi sont donc irrémédiablement liés. L’argent ne tombant pas du ciel, il vient forcément d’une épargne qui a permis de constituer le capital initial, le résultat réinvesti l’augmentant par la suite afin de permettre à l’entreprise de grandir et d’embaucher. La rentabilité des entreprises conditionne la santé de toute société plongée dans une économie de marché. Le capital est une épargne accumulée et constamment mise à risque.

Une épargne investie

La vérité est que l’utilité sociale du capital est considérable, ce que les Allemands ont parfaitement compris depuis vingt ans avec la fameuse phrase du chancelier Helmut Schmidt, déjà évoquée ici : « Les profits d’aujourd’hui sont l’investissement de demain et l’emploi d’après-demain. » En France, les capitaux propres des 3 millions d’entreprises portent 22 millions d’emplois et leurs familles ; par le biais de leurs impôts, les entreprises financent la fonction publique, dont la mission est de créer le cadre à l’intérieur duquel l’activité économique peut fonctionner de façon aussi satisfaisante que possible. Nos entreprises sont donc des piliers de la société, on ne le rappellera jamais assez. Dans ce monde concurrentiel, le rôle du capital est central, même s’il est mal accepté, alors qu’il ne peut se comprendre sans référence au concept de destination universelle des biens. Il est regrettable que les mots aient été déformés voire détruits. S’il fallait un vocabulaire plus proche de la réalité, plutôt que d’utiliser le mot « capital » qui a tendance à trop échauffer les esprits, pourquoi ne pas parler d’ « épargne investie » ?

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EDF, victime de ses réformes ?

21 Mar

Le « bouclier tarifaire » voulu par l’État et l’arrêt de nombreux réacteurs nucléaires oblige EDF à lancer une recapitalisation de 2,5 milliards d’euros. L’ancien président d’Essilor et professeur de stratégie Xavier Fontanet analyse les causes structurelles des difficultés de l’électricien.

EDF était il y a une trentaine d’années une entreprise emblématique ; nous avions le sentiment d’avoir, en tant que Français, une avance mondiale avec une entreprise très intégrée (en production en transport et en distribution capillaire). La France avait les coûts d’électricité les plus bas du monde. Certes, ceci était appuyé sur le monopole en France, mais à l’époque EDF était très clairement un leader. Les Anglais et les Allemands avaient en effet des systèmes de production de transport et de distribution de leur électricité très éclatés et beaucoup moins performants. L’entreprise EDF était plus puissante que ses collègues européens ; dans un marché non réglementé, elle pouvait conquérir un leadership européen en prenant par acquisition le première place en Allemagne et en Angleterre, les autres pays sur la durée devant tomber tôt ou tard dans son escarcelle. EDF avait par ailleurs une avance incontestée dans le domaine nucléaire avec des fournisseurs (Areva et Alstom) eux aussi bien placés sur le marché. EDF était donc un trésor national, qu’en avons nous fait ?

Un effondrement

Si l’on regarde les cours de bourse (l’entreprise est cotée, l’État en possède 85%) le diagnostic est sévère. EDF avait un cours de bourse de 85 euros en 2007, c’était une des toutes premières entreprises françaises. L’action est tombée à 8 euros pour une capitalisation de 25 milliards d’euros. Cela veut donc dire que si EDF avait cru depuis 2007 comme le CAC 40, l’entreprise pèserait 500 milliards et serait la première capitalisation française. Il s’agit donc d’un effondrement et d’une perte d’opportunité de 475 milliards pour la collectivité.

Que s’est-il passé ? Il y a eu plusieurs changements fondamentaux. Le premier est l’intervention des autorités européennes sur la structure même du marché de l’électricité à partir de la fin des années quatre-vingt-dix. Le principe qui les a guidées a été de veiller à l’installation de la concurrence, les concentrations excessives devant être exclues, ceci afin de garantir l’intérêt du consommateur final c’est-à-dire d’obtenir des prix bas. De ce point de vue, EDF n’avait pas la cote auprès du régulateur européen (sans parler d’une évidente jalousie de certains voisins) pour deux raisons : EDF était clairement un monopole (national) et l’entreprise était complètement intégrée sur toute la chaîne de valeur ajoutée. La Commission européenne a choisi de casser la filière en distinguant trois métiers : la production, le transport (la haute tension) et la distribution locale. Pour la production et la distribution locale, il fallait installer de la concurrence, le transport en revanche pouvait appartenir à un opérateur unique. Le schéma consistait à reprendre la logique suivie par les Américains dans le téléphone avec le démantèlement d’ATT qui à cette époque passait pour une bonne affaire.

Doute sur le nucléaire

La mise au point de petites turbines à gaz et à vapeur avait permis aux États-Unis de rajeunir le tissu des producteurs d’énergie, la même dynamique pouvait s’imaginer pour l’Europe. La Commission voyait par ailleurs d’un bon œil l’arrivée dans la distribution de nouveaux acteurs créant des réseaux locaux capillaires concurrents. Pour donner aux nouveaux réseaux les moyens d’exister, on a imposé à EDF la vente d’environ un quart de sa production nucléaire à des prix favorables. Autre événement fondamental, la prise de conscience de la limite des énergies fossiles et de leurs effets écologiques désastreux, simultanément avec l’émergence du solaire et de l’éolien. Il faut reconnaître que le système adopté par la Commission tombait à pic et permettait à l’entreprise française de se développer sans construire un réseau de distribution qui aurait été complètement au-dessus de ses forces. Mais EDF a été mis également à contribution pour acheter la production des nouveaux opérateurs à des tarifs élevés pour que ces entrants aient les moyens de se financer.

L’entreprise a perdu l’avance technologique incontestable qu’elle avait dans le nucléaire.

Enfin, il faut évoquer les doutes sur le nucléaire — la fierté de la maison qui représentait 75% de sa production — avec la décision politique de le brider, fermeture de Fessenheim… Pas la peine d’être grand clerc pour conclure qu’il n’a pas été facile aux équipes d’EDF, vu le contexte imposé, de tenir la boutique… ce qu’elles ont fait. Tous ces effets tenant à la régulation et aux formidables changements de l’environnement se sont cumulés et ont conduit à l’effondrement de la puissance financière de l’entreprise décrite plus haut. Parallèlement, l’entreprise a perdu l’avance technologique incontestable qu’elle avait dans le nucléaire. Il y a eu certes un très gros travail européen fait par le réacteur ITER, mais c’est plutôt du côté chinois et américain que les progrès sur la fusion nucléaire ont été récemment enregistrés.

La multiplication des intervenants

On passera pudiquement sur les événements récents, où l’on a vu EDF contrainte d’absorber des hausses alors que l’entreprise est cotée avec des actionnaires minoritaires mis devant le fait accompli. À ce stade, il faut se demander où va EDF et d’abord si, à l’usage, les concepts utilisés par les autorités européennes pour réorganiser la profession sont toujours les bons. Est-ce que dans le cas de l’électricité — un produit qui, pour l’instant, ne peut pas se stocker — l’idée de saucissonner l’activité en trois métiers avec un très grand nombre d’intervenants est-elle bonne ? L’électricité étant une activité a très fort effet d’échelle, faut-il de petits concurrents rivalisant avec de faibles marges, et donnant des prix plus bas qu’un monopole ayant de fortes marges avec des coûts très bas ? La réponse n’est pas du tout évidente.

De leur côté, les énergies nouvelles ne sont pas programmables, qui dépendent de la météorologie, par définition incontrôlable ! Ne pouvant caler le fonctionnement de nos sociétés sur l’existence du vent et sur l’intensité du soleil, nous sommes condamnés à une gestion complexe de la production tout en se dotant de capacités de production très excédentaires. 

Un environnement évolutif

Il faut se demander enfin quels sont les changements structurels de l’environnement ? Une préoccupation : l’épuisement des énergies fossiles avec une dimension géopolitique évidente en ce qui concerne la détention des ressources restantes. Un espoir : les progrès en matière de stockage qui faciliteront l’usage des énergies renouvelables et la fusion nucléaire mais avec des horizons de temps qu’on ne peut définir avec grande précision. Les événements poussent vers le nucléaire et les énergies renouvelables. 

Il suffit cependant d’imaginer la puissance d’EDF aujourd’hui si l’on n’avait touché à rien ! Le programme nucléaire aurait été poursuivi, nous bénéficierions des coûts d’énergie électrique les plus bas d’Europe. EDF pourrait exporter son électricité d’origine nucléaire à toutes les grosses usines européennes avec des marges gigantesques. EDF pourrait proposer des prix bas en France, ce qui aurait pour effet de faciliter grandement la réindustrialisation réclamée à cor et à cri. Les résultats du groupe seraient considérables (compatibles avec les 500 milliards de capitalisation évoqués plus haut) et la force de frappe en matière de recherche sur les sujets porteurs serait plus adaptée à la hauteur des enjeux. Il y a des sujets plus graves en ce moment. Il n’empêche que les citoyens et les contribuables que nous sommes méritent une bonne mise au point de nos dirigeants français et européens sur la stratégie énergétique qu’ils poursuivent et la place que peut y tenir EDF.

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Économie : les leçons de la guerre

19 Mar

Le retour de la guerre en Europe oblige à repenser nos priorités politiques… et leur financement. Pour Xavier Fontanet, la compétitivité et l’attractivité sont les meilleures politiques permettant d’augmenter les budgets militaires tout en assurant une couverture sociale satisfaisante.

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a guerre en Ukraine nous replonge brutalement dans la réalité en nous rappelant l’importance d’une armée pour toute nation qui se veut libre. Quand on prend du recul, force est de constater que les premières initiatives qui ont permis l’émergence des nations, dont la nôtre, ont été la création de quatre fonctions régaliennes : la défense armée, les affaires étrangères, la police et la justice. L’armée étant de loin la dépense la plus forte. Dans nos sociétés occidentales, l’État régalien est devenu sur la longue durée le garant de la liberté individuelle qui permet à la personnalité de chaque citoyen de se développer à l’intérieur de la société. Cette liberté a en fait un prix : une armée forte et qui en impose ! On a oublié cette idée simple en vivant sur un petit nuage depuis l’effondrement de l’empire soviétique en 1991. 

Compétitivité et attractivité

Les choses ont changé avec la montée de la Chine, les tensions au sein de l’Europe centrale, les conflits d’Irak et d’Afghanistan. La guerre d’Ukraine est un révélateur qui nous oblige à remettre les pieds sur terre. Il va falloir payer le renforcement de notre défense ! Les chiffres font réfléchir : la part de nos dépenses sociales dans le PIB est actuellement de 32% contre 2,2% pour les dépenses militaires, alors qu’elle était de 15% en 1960 contre 6% pour le militaire. Quoi qu’on nous raconte, nous avons devant nous des arbitrages à faire puisque notre endettement nous interdit aujourd’hui de dépenser plus. La seule solution pour un pays comme le nôtre, plongé dans l’économie mondiale, c’est la restauration de la compétitivité des entreprises et de l’attractivité du pays. Cette restauration n’est pas sans conséquence pour chacun d’entre nous. Cette guerre va nous obliger à redéfinir toute notre politique, aucun secteur n’y échappera. 

La compétitivité et l’attractivité d’abord ! C’est avec des champions mondiaux dont les sièges sont logés en France (réjouissons-nous des résultats élevés du CAC40) et une attractivité recouvrée que nous recommencerons à attirer sur notre sol les investissements des meilleures entreprises mondiales. Nos amis allemands ont bien mieux joué que nous en attirant en peu de temps 15 milliards d’euros avec les batteries de Tesla et l’usine de microprocesseurs d’Intel. La compétitivité et l’attractivité sont les meilleures politiques permettant de monter significativement les budgets militaires tout en assurant une couverture sociale satisfaisante.

Exigence dans la solidarité

Un exemple ? La Suisse, qui est devenue dans les cinquante dernières années un des pays les plus attractifs du monde. Lisez bien ! À la mort de Georges Pompidou, elle avait le même PIB par tête que nous ; aujourd’hui nous en sommes à 39.000 dollars et la Suisse à 87.000. Ceci veut dire qu’avec un taux de dépenses sociales de 15% du PIB, elle a les mêmes dépenses sociales par habitant que nous ! Les gains à faire, si on veut baisser les dépenses sociales, sont d’abord du côté de la retraite. Il faut augmenter significativement l’âge de départ, ce qui est compatible avec l’allongement de la durée de vie en bonne santé ; il faut aussi, comme l’ont fait les Allemands, introduire le concept d’ « exigence dans la solidarité ». En affirmant qu’il vaut mieux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage, même bien payé à la maison, le gouvernement allemand a réduit drastiquement les dépenses liées à l’emploi. En outre, il faudra retirer le mot État-providence de notre vocabulaire courant et expliquer dans le pays des droits de l’homme que chaque droit entraîne un devoir. Il n’est pas question de remettre en cause la solidarité, mais les personnes qui en bénéficient ont un devoir vis-à-vis de la société et chacun doit comprendre qu’il faut éviter de coûter trop cher à l’État. Ayons le courage de dire qu’on ne peut pas avoir une société compétitive et attractive avec une trop grande proportion de gens assistés.

Notre sphère publique doit elle aussi se remettre en cause et doit reconnaître qu’elle est aussi au service de la société. Son hyper-centralisation n’est pas adaptée à la complexité de la société. L’excès de normes déresponsabilise son personnel et le déshumanise en laissant la décision à des fonctionnaires de plus en plus éloignés du terrain… sans parler des couches de coût qu’on rajoute. C’était une des craintes qu’exprimait Jacques Rueff dans son fameux rapport de 1960 sur les obstacles à l’expansion économique ! 

Réorientation énergétique

Sur le plan de l’énergie, la crise indique très clairement les axes à suivre. Il faut s’appuyer sur la fée électricité qui a encore beaucoup de choses à apporter à la société ; nous devons réinvestir puissamment dans le nucléaire en sachant qu’il y a une lumière, la fusion (le mécanisme à l’œuvre dans le soleil et que l’on peut domestiquer). Les Anglais, les Américains et les Chinois ont mis au point des pilotes. L’expérience d’EDF, qui a beaucoup souffert depuis quinze ans à cause des doutes sur le nucléaire, devrait nous permettre de rentrer à nouveau dans la course. Les énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien sont des pistes rentables si on améliore les batteries qui permettront d’intégrer leur production intermittente dans les systèmes de distribution sans trop les perturber. Il faut aussi donner sa place à la méthanisation qui peut dans un pays agricole comme la France, produire des compléments très significatifs avec une production décentralisée et régulière. En résumé, la politique énergétique doit être orientée vers les énergies nouvelles et une réduction de la dépendance au pétrole et au gaz. C’est la meilleure manière de se préparer à leur disparition et de lutter contre les émissions de CO2.

La géostratégie indique les axes à prendre vis-à-vis des autres matières premières. Les sociétés développées comme la nôtre sont déjà équipées, une collecte bien organisée permettra de réduire la demande en matériaux. Le recyclage est la mine du futur. On peut se passer des engrais chimiques si on recycle les effluents de l’élevage. Nous avons des entreprises qui peuvent prendre le leadership mondial dans ces métiers. 

Le produit de la liberté

Il y a une dimension existentielle à notre repositionnement. Un certain nombre de pays autoritaires dont la Chine et la Russie veulent démontrer qu’ils vont battre les démocraties même sur le plan économique. Relevons le défi et rappelons à la Chine que sa prospérité est certes due à l’effort gigantesque qu’elle a produit, mais aussi au fait qu’elle a pu bénéficier des marchés mondiaux, des technologies occidentales et du système concurrentiel de marché. Nous avons certes bénéficié de sa montée en puissance, mais la Chine devrait rendre grâce au général de Gaulle et à Nixon qui lui ont permis de rentrer dans le concert des nations en s’affranchissant de la tutelle soviétique. Les pays d’Europe centrale que la Russie cherche à mettre sous sa coupe, sont attirés par les valeurs occidentales et la démocratie. Les chars russes n’ont pas été accueillis par de jeunes Ukrainiennes leur portant des bouquets de fleurs. Rappelons que le PIB par tête de la Chine et la Russie est de 10.000 euros, 4.000 euros en Ukraine. La France qui a perdu des places dans les classements du PIB par tête en est à 40.000, l’Allemagne frôle les 50.000 et la Suisse les 90.000 ! 

Il est vrai que nos systèmes démocratiques sont le lieu de débats parfois stériles, de contestations exagérées et disons-le de gâchis. Il n’empêche que ce mode d’organisation sociale génère un terreau finalement fécond qui promeut des foules d’individus créatifs et capables de prendre des responsabilités. La physique de Newton, la relativité générale, la mécanique quantique, l’Internet, les vaccins… sont le produit de la liberté. Même s’il y a des désordres et des discussions agaçantes, nos sociétés génèrent en définitive du dynamisme et de la créativité. L’être humain, quoi qu’on raconte, aspire à la liberté et se développe par la prise de responsabilité. Pour défendre ces valeurs, il va falloir être plus compétitif, ce qui passe par une harmonie sociale mais aussi une recrudescence d’efforts de la part de chacun. Nous avons fait des erreurs géopolitiques, il n’empêche que cette agression de l’Ukraine est inacceptable. Elle doit interpeller chacun de nous en son for intérieur. La résistance héroïque des Ukrainiens est un appel à nous mettre à la hauteur sur les plans militaire et économique. C’est avec ces deux armes que nous défendrons notre mode de vie, notre liberté et que nous permettrons à tous ceux qui veulent épouser nos valeurs (et ils sont nombreux) de le faire !

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Écouter en podcast, l’émission de Thierry Delcourt sur Radio courtoisie

17 Mar

Vous pouvez écouter l’émission sur le site de Radio Courtoisie

Thierry Delcourt reçoit : 

  • Ivan Cadeau, historien
  • Xavier Fontanet, essayiste, chroniqueur, administrateur de sociétés

Thèmes : « Dictionnaire d’une guerre oubliée (deuxième partie) ; La fabuleuse histoire d’Essilor, la conquête de l’Inde »

Bonne écoute !

Versement de dividendes record aux entreprises du CAC 40

16 Mar

Ancien président d’Essilor et professeur de stratégie, Xavier Fontanet explique les bons résultats des entreprises du CAC 40. Alors que 70 milliards d’euros ont été distribués cette année à leurs actionnaires, est-ce une bonne nouvelle ou de la goinfrerie déplacée ?

La période de publication des résultats des entreprises du CAC 40 voit toujours fleurir les commentaires s’élevant contre la hauteur des profits et la goinfrerie des actionnaires eu égard aux dividendes scandaleux qui leur sont versés. 2021 ne va pas faire exception à la règle : même si tous les résultats ne sont pas encore connus, il semblerait que les entreprises vont présenter cette année encore des résultats élevés. Un premier point un peu vite oublié : l’État va profiter de ces résultats. Une simple équation du premier degré montre qu’à 33% d’imposition et 50% des profits versés en dividende, l’État gagne autant que les actionnaires. 

La formation du dividende

Les articles opposés aux dividendes des entreprises défendent toujours l’idée d’une exigence de rentabilité à 15%. Cette idée est totalement fausse ! Quand on cherche à être un tout petit peu objectif et que l’on divise le dividende par la capitalisation (la valeur des entreprises) on tombe pour les entreprises du CAC en 2019 (année record) sur le chiffre de 3,2%. La rentabilité des investissements doit inclure les gains en capital : quand on mesure celle-ci sur de longues périodes comme une quarantaine d’années avec le CAC, voire 250 ans avec Standard and Poor on tombe sur des taux variant entre 6 et 7%. Il y a donc beaucoup de mythes qui courent et qui ne sont que la manifestation d’une méconnaissance profonde des Français en économie. Il faut que nos compatriotes comprennent la formation du dividende et son utilisation, et pour cela il faut revenir à deux idées simples.

Quand la croissance ralentit, l’entreprise peut commencer à verser un dividende qui peut représenter jusqu’à 100% des profits dès lors que la croissance est nulle voire négative.

Le premier concept à connaître c’est celui de la rotation d’actifs ; il existe un parallélisme entre le chiffre d’affaires d’une entreprise et le capital qui y est engagé. C’est une règle universelle valable dans tous les pays et pour tous les métiers. L’investissement annuel se mesure dès lors d’une façon simple : c’est la croissance multipliée par le capital engagé. Il y a un deuxième concept, celui du cycle de vie. Un métier commence à croître parce qu’il en déplace un autre par un mécanisme de substitution ; au bout d’un certain temps qui dépend des situations, la croissance se stabilise quand le métier a pris sa place dans l’économie ; un jour la croissance devient négative parce que le métier se fait lui-même substituer. Ceci veut dire que l’investissement a tendance à être très élevé au départ, puis se stabilise pour devenir nul quand la croissance tombe ou devient négative. Quand la croissance ralentit, l’entreprise peut commencer à verser un dividende qui peut représenter jusqu’à 100% des profits dès lors que la croissance est nulle voire négative.

Où va l’argent ?

Où va cet argent ? En grande partie, il va s’investir dans les nouvelles entreprises dont les investissements excèdent les résultats et qui sont en recherche de liquidités. L’économie est en fait beaucoup plus harmonieuse que l’on croit quand on laisse ses forces se déployer naturellement tout comme ce qui se passe dans la vie des familles ou les anciens financent les plus jeunes. Les jugements à l’emporte-pièce mentionnés plus haut ne font que révéler la faiblesse de la connaissance générale des Français en économie. Le peu qui est enseigné est constitué de théories macro-économiques fonctionnant en économie fermée ; théories qui ne sont plus adaptées aux économies actuelles complètement ouvertes. On donne par ailleurs très peu d’outils aux enfants pour les aider à comprendre concrètement le fonctionnement de l’entreprise. Un manque à combler impérativement.

Non ! pour dire le vrai, il faut se réjouir de la bonne marche des grandes entreprises et en particulier celles du CAC 40. Celui-ci est principalement constitué d’entreprises relativement anciennes arrivées à un certain niveau de maturité. Parce que leur rentabilité est plus élevée que la croissance des marchés où elles opèrent, elles peuvent payer un dividende sans abîmer la base sur laquelle elles sont assises. Il faut donc se réjouir de ces dividendes parce que dans leur grande majorité, ils vont financer les nouveaux métiers et dynamiser l’ensemble de l’économie. On peut ajouter qu’en cette période d’incertitude et de dangers géopolitiques, une des pierre angulaires de nos sociétés est, quoi qu’on raconte, la force de nos économies fondées sur la liberté et l’initiative individuelle. Il est fondamental de constater que le tissu des grandes entreprises est solide et il faut que cessent ces attaques injustifiées fondées sur des idéologies complètement dépassées.

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Économie : pourquoi ne pas s’inspirer des pays champions ?

24 Fév

Chaque semaine, le professeur de stratégie Xavier Fontanet analyse l’évolution de la vie économique et des affaires. Dubitatif sur les promesses de campagne des candidats à l’élection présidentielle, il se demande pourquoi nul d’entre eux ne cherche à s’inspirer des politiques économiques des pays voisins de la France.

Tous les candidats à l’élection présidentielle promettent d’augmenter les salaires et ou de donner des primes pour alléger les difficultés matérielles de bon nombre de nos concitoyens. Nous sommes donc dans le très court terme alors qu’une période électorale, surtout l’élection d’un président de la République, devrait être un moment fort où l’on se pose des questions portant sur la longue durée et sur les principes sous-tendant les politiques. Prenons donc un peu de recul, et cherchons à comprendre pourquoi un très grand nombre de pays européens ne connaît pas ce genre de promesses dans leurs campagnes électorales.

L’exemple de la Suisse

Prenons un cas d’école pour réfléchir, un pays ou le risque d’avoir des révoltes type Gilets jaunes est quasiment nul, un pays qui partage une frontière avec nous et qui fait travailler bon nombre de nos compatriotes : la Suisse. En 1973, la France et la Suisse sont au septième rang dans le classement mondial en PIB par tête avec le même chiffre : 5.500 USD. Les deux sont en équilibre budgétaire et extérieur, leurs dettes s’élèvent à 20% du PIB pour la France et 32% pour la Suisse. 

La France est en déficit chronique en termes de budget et de commerce extérieur, sa dette est passée de 20% à 115% du PIB. Faites-vous même un petit calcul sur un dos d’enveloppe, l’augmentation de la dette publique, c’est environ trois ans de salaire pour chaque français employé

En 2021, la Suisse garde son rang avec un PIB par tête de 87.000 USD. La France est au 38e rang avec 39.000 USD, l’une des plus jolies dégringolades du classement. La Suisse est en excédent commercial et budgétaire, sa dette a chuté de 32% à 26%. La France est en déficit chronique en termes de budget et de commerce extérieur, sa dette est passée de 20% à 115% du PIB. Faites-vous même un petit calcul sur un dos d’enveloppe, l’augmentation de la dette publique, c’est environ trois ans de salaire pour chaque français employé : on ne parle pas de petits chiffres. Cette dégringolade n’est évidemment pas étrangère aux difficultés d’une grande partie de nos concitoyens et plutôt que chercher des astuces permettant de monter les salaires cette année, il serait plus judicieux de chercher à comprendre l’origine du déclin.

La fin de l’équilibre budgétaire

1973 est l’année de la hausse du pétrole, mais pour les Français, cela fut aussi un changement de génération d’hommes politiques. Valéry Giscard d’Estaing prend le manche après quinze ans de gaullisme, mettant sa jeunesse en avant. Le changement le plus important, dont on n’a peut-être pas assez discuté, est celui de notre philosophie économique : brièvement, nous sommes passés de Jacques Rueff (+1976) à John Maynard Keynes (+1946) sous l’influence de Lionel Stoléru (+2016), un des proches de VGE. De Gaulle ne voulait pas d’un État qui dépasse 30% du PIB, affirmant qu’au-delà de ce chiffre on entrait en socialisme ; il voulait des budgets en équilibre pour garder la crédibilité de la parole française à l’étranger.

Keynes a donné une justification conceptuelle au déficit budgétaire disant que celui-ci activait l’économie. Depuis les années 1970 il est devenu le support intellectuel pour justifier à la fois les déficits publics résultant des politiques dirigistes de la droite et de la politique sociale de la gauche. Gauche ou droite au pouvoir, pas un budget n’a en effet été en équilibre depuis 1973. La première levée de dette stratégique a été l’emprunt Giscard, à qui l’on doit aussi le regroupement familial. C’est l’époque où la Suisse a mis au point un système très élaboré pour gérer son immigration. Puis est venu François Mitterrand avec l’ISF, impôt transformé par Emmanuel Macron en 2018 mais qui a duré tout de même 37 ans. Ce fut la retraite à 60 ans par répartition, les 35 heures et la politique de Lionel Jospin d’un « chômage bien rémunéré », selon le mot d’un chef d’entreprise penseur de la gauche, Denis Olivennes.

C’est l’époque de l’entrée dans l’euro, et en principe de l’alignement de nos politiques économiques sur celles de nos voisins, ce que les Français n’ont pas fait. Au même moment, les Suisses refusent par référendum de passer à cinq semaines de congés payés : n’ayant pas de chômage, ils n’ont pas de problème de couverture sociale et construisent une retraite qui donne un fort poids à la capitalisation. Puis vient, sous Jacques Chirac, l’arrêt du service militaire alors que la Suisse maintient son système de « milice ». Alors que de Gaulle avait souhaité une décentralisation du pays à la Suisse, François Hollande crée un millefeuille régional qui entraîne un coût évalué à 50 milliards d’euros et complexifie les prises de décision. L’« État providence » laisse entendre que l’argent tombe du ciel.

L’éducation et la formation

C’est peut-être sur l’éducation que la plus forte différence s’est faite. Les Français ont enregistré des chutes nettes dans les classements PISA alors que les Suisses sont restés dans le haut du tableau. Mais ce qu’on n’explique pas assez, c’est l’avance qu’ils ont prise en matière de formation professionnelle. La voie technique possède en Suisse le même prestige que la voie générale : on oriente les jeunes très tôt et on favorise l’apprentissage. La force industrielle qui en résulte, l’industrie pèse pour 25% dans le PIB  suisse, avec une industrie qui exporte 90% de ses ventes, vient en grande partie de là. Le succès en la matière est tel que la Suisse est prise comme « consultant » par des régions américaines qui souhaitent installer ce système chez eux.La chute de la France dans les classements mondiaux et ses difficultés financières sont le résultat des décisions prises pendant ces cinquante dernières années et du recours au déficit budgétaire. Le succès des Suisses donne de nombreuses pistes et devrait ramener à plus d’humilité. La spécificité française, un peu trop facilement brandie dès que l’on évoque le mode de fonctionnement de ses voisins, est un mélange de conservatisme et d’arrogance. Non ! La France n’est pas un pays si différent des autres au point que les bonnes recettes qu’ils pratiquent ne peuvent fonctionner chez elle. C’est probablement en s’inspirant des champions que nous avons les meilleures chances de remonter la pente et d’assurer des rémunérations dignes à tous nos compatriotes sans avoir à compléter leurs revenus par des expédients à répétition. Il est urgent d’apprendre non pas à traiter les effets mais à s’attaquer aux causes ! L’Allemagne, les Pays-Bas et les pays du Nord ont entrepris de dures réformes et, comme la Suisse, bénéficient d’économies resplendissantes. Il n’y a aucune honte à s’inspirer de ce qui marche, même si cela demande des efforts et des renoncements, que les autres nations ont su faire. Alors, pourquoi pas ? Ce serait en outre une façon très efficace de construire une Europe solide et cohérente.

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Réduire le nombre d’impôts pour augmenter le pouvoir d’achat

17 Fév

L

a complexité normative qui nous fait perdre un temps fou dans la paperasserie empêche la créativité de nos entreprises de porter ses fruits, remonte leur prix de revient, nous étouffe tous petit à petit et nous coûte beaucoup plus cher en PIB par tête que nous le pensons. Elle est le signe et le résultat d’un pays dominé par sa sphère administrative ; une de ses manifestations parmi bien d’autres est le nombre d’impôts — 360 — qui s’approche dangereusement de celui des jours de l’année. 

Il faut savoir que plusieurs pays sont en train de réfléchir à des programmes de simplifications drastiques de leur système de normes, en particulier dans le domaine fiscal. Certains parlent même de politiques visant à réduire le nombre d’impôts à trois (impôts sur les revenus-IR, TVA, impôts sur les sociétés-IS). Pour aller encore plus loin dans la simplification, on voit poindre l’idée d’un taux unique : on mettrait systématiquement en place le principe de la flat tax [un prélèvement forfaitaire unique, ndlr.]. L’impôt aurait pour mission de financer la sphère publique de façon simple et lisible et non pas de réaliser une politique de redistribution ou de « justice » fiscale.

Limiter le financement public au régalien

Il n’est pas inintéressant de deviner à quel taux parviendrait la France dans les pays dont les États sont compétitifs en termes de coût relativement au sien. Faisons le calcul d’ordre de grandeur en prenant notre voisin allemand (qui n’est pas le plus compétitif) ; la sphère publique allemande est à 44% du PIB, 20% pour la partie régalienne, 24% pour la partie sociale. Cette dernière est gérée par le secteur privé et est équilibrée depuis les réformes Schröder. La partie à couvrir par l’impôt est donc la sphère régalienne qui coûte 20% du PIB. Le calcul est simple et lisible. Sachant que les salaires représentent 54% du PIB, la consommation 56%, le bénéfice brut de l’ensemble des entreprises et 15% le taux d’impôt général serait de… 16% (soit = 20 /.54+.56+.15). Les économies de gestion seraient considérables à tous les niveaux et le taux auquel on arrive donne à réfléchir notamment sur l’IS. 

Il nous sera expliqué que c’est impossible pour un pays comme la France ou la moitié des citoyens ne paye pas l’impôt et où de très nombreux produits ont des TVA à 5% à cause de problèmes de pouvoir d’achat ! Le risque est de surcharger les entreprises qui sont les créateurs de richesse, les exportateurs et les pourvoyeurs d’emploi. Les bons résultats du CAC 40 donnent de l’eau au moulin de ceux qui voudraient les surtaxer oubliant qu’elles ont devant elles des investissements très élevés pour faire face à la concurrence mondiale et lutter contre le réchauffement climatique. Si les voisins de la France passent à l’action, et si elle persiste dans la complexité en se persuadant que celle-ci est dans nos gènes, elle continuera à s’épuiser dans le dédale des règlements, son attractivité diminuera, la désindustrialisation du pays continuera de plus belle ; tout cela n’arrangera ni ses affaires, ni le pouvoir d’achat des Français.

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